Winterkill

winterkillFin décembre, tombée de la nuit, énorme tempête de neige annoncée sur le massif des Bighorn. Le garde-chasse Joe Pickett a garé son 4×4 en lisière de la forêt et surveille un troupeau de wapitis lorsque les premiers coups de feu retentissent. Très vite c’est le massacre, les animaux tombant sous les balles les uns après les autres. Beretta en main, Joe s’approche du tueur et, stupéfait, s’aperçoit qu’il s’agit de Lamar Gardiner, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest. Il l’arrête, mais celui-ci réussit à s’enfuir. Pas pour longtemps : quelques instants plus tard, Joe le retrouve sauvagement assassiné. Mais par qui ? Déjà difficile, l’enquête devient carrément impossible lorsqu’un groupe de marginaux, les Citoyens souverains, vient s’installer dans les montagnes, ajoutant à la confusion… et à la violence.

Winterkill est le troisième tome des aventures du garde-chasse Joe Pickett. Cette nouvelle histoire est très intense au niveau de l’action, des émotions et des événements qui s’y déroulent. L’histoire débute alors que c’est l’hiver dans le Wyoming.

« Une tempête de neige était annoncée sur le massif des Bighorn. C’était la fin décembre, quatre jours avant Noël, dernière semaine de la saison de chasse aux wapitis. »

Joe Pickett est témoin d’une scène particulièrement difficile et gratuite, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest abat des wapitis les uns après les autres. Quand il l’intercepte, l’homme s’évade puis se fait tuer.

« Tandis que la tempête s’abattait sur la région, Joe se retrouva sans renfort, sans contact radio et avec le cadavre du superviseur de la Twelve Sleep National Forest sur les bras. »

Ce qui devient complexe c’est que plusieurs différentes juridictions s’intéressent à ce crime. Le shérif, l’Office des forêts, dont la fameuse Mélinda Strickand, une femme terrifiante par ses capacités à prendre des décisions dangereuses pour tout le monde, toujours en ne pensant qu’à elle et sa carrière.

« -Melinda Strickland, cette cinglée, n’a même pas voulu discuter et attendre samedi, vous savez pourquoi? Parce qu’elle ne voulait pas bosser pendant le week-end! Elle ne tue les gens que pendant les heures ouvrables! »

Une femme qui fait des ravages partout où elle passe. La journaliste qui l’accompagne est tout aussi inquiétante, tant son admiration sans borne pour Strickland lui fait perdre la raison. Entre la présence de ces deux femmes, la congrégation de survivalistes qui cachent des secrets, l’arrivée de plusieurs caravanes et un second crime, Joe est débordé de travail et le voilà une fois encore, impliqué dans une enquête pour meurtre.

Il est difficile pour Joe de voir à quel point tout ce qui se déroule devant ses yeux est très loin de l’idée qu’il se fait de la justice. Il n’a jamais eu une très bonne opinion du système judiciaire, mais cette affaire – ou plutôt ces affaires – ne font qu’empirer son opinion sur la façon dont la justice est rendue.

L’autre événement perturbant pour Joe et sa famille, c’est le retour dans la région de Jeannie Keeley. Si vous avez lu les tomes précédents, ce personnage vous rappellera quelque chose. Le mari de Jeannie avait été tué et la famille de Joe a accueillit April, la fillette de cette femme. Ils tentent de l’adopter depuis le départ de Jeannie de la région, mais son retour complique énormément les choses. D’autant plus que cette femme vit maintenant avec un groupe, les « Citoyens souverains », qui vient de s’installer sur un ancien terrain de camping de la région, ce qui ne fait pas l’affaire des autorités. Une « guerre » différents départements commence à se faire ressentir…

« Comment était-il possible que les survivants, les criminels, les complices, les sympathisants et les victimes d’événements parmi les plus tragiques des États-Unis aient pu se regrouper et décider de s’installer dans sa montagne à lui? Et que parmi eux se trouve Jeannie Keeley, venue récupérer April? »

Ce qui ne facilite pas la tâche des enquêteurs, de Joe ou de quiconque tente de mettre de l’ordre dans ce qui se déroule, c’est la quantité de neige que la région ne cesse de recevoir. Les difficultés pour se déplacer son accrues et la neige rend compliqué la recherche d’indices. Malgré tout, on imagine facilement les magnifiques paysages dans lesquels évolue Joe et les autres personnages.

