Le Club de l’Ours Polaire t.2: Le Mont des sorcières

Une île maudite peuplée de sorcières, de trolls et de loups damnés: la suite tant attendue du Club de l’Ours Polaire. Personne n’est jamais revenu vivant du Mont des Sorcières, or c’est justement là que se dirige le père de Stella… Accompagnée d’Ethan, Shay, Dragigus et de Gideon, un explorateur du Club du Chat de Jungle pas très coopératif, la jeune fille doit à tout prix lui venir en aide.

Le mont des sorcières est le titre du second tome de la série Le club de l’ours polaire. J’avais passé un excellent moment de lecture avec le premier tome intitulé Stella et les mondes gelés. Les trouvailles d’Alex Bell pour créer l’univers du Club de l’ours polaire sont très intéressantes. Il s’agit d’un club d’explorateurs dont il existe d’autres regroupements, qui ont chacun leurs règles et leur code de conduite. Il existe aussi le Club du Calmar Géant, celui du Chacal Doré et celui du Chat de Jungle. À la fin du livre, on retrouve d’ailleurs des informations sur les différents clubs et on croise de plus en plus des membres d’autres clubs, ce qui nous permet d’en découvrir toutes les particularités.

Dans cette nouvelle aventure, nous retrouvons les personnages du premier tome: Stella la princesse des glaces, Shay le chuchoteur de loup, Dragigus le guérisseur et Ethan le magicien. Un vautour tente de s’en prendre à Stella et son père, Felix, part pour le Mont des sorcières afin de découvrir qui envoie le volatile. Mais ce Mont effrayant et rempli de dangers est un endroit dont on ne revient pas… Stella ne veut pas perdre son père et, avec l’aide de ses amis, elle part à la recherche de Felix avant qu’il ne soit trop tard…

Le groupe n’a pas du tout l’accord du club pour partir en expédition puisque le Mont des sorcières n’est pas un lieu recommandé. Qu’à cela ne tienne, rien n’empêchera Stella de voler au secours de son père adoré! Avec ses amis, elle s’envole pour les lieux sombres et infestés de pièges du Mont des sorcières. Les lieux sont à la fois effrayants et magiques. Le groupe devra mettre ses forces en commun pour réussir à affronter tous les obstacles qui se présentent à lui. Il y a de belles trouvailles dans ce roman, comme la couverture-forteresse qui fait littéralement rêver ou les différents animaux et dangers que croisent le groupe. J’aime que les animaux de compagnie de Stella soient un ours polaire nommé Mal-Léché et un petit dinosaure nain.

« Mme Sap n’avait pas apprécié l’arrivée de Mal-Léché – vraiment pas – et ne cessait de soutenir à son maître que les ours polaires n’étaient pas des animaux domestiques et qu’ils ne devraient pas être autorisés à entrer dans une maison, ni à se laver dans la grande baignoire sur pieds de la plus belle salle de bains, ni à se coucher sur le grand lit à baldaquin de la chambre d’amis quand il n’y avait pas d’invités (et même occasionnellement quand il y en avait…) »

Le personnage de Stella est intéressant car elle hérite d’un titre – princesse des glaces – qu’elle n’a pas envie d’avoir. Les princesses des glaces ont le cœur glacé et deviennent de mauvaises personnes. Stella doit donc aller au bout d’elle-même et apprendre à aimer qui elle est pour réussir à affronter les épreuves qui l’attendent. Elle découvre ses dons particuliers et doit apprendre à les utiliser, en dosant savamment ce qu’elle peut accomplir et les dangers qui la guettent. Être princesse des glaces n’est pas tout ce qui la définie.

« Stella est une princesse des glaces parmi bien d’autres choses, répondit tranquillement Felix. Avant tout, c’est une remarquable navigatrice, une exploratrice intrépide, une fille adorée par son père, une excellente patineuse, une lectrice infatigable, une amie fidèle et une fabricante virtuose de licornes en ballons. »

C’est donc un roman qui parle en filigrane de l’identité et de l’héritage que l’on reçoit. Felix est un père adorable, qu’on aime tout de suite. On apprend d’ailleurs plusieurs petites choses sur lui dans ce tome. J’adore également le personnage de Shay, vraiment doux et courageux, qui entend les loups et a un animal totem. L’univers du Club de l’ours polaire est à la fois magique et intéressant. C’est l’occasion de vivre beaucoup d’action et c’est ce qui me plaît de cette série. C’est un roman d’aventure magique, quelque part entre Harry Potter et À la croisée des mondes. J’adore l’imaginaire de l’auteure et les aventures improbables et étranges qu’elle fait vivre à ses personnages. Le texte est parfois teinté d’humour, souvent par l’entremise d’Ethan, un magicien bourru et grognon. 

