Le code de Katharina

Cela fait vingt-quatre ans que Katharina Haugen a disparu. Depuis, Wisting explore obstinément les archives de ce dossier non élucidé. Et personne n’a jamais pu déchiffrer ce qu’on appelle le code de Katharina : des chiffres, des lignes et une croix que la jeune femme avait griffonnés sur une feuille trouvée dans sa cuisine.
L’ouverture d’une enquête sur son mari, Martin, suspecté d’avoir jadis été impliqué dans l’enlèvement de la fille d’un industriel milliardaire, laisse envisager un lien entre les deux affaires. Mais tout cela remonte à si longtemps… Wisting sera t-il capable d’arracher des aveux à un homme avec qui, sans être tout à fait son ami, il pratique parfois la pêche au lancer et à la foëne ?

Jørn Lier Horst, un auteur norvégien que j’adore. Sa série d’enquêtes met en scène l’inspecteur William Wisting et sa fille journaliste, Line. C’est un duo dont j’aime beaucoup suivre les aventures. J’ai lu tous les livres et j’attends toujours le prochain avec impatience. Ce qui est intéressant, c’est la relation entre le père et la fille, qui ont des métiers connexes, mais qui ne sont pas toujours compatibles. Si William doit tenter d’enquêter en gardant des informations secrètes afin de ne pas compromettre l’opération policière, sa fille quant à elle, est à la recherche de la nouvelle qui fera la première page du journal.

Cette fois, certaines choses changent. Même si on peut lire sans problème les enquêtes dans l’ordre ou dans le désordre, les personnages évoluent tout de même d’un tome à l’autre. Personnellement, je n’ai pas lu la série dans l’ordre et ça ne m’a pas dérangée du tout dans ma lecture. On suit très bien l’évolution et on comprend les enquêtes, qui sont indépendantes. D’ailleurs, les publications en français ne suivent pas forcément la fréquence de publication des romans en norvégiens. Ils ne sont pas tous traduits. On peut donc choisir de lire un seul titre et comprendre tout de même le contexte. 

Dans cette nouvelle enquête, deux vieux dossiers de disparitions refont surface. Celui de Katharina, disparue vingt-quatre ans plus tôt, en laissant un drôle de message codé indéchiffrable sur la table de la cuisine. Wisting a enquêté sur cette affaire non résolue et il est devenu ami avec le mari de Katharina. Les deux hommes avaient le même âge et Wisting éprouvait de la compassion pour ce mari affligé. Parce qu’il n’a jamais pu trouver de réponses à cette disparition, cette affaire le hante. Chaque année à la date anniversaire, il regarde les dossiers de cette affaire en espérant qu’un nouveau détail refasse surface.

« Le mensonge était une composante de toute enquête. Tout le monde racontait des mensonges. Rarement des mensonges directs, mais la vaste majorité des gens contournaient la vérité d’une manière ou d’une autre. On était ambigu, on taisait certains éléments, on exagérait, on arrangeait la vérité pour se rendre plus intéressant, on passait sous silence des informations nous plaçant sous un mauvais jour. »

Une autre ancienne affaire de disparition, celle de Nadia, la fille d’un industriel milliardaire, est réouverte par le groupe d’enquêteurs de crimes non résolus. C’est à cause de cette affaire que Line est convoquée à son journal, même si elle est officiellement en congé. Line est maintenant maman et elle remet en question son travail de journaliste d’enquête. Elle se demande s’il n’est pas temps de changer. Toutefois, son journal lui demande de travailler sur l’affaire de la disparition de Nadia. Des articles papier, des articles en ligne et même un balado sont prévus, ce qui est nouveau pour Line et l’intéresse beaucoup. Le côté plus technologique de son travail est abordé en arrière-plan de l’intrigue.  