« La blancheur éclatante de la lumière l’éblouit un instant. Il eut une impression de vertige. Il n’y avait plus ni ciel, ni prairie, ni arbres, ni montagnes. Seulement du blanc opaque. »

Dans ce roman, j’ai adoré la présence du personnage de Nate Romanowski. Un homme particulier, qui n’hésite pas à se faire justice si besoin est, mais qui est tout de même très attachant. Victime du système, vivant en marge de la société, son travail comme fauconnier est fascinant. J’aime quand C. J. Box met en scène de tels personnages. Ils ne sont ni blancs ni noirs, toujours un peu en bordure de la loi, mais tellement intéressants!

« …ce Romanowski était un drôle de type – une espèce de reclus qui utilisait un arc et des flèches pour tuer le gibier dont il se nourrissait et qui élevait des oiseaux de proie pour la chasse. Joe venait de se rappeler où il avait entendu ce nom. Romanowski lui avait envoyé une demande de permis de chasse au faucon. C’était la première fois qu’il recevait une telle requête depuis qu’il exerçait son métier. »

Romanowski a bien saisi le genre de personnage qu’est Joe Pickett et c’est la raison pour laquelle d’ailleurs il lui demande son aide.

Comme toujours, les romans de C. J. Box sont intéressants pour le cadre naturel qu’ils mettent en scène. On en apprend toujours un peu plus sur le travail de Joe et sur la façon dont les liens se tissent et se rompent entre les différentes autorités de la région: les citoyens, le garde-chasse, le bureau du shérif, l’Office des Forêts, les forces de l’ordre.

Winterkill est un roman enneigé et assez triste. Il se passe énormément d’action, peut-être un peu trop pour les capacités de gestion de Joe Pickett et certains événements sont déplorables. Je me demande comment sa petite famille et son couple survivront à tout cela. À voir, avec le prochain tome!

Voici mon avis sur les autres tomes de la série du garde-chasse Joe Pickett:

  1. Détonations rapprochées
  2. La Mort au fond du canyon

Winterkill, C. J. Box, éditions du Seuil, 386 pages, 2005

La Mort au fond du canyon

mort au fond du canyon«Au troisième jour de leur lune de miel, Stewie Woods, écolo activiste à la notoriété douteuse, et son épouse, Annabel Bellotti, cloutaient des arbres dans la forêt nationale des Bighorn lorsqu’une vache explosa et les mit en pièces. Jusque-là, leur union avait été sans nuages.» Ainsi commence ce deuxième roman de C. J. Box. 
Humour, certes, mais la situation est grave. Un sénateur est étranglé à Washington après avoir, semble-t-il, reçu une visite galante, un avocat de l’Oregon périssant, lui, dans l’incendie de sa maison. Etc., etc., pourrait-on dire, jusqu’au jour où Joe Pickett, le garde-chasse qui a accompagné le shérif sur le lieu du premier drame y revient, intrigué par certains détails troublants. Tout devient alors très compliqué… et terriblement dangereux. 

Je poursuis ma relecture des aventures du garde-chasse Joe Pickett avec ce second volet: La mort au fond du canyon. Cette histoire est assez explosive et être garde-chasse au Wyoming n’est visiblement pas de tout repos si on en croit les aventures que Joe vit depuis deux romans. Ce tranquille père de famille est toujours en quête de justice et sa détermination met parfois sa vie en danger.

Avec cette deuxième histoire (qui peut aussi se lire indépendamment de la première si le thème vous interpelle plus), on plonge dans une guerre qui date de Mathusalem entre de riches propriétaires terriens et des éleveurs de bétail. Il faut remonter dans l’histoire pour en comprendre toute la portée, ce que fait Marybeth, la femme de Joe, qui est bibliothécaire. Son mari de son côté, met son nez partout et se retrouve rapidement en mauvaise posture quand Marybeth commence à recevoir des coups de téléphone… d’outre-tombe.

Ce roman débute avec l’explosion d’une vache, dans la Targhee National Forest. L’image est marquante et annonce le début d’une enquête complexe, puisqu’elle met en scène plusieurs personnages et joue dans des domaines délicats: soit l’écoterrorisme. One Globe, un groupe écolo d’activiste a pour insigne deux clés à molette, hommage à Edward Abbey. C’est un groupe écologiste qui n’hésite pas à faire des gestes marqués et à aller très loin dans leurs demandes.