« Ce n’est pas possible! Cette expédition est en train de devenir la plus malchanceuse de l’histoire des explorations. Un tapis volant apparaît miraculeusement devant nous, mais il ne fait que sauver une vache, un dinosaure et une bande de fées! »

Plus je découvre cette série pleine de magie et de personnages fantastiques, plus je l’aime! Le troisième tome est dans ma pile à lire et je compte bien le dévorer très bientôt. Je reviendrai vous en parler prochainement. En attendant je vous invite à découvrir cette série enneigée et pleine d’aventures et de magie!

Le Club de l’Ours Polaire t.2: Le Mont des sorcières, Alex Bell, illustrations de Tomislav Tomić, éditions Gallimard Jeunesse, 400 pages, 2019

Le Monstre des glaces

Elsie, une jeune orpheline vivant dans les rues de Londres à l’époque victorienne, entend parler d’un mystérieux monstre de glace : un mammouth laineux découvert au pôle Nord… Déterminée à en savoir plus, voici Elsie embarquée dans une drôle d’aventure, qui l’emmènera de Londres au cœur de l’Arctique !

J’avais envie de découvrir ce roman jeunesse à cause de sa belle couverture, mais aussi parce qu’il y est question de mammouth et de l’époque victorienne. Ça me semblait être une lecture amusante également. Je ne me suis pas trompée. J’ai passé un très bon moment avec ce roman, entièrement illustré et très dynamique. Les images sont présentes pratiquement à toutes les doubles pages. Le texte est également adapté au contenu. La police d’écriture varie selon le contexte et les lettres sont de différentes grosseurs. Certaines pages sont aussi différentes selon le déroulement de l’histoire. Par exemple, alors que les personnages sont en pleine noirceur, les pages du roman sont noires. Dans une tempête de neige, les pages sont parsemées de gros flocons. La lecture est donc très vivante!  

Nous sommes à Londres, en 1899. Elsie est une enfant des rues, après s’être échappée d’un orphelinat où on la battait. Elle découvre alors le musée d’Histoire naturelle et est fascinée par ce qui s’y trouve. Lorsqu’elle entend un crieur de journaux faire la promotion du « monstre des glaces » qui devrait bientôt être recueilli par le musée, Elsie n’a qu’une idée en tête: s’infiltrer dans le bâtiment pour le voir. Sa découverte du mammouth (qui s’avère être une mammouth), coincé dans la glace est un grand moment. Surtout quand elle est persuadée qu’il est encore vivant!

« Hypnotisée, Elsie s’approcha du monstre des glaces. Tout ce qui la séparait d’une espèce éteinte depuis des milliers d’années, c’étaient quelques centimètres de verre et de glace. »

Bien décidée à faire revenir à la vie le mammouth qu’elle a prénommée Moumoute, Elsie sera aidée dans son projet par une foule de personnages tous plus loufoques les uns des autres. 

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui m’a souvent fait sourire. L’histoire est impertinente, les personnages sont vraiment amusants et c’est un roman plein d’aventures improbables. Elsie ne s’en laisse pas imposer et ce n’est pas parce qu’elle se retrouve dans la rue, qu’elle ne peut pas parler à la reine Victoria! Rien ne lui fait peur et elle confronte les différentes classes sociales, dans une époque où elles étaient très importantes.

Chaque moment du roman est une aventure en soi, qui frôle bien souvent la catastrophe!

