Stranger Things – Darkness on the Edge of Town

Stranger Things Darkness on the Edge of TownFêtes de fin d’année, Hawkins, 1984.
Le shérif Jim Hopper n’a qu’une envie : profiter tranquillement de son premier Noël en compagnie de celle qui est désormais sa fille adoptive. Mais la jeune Onze a d’autres projets. Malgré les protestations de Hopper, elle remonte un carton étiqueté  » New York  » de la cave, et l’assaille de questions : pourquoi le shérif a-t-il quitté Hawkins toutes ces années avant ? Pourquoi ne parle-t-il jamais de cette période de sa vie ? Et malgré ses réticences, Hopper entame l’histoire de la nuit à New York où, pour lui, tout a changé…
Été, New York 1977.
Le jeune policier commence une nouvelle vie après plusieurs années passées au Vietnam. Une vie de famille harmonieuse avec sa femme et sa petite fille, un tout nouveau poste d’enquêteur au NYPD… Tout semble aller à merveille jusqu’à une série de meurtres étranges, très ritualisés, qui lui sont en plus aussitôt retirés par le FBI. Furieux, le jeune homme décide d’enquêter quand même, et infiltre sous couverture un gang des rues. Mais bientôt, une immense panne de courant plonge la ville entière dans le noir… des ténèbres bien plus profondes que ce qu’aurait pu imaginer Hopper.

Darkness on the Edge of Town est le second roman officiel Stranger Things que je lis. Il s’agit, tout comme Stranger Things – Suspicious Minds d’un antépisode à la fameuse série des frères Duffer. L’histoire se déroule donc avant la série et nous permet de suivre un moment dans la vie du personnage de Jim Hopper, le très attachant shérif.

Avec ce roman, nous changeons un peu de registre. Nous sommes en pleine enquête policière, alors que Jim Hopper et sa partenaire traquent un tueur en série. Nous sommes en 1977, à New York, en pleine canicule. Parallèlement, le roman nous amène aussi dans la cabane de Hopper à Hawkins, en 1984, alors que l’homme vit avec sa fille adoptive. Nous sommes alors quelque part en marge de la saison deux de la série. La jeune fille reproche à son père de ne pas connaître grand chose de lui et de son passé. S’il se refuse à parler du Vietnam, il lui accorde de lui raconter la fameuse enquête de l’été 1977. Le récit alterne entre la cabane et l’enquête.

Dans son récit à sa fille, Hopper dévoile l’été où il s’est retrouvé malgré lui, enrôlé dans une dangereuse enquête. Il se retrouve au cœur d’une vaste manipulation qui prend une ampleur inégalée. Drogues, manipulation mentale, perception extrasensorielle. On demeure dans l’esprit de la série. On quitte toutefois le domaine de la science-fiction pour se retrouver en pleine enquête policière.

Comme d’habitude, j’ai aimé retrouver ces références aux années 70 et 80. C’est l’un des gros points forts de Stranger Things d’ailleurs. On y retrouve aussi l’esprit de ces années pas si lointaine où la place des femmes n’étaient pas quelque chose qui allait de soi. La partenaire de Hopper dans ce roman participe à un programme expérimental permettant à des femmes d’intégrer des enquêtes criminelles. Autres temps, autres mœurs! Malgré tout, j’aime ces clins d’œil qui nous paraissent désuets aujourd’hui mais qui étaient alors la norme dans les années 70 et 80.

J’ai aimé retrouver Hopper, c’est indéniable. C’est l’un de mes personnages favoris de la série. Si au début de la série Stranger Things il semble nonchalant, il devient vite un personnage clé. J’attendais donc le livre qui y était consacré avec impatience.

Je dirais que dans l’ensemble, le roman est plutôt divertissant. L’histoire est quand même un peu longue à démarrer. Ce second livre est d’ailleurs beaucoup plus gros que le premier. J’ai relevé plusieurs longueurs par moments, des scènes qui traînent un peu et qui sont longues à aboutir. Je crois qu’on aurait pu retrancher une centaine de pages sans que ça n’affecte vraiment l’histoire. Ça reste quand même une bonne lecture, mais un peu trop longue sur certaines scènes.

