Signal d’alerte

signal d'alerte » Il est des choses qui nous perturbent, des mots ou des idées qui surgissent sous nos pas comme des trappes, nous précipitant de notre monde de sécurité et de bon sens en un lieu beaucoup plus sombre et moins accueillant.  »  Magie, monstres, mythes et miracles… Neil Gaiman décline librement poésie, fantastique, science-fiction, conte de fée.

J’avais très hâte de lire ce recueil, car j’aime beaucoup ce qu’écrit Neil Gaiman. Ma dernière lecture de cet auteur, La mythologie viking, m’avait passionné. J’avais donc hâte de le retrouver avec ces histoires, à la fois contes, poésie et fictions. Le recueil fait près de 500 pages et je l’ai trouvé vraiment très long. Ce livre m’a accompagné pendant des semaines et j’avais par moments l’impression que je n’en verrais pas la fin.

Le livre débute par une longue préface. C’est particulier, mais je crois qu’il s’agit peut-être de la partie que j’ai le plus aimé du livre. C’est la partie la plus divertissante, la plus intéressante car dans ce texte on apprend à mieux connaître l’auteur. On apprend des choses sur ses lectures, sur les gens qui l’on inspiré à devenir ce qu’il est devenu. Cette préface donne une image très sympathique de l’auteur. C’est plaisant de voir à travers ce texte sa vision de l’écriture, de le lire concernant sa démarche pour chacune des nouvelles, d’apprendre ce qui l’a inspiré pour chacune des histoires. Dans cette préface, ce que j’ai trouvé paradoxal, c’est qu’il donne des règles pour écrire de bonnes nouvelles. Et il fait tout le contraire. Ce qu’il reproche aux « mauvais » recueils de nouvelles, c’est justement ce que j’ai eu l’impression de retrouver ici…

Autant la préface est passionnante, autant je trouve que les nouvelles sont plutôt fades. Je m’ennuyais un peu. On ne retrouve pas cet enthousiasme de l’auteur qui transparaît dans la préface. Il y a quelque chose qui manque. Un punch ou une sorte de dénouement qui nous laisserait un peu surpris, ou captivé. Beaucoup de nouvelles tombent à plat. J’ai eu du mal, bien souvent, à comprendre où l’auteur souhaitait nous amener.

La nouvelle La vérité est une caverne dans les montagnes noires est sans doute la plus belle nouvelle de son recueil. La mythologie n’est pas très loin. Cette histoire m’a donné espoir pour la suite puisqu’on y retrouve parfaitement ce que j’aime de cet auteur. Cette histoire nous donne envie d’en savoir plus et de connaître le dénouement. Les autres fictions me donnent le sentiment de ne pas être abouties.

En tournant la dernière page de ce long recueil, j’ai été déçu parce que j’en attendais beaucoup et mon plaisir de lecture n’était pas au rendez-vous. J’ai eu l’impression de ne pas retrouver le Neil Gaiman que j’aime normalement. Je n’y retrouve pas sa griffe habituelle. Ce recueil m’a semblé étrange. On y retrouve ce petit côté fantastique ou particulier cher à Gaiman mais sans le côté plus percutant, plus captivant de ce que j’ai lu de lui. J’ai eu l’impression que les thèmes de ses nouvelles avaient beaucoup de potentiel, mais qu’il manque un petit côté punché, dans l’écriture et la présentation des nouvelles, qui n’est pas venu me chercher. Les nouvelles sous forme de poésie auraient pu me plaire, puisque je lis énormément de poésie. Elles m’ont toutefois donné l’impression que ce n’est pas sa grande force. J’ai trouvé que ces textes poétiques manquaient de finition.

C’est le premier recueil de nouvelles que je lis de lui et ce sera probablement le dernier. Je vais me concentrer plutôt sur ses romans, qui me passionnent. Peut-être qu’ici, avec Signal d’alerte, Gaiman a été plus inspiré à nous parler de lui (je pense à la préface) qu’à nous partager ses histoires?