« Étant donné la taille d’un mammouth, on pourrait croire qu’il est impossible d’en perdre un. Pourtant, c’était exactement ce qu’avaient fait Elsie et Linotte. »

Après avoir réanimé le mammouth, une course-poursuite a lieu dans les rues de Londres, puis c’est l’embarquement pour le grand Nord afin de rendre Moumoute à son environnement naturel. Les péripéties de s’arrêtent pas un instant et la lecture est très prenante. On veut savoir ce qu’il adviendra de Moumoute, Elsie, l’équipage d’anciens soldats, de Linotte et de Minus. Le monstre des glaces est une belle histoire d’amitié et d’entraide.

Les illustrations sont très amusantes et le trait de crayon de Tony Ross contribue à donner vie aux personnages si particuliers de David Walliams. Les images sont toutes aussi dynamiques que le texte et la lecture est fluide et amusante. C’est un livre plaisant à découvrir. Les auteurs donnent vie à un Londres victorien plein de contradiction, en jouant la carte de l’absurde et de l’humour. Ça fonctionne très bien! En fin de volume, l’auteur remet l’époque en perspective d’un point de vue historique. Il explique les libertés qu’il a prit avec l’histoire et nous parle un peu du véritable mammouth laineux tel qu’il l’a été avant son extinction. 

Ce livre est classé pour les 8 ans et plus. Je suis adulte et j’ai passé un bon moment avec ce livre qui m’a fait souvent sourire. J’en avais bien besoin. Je dirais donc qu’il s’agit d’une lecture familiale, à mettre entre les mains de ceux qui ont envie de vivre de folles aventures et de s’amuser un peu. Je suis ravie d’avoir dans ma pile un autre livre du même auteur, qui se déroule cette fois à Buckingham Palace. Ça promet! 

Le Monstre des glaces, David Walliams, illustrations de Tony Ross, éditions Albin Michel jeunesse, 512 pages, 2019

Le corps

J’allais sur mes treize ans quand j’ai vu un mort pour la première fois. Parfois, il me semble que ce n’est pas si lointain. Surtout les nuits où je me réveille de ce rêve où la grêle tombe dans ses yeux ouverts. Été 1962, quatre adolescents un peu fous s’élancent le long de la voie ferrée, à la recherche d’aventure, de frisson… de danger ?

Je voulais lire cette histoire depuis longtemps et la réédition de plusieurs longues nouvelles de Stephen King chez Albin Michel dernièrement, dans cette belle collection Wiz, était le moment parfait pour m’y plonger.

Le corps est donc une novella, une longue nouvelle, presqu’un roman, qui raconte la fin de l’été de quatre adolescents: Vern, Chris, Teddy et Gordon. L’histoire se déroule à la Fête du travail, avant le retour à l’école. Les jeunes partent en « camping » mais le but de cette étrange promenade le long de la voie ferrée qui sillonne la forêt, est de retrouver le corps d’un jeune garçon de leur âge, porté disparu alors qu’il cueillait des mûres, dont ils entendaient parler dans les journaux.

Cette nouvelle qui se déroule en 1960, raconte en fait le passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est un thème cher à Stephen King qui revient dans plusieurs romans. L’histoire parle de courage, des peurs et du fait de les affronter. Des amitiés qui s’étiolent avec le temps. Des vacances, des nouveaux défis qui s’annoncent pour les garçons à la rentrée scolaire et du fait de partir à l’aventure « une dernière fois » avant d’être tous séparés. Les années 60, vécues par de jeunes garçons téméraires, sont particulièrement bien racontées. C’est un monde dur, où l’éducation ne se fait pas toujours avec douceur. C’est le moment pour les quatre amis de faire face également à quelques désillusions et à affronter des choses qu’ils ne voulaient pas forcément affronter. Du moins, pas réellement. Mais grandir, c’est aussi cela. 

J’ai beaucoup aimé cette histoire, que l’on peut qualifier de « roman d’initiation ». L’histoire se déroule à Castle Rock, ville fictive que l’on retrouve très souvent chez Stephen King dans plusieurs de ses romans: Dead zone, Cujo, Bazaar, Elevation, Brume, entre autres. 

Vern débarque à bout de souffle dans la cabane où flânent ses amis avec une question: 

« Vous voulez voir un mort, les gars? »

Naturellement, les garçons sont fascinés et préparent une expédition pour partir à l’aventure, à pied, tout le long de la voie ferrée, afin de voir le corps. C’est Gordon, doué pour inventer des histoires et les raconter, qui nous fait le récit de cet été où, avec ses amis, ils ont vu le corps. Gordon est maintenant adulte et il est devenu écrivain. Il raconte leur amitié, leur expédition, les dangers auxquels ils ont fait face pendant cette aventure loin des parents, dans la nature. 