Si le premier livre apportait un plus à la série en nous dévoilant certaines choses absentes de l’écran, ce second roman officiel n’apporte pas grand chose au personnage. C’est une lecture divertissante pour vivre un épisode dans la vie de Jim Hopper avant les événements qui se sont produits à Hawkins, mais l’histoire n’apporte rien de plus. J’aurais aimé, au contraire, que le livre soit un complément plus serré au personnage, plus lié à ce que Jim est dans la série.

Je regrette certaines choses dans cette édition. Tout d’abord, le titre: Darkness on the Edge of Town. Je me demande pour quelles raisons il n’a pas été traduit? C’était la même chose pour le premier livre. Ici, l’éditeur s’est contenté d’ajouter un sous-titre: Black-out sur la ville qui ne dort jamais. J’ai aussi retrouvé plusieurs coquilles dans le texte ou certaines fautes qui n’ont pas été corrigées. Il y a aussi plusieurs bavures à l’impression du texte, certaines lettres manquent. C’est dommage.

J’ai quand même eu du plaisir à lire ce roman Stranger Things, pour ce qu’il est: un petit plus aux fans de la série. D’un point de vue littéraire c’est une assez bonne enquête, mais rien qui révolutionne le genre. De plus, même si on retrouve Jim Hopper, sans doute l’un des personnages que j’apprécie le plus dans la série, il manque un petit quelque chose dans ce roman. Contrairement au premier livre officiel qui s’attardait sur la mère de Onze et nous apprenait certains faits en lien avec la série, ce second livre parle de la vie de Hopper avant Hawkins et avant Onze. Rien qui ne soit vraiment essentiel ou qui nous offre un contenu réellement inédit. On apprend plus de choses sur l’enquête que sur Hopper en particulier. J’attendais beaucoup plus de ce personnage et de son potentiel à révéler certains faits passés.

Une assez bonne lecture, plutôt divertissante, mais qui n’offre rien de révolutionnaire. Simplement idéal pour passer un bon moment, surtout si on est fan de la série. J’aurais aimé que l’auteur pousse beaucoup plus loin dans la vie de Jim Hopper. Il y aurait eu matière à développer plus d’intrigues autour d’un personnage aussi fort.

À noter aussi que l’on peut lire Stranger Things – Suspicious Minds et Stranger Things – Darkness on the Edge of Town dans l’ordre ou dans le désordre, ça n’a pas d’importance. C’est intéressant de les lire si l’on connaît la série, mais les romans ne se suivent pas.

Stranger Things est ma série préférée, pour tout ce qu’elle apporte comme grand plaisir de visionnement. Elle me rappelle beaucoup de souvenirs de mon enfance, à cause de ses très nombreux clins d’œil assumés à la culture populaire des années 80. Êtes-vous aussi fan de cette série?

Stranger Things – Darkness on the Edge of Town, Adam Christopher, éditions Lumen, 603 pages, 2019

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Route End t.4

route end 4Grâce à ses récentes découvertes, la police sait désormais qu’End, le tueur masqué, aurait deux jumeaux. Mais il reste insaisissable… et continue à sévir. Omi, qui tentait de surmonter son traumatisme pour reprendre une vie normale aux côtés de Yuka, est retrouvé assassiné, le corps découpé en morceaux… Dévastée par la mort brutale de son petit ami, la jeune femme s’isole et refuse l’aide de ses proches, jusqu’à disparaître complètement. C’est alors que l’enquête prend une tournure inattendue : le triplé C, soupçonné d’être End, aurait enfin été retrouvé !

À chaque nouvelle parution, c’est un vrai plaisir que de me replonger dans cette histoire de tueur en série, aux rebondissements surprenants. Ce manga est fascinant, en plus de mêler habilement le mystère et les révélations. Tout est bien dosé pour nous garder en haleine et attendre avec impatience la parution d’un prochain tome.

Dans ce tome 4, on poursuit un peu sur les découvertes du tome précédent. En plus de l’enquête principale, plusieurs personnages vivent des choses difficiles et compliquées. Le lecteur les suit en marge de l’histoire d’End et apprend à mieux les connaître. Il y a Akina, l’inspectrice de police qui tombe sur un sosie de son frère décédé; Taji, dont la belle-sœur se bat contre un cancer et Yuka qui souffre énormément de la perte de son amoureux. Les personnage évoluent dans une sphère privée en plus de devoir faire face à la pression reliée à l’enquête sur les crimes d’End.