On sent également les tensions et les secrets entre les différents corps de police. Certains plus hauts gradés conservent des informations pour eux, afin de ne pas trop en dévoiler. Une certaine manipulation se fait, dans l’ombre, afin de réussir à ce que chacun travaille dans la même direction, mais sans trop ébruiter l’affaire. Même chose pour les médias qui travaillent à la course aux nouvelles et donc, se font concurrence. Les choses changent aussi pour Wisting qui doit travailler à une restructuration au sein de son département, pour laquelle il n’est pas très enthousiasme. On sent un air de changement à venir, peut-être dans les prochains tomes?

« Il s’extirpa de son sac de couchage, s’assit sur le lit. Il faisait froid dans la chambre. Il enfila des chaussettes, un pantalon, une chemise, un pull. Puis il alluma le poêle de la cuisine avant de prendre le seau pour le remplir au ruisseau. Ses pas dans l’herbe, le murmure du ruisseau, quelques gazouillis d’oiseaux, et le silence, un silence qui n’était pas l’absence de bruit, mais des bruits qui ne dérangeaient pas. Ce qui dérangeait, c’était la rumeur de la civilisation, créée par l’homme. Le silence d’ici affûtait les sens, clarifiait les idées. »

Comme toujours chez Jørn Lier Horst, un ancien inspecteur de police, ce sont les rouages des enquêtes et le travail des policiers qui sont au premier plan. Ses livres sont de très bons romans d’enquête, axés sur les procédures, les recherches, le travail de filature, la surveillance électronique, le travail quotidien policier et journalistique. Ce que personnellement j’adore, bien plus qu’un thriller par exemple. De voir évoluer l’équipe de policiers et parallèlement celle de journalistes nous permet de percevoir les affaires policières qui se déroulent devant nos yeux d’une autre façon. C’est intéressant et on sait à l’avance que l’on passera un bon moment. L’auteur a un don pour créer des enquêtes étranges, sur lesquelles on se pose beaucoup de questions. Surtout quand les deux affaires de disparitions, celle de Nadia et celle de Katharina, semblent se recouper étrangement…

Le code de Katharina m’a beaucoup plu. C’est un roman qu’on a de la difficulté à lâcher tant cette histoire de disparition et de code secret est intrigante. C’était également un grand plaisir de retrouver William et Line à nouveau. Vivement la prochaine enquête!

Mon avis sur les autres romans de l’auteur mettant en scène William Wisting et sa fille Line:

Le code de Katharina, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 464 pages, 2021

Nous étions le sel de la mer

Ce matin-là, Vital Bujold a repêché le corps d’une femme qui, jadis, avait viré le cœur des hommes à l’envers. En Gaspésie, la vérité se fait rare, surtout sur les quais de pêche. Les interrogatoires dérivent en placotages, les indices se dispersent sur la grève, les faits s’estompent dans la vague, et le sergent Moralès, enquêteur dans cette affaire, aurait bien besoin d’un double scotch.

Nous étions le sel de la mer est un livre dont j’entends parler depuis très longtemps. J’avais beaucoup d’attentes et j’espérais moi aussi être emballée par ce livre. En fait, j’ai adoré cette lecture qui nous amène littéralement en Gaspésie. On sent l’odeur de la mer, le bruit des vagues, l’atmosphère des petits villages, les histoires de pêche et les secrets bien enfouis.

Dans ce roman, qu’on pourrait qualifier « d’enquête policière poétique », on suit plusieurs personnages qui vivent en Gaspésie ou qui viennent d’y arriver. Il y a les pêcheurs, le restaurateur, le curé, l’aubergiste, la touriste. Catherine se promène sur la plage, fait la connaissance des gens qui vivent au bord de la mer et reste discrète sur son passé. Chacun a ses motivations et ses secrets. La mer est là, offerte aux pêcheurs, propice à la réflexion ou tombeau pour certains marins malchanceux. C’est un lieu qu’on ne peut fuir, beau, tragique, bouleversant. La façon qu’a l’auteure de raconter la mer, la façon dont ses personnages la perçoive et ne peuvent s’en détacher, donne aux lieux une impression enveloppante. J’ai adoré cette ambiance. 

