Quelqu’un m’attend derrière la neige

Quelqu'un m'attend derrière la neigeC’est la nuit de Noël.

Un livreur de gelati désenchanté file dans son petit camion jaune entre l’Italie et l’Angleterre. Une hirondelle venue d’Afrique s’entête à voler vers le Nord dans le froid de l’hiver.

Invisible, un troisième personnage avance dans la même direction à travers la neige.

Il joue sa vie en secret.  

« Les hirondelles ne fêtent pas Noël. »

Voilà comment commence l’album de Timothée de Fombelle, illustré par Thomas Campi. Étonnamment, l’hirondelle de l’histoire file vers le nord en faisant totalement l’inverse de tous les autres oiseaux de son espèce.

Freddy de son côté, s’entête à vouloir livrer sa cargaison de gelati, alors qu’on lui a clairement dit de rentrer chez lui. L’entreprise qui l’emploie ne va pas bien. Freddy n’a plus de travail. Il n’a pas envie de rentrer. Il ne sait pas ce qu’il fera de ses journées. La solitude lui pèse. Parfois il passe de très longs moments sans parler à personne.

C’est un concours de circonstances qui va permettre à trois personnages de cette histoire d’entrer en contact et, en quelque sorte, de sauver deux d’entre eux. Un de la solitude, l’autre de la mort.

Je trouve très difficile de parler de ce livre sans dévoiler ce qui est essentiel. Les liens entre les personnages et les événements créent un beau conte qu’il vaut mieux découvrir en sachant le moins de choses possibles. L’histoire ne prend pas forcément la tournure que l’on imagine, mais le message derrière est très beau.

À noter les magnifiques illustrations qui prennent souvent une ou deux pages entières et qui donnent tout de suite le ton à l’histoire. Elles sont absolument merveilleuses et l’ambiance de l’album est à la fois intime et feutrée.

Quelqu’un m’attend derrière la neige est une histoire touchante sur la synchronicité et les hasards qui n’en sont pas. C’est aussi un conte sur ces événements qui s’enchaînent et dont on ne comprend pas forcément la raison sur le moment… Une fabuleuse histoire!

Cet album est conseillé à partir de 7 ans. Il plaira tout autant aux adultes, à cause de son message qui touchera de façon différente les plus grands.

À découvrir.

Quelqu’un m’attend derrière la neige, Timothée de Fombelle, illustrations de Thomas Campi, éditions Gallimard jeunesse, 56 pages, 2019

Zaroff

Zaroff« Je m’appelle Fiona Flanagan. Vous ne me connaissez pas, général Zaroff…
Et pourtant, il y a peu, vous avez changé ma vie. En tuant mon père, lors d’une de vos sordides chasses à l’homme. Je me propose de vous rendre la pareille !
Mes hommes ont retrouvé votre sœur cadette et ses trois enfants. Ainsi que l’île qui vous sert de repaire… Et cela m’a donné, à mon tour, des envies de chasse !
Qui, de vous ou moi, trouvera votre sœur et ses enfants en premier ? À l’instant où vous lirez ces mots, ils seront déjà sur votre île. Si c’est moi qui les rattrape, je les tuerai. Si c’est vous, il vous faudra les défendre. Car je n’aurai de cesse de tous vous chasser et de tous vous abattre. Afin qu’il ne reste aucun Zaroff en vie dans ce monde. »

Les chasses du Comte Zaroff est un film sorti en 1932, une adaptation de la nouvelle de Richard Connell parue en 1924. C’était le début du cinéma « survival », mettant en scène une sorte de tueur en série. L’histoire a une fin ouverte, ce qui a inspiré les auteurs de la bande dessinée à poursuivre l’histoire du Comte Zaroff et à lui redonner vie encore une fois.

Le livre débute avec la chasse à l’homme d’un chef de la Mafia et c’est la raison pour laquelle sa fille débarquera sur l’île, en kidnappant des membres de la famille de Zaroff. Elle le défie afin de venger son père. Zaroff est en terrain connu, parce qu’il s’agit de son île alors que ceux qui débarque sont plus nombreux, mais ils ne connaissent pas les lieux. Zaroff est un chasseur plus « animal », alors que ce qui anime sa rivale est la vengeance. C’est une chef de bande qui gère sa chasse de la même façon. C’est elle qui décide, peu importe si son groupe est d’accord ou pas.