La découverte d’un autre cadavre en morceaux complique énormément les choses à cause de sa ressemblance avec d’autres personnages. Les enquêteurs ne savent plus où donner de la tête: vu la scène de crime, on croit qu’End perd la tête ou alors, qu’il y a un meurtrier qui agit comme imposteur… Il y a de nombreux rebondissements dans ce quatrième tome: une attaque dans les bois, la découverte d’un mystérieux homme cagoulé ainsi qu’un traître au bureau d’enquêtes.

Les recherches tournent toujours autour de la société de nettoyage dont s’occupe maintenant Taji, puisque plusieurs personnes décédées y étaient liées directement. Cette fois, Taji se tien un peu plus à l’écart de l’enquête, ses problèmes personnels l’occupent amplement.

Toujours aussi bon ce manga, qui se lit d’un trait, comme d’habitude. Un véritable page turner dont on veut absolument connaître le dénouement. Route End est vraiment une excellente série criminelle, que je ne peux que vous conseiller si le genre vous intéresse. C’est un thriller d’enquête efficace.

La série, déjà parue en japonais, comportera 8 tomes. Mon seul regret avec cette série: ne pas pouvoir les lire d’un seul coup! Quand tous les livres seront parus, je crois que je les relirai, l’un après l’autre, pour le plaisir d’une lecture continue.

Mon avis sur le tome 1, le tome 2 et le tome 3.

Route End t.4, Kaiji Nakagawa, Édition Ki-oon, 192 pages, 2019

L’Outsider

l'outsiderParfois, le mal prend le visage du bien. 
Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute. Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent. Et si c’était vrai ?

Je n’avais même pas lu le résumé avant de choisir ce livre. Un nouveau Stephen King et la mention:

« L’Outsider rappellera aux lecteurs un des premiers romans de King: Ça« 

ont suffi pour me convaincre de le lire. Et j’avais très hâte. Je n’ai vraiment pas été déçue par cette lecture. C’est dans la dernière partie de ce roman qu’on comprend un peu la comparaison avec Ça. Il faut savoir que pendant longtemps, je n’ai pu lire King. Je n’y arrivais pas. Peut-être que je n’avais pas choisi les bons livres, peut-être que ça ne cadrait pas vraiment avec la lectrice que j’étais alors. C’est Ça qui m’a accrochée totalement (quel livre quand même!) et qui m’a fait revenir vers King. J’avais donc très hâte de découvrir L’Outsider.

Ce roman est construit à la base comme une enquête policière. L’auteur alterne entre les derniers moments avant l’arrestation d’un homme très respecté et impliqué dans sa ville, Terry Maitland, et les comptes-rendus d’interrogatoires de témoins oculaires. Le crime est odieux et ligue déjà l’opinion des forces de l’ordre contre Maitland.

« Face aux preuves matérielles et aux témoins oculaires, les alibis et les réputations ne font pas le poids. »

L’enquête est bâclée, les événements précipités par des preuves accablantes, alors les policiers ne se donnent même pas la peine d’interroger le présumé coupable. Il est arrêté devant plus d’un millier de personnes en plein stade de baseball, devant sa femme et ses filles.

« Étrange toutes ces choses que vous remarquiez quand votre journée – votre vie – basculait subitement dans un puits sans fond dont vous ignoriez l’existence jusqu’alors. »

Tout l’accuse, les preuves sont pratiquement irréfutables, alors qu’il a pourtant un alibi en béton. L’enquête devient de plus en plus complexe, quand de nombreuses incohérences sont soulevées et plus personne ne comprend ce qui se passe. À ce moment, je me suis dit que King tenait quelque chose de fort. C’est accrocheur, on veut savoir ce qui se passe, on cherche à comprendre et nous voilà embarqué pour près de 600 pages d’une histoire qui dépasse l’entendement.

« Il se peut qu’on résolve cette affaire, mais je ne sais pas si on aimera ce qu’on risque de découvrir. On s’engage dans une forêt très profonde. »

Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça! C’est foisonnant, construit de façon à nous faire passer par une gamme d’émotions. L’histoire est injuste au possible et met le doigt sur ce qui sépare notre réalité de nos croyances. Jusqu’où ce que l’on croit être la vérité est réellement ce qui arrive? C’est terrifiant et fascinant à la fois. King joue avec l’imagination, la vérité, le mode de fonctionnement de la police et les légendes. Ses personnages sont complexes, vivants, bien construits, tellement qu’ils en deviennent réels. C’est la grande force de King, ses personnages, pour le peu que j’ai lu de lui jusqu’à maintenant. Et sa façon de nous donner le frisson. Parce que la peur et la terreur ne se cachent pas toujours là où on le croit. L’humain peut être terrifiant, devenir une menace, amener l’injustice et l’humiliation. Ses erreurs peuvent changer le cours d’une vie. Sa fermeture d’esprit aussi. La tragédie humaine comme point de départ à l’horreur. C’est ce que j’aime de plus en plus chez King.