« Cyrille, il disait que la mer était une courtepointe. Des morceaux de vagues attachés par des fils de soleil. Il disait qu’elle avalait les histoires du monde et les digérait longuement, dans son ventre cobalt, pour n’en renvoyer que des reflets déformés; il disait que les événements des dernières semaines sombreraient lentement dans la pénombre de la mémoire. »

Ce matin-là, on repêche dans les filets le corps d’une femme, connue pour sa fougue, son esprit d’aventure, ses longs départs en bateau et sa propension à virer le cœur des hommes à l’envers. Ce décès bouleverse tout le monde: les hommes qui l’ont aimée, celle qui la recherche, les autorités. Débarque alors l’enquêteur Joaquin Moralès, mexicain de Longueuil, qui essaie de dénouer les fils de ce décès tout en essayant de garder la tête hors de l’eau alors que son couple part à la dérive… Pas toujours très habile, ayant un tout autre mode de vie en ville et perturbé par ce qui se passe dans sa vie personnelle, il a l’impression d’arriver dans un autre monde qu’il ne comprend pas. Ses méthodes ne fonctionnent pas et on apprend peu à peu, au fil des pages, à connaître cet inspecteur un peu brusque et maladroit, arrivé un beau jour du Mexique. Malgré sa rudesse, j’ai aimé ce personnage car il est différent de ceux que l’on retrouve dans les livres policiers. En fait, tout le roman est différent de ce qu’on s’attend à voir dans un roman d’enquête. C’est sans doute pour cela qu’il m’a autant plu. J’aime aussi beaucoup le titre si poétique et imagé du roman. Nous étions le sel de la mer

« La Gaspésie, c’est une terre de pauvres qui a juste la mer pour richesse, pis la mer se meurt. C’est un agrégat de souvenirs, un pays qui ferme sa gueule pis qui écœure personne, une contrée de misère que la beauté du large console. Pis on s’y accroche comme des hommes de rien. Comme des pêcheurs qui ont besoin d’être consolés. »

Le ton est intrigant. Les dialogues sont colorés, bien de chez nous. C’est vivant. Les chapitres se promènent à travers le temps et les personnages. Peu à peu, on découvre l’histoire de la région et surtout de ses habitants. J’ai tellement aimé ce roman! La plume unique de Roxanne Bouchard, sa façon de raconter la mer et le cœur de ses personnages. C’est beau, coloré, doux-amer, un brin mélancolique, juste ce qu’il faut pour avoir l’impression de vibrer au rythme des vagues et des événements. Le genre de livre qu’on a envie d’étirer un peu, pour y rester plus longtemps. Heureusement, les deux autres enquêtes de Moralès m’attendent dans ma pile à lire. Je suis très emballée par cette série et j’ai bien hâte de lire les autres romans.

À découvrir, assurément!

Nous étions le sel de la mer, Roxanne Bouchard, éditions VLB, 360 pages, 2014

Meurtres avec vue

À la suite d’une enquête non résolue qui a culminé avec la mort de certains de ses proches, Thumps DreadfulWater a quitté la police et la frénésie californienne. Décidé à gagner – tant bien que mal – sa vie comme photographe, il a opté pour la tranquillité des montagnes du Montana. Or, tout n’est pas si calme dans la ville de Chinook et la réserve voisine. De fait, à quelques jours de l’inauguration d’un casino et d’un complexe d’habitation dont les profits assureront un revenu substantiel à la communauté amérindienne, un corps est découvert dans une des luxueuses unités. Dès l’identification du cadavre – un employé de la compagnie responsable de l’installation du système de gestion informatique du casino –, l’intérêt des policiers locaux se porte sur Stanley Merchant. À leurs yeux, son rôle au sein des Aigles rouges, un groupe férocement opposé au projet, le désigne comme le suspect numéro un. DreadfulWater, qui ne croit pas un seul instant à la culpabilité du fils de la cheffe de bande, se sent dès lors obligé de s’impliquer. Il mènera donc discrètement sa propre enquête en suivant plutôt la piste informatique… bien que ce domaine de connaissances soit aux antipodes de ses champs de compétence !