La bande dessinée offre de l’action d’une page à l’autre puisqu’il s’agit d’une chasse à l’homme et donc d’une histoire de survie. L’île sur laquelle se joue la grande chasse est piégée, autant de vrais pièges (l’objet), que de lieux dangereux piégés par des animaux qui ne sont pas forcément originaires de l’île.

Dans chacun des deux camps, des membres de chaque clan pourraient se retourner contre leur chef: certains mafieux ne sont pas d’accord avec la prise de pouvoir d’une femme au sein de la mafia. Du côté de Zaroff, sa famille n’approuve absolument pas son mode de vie criminel et ne lui fait pas confiance même si leur vie en dépend. On ne sait donc pas pendant la lecture quel camp l’emportera et qui trouvera une fin tragique.

« Le monstre en question est votre seule chance de survie ici. Sans moi vous êtes voués à une mort certaine. »

Cette bd est vraiment fascinante. Les illustrations sont magnifiques. Elles appuient à merveille le texte du scénario et le complète parfaitement. Les événements s’enchaînent bien et l’histoire est très visuelle. J’ai adoré tant le texte que les images. Le livre m’attirait, mais je ne croyais pas l’aimer autant. Même si le sujet semble très noir, ce n’est pas du tout gore. Les auteurs nous plongent vraiment dans l’action plutôt que dans l’horreur, le récit est fluide, inquiétant et très prenant.

Je vous invite à découvrir cette fascinante bande dessinée, qui s’inspire d’un film, pour faire revivre le personnage avec ce qui aurait pu être la suite de l’histoire. Une belle découverte pour moi!

Zaroff, François Miville-Deschênes & Sylvain Runberg, éditions Le Lombard, 88 pages, 2019

Un autre regard sur le climat

un autre regard sur le climatElle avait déjà servi la cause des femmes et des réfugiés. La blogueuse Emma s’attaque maintenant au réchauffement climatique. Comment fonctionne le réchauffement climatique? Qu’est-ce que la taxe carbone ? S’appuyant sur de nombreuses recherches, cette introduction au changement climatique permet de mieux comprendre les mécanismes à l’oeuvre et les évolutions possibles dans les décennies à venir. Le but est aussi de montrer que des solutions sont à portée de main et que chacun à notre manière, nous pouvons contribuer à ce changement. Des dessins simples, un contenu au plus près des préoccupations des citoyens et un message clair : se trouvent ici condensés tous les ingrédients qui font le succès des bandes-dessinées d’Emma.

Un autre regard sur le climat est un ouvrage facile à lire et dont j’ai adoré le format. À la fois essai et bande dessinée, c’est un livre vraiment pertinent à l’époque où nous vivons. Il nous permet de mieux comprendre certains concepts comme par exemple le capitalisme ou les crédits carbone, et présente des pistes de réflexion au sujet de l’environnement et du climat.

« La plupart des produits qu’on nous présente comme « verts » – les éoliennes, les voitures électriques – sont fabriqués à partir de métaux, rares ou pas, mais dont l’extraction est coûteuse et polluante. En se tournant vers ces solutions on ne fait que déplacer le problème écologique, des énergies fossiles vers d’autres ressources tout aussi problématiques. »

Le livre nous explique la provenance de la pollution. L’auteure, Emma, met le doigt en texte et en images sur le problème du réchauffement climatique en nous expliquant pourquoi le problème écologique ne fait qu’empirer, sans jamais réellement se régler. Elle ne se contente pas de suivre le mouvement en disant aux citoyens : soyez verts! Recyclez! Elle pousse plus loin l’idée d’un problème mondial, en lien avec les gouvernements et les grandes compagnies.

Elle a beaucoup lu sur les changements climatiques et le climat. Avec un ton humoristique, sous forme de bande dessinée ayant l’apparence d’un mélange de textes et d’images, elle nous raconte les débuts de l’ère industrielle et les choix de société qui ont été faits jusqu’à aujourd’hui, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.

