La plus belle crotte du monde

Dans la clairière du Bois des Fées se réunit une curieuse assemblée. Qui, de la belette ou du renard, du blaireau ou du putois, fait les plus belles crottes du monde ? Les animaux veulent tous participer. Mais ce faisant, ils oublient de rester sur leurs gardes. Or la forêt est un endroit bien dangereux quand les hommes s’en approchent…

Quand ce livre m’est passé entre les mains, je trouvais le titre amusant. Auprès des enfants, ce genre de livre fonctionne toujours très bien. J’ai feuilleté un peu l’album grand format que je trouvais vraiment joli. Les illustrations sont magnifiques et le format du livre est assez gros, ce qui est plaisant pour la lecture avec des petits. Visuellement, cet album est très beau. On plonge littéralement dans la forêt, auprès des animaux qui l’habitent.

L’histoire est courte et amusante. Une souris annonce à un écureuil qu’elle fait les plus belles crottes du monde. Naturellement, l’écureuil veut lui prouver que ses crottes à lui sont encore plus belles. Curieux et voulant jouer à leur tour, les autres animaux de la forêt, la belette, le putois, le blaireau, le renard, le loup et le cerf, se prêtent au jeu. C’est l’occasion pour les auteures de faire un survol des animaux qui peuplent la forêt, du plus petit au plus gros.

Arrive alors le chasseur, qui s’apprête à tirer sur l’un d’entre eux. Branle-bas de combat dans la forêt, tout le monde prend la fuite. Sauf que… le petit jeu des animaux quelques minutes avant sera, à leur étonnement, très utile face au chasseur. L’album devient assez rigolo et amusant. Le lecteur rit des déboires du chasseur et de ses petites mésaventures!

La plus belle crotte du monde est un très bel album qui devrait plaire aux jeunes enfants et qui amène de façon amusante l’idée de protection de la nature et des animaux, en déboutant les plans du chasseur. Arrivé comme une menace dans la forêt, l’homme devient rapidement la risée des animaux… pour notre plus grand plaisir! L’histoire pleine d’humour est portée par des illustrations douces, détaillées, colorées et vraiment très agréables.

Pour les enfants de 4 ans et plus.

La plus belle crotte du monde, Marie Pavlenko & Camille Garoche, éditions Little Urban, 32 pages, 2020

Sauvagines

Sur les terres de la Couronne du Haut-Kamouraska, là où plane le silence des coupes à blanc, des disparus, les braconniers dominent la chaîne alimentaire. Mais dans leurs pattes, il y Raphaëlle, Lionel et Anouk, qui partagent le territoire des coyotes, ours, lynx et orignaux, qui veillent sur les eaux claires de la rivière aux Perles. Et qui ne se laisseront pas prendre en chasse sans montrer les dents.

J’avais bien aimé Encabanée, le premier livre de l’auteure. Il était cependant très court et la lecture était passée un peu trop vite à mon goût. Il avait aussi quelques petits défauts d’un premier roman, mais j’étais ravie de cette lecture puisque ce genre de livre est assez rare dans le paysage littéraire québécois. J’avais donc très hâte de retrouver Gabrielle Filteau-Chiba et cette seconde lecture a été vraiment excellente. J’ai adoré ce roman.

Dans Encabanée, on suivait Anouk qui s’était exilée dans une cabane dans le bois. Ici, on suit Raphaëlle, une agente de protection de la faune désabusée par son travail. Elle a l’impression que son rôle consiste beaucoup plus à protéger l’économie et les récalcitrants, que la faune de nos forêts. Il faut dire que ses ressources sont assez minces, que le territoire est grand et que les lois ne sont pas forcément conçues pour protéger réellement la faune.

« Mon rôle est entre autres de protéger la forêt boréale des friands de fourrure qui trappent sans foi ni loi, non pas comme un ermite piégeant par légitime subsistance dans sa lointaine forêt, non pas comme les Premiers Peuples par transmission rituelle de savoirs millénaires, mais par appât du gain, au détriment de tout l’équilibre des écosystèmes. »

Raphaëlle vit sur le site d’une vieille érablière abandonnée, proche de la nature. Elle se promène avec la photo de son arrière-grand-mère autochtone dans son camion, une femme qui la fascine et l’intrigue. Elle côtoie les animaux de près, dont une ourse qui se promène sur son terrain. Le livre débute alors qu’elle adopte un animal, mi-chien, mi-coyote, qui sera sa compagne de tous les instants. Sa route croise alors celle d’un braconnier assoiffé de sang, protégé par le silence de ceux qui vivent près de lui. C’est un petit monde, personne ne veut faire de vagues. Quand Raphaëlle découvre qu’il ne traque pas seulement les coyotes et qu’il l’observe, en plus de s’immiscer chez elle, elle ne peut pas se laisser faire.