« Joe n’avait évidemment aucune expérience pour ce qui était de notifier à un éleveur que ses vaches avaient explosé – sans compter que, présenté comme ça, c’était passablement ridicule. »

On apprend plusieurs choses sur le travail de Joe Pickett et sur la façon dont les groupes, qu’ils soient écologistes ou représentent des propriétaires terriens, sont gérés dans l’ombre. Les magouilles ne sont jamais vraiment loin. On fait aussi la rencontre de deux personnages terrifiants: le Vieux et Charlie, un duo qui sème sur son passage quantité de cadavres. On dirait des missionnaires sanguinaires en guerre contre les écologistes. Chaque groupe n’hésite pas à se battre pour ses convictions et à aller très très loin. Joe Pickett étant en quelque sorte coincé au milieu, tente de dénouer les fils de son enquête.

« -Vous autres, reprit-il, ce sont les idées qui vous plaisent; par exemple celle de réintroduire les loups. Vous vous sentez mieux. D’accord pour dire que, dans l’ensemble, c’est bénéfique. Seulement voilà: vous n’aimez pas trop regarder comment ça se passe quand ces nobles idées se concrétisent dans la réalité, pas vrai? »

L’histoire est par moments assez étonnante et prenante. Entre les riches propriétaires terriens qui font la pluie et le beau temps avec leurs contacts au gouvernement, les écologistes qui clament haut et fort qu’il faut sauver la nature à tout prix, les éleveurs de bétail qui ne veulent pas perdre leur travail, il se passe beaucoup de frictions entre les différents groupes. L’auteur en profite pour soulever des questions écologiques intéressantes, par l’entremise de son personnage Joe Pickett, un homme droit qui tente de faire appliquer la loi et d’être le plus juste possible.

J’aime énormément le cadre des romans de C.J. Box. La nature est omniprésente, avec la description de magnifiques paysages et de nature. Des parcs aux canyons, en passant par les animaux qui y vivent, Joe Pickett est amoureux de ces grands espaces autant que semble l’être son créateur. Le personnage, tout autant que ses aventures, sont à la fois passionnantes et inspirantes. La violence des crimes est contrebalancée par la richesse et la beauté des lieux.

Quant à l’histoire, il faut la lire pour savoir ce qu’il advient de la guerre entre les écolos et les propriétaires terriens, ainsi qu’avec les associations comme One Globe et le Stockman’s Trust, dont l’étrange histoire remonte à très loin… Un très bon roman d’enquête dont le cadre est exceptionnel et qui devient rapidement une chasse à l’homme où chacun se bat pour sauver sa peau.

Une petite parenthèse: je trouve les romans de C.J. Box visuellement très intéressants. Il est facile de s’imaginer les lieux et les personnages. Chaque fois, je me fais la réflexion que ce serait tout à fait le genre de livres qui se transposeraient bien à l’écran. Peut-être un jour aurons-nous la chance de voir Joe Pickett en chair et en os!

Je poursuis avec la troisième aventure du garde-chasse, pour qui je me prend de plus en plus d’affection.

La Mort au fond du canyon, C. J. Box, éditions du Seuil, 304 pages, 2004

Route End t.5

Route End 5Après l’agression d’Inukai durant l’investigation sur la mort du triplé C, retrouvé en morceaux en pleine forêt, la brigade criminelle est plus que jamais déterminée à mettre la main sur End. Pendant ce temps, Yuka, au comble du désespoir, tente de mettre fin à ses jours… avant d’être sauvée in extremis par le fantôme de son ancien patron ! De son côté, Noguchi découvre avec stupeur que les relevés d’empreintes de la scène du crime, qui établissaient un lien entre le triplé B et le cadavre des bois, ont disparu de la base de données de la police ! Kito identifie très vite le traître au sein de la cellule d’enquête et décide de remonter seul la piste du maître chanteur…

Route End tome 5 poursuit l’enquête entamée dans le premier tome. L’histoire a prit une tournure à laquelle on ne s’attendait pas forcément en commençant la série. J’ai trouvé ce cinquième tome un peu plus élaboré que le précédent. C’est toujours aussi bon, mais celui-ci a un petit quelque chose de plus.

Dans les derniers tomes, le lecteur fait plusieurs découvertes concernant End. On réalise bien vite que les enquêteurs sont corrompus, que plusieurs personnages jouent dans l’ombre pour réussir à ralentir l’enquête ou au contraire, à lui donner un coup de pouce.  Certains éléments de l’enquête sont montés de toutes pièces.