Signal d’alerte : Fictions courtes et dérangements, Neil Gaiman, éditions Au diable Vauvert, 496 pages, 2018

 

 

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L’Ours et le Rossignol

l'ours et le rossignolAu plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

L’Ours et le Rossignol est un roman fantastique qui s’inspire des légendes Russes et des histoires orales qu’on se racontait alors au coin du feu. C’est un roman très particulier, où c’est d’abord l’atmosphère qui compte, bien plus que l’histoire en elle-même. Katherine Arden nous amène sur des terres ancestrales, en pleine forêt, à l’écart du tumulte de Moscou et des intrigues de la cour. La forêt, est un lieu plus permissif où certains protocoles ne sont pas forcément suivis. C’est aussi le lieu où vivent les histoires et les contes de fées, ainsi que les personnages fantastiques qui en sont les principaux acteurs. La maison comporte ses esprits, la forêt également.

Vassia est le personnage clé de ce récit. Une jeune fille frondeuse, qui n’a peur de rien. Elle vole les vêtements de son frère pour se vêtir, parcours les forêts et chevauche à cru. Elle est beaucoup plus sensible à ce qui l’entoure, parle la langue des chevaux, apprend à voir bien au-delà de ce qui est visible. Plus elle grandit, plus elle porte difficilement ses différences et bien vite, elle est nommée, dans les chuchotements des villageois, la sorcière. Comme sa mère décédée. C’est d’ailleurs son héritage qu’elle porte avec fierté, d’autant plus que sa mère a choisi de lui permettre de vivre, en se sachant condamnée.

Le roman est l’histoire d’une famille qui règne sur ses terres, mais qui devra faire face à de lourds sacrifices. Les contes n’existent pas que dans les livres et la nuit, alors que le froid vent de l’hiver engourdit tout sur son passage, les créatures s’animent. Le diable n’est jamais bien loin et des pactes vieux comme le monde resurgissent.

« Sa folie était pire, ici, dans le Nord – vraiment pire. La maison de Piotr débordait de démons. Une créature avec des yeux comme des braises se cachait dans le poêle. Un petit homme dans la maisonnette aux ablutions lui faisait des clins d’œil à travers la vapeur. Un démon comme un fagot était avachi dans la cour. À Moscou, ses diables ne la regardaient jamais, ne braquaient jamais les yeux sur elle, mais ici ils la dévisageaient sans cesse. »

J’ai passé un bon moment avec ce roman à l’atmosphère particulière qui rappelle l’ambiance des contes Russes, des mythes et des légendes. Les histoires racontées au coin du feu, les créatures fantastiques qui habitent le monde, la forêt à la fois attirante et inquiétante, le mal qui n’est jamais loin.

« Tu m’as laissé cette fille déraisonnable, que j’aime profondément. Elle est plus brave et plus sauvage que n’importe lequel de mes fils. Mais quel intérêt, pour une femme? J’ai juré de la protéger, mais comment pourrais-je la protéger d’elle-même? »

J’ai adoré le personnage de Vassia, qui refuse une vie toute tracée et qui confronte les idées saugrenues des gens. Elle a une sensibilité à ce qui l’entoure, aux créatures et à la nature qui en fait un personnage féminin très fort et très intéressant. J’ai cependant trouvé un moment de flottement au milieu du livre, qui me donnait l’impression de se concentrer beaucoup trop sur le père Konstantin et moins sur Vassia.

Pendant plusieurs pages au centre du roman, il me semble qu’il y aurait eu matière à pousser plus loin la présence de Vassia. D’autres personnages lui font un peu d’ombre et c’est dommage. J’aurais aussi aimé voir un peu plus Aliocha, qui est très attachant. Vassia quant à elle, est extraordinaire, frondeuse, différente, sensible au monde invisible. Par contre, dès lors que le personnage de Konstantin arrive, la religion prend un peu trop de place à mon goût.

« Et il me semble que nous nous débrouillions très bien avant votre venue, parce que si on priait moins, on pleurait moins également. »

Le village s’étiole, de mauvaises choses arrivent. J’aurais simplement aimé que Vassia tienne un peu plus tête à sa belle-mère, un personnage détestable qui frôle la folie. J’aurais aimé que la jeune fille se démarque encore plus dans sa différence, dans un monde où les femmes ont un destin déjà tout tracé, celui de s’occuper d’une maison, d’un mari et d’enfanter des fils robustes et vaillants.