« Chacun faisait ce qu’il pouvait, qu’il s’agisse de redresser une pierre tombale ou de convaincre des hommes et des femmes du vingt et unième siècle que dans ce monde il existait des monstres d’autant plus forts que des individus rationnels refusaient de croire à leur existence. »

Avant de commencer ma lecture, je savais vaguement que ça parlait d’une enquête,sans plus. Je crois qu’il faut en savoir le moins possible sur cette histoire pour en savourer vraiment toute la construction et les dévoilements inattendus au fil des chapitres. La découverte, peu à peu, de tout ce qui fait cette étrange histoire contribue sans doute énormément au grand plaisir de lire L’Outsider.

Je n’ai pas encore beaucoup lu l’oeuvre de Stephen King, mais j’ai vu que l’on retrouve ici un personnage rencontré dans la trilogie Mr. Mercedes (Mr. Mercedes, Carnets noirs, Fin de ronde): Holly Gibney. Je l’ai adoré! J’ai envie de la retrouver dans les autres romans de l’auteur.

Pour terminer, L’Outsider est un roman qui m’a littéralement happée. Je le lisais dès que j’avais une minute. Je l’ai dévoré avant de dormir et le matin en me levant, avec l’impression que ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’étais absorbée par l’histoire si bien que j’y pensais tout le temps. L’Outsider m’a accompagnée pendant quatre jours et je n’avais pas envie que ça se termine. Ce roman de King a été un vrai plaisir de lecture, si bien que j’ai envie d’enchaîner bientôt avec un autre de ses romans.

L’Outsider, Stephen King, éditions Albin Michel, 576 pages, 2019

Neiges rouges

neiges rougesSoupçonnant un trafic de stupéfiants, le poste de la Sûreté du Québec de Nottaway dépêche Vincent Parent et son partenaire Antoine Lemay au domicile d’Anna Wabanonik, dont le dossier criminel est vierge. Mais à leur arrivée, l’Autochtone et Kanti, sa fille de quatorze ans, surprennent les policiers en s’enfuyant en raquettes à travers les forêts enneigées.
À la suite d’une pénible poursuite – le froid est mordant et les agents sont mal chaussés –, le drame survient : sans l’ombre d’un geste menaçant de la part d’Anna, Lemay pointe une arme sur elle et l’abat. Horrifié, Parent, qui a remarqué que le revolver utilisé n’est pas le Glock de service de son collègue, exige des explications. « Écoute, Vincent. J’ai une femme, j’ai deux beaux p’tits gars… Y’est pas question qu’une guidoune vienne scraper ça », lance-t-il en redirigeant son arme vers Parent. 
Une semaine plus tard, Vincent Parent, qui a été plus rapide – et précis ! – que Lemay, se remet de ses blessures. Or, si l’enquête menée par le sergent-détective Jean-Pierre Vadeboncœur, du Service de police de la Ville de Montréal, confirme qu’il a agi en situation de légitime défense, deux questions monopolisent son esprit : que signifient les dernières paroles de Lemay, et où diable, en plein hiver, a pu se réfugier la jeune Kanti, dont on a perdu la trace depuis la mort tragique de sa mère ?

Neiges rouges est un très bon roman, lu en à peine quelques heures. Je m’attendais à un simple roman d’enquête mais en fait, c’est beaucoup plus que ça. Il faut dire que j’ai déjà lu quelques livres de François Lévesque et chaque fois, c’est un plaisir de lecture, peu importe le genre dans lequel il évolue. Qu’il s’agisse de ses nouvelles ou ses romans, je pense à L’esprit de la meute (fantastique), En attendant Russell (un roman « hors genre » sur l’intimidation) ou Neiges rouges (policier), l’auteur se renouvelle et crée toujours un univers accrocheur et différent. Avant de le commencer, j’étais assurée que ce serait une excellente lecture. Et ça l’est!