Pendant ce temps, d’autres personnages retiennent notre attention. Il y a le sosie du frère d’Akina, responsable de l’enquête et le docteur Ekazi, qui échangent sur la psychiatrie et leurs recherches respectives. On sent que ces échanges ne sont pas là pour rien.

 » Vous ne trouvez pas que l’existence du mal à l’état pur puisse être intéressante? Un mal tel que le passé du criminel ne saurait l’expliquer… »

L’enquête prend une nouvelle tangente quand on annonce la découverte d’une septième victime. Des déclarations sur la possible identité du tueur et sur l’endroit où il se trouve pourrait modifier complètement l’enquête qui accapare nombre de policiers et d’inspecteurs depuis un bon moment.

Parallèlement à l’enquête, nous suivons toujours Taji, qui a reprit l’entreprise de nettoyage de son patron. Les relations avec sa famille ne sont pas faciles, surtout depuis le suicide de sa mère. La dynamique familiale bat de l’aile, surtout lorsque le patriarche souhaite réunir toute la famille, créant un malaise de plus en plus inconfortable.

À noter qu’on retrouve toujours en début de volume un récapitulatif des personnages ainsi que les liens entre eux. Étant donné la façon dont l’histoire est construite et le temps qui s’écoule entre deux tomes, ces informations sont essentielles pour se replonger dans l’histoire. Chaque fois que je lis un tome, je me fais la réflexion qu’à la fin, je reprendrai tout depuis le début. Lire la série d’un coup doit être une belle façon d’y plonger totalement.

Route End est une bonne série criminelle. C’est une histoire efficace qui donne envie de poursuivre la lecture pour connaître le dénouement. Vivement la lecture du prochain tome!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Route End tome 5, Kaiji Nakagawa, éditions Ki-oon, 192 pages, 2019

Détonations rapprochées

Détonations rapprochéesGarde-chasse dans le Wyoming, Joe Pickett ne plaisante pas lorsqu’on braconne sur ses terres. Il a même arrêté le gouverneur de l’État qui pêchait sans permis, ce qui ne lui vaut pas que des amis ! Aussi, lorsque Sheridan, sa fille de neuf ans, dit avoir vu «un monstre» s’approcher de la maison une nuit, Joe penche plutôt pour un rôdeur. Une ombre inquiétante, qui devient un véritable problème quand Joe découvre, quelques jours plus tard, le cadavre d’un chasseur étalé en travers de son tas de bois pour l’hiver. Tandis que d’étranges créatures se mettent à vivre dans le tas de bois, les autorités attribuent cette mort suspecte à un simple accident. Mais Joe ne se satisfait pas des conclusions données par la police locale et se lance dans une enquête qui va déranger pas mal de monde…

J’aime beaucoup C.J. Box qui écrit des romans policier se rapprochant énormément du nature writing. Il y a quelques années j’ai lu certains de ses livres et j’ai envie de reprendre mes lectures, essentiellement sa série Joe Pickett. Récemment j’ai lu un titre de la série Cody Hoyt, mais le personnage m’a beaucoup moins plu. J’ai donc eu envie de relire ce que j’avais déjà lu mettant en scène le garde-chasse Pickett, puis de reprendre peu à peu la série.

La première aventure mettant en scène Joe Pickett est Détonations rapprochées. Ici, nous faisons connaissance avec le garde-chasse et sa famille. Pickett est un personnage très intéressant. Il est doux, attachant, intelligent, discret (même s’il se retrouve trop souvent et contre son gré, sous les projecteurs). Il aime sa femme et sa petite famille, même s’il regrette de ne pas pouvoir lui donner plus. Son poste n’est pas le mieux rémunéré du monde et il a une femme et deux enfants à charge, un troisième en route. Il est garde-chasse de l’État du Wyoming parce que c’est un amoureux de la nature qui rêve de ce travail depuis l’enfance. Quand le livre commence, ça ne fait qu’une semaine qu’il est à son poste dans cette région.

J’aime sa vision des choses quand il parle de la chasse:

 » Joe n’avait aucun problème avec les chasseurs qui tuaient pour se procurer de la viande. Il trouvait que la méthode était en fin de compte plus honnête que d’aller l’acheter au supermarché emballée dans de la Cellophane. Il n’avait jamais compris les arguments de ceux qui s’opposent à la chasse sans être pour autant végétariens. »

Joe commence tout juste à prendre ses marques dans son nouveau travail. On le voit intercepter les chasseurs, faire des vérifications et parler avec certains d’entre eux. Puis, un beau jour, sa fille à l’imagination débordante lui parle d’un monstre là, dehors. Joe réalise alors que ce qu’a pu voir sa fille existe bel et bien: on retrouve le cadavre d’Ote Keeley, un chasseur avec qui Joe a eu quelques problèmes. L’homme est mort dans son tas de bois, à quelques mètres de sa maison. Commence alors une longue et difficile enquête pour Joe, qui ébranlera les fondations de sa famille.