Elle explique également à quel point il est facile de culpabiliser et de quelle façon, sans avoir de solution miracle, l’entièreté de la société doit se prendre en main. Pas seulement une poignée d’individus écologistes. Elle met également le doigt sur la culpabilité que le citoyen peut ressentir face à son sentiment d’impuissance. Sans minimiser l’impact des petits gestes de chacun, l’auteure jette un regard différent sur ce que nous faisons, sur ce que nous pouvons faire et sur l’incapacité de plusieurs à mener certains gestes. Difficile, par exemple, de prendre le transport en commun dans un village en région qui n’offre pas de transport en commun et encore moins de train pour limiter l’usage de la voiture…

« Pendant que nous minutons nos douches et limitons les chasses d’eau tirées, des industries comme Coca-Cola consomment des dizaines de milliers de litres d’eau par seconde: pour fabriquer un litre de boisson, l’entreprise utilise 2.5 litres d’eau! »

Le livre est très bien imagé, les dessins sont aussi importants que le texte. Le ton est drôle et interpelle le lecteur. Il permet de sensibiliser les gens pour que le peuple s’unisse face au combat écologique. Elle remet en question certaines idées reçues et jette un autre regard sur le monde de l’écologie et des changements climatiques.

L’ouvrage permet d’apprendre énormément de choses sur la nature, l’évolution du climat et les changements partout dans le monde. Il y a beaucoup de statistiques à l’appui, de citations de gens œuvrant dans le domaine. Elle fait régulièrement le parallèle avec le capitalisme qui mène le monde et empêche bien souvent le simple citoyen de mettre en place ses choix écologiques. Les grandes compagnies et le lobbying mettent régulièrement en oeuvre de la publicité et une image montrant leur bon vouloir, alors que bien souvent, le profit demeure la clé de chaque geste. L’auteure ajoute à chaque chapitre une « lettre » provenant des capitalistes afin de mieux comprendre l’impact de notre société sur l’écologie. C’est tout un monde à repenser, à réinventer.

Ce petit livre est vraiment une lecture intéressante. L’auteur étaye son texte de nombreux faits vérifiables, de statistiques et de tableaux (avec une longue liste de sources en fin de volume) permettant de mieux saisir toute l’ampleur du sujet écologique. Le ton est amusant tout en étant instructif. C’est donc un texte très abordable qui peut être lu par tout le monde. Ce qui permet aussi de mieux comprendre certains aspects du monde des écologistes et des gouvernements, tout en ouvrant la porte à une grande réflexion nécessaire.

Un livre à mettre entre toutes les mains, pour justement, avoir un autre regard sur le climat, un sujet qui nous touche tous de très près.

Un autre regard sur le climat, Emma, Massot éditeur, 96 pages, 2019

Le concile des arbres

concile des arbresDans un XIXe siècle improbable, baigné d’une ambiance Nouvelle-Angleterre à la Sleepy Hollow, deux enquêteurs spécialisés dans le paranormal tentent de comprendre pourquoi, dans un hôpital perdu en pleine forêt, des enfants disparaissent. Ils découvrent que, non loin de cette vieille bâtisse, il y a des siècles de cela, un massacre aurait eu lieu. Ces étranges disparitions seraient liées à ce lieu sacré et maudit…

L’histoire du Concile des arbres est intrigante à souhait. C’est le résumé qui m’a donné envie de la lire. J’aime ce qui est mystérieux et inquiétant. Ici, chaque nuit, des enfants soignés dans un hôpital gothique, se lèvent de leurs lits et grimpent sur le toit. Ils semblent en proie à une étrange transe et on les dirait possédés. Ils fredonnent une mélopée incompréhensible. Chaque nuit, tout le personnel de l’hôpital s’agite. Si certains tentent de prendre soin des petits, d’autres souhaitent faire avancer leur carrière en étudiant d’un point de vue scientifique cet étrange phénomène.

Un couple improbable d’enquêteurs est chargé de trouver ce qui se passe entre les murs de l’hôpital royal pour femmes et enfants. La dynamique entre ces deux personnages est très particulière et la petite histoire entre eux plutôt convenue. J’avoue qu’ils m’ont peu intéressée et que j’étais plutôt intriguée par ce qui semble posséder les enfants. Les enquêteurs tentent d’approcher l’hôpital et de mener leur enquête, mais on leur place constamment des bâtons dans les roues. Ils devront s’imposer pour réussir à soutirer à l’étrange personnel des lieux, quelques réponses…

Cette histoire est à la fois une enquête policière, une histoire fantastique qui puise dans les récits des Druides et qui commence dans une clairière entourée d’arbres où arrivent d’étranges disparitions…

J’ai passé un assez bon moment avec cette bande dessinée qui, sans réinventer le genre, est assez intéressante. Suffisamment prenante pour qu’on veuille connaître la fin. J’ai été cependant moins sensible aux dessins. Je trouve les expressions des personnages trop caricaturales. J’aurais préféré, vu le type d’histoire, quelque chose d’un peu plus brumeux. Question de goût!