Thomas King est surtout connu pour ses essais, romans et nouvelles. Auteur issu des Premières Nations, il a remporté de nombreux prix. J’ai découvert il y a quelques années qu’il avait écrit une série policière, dont le premier tome a été publié en 2002. Quand j’ai appris la publication de ce livre chez les éditions Alire, j’ai tout de suite voulu le lire. J’étais bien contente qu’on traduise enfin cette série! 

King met en scène un ancien policier reconverti en photographe, Thumps DreadfulWater, un Cherokee curieux et paresseux, qui tente de faire la paix avec certaines blessures de son passé de policier. Suite à un drame qu’il a vécu, dont on apprendra certaines choses au fil du roman, DreadfulWater a déménagé, s’est refait une vie et essaie tant bien que mal de gagner un peu d’argent avec ses photos. Mais la flamme de la justice en lui ne s’est pas éteinte quand il a remisé son uniforme de policier. Le personnage devrait normalement être étoffé au fil des tomes et on devrait connaître un peu plus de choses sur lui dans les prochains livres.

« De toute façon, les souvenirs, une fois libérés, ne pouvaient pas être remis dans la boîte. Pas avant d’avoir causé un maximum de dommages. »

Meurtres avec vue raconte la découverte d’un cadavre dans une unité, alors que la réserve a donné son accord à la construction d’un casino et d’un luxueux complexe d’habitation. Le Buffalo Mountain Resort était un enjeu politique tribal et n’était pas forcément perçu d’un bon œil par les groupes militants. L’inauguration est proche et le cadavre complique un peu les choses tant pour les entrepreneurs que pour la réserve. Naturellement, DreadfulWater ne peut rester à l’écart et y pointe le bout de son nez pour « prendre des photos » et fouiner un peu. Quand les soupçons se portent sur Stanley, le fils de la cheffe de bande (et amante de DreadfulWater), l’ancien policier décide d’enquêter de son côté…

« Les cadavres ne font pas toujours des histoires. Mais en ouvrant la porte, Thumps eut le net pressentiment que celui du Buffalo Mountain Resort en ferait, le net pressentiment aussi que la situation serait embrouillée. Le net pressentiment que ce cadavre-ci allait gâcher autre chose que son début de journée. »

Si l’intrigue est assez intéressante, quoique plutôt classique, c’est vraiment dans les dialogues et dans la créations de personnages si caractéristiques que King excelle. DreadfulWater est un personnage très intéressant, tant par sa façon d’être, son côté un peu paresseux (il aime faire la grasse matinée), sa passion pour le golf, son incompétence en matière d’informatique et ses réparties souvent drôles. C’est la même chose pour plusieurs personnages du roman: Stanley le principal suspect, Claire la cheffe de bande, Ora Mae qui vend des appartements, Beth la médecin légiste, pour ne nommer que ceux-là. Le roman se lit aisément, avec beaucoup de plaisir, puisque suivre DreadfulWater n’est pas forcément un long fleuve tranquille. Mêlé à toutes les étapes de l’enquête, puisqu’il fouine partout, l’ancien policier apporte une dose d’humour à l’histoire. 

« -Je viens de terminer l’estomac. Tu veux voir?
-Non.

-Il ne va pas te mordre.
-Les Navajos n’aiment pas les cadavres.
-Tu n’es pas navajo.
-Non, mais j’ai une sensibilité de Navajo.
-Tu es cherokee, dit Beth. Si ma mémoire est exacte, les Cherokees aiment créer des alphabets et soumettre à la Cour suprême des affaires relatives à la souveraineté. »

Ce qui est intéressant avec Thomas King, c’est qu’il construit une littérature autochtone ouverte et accessible, en disant les choses comme elles le sont. Il est capable d’autodérision, que ce soit par l’entremise de ses personnages ou en jouant avec les idées préconçues sur les autochtones. Il le fait avec beaucoup d’humour et peut aborder sans mal tous les sujets. À notre époque frileuse où l’on doit sans cesse peser nos mots, je trouve qu’il est très rafraîchissant de le lire. Son écriture et sa façon d’amener les situations me plaisent beaucoup. J’ai vraiment adoré ce roman et j’attends la seconde enquête avec grande impatience!