Heureusement, passé cette partie du livre, Vassia reprend son rôle de départ, soit celle d’une fille qui ne s’en laisse absolument pas imposer. L’arrivée de Morozko, le démon de l’hiver, intrigue et change la donne. Le roman retrouve alors l’intérêt que j’en avais au début du livre. On entre d’ailleurs dans une portion de l’histoire plus fantastique et effrayante et c’est sans doute le dernier tiers du roman qui m’a le plus intéressée.

« Il y a des choses mortes dans la forêt – les morts marchent. Père, les bois sont dangereux. »

Dans l’ensemble j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman. C’est l’atmosphère particulière qui en fait tout le plaisir de la découverte. C’est un roman étonnant, moins gentillet que je ne l’appréhendais, qui nous donne l’impression de lire un grand conte de plus de 300 pages. C’est un beau tour de force.

Il faut savoir que ce livre est le premier tome d’une trilogie, The Winternight Trilogy. L’Ours et le Rossignol est le seul traduit en français à ce jour. J’espère que les autres le seront aussi parce que j’ai bien envie de découvrir où nous mèneront les pas de Vassia, dans la nuit glaciale de l’hiver… Même si ce premier tome a quelques défauts, j’ai aimé l’imaginaire de Katherine Arden et j’ai envie de la relire.

L’Ours et le Rossignol, Katherine Arden, éditions Denoël, 368 pages, 2019

Snow illusion

snow illusion“On a dit qu’elle n’était peut-être pas humaine…”
Dans une ville au bord de la mer, Susumu croise une femme venue d’on ne sait où. 
Son nom est Yuki.
Elle est belle, travailleuse.
Susumu l’épouse.
Leur vie ressemble au bonheur…
Jusqu’au jour où un autre homme sème le doute dans leur couple ! 
“Je cherche juste un homme avec lequel je pourrais vivre toute ma vie…”

Ce manga est un one shot qui m’a attirée à cause de son thème hivernal. Je ne savais rien de l’histoire en l’empruntant. En fait, il s’agit d’une réécriture du mythe japonnais de la Yuki Onna, la femme des neiges. Yuki Onna fait partie du folklore populaire et puise ses sources dans la mythologie japonaise. Ce personnage, que l’on dit être une femme des neiges, personnifie l’hiver et les tempêtes de neige. C’est une femme d’une grande beauté souvent présentée comme étant cruelle.

Avec le manga Snow illusion, Ikori Andô nous offre une vision particulièrement triste de ce personnage, incarné ici par une jeune femme frêle qui cherche le véritable amour. Yuki rencontre tout d’abord Susumu un jour de tempête de neige.

« Yuki est apparue de nulle part, le jour où il a neigé totalement hors saison… »

Ils sont amoureux et se marient. Susumu traite Yuki un peu comme une bonne à tout faire. Elle cuisine, le sert lui et ses amis, ce qui est plutôt choquant. Mais Susumu s’éloigne d’elle et l’inévitable fini par se produire: il trompe sa douce et « parfaite » femme. Dès que Yuki comprend que son mari ne l’aime pas vraiment, elle ne peut plus rester et le quitte. Elle disparaît, tout simplement. Son mari est effondré. Sauf que, comme tous les autres, quand la neige aura fondue, il aura tout oublié…

Le manga est conçu en plusieurs chapitres où chacun raconte une nouvelle rencontre et une nouvelle histoire. Un jour de neige, un homme tombe amoureux d’une jeune femme. Elle est perçue comme la femme parfaite, mais chaque homme qui tombe amoureux d’elle fini par ne plus l’aimer. Plus vraiment.

« Je cherche juste un homme avec lequel je puisse rester jusqu’à la fin de ma vie. »

On découvre rapidement que quelqu’un traque cette femme et cherche à découvrir son secret. C’est sans doute ce qui est le plus intéressant dans cette histoire: elle est présentée comme un mystère dont on ne comprend pas tous les rouages. On retrouve tous les éléments d’un conte un cruel, une roue sans fin, la magie de l’amour et de la neige, mais une magie d’aussi courte durée que les relations qu’entretient Yuki.

J’ai bien aimé ce manga qui est prenant et qui nous pousse à tourner les pages rapidement pour connaître l’étrange secret de Yuki. J’ai apprécié aussi que ce soit la réécriture d’une histoire tirée de la mythologie japonaise et que l’auteur l’ai adaptée à sa façon. La forme choisie, soit la répétition d’une histoire qui se termine toujours sensiblement pareille, instille un certain mystère autour de Yuki.