« Quand on est de la ville, les ténèbres qui envahissent les bois ressemblent plutôt à une calamité naturelle qu’à un phénomène naturel, comme les crues de printemps de la rivière Castle. »

Au fil des pages, nous découvrons les différentes personnalités des quatre garçons, ce qu’ils sont devenus par la suite et la façon dont ils ont fait face aux événements de l’été où ils ont été confrontés à la mort. Les personnages sont tous différents, mais deux se démarquent un peu plus du groupe. Gordon est intéressant, par sa façon de voir et de raconter les choses. C’est l’écrivain du groupe. On retrouve certaines de ses histoires dans le texte. Même si c’est lui le narrateur, j’avoue avoir aussi beaucoup aimé le personnage de Chris, catalogué dès l’enfance comme étant un fauteur de troubles comme sa famille, alors qu’il s’avère être d’une compagnie précieuse pour les membres du groupe. C’est une vieille âme qui parle avec une lucidité effrayante de la vie. 

Le corps est une histoire qui donne le frisson. Pas au sens premier comme on pourrait l’imaginer, mais plutôt parce que le texte nous pousse à revisiter les peurs et les craintes enfantines. Comme par exemple, l’aventure qui est à la fois grisante et effrayante; les adultes qui peuvent nous faire peur surtout quand leur réputation est exagérée; les conséquences de ce que l’on fait et de ce que l’on appréhende. On peut aussi percevoir de nombreuses métaphores dans l’expédition des quatre garçons, qui seront finalement confrontés à leur plus grand défi: eux-mêmes.

stand-by-meEn 1986, il y a eu une adaptation de cette histoire au cinéma: Stand by me (ou Compte sur moi pour la traduction). Étonnamment je ne l’avais jamais vu, même si on y retrouve River Phoenix, trop tôt disparu, un acteur que j’adorais quand j’étais adolescente. Après avoir terminé le livre, j’ai tout suite regardé le film, qui s’avère être une très bonne surprise. Il n’a pas du tout vieilli et est encore très actuel. J’y ai retrouvé pratiquement ligne par ligne tout le texte de Stephen King, tant cette adaptation est fidèle au livre. Visuellement, c’est un film qui nous plonge totalement dans l’histoire. Les jeunes acteurs étaient parfaits pour leurs rôles. Le film m’a semblé peut-être un peu moins effrayant que le livre, mais tout aussi intéressant. 

J’ai passé un excellent moment de lecture et de visionnement avec ce classique de Stephen King, qui est une métaphore du long chemin vers l’âge adulte. C’est une œuvre puissante, encore aujourd’hui, qu’il est vraiment agréable de (re)découvrir. Je vous en suggère la lecture, si vous ne connaissez pas encore ce texte. 

Le corps, Stephen King, éditions Albin Michel, 320 pages, 2019

De pierre et d’os

De pierre et d'osDans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.

De pierre et d’os est un roman que j’ai beaucoup vu sur les réseaux sociaux et qui m’attirait bien. Je n’ai vraiment pas été déçu! Cette lecture s’est avérée être à la hauteur de mes attentes.

L’aventure commence alors que la banquise se fend dans un grondement sourd, séparant Uqsuralik des siens et de l’igloo familial. La jeune fille se retrouve seule, à l’écart de ce qu’elle connaissait. Elle devra donc, avec ses chiens, affronter en solitaire le grand froid arctique, la solitude, la faim. Elle devra apprendre à survivre.

« Je suis à nouveau seule sur le territoire. À la recherche de baies et de petit gibier. Je dors sur des tapis de mousse quand il y en a, ou parmi les saules nains. Il fait chaud – trop chaud parfois. Cela n’est pas bon. Les moustiques m’assaillent et j’ai peur que les maladies fondent sur moi. Ikasuk pleure certains soirs. Je me demande si les esprits ne rôdent pas. »

À travers son périple, elle fera des rencontres difficiles et d’autres, plus accueillantes. Elle sera confrontée à la jalousie, à la haine, à la méchanceté, à la mort; mais également à la bonté, à l’entraide, aux saisons rigoureuses, à la dynamique familiale, à la chasse et à la bienveillance.