En parallèle, Raphaëlle découvre le journal qu’une femme, Anouk, a oublié à la laverie. Le carnet s’intitule « Encabanée ». J’ai adoré le recoupement entre les deux romans de l’auteur par l’entremise de ce journal fictif qui fait le pont entre les deux histoires. On découvre alors une nouvelle facette d’Anouk, le personnage du premier livre, et une belle histoire entre elle et Raphaëlle. C’est aussi pour le lecteur l’occasion de faire la rencontre d’un personnage doux et gentil, Lionel, qui fait office de figure paternelle pour Raphaëlle. J’ai vraiment aimé ce beau personnage, droit et ayant soif de justice pour ceux qu’il aime.

« Lionel le solide, le bon vivant, le généreux. Tout ce qu’on espère d’un papa. L’incarnation de l’homme des bois de tous les combats. Celui qui connaît l’âge des arbres, associe le nom des oiseaux à leur chant. Celui qui réconforte ma petite fille intérieure par sa seule présence ici. Quiconque voudrait m’atteindre devra d’abord lui passer sur le corps. »

L’écriture de Gabrielle Filtrau-Chiba est vraiment très belle. Ça se lit comme du bonbon, c’est poétique, militant sans être moralisateur, c’est un livre qui sent le bois d’épinette et l’eau de la rivière, dans lequel on plonge avec un immense plaisir! Si Encabanée était un tout petit livre, Sauvagines est beaucoup plus consistant et le troisième qui m’attends dans ma pile, Bivouac, est encore plus gros. J’ai vraiment hâte de le lire. En retrouvant Gabrielle Filteau-Chiba, ça m’a rappelé à quel point elle a une belle plume. Et surtout, que le roman « long » lui va bien. Elle a le style et le sens de l’histoire pour cela je trouve. 

« Je suis convaincu, moi, que pour défendre le territoire, il faut l’habiter, l’occuper. »

Dans Sauvagines, on retrouve cette fois encore de jolies illustrations, comme dans le premier livre. C’est vraiment agréable tout au long de la lecture. J’ai adoré aussi la signification magnifique du titre qu’on découvre au fil des pages. L’image de ce qu’il représente est très forte. 

Sauvagines est un hommage à la forêt et aux animaux, un plaidoyer pour l’utilisation responsable des ressources et d’une meilleure justice. Une excellente lecture! Une auteure à découvrir et à surveiller, que de mon côté j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures. 

Sauvagines, Gabrielle Filteau-Chiba, éditions XYZ, 320 pages, 2019

Les Étoiles, la neige, le feu

Pendant vingt-cinq ans, John Haines a vécu dans une cabane isolée au cœur des étendues vierges de l’Alaska, menant une existence rude et solitaire de pionnier moderne. Couper du bois, tracer une piste, piéger une marte, dépecer un élan, faire ses réserves de saumon : une vie simple, aventureuse et libre, au rythme d’une nature sauvage envoûtante. Avec sérénité, il transforme son expérience intime en un récit initiatique et intemporel, où le moindre événement trouve sa résonance en chacun de nous.

Les Étoiles, la neige, le feu de John Haines est une réédition de Vingt-cinq ans de solitude, le premier livre publié aux éditions Gallmeister en 2005. Cette fois, la traduction s’offre un titre plus proche de l’original, The Stars, the snow, the fire ainsi que de nombreuses illustrations au crayon de Ray Bonnell pour accompagner les mémoires de John Haines. 

J’ai pris mon temps pour lire ces mémoires. Ce livre s’y prêt bien, avec des chapitres autour de certains grands thèmes et de la construction du livre. John Haines raconte sa vie en Alaska comme trappeur, du moment où il s’y est installé jusqu’à la fin, ce qui représente plus ou moins vingt-cinq ans. Ses mémoires abordent toutes sortes de sujets, allant des animaux sauvages, du travail de trappeur, de l’organisation de la vie en Alaska, des cabanes et de la nature en général. 

« Dans ces bois, je vis mes rêves. De vieux rêves du Grand Nord, de vieilles histoires lues et intériorisées: histoires de neige et de chiens, d’élans et de lynx, de tout ce qui peuple encore ces lieux déserts. Rien de ce que j’ai fait jusqu’ici dans ma vie ne m’a apporté autant de satisfaction. »

Ces mémoires m’ont rappelé tout le plaisir que j’ai à regarder l’émission Les Montagnards, où nous suivons le quotidien de différents trappeurs. C’est ma série télé préférée. Ce livre y ressemble, avec un côté poétique et une vision de la nature à la fois touchante et aussi très lucide. L’Alaska en tant que trappeur, c’est la survie au quotidien. C’est d’affronter les éléments, la neige, la glace. C’est aussi tout le travail relié à la chasse, à la rencontre avec des animaux et à la pêche. Haines se questionne aussi beaucoup sur sa place dans la chaîne alimentaire et ce qu’il vit avec les animaux, ceux qui l’émerveille et ceux qu’il doit tuer pour survivre.