Un manga hivernal où tout commence par une tempête de neige et se termine lorsque la neige fond. J’ai bien aimé cette idée et la lecture m’a plu. C’est un one-shot agréable à lire, qui interpellera forcément ceux qui aiment les réécritures de conte ou de mythes, les histoires d’amour et les ambiances enneigées.

Snow illusion, Ikori Andô, Komikku éditions, 224 pages, 2015

Michel, la corneille, l’outarde et le loup

michelAncien trappeur et fondateur du célèbre Refuge Pageau pour animaux en détresse, à Amos, Michel Pageau a grandi au cœur de la forêt boréale. Tout jeune, il a d’abord recueilli Pénélope, cette corneille aussi vive qu’intelligente, alors qu’il fréquentait encore l’école. Plus tard, ce fut Gudule, la petite outarde jalouse qui ne supportait pas d’être séparée de lui, ne serait-ce qu’une minute. Mais la rencontre la plus émouvante que fit Michel est sans aucun doute celle qui marqua le début de sa longue amitié avec le grand Tché-Tché, le loup dont il prit soin durant 15 ans et qui adopta Michel dans sa meute, lui apprenant à hurler avec ses loups sous le ciel étoilé de l’Abitibi. A l’heure où la nature et la faune qui l’habite sont assaillies de toutes parts, l’exemple de Michel Pageau ne manquera pas d’instruire et d’inspirer les jeunes lecteurs qui ont à cœur la préservation des espèces sauvages et de l’environnement.

J’ai adoré ce court recueil de contes en hommage à Michel Pageau, le fondateur du Refuge Pageau. Le livre est beau, bien écrit, on sent beaucoup d’émotions à travers l’histoire de Michel et de son amour des animaux.

‘Moi, je vais aller chercher une couverte et la mettre dans la boîte. Ça m’embête de faire entrer cet oiseau dans la maison, mais je n’ai pas le choix. Il va avoir besoin de chaleur et il est trop fragile pour rester dehors. »

Ce que j’ai aimé de ce livre, c’est que l’auteure nous montre l’émerveillement que quelqu’un comme Monsieur Pageau peut avoir face aux animaux, à la nature, autant de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Une passion qui a d’ailleurs été transmise par sa mère que Michel Pageau a aussi transmit à ses enfants. Cette passion-là l’a amené à créer le refuge qui aujourd’hui encore, même après le décès de Monsieur Pageau, continue d’œuvrer à la sauvegarde, à la protection et à l’éducation en lien avec la nature.

J’ai adoré les histoires du livre, l’outarde, la corneille, la meute de loups, mais celle qui m’a fait le plus rire c’est celle de l’outarde. C’est aussi celle qui m’a le plus touché, puisque j’ai été élevé entouré de volatiles. J’aurais bien aimé rencontrer une Gudule moi aussi! On apprend également beaucoup de choses sur les animaux, leur caractère et leurs particularités. Les histoires démontrent que les animaux, comme les hommes, peuvent s’attacher et vivre une belle amitié homme/animaux. Les anecdotes avec les animaux sont amusantes et intéressantes. Elles donnent le goût d’aller visiter le refuge Pageau un jour.

Même si ce livre est publié dans une collection jeunesse, il s’adresse à tous. C’est un recueil d’histoires et de contes qui peuvent toucher tous les lecteurs, peu importe l’âge. Dans un monde de plus en plus numérique et axé sur la vie en ville, le livre démontre l’importance de la nature et le plaisir qu’on peut y retrouver. C’est un livre accessible, qu’on peut lire avec des jeunes, mais qu’on prend grand plaisir à lire en tant qu’adulte.

Michel Pageau était un grand passionné des animaux, il les aimait autant qu’ils le fascinaient. C’est un livre qui m’a beaucoup touché parce que son parcours, surtout quand il était enfant, me faisait penser au mien. J’étais fasciné par la nature, les insectes et les animaux et je le suis toujours. Ce livre m’a rappelé de très beaux souvenirs.

Michel, la corneille, l’outarde et le loup, Stéphanie Déziel, éditions Pierre Tisseyre, 83 pages, 2017