J’ai plusieurs titres de l’auteur dans ma bibliothèque que j’aimerais bien vous présenter au fil du temps, en attendant la traduction de la prochaine enquête de DreadfulWater, prévue pour l’automne 2021. Par la suite, chacune des traduction devraient suivre le calendrier printemps/automne quant aux parutions à venir. Le troisième tome devrait donc paraître au printemps 2022, le quatrième à l’automne 2022 et le dernier tome au printemps 2023. Un calendrier de parutions qui promet de très belles lectures à venir! 

Meurtres avec vue, Thomas King, éditions Alire, 347 pages, 2021

Sur les ossements des morts

Janina Doucheyko vit seule dans vin petit hameau au cœur des Sudètes. Ingénieure à la retraite, elle se passionne pour la nature, l’astrologie et l’œuvre du poète et peintre William Blake. Un matin, elle retrouve un voisin mort dans sa cuisine, étouffé par un petit os. C’est le début d’une série de crimes mystérieux sur les lieux desquels on retrouve des traces animales. La police mène l’enquête. Les victimes avaient toutes pour point commun une passion dévorante pour la chasse

J’ai choisi ce roman car il m’intriguait beaucoup. Le résumé laisse planer quelque chose de mystérieux et d’inquiétant. J’avais très envie de découvrir ce que c’était, d’autant plus que je ne connaissais pas du tout l’auteure, Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature en 2018. 

Ce que je retiens essentiellement de cette lecture, c’est son atmosphère si particulière. Des chalets plantés sur un plateau au cœur des Sudètes, des gens qui vivent doucement, se passionnent pour des choses simples comme l’entomologie, la traduction de poésie ou les longues promenades dans la nature. Le tout baigne peu à peu dans une brume un peu mystérieuse et inquiétante, lorsqu’un premier corps, puis un second, puis encore un autre sont découverts. Au centre de l’intrigue, une vieille femme, professeure, qui s’occupe des maisons de saisonniers qui viennent habiter dans le coin quelques mois par année. C’est elle qui découvre les corps. C’est avec elle également que nous suivons le développement de l’affaire et la vie quotidienne sur ce plateau un peu à l’écart du monde. 

« La vie st une sorte de champ d’expérimentation d’une extrême exigence. Tout compte dans une vie, tout ce qu’on entreprend, aussi bien nos pensées que nos actes, non pas à cause d’un châtiment futur ou d’une récompense, mais parce qu’ils servent à construire notre monde. »

Janina Doucheyko est un personnage particulier. On l’imagine sans mal, se promener dans de longs lainages, s’occuper de son petit coin du monde, converser avec ses voisins et ses amis. C’est aussi une femme qui a des convictions et n’hésite pas à harceler les policiers pour faire connaître ses opinions. Elle sème des lettres à tout vent pour partager son point de vue et ce qui la choque. La nature lui est importante. Elle est végane, contre la chasse, détonne un peu dans son entourage, même si elle a des amis qui la soutiennent. Par moments, je comprenais son point de vue et ses idées sur la nature, ainsi que ce sentiment d’impuissance quand les autorités ne font rien face à des désastres écologiques. Par moments aussi je la trouvais aussi un peu agaçante.

Le roman rappelle le polar, de par sa construction ascendante vers le mystère, mais ce n’en est pas tout à fait un non plus, à cause de la façon dont l’intrigue se déroule. Du moins, ce n’est pas un polar au sens propre, comme on peut s’y attendre. L’histoire met en scène des sujets assez rares pour ce type de roman: le droit animal, la chasse, le véganisme. J’ai par contre trouvé le propos un peu trop tranché. Tout n’est pas que noir ou blanc, que l’on soit végane ou chasseur. L’histoire, cependant, va aussi au-delà de cela en abordant la question humaine et son rôle dans la nature. Il y a des propos intéressants dans ce roman.