À travers ce roman on apprend beaucoup sur les coutumes, le côté vestimentaire, les nombreuses croyances, la chasse, la pêche, le côté nomade des Inuits, les abris, la mentalité de cette tribu et la dure réalité de ce mode de vie sur un territoire qui nous paraît inhospitalier. Pourtant, c’est peut-être là que se trouve l’exemple de la plus pure liberté. Les Inuits ont besoin des uns et des autres, mais la terre où ils vivent les rend libres, même s’ils doivent affronter les rigueurs parfois cruelles de ce coin du monde.

« Sans couteau à neige, avec mon seul ulu, je construis un abri de fortune, empilant des pierres. Je comble les trous par des éclats de vieille glace. J’ai des graviers sous les ongles et des écorchures aux doigts. Le premier soir, je suce mon sang en regardant la voûte céleste. »

Il y a d’ailleurs de sublimes passages dans ce roman. Les nombreux chants particuliers, mais combien beaux et poétiques, utilisés par les Inuits pour exprimer une joie, faire un aveu, pour révéler une vision ou même pour confronter quelqu’un d’autre dans un désaccord, sont fascinants. Le côté hospitalier de ce peuple qui accueille les voyageurs, peu importe qui ils sont. L’aspect spirituel est très développé. Les Inuits ont des visions chamaniques impressionnantes annonçant des événements qui se concrétisent. C’est un peuple nomade, composé de chasseurs, qui cueillent aussi beaucoup de plantes et de baies en été. Ce peuple partage son territoire avec les animaux, les esprits et les éléments.

Le monde des esprits est très présent dans le quotidien des Inuits et dans leur façon de vivre. Selon les différentes périodes de l’année, les croyances sont très liées aux lieux de chasse. Les esprits peuvent se manifester à certains d’entre eux. Leurs croyances leur donnent accès à des visions spirituelles très fortes et très imagées. L’idée de réincarnation est très ancrée chez ce peuple et l’auteure nous le fait vivre à travers ses personnages. C’est à la fois passionnant et captivant.

La richesse de la culture Inuit est vraiment bien décrite. Le travail de recherche de l’auteure est impressionnant. Les personnages sont habités par tout ce qui guide ce peuple, par les coutumes et le quotidien magnifiquement décrit. Avec le personnage de Uqsuralik, Bérengère Cournut nous transporte dans un autre monde, un monde glacial où les esprits sont maîtres du territoire. Les habitants ont donc intérêt à respecter les coutumes et à ne pas froisser les esprits. Plusieurs de leurs gestes vont dans ce sens, en mettant en avant leurs convictions et la foi qu’ils ont dans les esprits. Par exemple, l’utilisation d’une même lance de chasse pour les animaux marins ou terrestres par exemple, est totalement prohibée, afin de ne pas déplaire aux esprits.

De pierre et d’os est un très beau roman qui aborde un monde qui nous est majoritairement inconnu. Le texte nous permet d’aborder l’histoire d’un peuple, d’apprendre à connaître ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. On découvre dans ce très beau roman le quotidien à la fois rude, mais profondément riche en histoires, du peuple inuit.

Le roman nous permet de suivre le destin de cette jeune fille devenue femme, qui chasse, se démarque de son peuple par son travail, ses capacités et ses agissements. Uqsuralik est un personnage féminin très fort qui tente de briser certaines idées préconçues et de se faire une place comme femme et chasseuse. C’est vraiment intéressant de suivre son histoire et de découvrir toute la profondeur des personnages.

C’est une lecture très fluide, très imagée. J’ai beaucoup aimé ce livre, j’y ai découvert un monde fascinant et passionnant. Je relirai assurément cette auteure. J’ai bien envie de poursuivre ma découverte avec Née contente à Oraibi, qui aborde aussi le quotidien d’un autre peuple, les Hopis.

Un petit mot également sur la couverture de De pierre et d’os que je trouve aussi splendide! À la fin du roman, on retrouve des photos d’époque qui illustrent bien l’histoire qui nous a été racontée.