Neiges rouges se présente tout d’abord sous forme d’enquête policière. On retrouve deux personnages rencontré dans Une maison de fumée, Vincent Parent et Dominic Chartier. Je n’ai pas lu ce roman, qui semble s’attarder sur l’enfance de Dominic et la rencontre des deux amis, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier énormément Neiges rouges. On peut le lire sans problème, même si on n’a pas lu l’autre roman.

Dans cette nouvelle enquête, Vincent et son partenaire Lemay suivent les traces d’une femme autochtone et sa fille, Kanti. La traque se transforme en cauchemar. Lemay meurt, Vincent doit se remettre de ses blessures.

« T’es comme mon frère…
Une fraction de seconde.
Une fraction de seconde au cours de laquelle Vincent plongea son regard dans celui d’un homme qu’il croyait jusque-là connaître et qu’il aimait, oui, comme s’il s’était agi de son propre frère.
Une fraction de seconde terrible à l’issue de laquelle il comprit qu’il n’avait aucune idée de qui était son partenaire. »

Dominic, son bon ami va venir passer du temps avec lui. Les deux sont policiers, les deux s’entendent très bien. Leur amitié a quelque chose d’amusant et de surprenant à la fois et ça fonctionne à merveille. On s’attache à eux et à leur franc parler. Pendant la convalescence de Vincent, ils vont pêcher, parlent de chasse, se cuisinent de bons petits plats. Sauf qu’en arrière-plan, l’enquête tente d’évoluer quand même. Officieusement, Vincent et Dominic vont chercher un peu de leur côté pour faire avancer les choses…

L’enquête est toujours là, en toile de fond. D’autres éléments criminels s’ajoutent à l’histoire et on avance doucement dans sa résolution au fil des pages. Sauf que l’aspect intéressant de ce roman n’est pas seulement son enquête. Ce sont ses personnages. Vincent et Dominic sont liés par une belle amitié qui nous les rend vraiment attachants. Il y a beaucoup d’humour dans leurs échanges et de blagues entre eux. Vincent doit se remettre de sa blessure. Sa convalescence ne se passe pas au mieux et il fait des rêves plus vrais que nature. Avec Dominic et l’enquête qui suit son cours, même leurs moments tranquilles n’en sont pas réellement…

« Des profondeurs de la forêt, un vent faible mais constant charriait tantôt le bruit d’un pic-bois affairé à percer un tronc, tantôt le craquement solitaire d’un arbre blessé par le froid. Il y avait quelque chose de sinistre et de beau dans cette désolation sylvestre; sauvage, mais pur. »

La nature est très présente dans le roman, qui se passe « dans l’nord », dans un petit village où Vincent s’est acheté une maison à l’écart, pour avoir la paix. Il chasse, pêche, fait de la motoneige. Il vit seul, ce que lui reproche un peu Dominic. Le passé des deux personnages est abordé dans le livre: l’enfance difficile de Dominic qui tente de se reconstruire et de bâtir une nouvelle relation avec une fille restée en ville, et l’homosexualité de Vincent qui l’a conduit à couper les ponts avec sa famille. Il y a de très beaux passages, touchants, sur ce qu’ils ont vécus.

En parallèle, l’enquête met au jour de lourds secrets et des crimes terribles. Entre la présence de la jeune Kanti, toujours en fuite, et les indices qu’elle laisse volontairement derrière elle, l’enquête prend une ampleur que les deux policiers ne soupçonnaient pas. L’histoire est d’actualité puisqu’elle aborde le pouvoir des figures d’autorité et les abus des blancs sur les femmes amérindiennes. Une choquante réalité.

« Elle lui enseignerait ce qu’elle savait.
Ce que sa mère à elle lui avait enseigné. 
Transmettre.
Et continuer d’exister. »

Un excellent roman, comme toujours, lorsqu’on lit François Lévesque. Il m’a permit de découvrir l’improbable amitié de Vincent et Dominic. J’espère qu’il y aura d’autres enquêtes les mettant en scène et je me pencherai assurément sur Une maison de fumée qui pourrait être très intéressant à découvrir.

C’est l’hiver, on ne manque certainement pas de neige en ce moment. Neiges rouges est donc un roman parfait à lire en cette période de l’année. On passe un excellent moment. Le mélange d’humour et d’enquête policière est justement dosé. Les personnages sont des plus sympathiques. Une belle découverte!