L’écriture m’a beaucoup plu. Elle est à la fois poétique et intelligente. C’est un roman qui est vraiment bien écrit, la traduction est aussi très agréable à lire. J’ai lu de nombreux chapitres avec beaucoup d’intérêt, mais quelque chose m’a fait un peu décrocher au fil de ma lecture. Le personnage principal est une adepte d’astrologie, qui crée des horoscopes et consulte les cartes du ciel. Si, au début du roman, elle n’en parlait que de façon anecdotique, plus le roman avance, plus elle se lance dans de longs monologues sur l’alignement des planètes et sur les événements qui y sont rattachés et qui suivent forcément l’influence des astres. Elle tente même de partager sa passion aux autres personnages, qui n’en ont aucun intérêt. Comme moi. 

« Si la police tenait compte des remarques des astrologues, cela permettrait à de nombreuses personnes d’échapper au malheur. »

C’est dommage parce que cette caractéristique, qui n’apporte finalement pas grand chose à l’intrigue, m’a peu à peu lassée. Ça crée un flottement au centre du livre qui m’a donné l’impression de perdre un peu le fil du roman et d’avoir envie de le terminer plus rapidement, juste pour connaître la fin. C’est donc avec un sentiment partagé que j’ai refermé ce roman. J’ai aimé l’aspect intrigant et mystérieux, j’ai adoré l’écriture et l’atmosphère dans laquelle baigne le livre, mais d’autres points m’ont parfois ennuyée. Malgré tout, j’ai été contente de découvrir ce roman qui donne tout de même à réfléchir. D’autant plus qu’il s’agit de ma première incursion dans la littérature polonaise.

Sur les ossements des morts, Olga Tokarczuk, éditions Libretto, 288 pages, 2020

Un Noël au bord de la Tamise

Worm, un gamin des rues âgé de neuf ans, vit sur les rives de la Tamise et il n’a jamais passé un Noël en famille. Mais grâce à un petit boulot dans la clinique d’Hester Monk à Portpool Lane, la douce Miss Claudine Burroughs et Squeaky Robinson, un vieux comptable bougon, deviennent sa famille adoptive.
Quand Worm est témoin de l’enlèvement d’une belle jeune femme par deux voyous quelques jours avant Noël, éperdu, il demande de l’aide à Squeaky. Le vieil homme a autrefois possédé un bordel et il sait qu’il est dangereux de se mêler d’affaires louches comme celle-ci, mais il ne supporte pas l’idée de décevoir Worm ou de laisser le garçon voler au secours de la jeune femme tout seul. Cependant, les deux sauveurs improvisés ne s’attendaient pas à ce que la demoiselle en détresse ait la situation bien en main… et s’emploie à amener ses ravisseurs devant la justice pour des crimes bien pires que son kidnapping. Mais, il ne faut pas sous-estimer les deux truands, aussi fourbes que mortellement dangereux. Et peut-être que l’aide du cynique vieux Squeaky et du jeune Worm, gonflé d’optimisme, permettra au bien de triompher et d’éviter un terrible drame de Noël.

Un Noël au bord de la Tamise est le dernier livre que j’ai lu en 2020. J’avais très hâte de le lire puisque j’aime bien découvrir les contes de Noël qu’Anne Perry nous réserve en fin d’année. Ils ne sont pas toujours de qualité égale, mais c’est un rendez-vous que j’aime beaucoup malgré tout. Il y a certains titres que j’ai adoré, d’autres moins et il y en a trois que je n’ai pas lus parce qu’ils se déroulent sous le soleil et que ça ne m’intéresse pas vraiment. Pour moi, Noël est synonyme de neige ou à tout le moins, de froid! 