Un roman que je vous conseille fortement, qui peut être lu par des jeunes comme par des adultes, avec un grand plaisir!

De pierre et d’os, Bérengère Cournut, éditions Le Tripode, 219 pages, 2019

 

Green Class t.1: pandémie

Green Class 1De retour d’un voyage scolaire dans les marais de Louisiane, une classe de jeunes Canadiens se retrouve immédiatement plongée en plein cauchemar. Un mystérieux virus s’est répandu, transformant peu à peu les humains en inquiétants monstres végétaux. L’armée a pris le contrôle du territoire. Mis en quarantaine, forcés d’abandonner un des leurs, cinq d’entre eux décident de se rebeller. Fin du monde ou pas, ils resteront maîtres de leur destin…

J’avais ce livre dans ma pile à lire depuis un moment et avec l’arrivée de la pandémie, je ne me suis d’abord pas sentie capable de lire cette bande dessinée. Au fil des semaine, ça mieux été et j’avais envie de la découvrir.

La première chose qui m’a attirée vers cette bd c’est le dessin. Il me plaît beaucoup. Le résumé était alléchant et l’histoire est à la hauteur. Elle tient bien la route et le scénario est conçu pour donner envie d’en savoir plus. On se retrouve quelque part entre les bandes dessinées Seuls et The Walking Dead. Pas vraiment de zombies ici, mais plutôt un virus qui a fait muté dangereusement les malades. Jusqu’à ce qu’ils deviennent quelque chose qui n’est plus tout à fait humain…

Visuellement, la bd est superbe. La couverture avec ses textures différentes, les planches ainsi que le dossier graphique à la fin. J’apprécie toujours beaucoup quand les artistes partagent leur démarche et l’évolution de leur travail avec les lecteurs. C’est intéressant et ça donne un petit plus au livre.

L’histoire aussi est très prenante. On la commence tout en voulant connaître rapidement la fin. C’est une véritable aventure que vivent ces jeunes. De retour d’un voyage de deux semaines dans les marais de Louisiane, les jeunes et leur professeur se retrouvent désemparés quand ils constatent que l’accès à l’aéroport leur est interdit. La ville semble dévastée, de grandes sections commencent à être condamnées. Un membre de leur groupe tombe malade et les jeunes feront tout pour le sauver.

À une échelle différente, on retrouve dans Green Class un écho de la pandémie actuelle, comme sans doute dans la plupart des histoires post-apocalyptiques. Un virus qui n’a pas de vaccin et qui est très contagieux. Une ville en quarantaine. Un confinement imposé. Des avions qui ne volent plus. Dans la bd cependant, le virus intervient dans les gênes et les gens ne sont plus eux-mêmes. La quarantaine a dégénérée et les gens sont retenus prisonniers derrière un immense mur. Les jeunes qui sont restés tentent de sauver leur ami et de survivre dans un monde devenu hostile. C’est en se rendant dans un camp d’aide qu’ils constatent comment les choses fonctionnent réellement…

Green Class met en scène un groupe d’adolescents avec les préoccupations et chamailleries de leur âge. En se retrouvant dans une situation extraordinaires, on voit ressortir le meilleur comme le pire d’eux-même. L’histoire est prenante et pleine d’action et d’aventure. J’ai beaucoup aimé cette histoire dont la fin nous laisse sur notre appétit. Mon seul petit bémol, c’est avec le langage utilisé. Les auteurs sont français, mais les personnages sont canadiens et on sent beaucoup trop le parler français à mon goût. De ce côté, j’ai trouvé que c’était moins crédible. J’aurais préféré un français plus universel. Ce n’est pas dérangeant, mais comme je me suis fait la réflexion à quelques reprises pendant ma lecture, j’en glisse toute de même un mot.

Si vous n’avez pas peur de lire des histoires de pandémie en pleine pandémie, cette bd est vraiment bien et l’action est au rendez-vous. Les personnages sont intéressants, plusieurs sont bien développés et évolueront sans doute dans la suite que je compte bien lire! Je veux vraiment savoir comment les choses vont se dérouler maintenant que j’ai lu la fin du premier tome!

Green Class t.1: pandémie, Jérôme Hamon, David Tako, éditions du Lombard, 72 pages, 2019