« … il m’est impossible de piéger et de tuer sans pensée ni émotion, et il se peut que chaque mise à mort m’inflige à moi aussi une blessure légère, peut-être fatale. »

J’ai noté de nombreux passages dans ce livre. Le texte m’a beaucoup touchée. John Haines observe ce qui se passe autour de lui et nous décrit son quotidien, fait de découvertes, d’expériences, d’observations. Son travail de trappeur est aussi dur que beau et lui permet certains moments hors du temps, où la nature prend toute la place. Il aborde son quotidien et le plaisir qu’il a à suivre les pistes d’animaux, de son apprentissage alors qu’il apprend à poser des pièges, jusqu’à son travail au fil des saisons selon ce que la nature a à offrir.

« L’année d’un trappeur possède un calendrier qui lui est propre et où chaque activité trouve sa place dans le rythme des mois et des jours. »

Son choix de vie est fait de solitude, de quelques amitiés impromptues avec ceux du coin et d’histoires de la région. Le travail est aussi une grande part de ses journées: se nourrir, faire un jardin, s’occuper de diverses tâches. C’est intéressant de découvrir de quoi est fait son quotidien. Lire ses mémoires, c’est cheminer à ses côtés, dans la nature sauvage de l’Alaska. 

« Je m’imaginais un homme menant la vie d’un sage au plus froid des terres, et qui suivrait chaque indice laissé par la neige, en écrivant un livre au fur et à mesure. Ce serait l’histoire de la neige, le livre de l’hiver. »

Les Étoiles, la neige, le feu, c’est la cruauté et l’émerveillement. C’est la vie sauvage à l’état pure. Ce livre est fabuleux. Je l’ai adoré. Il sent le vécu et l’expérience, il est rempli d’histoires et de récits, de cabanes et de neige glacée. Ray Bonnell a signé les nombreuses illustrations au crayon qui parsèment les chapitres. Cet artiste a un talent fou. Son travail est magnifique. Et que dire de cette couverture créée par Mathieu Persan? Visuellement, ce livre est magnifique. Et le texte l’est tout autant. 

Une lecture magnifique et touchante, à découvrir pour tous les amoureux des grands espaces.

Les Étoiles, la neige, le feu, John Haines, éditions Gallmeister, 256 pages, 2020

Hôtel Heartwood t.1: Une maison pour Mona

Lorsqu’un très violent orage éclate dans la forêt, Mona la souris croit sa dernière heure venue. Elle trouve par hasard refuge au luxueux Hôtel Heartwood, caché au creux d’un arbre. Une foule d’animaux séjourne dans cet abri douillet pour l’automne. Pourtant, au cœur de ce tourbillon de lits moelleux, de biscuits tout justes sortis du four et de joyeux bals, une ennemie féroce attend Mona…

Je suis tombée sur le premier tome de la série Hôtel Heartwood un peu par hasard. En le commandant, je croyais lire une bande dessinée. J’ai donc été très surprise par le format du livre qui s’avère être en fin de compte… un roman jeunesse! La couverture est cartonnée, le format plutôt petit et il y a de bien jolies illustrations à l’intérieur. En fait, ce roman s’est avéré une bien belle surprise.

Une maison pour Mona est le premier tome de la série Hôtel Heartwood, qui reprend chacune des saisons. Il y a donc quatre tomes. Le premier se déroule à l’automne. Mona vient de perdre sa maison, inondée, et elle se retrouve seule dans la forêt à chercher un endroit où habiter. Elle traîne partout une valise en coquille de noix, gravée d’un cœur, souvenir de sa famille qu’elle a perdue. Un soir elle tombe sur l’Hôtel Heartwood, un endroit bien caché dans un arbre. Même si l’hôtel est complet, on lui offre l’hospitalité en échange de son travail, ce qu’elle accepte.

On ne lui fait pas forcément la vie facile tous les jours, mais Mona aime bien les lieux et elle s’attache à certains clients. Maladroite, du moins c’est ce qu’elle croit, une série d’événements vont la forcer à faire face à ses peurs et à affronter le danger avec beaucoup de courage pour une petite souris.