Si ses premiers contes d’il y a plusieurs années étaient plus festifs, maintenant je dirais que ça dépend des années. Par contre mes préférés figurent parmi les premiers contes qu’elle avait écrit au tout début. J’aimerais beaucoup d’ailleurs que l’éditeur les réédite. Je pense à La disparue de Noël par exemple ou au Voyageur de Noël. J’aimerais bien me les procurer et les relire. Qu’en est-il toutefois du conte de cette année, Un Noël au bord de la Tamise?

L’histoire est celle de Worm, neuf ans, un orphelin qui vivait dans la rue et à qui on a offert un foyer dans une clinique qui s’occupe des femmes égarées et des pauvres. Un jour qu’il se promène, il croise une jolie dame « aux cheveux plein de soleil », qui semble en difficulté. La scène le trouble beaucoup, il ne réussit pas à l’oublier. Il décide d’enquêter en entraînant le comptable de la clinique, Squeaky, dans une histoire bien dangereuse…

Afin de le détourner de toute cette histoire, Squeaky lui parle de Noël, une fête que Worm n’a jamais vraiment célébrée. C’est la première fois qu’il a un foyer et que Noël sera une vraie fête pour lui. Il y a donc deux parties qui alternent à cette histoire: les préparatifs de Noël instillés par Squeaky et l’enquête sur la dame en difficulté, qui semble être malmenée par des hommes rudes et bourrus. 

Un Noël au bord de la Tamise se déroule beaucoup dans les quartiers mal famés de Londres, à l’époque victorienne. On sent un peu l’ambiance d’époque, même si l’auteur ne nous plonge pas totalement dedans. Le roman est trop court pour que de longues descriptions recréent cette atmosphère particulière. C’est surtout la petite intrigue qui retient l’attention. On veut connaître le dénouement de l’enquête de Worm et Squeaky. 

Même si Worm célèbrera Noël pour la première fois et qu’il en découvre les rouages, l’ambiance n’est malheureusement pas très festive. Il y a des mentions de décorations, de souvenirs de Noël et de préparation à la fête, mais sans plus. J’aurais aimé que ce soit plus approfondit, surtout qu’avec le personnage de Worm l’occasion aurait été belle de prendre le temps de créer un vrai Noël en parallèle à l’enquête. Je regrette un peu que cet aspect soit juste survolé. 

« Il jeta un regard noir à l’enfant pour avoir soulevé le sujet. Maintenant, il allait devoir dénicher un arbre de Noël! Et tout ça était la faute du prince Albert qui avait ramené des idées allemandes en Angleterre parce qu’il avait épousé la reine! »

Ça arrive de plus en plus que certains des contes de Noël d’Anne Perry ne soient pas si ancrés dans la magie des fêtes. Comme je m’y attendais un peu, j’ai quand même eu du plaisir à découvrir cette petite histoire. Ça reste léger et court, donc pas très marquant, mais ce fut une lecture agréable. J’aime découvrir ce que l’auteur nous réserve à la fin de l’année dans ses contes de Noël. Ils ont toujours une petite morale et parlent bien souvent de deuxième chance et de rédemption, des sujets qui reviennent beaucoup dans ses histoires.

Ce qui m’a plu dans ce roman, ce sont les personnages de Worm et Squeaky. On ne peut que s’attacher au gamin, un garçon des rues curieux et empathique. Même le rude Squeaky est un personnage intéressant. S’il ne souhaite pas trop montrer ses sentiments, il n’en demeure pas moins qu’il a profité d’une seconde chance dans la vie et est devenu une bien meilleure personne.

« Ne pas respecter la promesse faite à un enfant était une chose épouvantable, pour ne pas dire impardonnable, et encore plus au moment de Noël. »

Un conte de Noël qui nous mène sur les traces de cambrioleurs et d’or disparu, dans les quartiers industriels au bord de la Tamise. J’ai bien aimé!

Un Noël au bord de la Tamise, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2020