Le concile des arbres n’est pas une histoire inoubliable, mais c’est un one-shot tout de même agréable à lire s’il vous tombe entre les mains.

Le concile des arbres, Bara & Pierre Boisserie, éditions Dargaud, 64 pages, 2016

Il faisait beau et tout brûlait

il faisait beau et tout brulaitUne fin d’été dans un tout-inclus en Tunisie, où une mère accompagnée de son fils handicapé sombre peu à peu dans un besoin toujours plus inavouable de liberté, tandis que tourne à l’obsession l’image récurrente d’une cliente solitaire qui a croisé son regard. Une histoire d’amour sensible entre un cordonnier timide et une belle cliente, qu’il ne sait pas comment aborder, avec en toile de fond la ville de Punta Arenas, dans le grand sud chilien. Une jeune Australienne qui souffre d’éco-anxiété devant la dégradation économique et écologique de la planète, oscille entre colère contre la génération précédente et inertie face à un avenir incertain.

Il faisait beau et tout brûlait contient trois nouvelles bien différentes. Dans un recueil de nouvelles, il y a toujours certaines histoires qui nous touchent plus que d’autres. De mon côté, j’ai préféré les histoire dans leur ordre de publication, ma préférée étant la première histoire.

« Ce soir, la respiration arythmique de Julien est couverte par le souffle d’un vent clair et je repense à l’amour comme à des vacances lointaines, trop lointaines pour y revenir, sans même parvenir à savoir si ma peau, quand parfois je la touche, est encore douce et veloutée, si mes joues prendraient encore ces reflets pourpres au contact d’une autre peau. »

J’aime beaucoup l’écriture de l’auteur, sa façon d’amener ses personnages et de nous partager ses mots. Il y a un peu de poésie dans sa plume, ce qui naturellement vient toujours me chercher comme lecteur.

Voici donc un aperçu de chacune des nouvelles:

Franchies les frontières
Cette première nouvelle aborde la vie quotidienne d’une mère partie en voyage avec son fils atteint d’amyotrophie spinale, un handicap demandant des soins constants. C’est
une mystérieuse rencontre qui changera certaines choses pour cette mère, l’amènera à poser un autre regard sur son présent et son passé. Cette histoire joue beaucoup avec l’émotion. C’est un portrait sensible d’un parent qui vit avec un enfant ayant un handicap important qui ne laisse aucun répit. J’ai trouvé ce texte particulièrement bien écrit. L’auteur amène son histoire d’une façon originale.

Région XII
Cette nouvelle qui se déroule à Punta Arenas raconte l’histoire d’amour entre un cordonnier très timide et une très belle cliente. C’est une histoire pleine de légèreté et de douceur, qui se lit très bien. La simplicité de cette histoire, qui amène quelques sourires, est un beau point positif. J’ai beaucoup aimé, parce que le texte est poétique.

Kim
Cette troisième nouvelle parle d’une femme, Kim, qui souffre d’éco-anxiété. C’est toujours elle qui parle et transmet ses émotions face aux différentes situations auxquelles elle doit faire face. Cette histoire est axée sur les échanges entre Kim et plusieurs personnages. Elle parle beaucoup de sa nostalgie d’un temps passé, alors que sa génération doit vivre avec les conséquences de ceux qui l’ont précédé. C’est un personnage malheureux qui trouve refuge dans la drogue. L’univers de cette nouvelle est dur, avec peu d’espoir. J’ai moins accroché à cette histoire. J’avais l’impression de me perdre un peu dans le monde de Kim, même si je comprend son mal de vivre en fonction des problèmes liés à l’écologie et aux changements climatiques. Ça demeure un enjeu important.

Dans l’ensemble, ce recueil m’a beaucoup plu. Si j’ai préféré les deux premières nouvelles et que j’ai eu un peu de mal avec la langue utilisée par moments pour la troisième, l’auteur a une très belle plume, à la fois poétique et artistique. J’aimerais bien le relire éventuellement, C’est une belle découverte pour moi. Sa façon d’amener ses personnages et de créer de petits univers, m’a beaucoup parlé. Le livre se lit très bien, les histoires sont intéressantes et les personnages sont entiers et attachants.

Un recueil que je recommande, principalement pour les deux premières nouvelles, qui valent la peine. Un auteur à surveiller!

Il faisait beau et tout brûlait, Vincent Giudicelli, Annika Parance Éditeur, 132 pages, 2019