Neiges rouges, François Lévesque, éditions Alire, 269 pages, 2018

Sciences judiciaires en 30 secondes

sciences judiciairesLes films policiers et les séries télévisées d’enquêtes criminelles n’ont jamais été aussi populaires. Mais que savez-vous vraiment de la réalité propre aux experts œuvrant dans les sciences judiciaires? Quelles sont leurs méthodes pour démasquer les coupables de crimes? Comment ces scientifiques s’y prennent-ils pour identifier et rassembler les éléments de preuve?

J’aime beaucoup la collections de livres En 30 secondes, qui permet de faire le tour de l’ensemble d’un sujet, de façon globale. C’est une bonne façon d’augmenter ses connaissances générales. Libre à nous par la suite d’approfondir un sujet ou un thème qui nous interpelle un peu plus. Le concept de ces livres est donc un survol (tout de même assez détaillé) d’un sujet donné. Ici, les sciences judiciaires.

Ce livre m’a tout de suite attirée parce que je suis passionnée de sciences judiciaires depuis longtemps. J’ai lu plusieurs livres sur ce sujet, mais jamais un construit de cette façon. Ici, les auteurs nous offrent un panorama du sujet divisé en sept parties: le corps, la biométrie, les traces, les analyses physiques et chimiques, les sciences de la nature, les dossiers numériques et finalement, la loi et la science. Chacune de ces parties met en évidence des thèmes précis, utilisés lors d’enquêtes et qui servent les recherches et la présentation de preuves lors de procès.

L’ouvrage est construit par sections. Chaque thème abordé présente une image sur sa page de droite et une portion « Enquête en 30 secondes » sur sa page de gauche. Le sujet est présenté et complété par des blocs: indices en 30 secondes, analyse en 3 minutes, sujets connexes, biographie en 3 secondes et un court résumé. On comprend en une page l’essentiel de ce qui est présenté, on fait le tour de l’application de ce thème en sciences judiciaires et on en apprend plus sur un acteur important de ce domaine scientifique. Chaque partie présente aussi sur deux pages le portrait d’une personnalité du monde judiciaire qui s’est démarquée. Une chronologie et une petite biographie. Mon préféré étant sans aucun doute Alan Turing, mathématicien de génie, ayant été arrêté à cause de son homosexualité et ayant connu une fin tragique.

J’ai été naturellement plus sensible à certains thèmes abordés dans le livre. Plutôt fascinée aussi par moment, par exemple par l’imagerie médicale qui pourrait bien remplacer éventuellement, dans l’avenir, les autopsies telles que nous les connaissons. J’ai été impressionnée par la création d’une banque de données génétiques (par le gouvernement canadien), une révolution aussi importante aujourd’hui que l’était l’introduction des empreintes digitales dans les procédures judiciaires à l’époque. L’analyse de la marche m’a beaucoup intéressée, puisque c’est une science dont on n’entend pas vraiment parler, tout comme l’analyse du verre (dont on retrouve d’ailleurs des traces sur une personne sur douze au quotidien!).

Dans tous les thèmes abordés, la botanique judiciaire est sans doute ce qui m’a le plus fascinée et que je connaissais le moins. Entre aussi dans cette partie la palynologie judiciaire, soit l’étude des pollens et des spores dans un environnement criminel. Vraiment très intéressant! Voilà un sujet que j’aimerais bien approfondir un peu plus.

Le livre est cosigné par Sue Black, une anthropologue judiciaire et anatomiste, et Niamh Nic Daéid, une chimiste judiciaire. Plusieurs collaborateurs se sont joints à elles pour signer différents textes du livre, chacun ayant une spécialisation judiciaire différente. L’avant-propos de l’ouvrage est signé par l’auteure de romans policiers Val McDermid.

Sciences juridiques en 30 secondes est un livre que je vous conseille fortement si les sciences judiciaires vous intéressent et si vous avez envie d’en apprendre plus sur le sujet. Plusieurs thèmes sont passionnants et on peut par la suite, choisir de creuser un sujet en particulier s’il nous interpelle plus.

Une bonne lecture!

Sciences judiciaires en 30 secondes, Sue Black & Niamh Nic Daéid, éditions Hurtubise, 160 pages, 2018