« Comment se faisait-il que ce qu’elle avait prit pour un monstre sorti de son « imagination surexcitée », comme disait sa mère, se fut en fin de compte révélé réel? Elle avait l’impression que le monde réel et celui de ses rêves avaient fusionné dans cet événement. Soudain, des adultes s’y trouvaient mêlés. Une idée étrange lui vint à l’esprit: et si son imagination était puissante au point de donner corps aux choses qu’elle rêvait? »

On suit Joe qui tente de faire la lumière sur ce qui s’est produit. Il se sent « impliqué » vu son altercation avec le chasseur retrouvé mort et le fait qu’on l’a retrouvé chez lui. Beaucoup de questions sont en suspens et Joe tente de trouver les réponses. Ce n’est pas simple pour lui étant donné que tous ceux autour de lui tentent de lui mettre des bâtons dans les roues…

« Il avait souvent remarqué que celui qui parlait le plus était aussi celui qui avait le moins à dire. Il aurait aimé que chaque être humain se voie allouer un certain nombre de mots à utiliser au cours de sa vie. La réserve épuisée, on aurait été condamné au silence. »

Parallèlement, on suit la fillette de Joe, Sheridan, qui est totalement impliquée malgré elle dans l’enquête et dans les récents événements. C’est un personnage très intéressant, un peu à l’image de son père. Elle préfère la petite maison en pleine nature au luxe et au tape-à-l’œil. Elle est intelligente, curieuse, c’est une enfant particulière. Elle a quelque chose de son père et je trouve qu’elle est tout aussi attachante. Elle est ici au cœur de l’histoire et plusieurs chapitres lui sont consacrés.

Les chapitres débutent souvent par des extraits de l’amendement à la loi sur les espèces menacées. On en comprend toute la portée à mesure que l’histoire avance.

« Une chose était d’imaginer des montres, une autre, et bien différente, d’en voir vraiment. »

Ce roman me plaît beaucoup. Outre la nature qui est omniprésente et fait pratiquement office de personnage au roman, l’histoire aborde plusieurs thèmes intéressants, comme la chasse et la façon dont elle est gérée; l’implantation de pipelines et tout l’aspect écologique et économique qui en découle pour les populations; ainsi que la disparition et l’extermination d’espèces en danger. J’aime aussi énormément Joe et sa famille. C’est un personnage tout ce qu’il y a de plus normal et c’est sans doute ce qui fait son charme. Ce n’est pas un alcoolique violent, ni un coureur de jupon. Il est fidèle à ceux qu’il aime. Quelqu’un d’ordinaire qui se retrouve mêlé, de par son travail, à des choses particulières. J’adore!

Un bon roman policier qui nous plonge dans le Wyoming et aborde des questions écologiques et environnementales. À découvrir!

Détonations rapprochées, C. J. Box, éditions Points, 320 pages, 2004

L’usurpateur

l'usurpateurUn homme mort depuis quatre mois retrouvé devant sa télé allumée ; un autre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un prospectus sur lequel la police retrouve les empreintes d’un tueur en série américain, c’est bien plus qu’il n’en faut pour lancer Line Wisting, journaliste à VG, et son père William, inspecteur de la police de Larvik, dans des enquêtes dont ils ne peuvent mesurer les conséquences…
À quelques jours de Noël, par moins quinze et sous la neige, va s’engager une des plus incroyables chasses à l’homme que la Norvège ait connues.

L’usurpateur est un roman policier très intéressant que j’ai lu avec un plaisir grandissant à mesure que l’enquête avancait. Il y a quelque chose de fascinant dans cette histoire, de terrifiant aussi. Nous sommes en Norvège, en plein hiver. Il fait froid et la neige recouvre tout. Alors qu’on découvre un voisin des Wisting décédé depuis quatre mois et pratiquement momifié dans son fauteuil, Line qui est journaliste décide de faire un papier sur l’extrême solitude du vieil homme. Il est inconcevable pour elle qu’un homme puisse mourir sans que quiconque ne s’en préoccupe. Elle réussit à obtenir l’autorisation nécessaire et les clés de la maison de l’homme pour faire sa petite enquête sur ce qu’a été sa vie et éventuellement, un long article pour son journal. À l’approche des Fêtes, la tristesse de cette solitude et de cette mort ignorée de tous la peine profondément.