Ce premier tome est vraiment tout doux. Il met en scène toutes sortes de petits animaux en quête de sécurité. Il faut dire que la forêt est un lieu dangereux pour eux. Ils ne sont ni à l’abri des intempéries, ni protégés des prédateurs qui n’hésitent pas à les attaquer. L’hôtel Heartwood est un bel endroit, un refuge qui aime célébrer la gentillesse, offrir protection et tranquillité.

« Hôtel Heartwood, Hôtel Heartwood,
Où plumes et poils se soutiennent,

Où l’on oublie peurs et problèmes,
Où les ailes guérissent et la joie s’éveille. »

C’est aussi un lieu festif qui prend le temps de célébrer le passage des saisons et la venue d’événements ponctuels, comme l’arrivée de l’hiver ou la fête des lanternes. On y rencontre aussi plusieurs animaux différents qui amènent avec eux plusieurs événements et péripéties auxquels Mona doit faire face.

Ce premier tome s’achève sur l’arrivée de la neige, qui annonce le passage vers le tome 2 de la série, Un hiver si doux. Je l’ai lu récemment, afin d’être en accord avec les saisons. Je lirai le troisième tome au printemps et le quatrième à l’été.

L’univers créé par l’auteur est tout en douceur et rythmé par les saisons. C’est une belle petite lecture fort agréable. J’ai bien aimé ce moment passé à l’Hôtel Heartwood et je compte y revenir très bientôt!

Hôtel Heartwood t.1: Une maison pour Mona, Kallie George, Stephanie Graegin, éditions Casterman, 192 pages, 2018

Ma vie dans les bois t.8: rêve d’enfant

Ma vie dans les bois 8En vivant dans les bois, la sensibilité de Shin envers la nature n’a cessé de grandir. Aussi, lorsqu’il découvre « La Vie secrète des arbres », le célèbre livre de Peter Wohlleben, il se remémore de nombreux souvenirs : ceux de son installation dans les bois, mais aussi de sa tendre enfance… C’est alors qu’un rêve de gosse inachevé lui revient : construire une cabane dans un arbre ! Il se lance bille en tête dans ce nouvel objectif.

Déjà le tome 8 de cette fabuleuse série manga, sans doute ma préférée d’entre toutes. Toujours avec humour, simplicité et avec un regard lucide sur ce qu’il fait, Shin Morimura nous amène avec lui dans de nouveaux projets: la construction d’une maison dans les arbres. C’est un vieux rêve d’enfant qu’il souhaite réaliser.

« Enfants, on rêvait d’une maison dans les arbres mais on n’était pas assez forts pour la faire. Une fois adultes, on oublie ce rêve, c’est comme un mirage. Mais quand on est las de la vie quotidienne, on repense à cette cabane avec nostalgie. »

L’auteur fait de nombreuses références culturelles et littéraires à la cabane dans les arbres et c’est très intéressant de lire tout le processus allant du rêve à la création. La cabane dans les arbres, c’est le symbole absolu de la liberté, surtout lorsqu’on est enfant. Ce projet est au centre de ce huitième tome, même si l’auteur, fidèle à son habitude, aborde toutes sortes d’autres sujets.

« Tout ce qui semblerait inutile et déraisonnable, au fond, ça apaise nos esprits et ça nous fait du bien. »

J’ai été attirée par la mention du célèbre livre de Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres, que Shin découvre. Ce livre totalement fascinant m’avait beaucoup plu et il fait une forte impression sur le mangaka qui n’ose plus couper ou s’approcher des arbres sans avoir l’impression de leur infliger une grande douleur (et de les entendre par le même fait…). Il y a des passages très drôles et très touchants également sur sa relation avec la nature.

Outre la cabane, Shin se lance aussi dans la poterie, déguste des insectes, prépare l’hiver à venir et part à la pêche au saumon (une pêche-test sur invitation) dans une rivière anciennement dévastée par un tsunami où la vie revient doucement. Ses explications sont très intéressantes. On apprend une foule de choses sur le saumon, la pêche et ce désastre écologique pour la région.

Comme à son habitude, Shin Morimura accompagne son manga de « courrier » où il s’adresse au lecteur et joint des photos de ses projets. Un petit plus qui donne un caractère d’authenticité à son histoire.

Passionnant, comme toujours! Si vous ne connaissez pas cette série et que la vie en autarcie et la nature vous intéresse, c’est une série à découvrir! Le ton est souvent plein d’humour et très abordable, même quand l’auteur parle de construction ou de techniques diverses. Une excellente lecture, qui me plaît toujours autant qu’au début.

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Ma vie dans les bois t.8: rêve d’enfant, Shin Morimura, éditions Akata, 160 pages, 2019