« Je voudrais faire un papier sur comment une chose pareille a pu arriver. Comment il est possible d’être si seul et oublié de tous qu’il faut quatre mois pour que quelqu’un s’aperçoive par hasard qu’on est mort. »

De son côté, son père, inspecteur, se retrouve à enquêter sur la découverte d’un corps dans une plantation de sapins. Les circonstances de son décès – le lieu où reposait le corps et les indices retrouvés près de lui – amènent l’équipe de William Wisting à faire de nombreuses recherches pour réussir à mettre un nom sur l’homme décédé. L’homme, surtout, avait été poussé sous un sapin et portait des vêtements d’été. Il était là depuis des mois.

« C’est curieux qu’il ne figure pas sur la liste des disparus. S’il est sous ce sapin depuis l’été dernier, on aurait dû s’apercevoir de sa disparition, non? »

Les deux hommes sont morts à peu près au même moment. Personne ne se souciait suffisamment d’eux pour déclarer leur disparition. C’est l’élément déclencheur qui poussera William et Line à enquêter chacun de leur côté pour des raisons différentes. Il suffira d’une découverte, puis d’une autre pour étoffer l’enquête et mettre à jour des éléments étonnants qui amèneront différents pays à collaborer ensemble pour arrêter un criminel qui sévit depuis beaucoup trop longtemps.

« Sa pensée suivante lui donna une sensation rampante de froid. Quelque part dehors se promenait un tueur en série. »

Jørn Lier Horst met en scène dans ses romans policier, un duo père-fille très attachant. Les deux vivent seuls chacun de leur côté. Line est une bonne journaliste, qui s’intéresse à des sujets différents qui détonnent un peu. Elle tente toujours de donner un angle particulier à ses papiers, pour faire réfléchir les lecteurs et apporter un éclairage nouveau sur des sujets de société. Elle adore la photographie qu’elle pratique depuis qu’elle est enfant.

William, son père, est un enquêteur soucieux, avec une bonne équipe de travail. Il tente de faire du monde un lieu plus sécuritaire et de rendre justice aux victimes. Il est secondé par une équipe solide où chacun se spécialise dans un domaine en particulier. J’ai beaucoup aimé ce duo improbable, inspecteur et journaliste, qui nous permet de voir les deux côtés d’une médaille, soit le travail policier versus le travail de terrain pour publier une nouvelle intéressante. Line par exemple, ne le fait pas à tout prix et a une bonne éthique de travail.

Dans L’usurpateur, la solitude est un sujet qui revient souvent, que ce soit à travers les différents corps qui ont été retrouvés ou par les personnages, William et Line, qui mènent des vies solitaires rythmées par le travail. La solitude est aussi un thème récurrent dans la façon dont le criminel profite de ses victimes et réussit à passer inaperçu. La solitude peut être une bénédiction ou un fléau, tout dépend de la façon dont elle est vécue. Ou dans ce cas-ci, utilisée.

Un roman policier d’enquête que j’ai beaucoup aimé, tant pour son cadre – la Norvège en hiver – que pour ses personnages attachants. La trame de l’enquête est passionnante, faite de recherches généalogiques et historiques. L’histoire permet de découvrir le concept « d’homme de caverne » et de suivre l’évolution et la pensée d’inspecteurs qui tentent de démystifier les faits et gestes d’un tueur aguerri qui sait comment passer inaperçu. Une enquête fascinante qui se développe tranquillement au fil des découvertes que font les enquêteurs. Découvertes qui tardent à arriver par moments, puisque dès qu’ils avancent un peu, les résultats étonnent et ne correspondent pas forcément à ce qu’ils attendaient.

« Cette affaire avait un côté effrayant. Qu’il n’avait pas connu par le passé, qui le faisait se sentir comme un enfant qui ne voyait rien dans le noir, mais qui savait qu’il y avait quelque chose. »

J’ai très envie de lire les deux autres titres de Jørn Lier Horst qui sont disponibles en français. J’espère que les autres enquêtes de William Wisting seront éventuellement traduites également. Une belle découverte!

L’usurpateur, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 448 pages, 2019