Un nouveau dans la ville

un nouveau dans la villeAu début de l’hiver, dans une petite ville, débarque un inconnu, quelconque à tout point de vue. Malgré son apparence, Justin Ward possède une grosse liasse de billets qu’il porte toujours sur lui. Ce n’est pas son statut d’étranger à la région qui attire l’attention (la tannerie voisine emploie des immigrés), mais bien son extrême réserve…

J’étais très content de pouvoir découvrir cette réédition du roman de Georges Simenon, Un nouveau dans la ville, puisque le roman est illustré en couleurs. Loustal a fait un très beau travail d’illustration avec ce livre.

L’histoire commence dans une petite ville loin de tout, au nord des États-Unis. Un patelin où tout le monde se connait et où un nouveau venu ne passe pas inaperçu, surtout quand il est si secret. Un homme que personne n’a vu entrer dans la ville apparaît alors comme par magie, créant un malaise au sein de cette petite communauté. Sans demander son chemin, bifurquant d’une rue à l’autre, il se dirige directement au Bar de Charlie.

L’étranger se montre très peu bavard. D’apparence plus ou moins soignée, mystérieux, il ne répond réellement jamais aux questions qui lui sont posées, esquivant les interrogations de tout le monde. Il laisse planer toutes sortes de doutes à son sujet. Est-il un ancien prisonnier évadé? Un meurtrier? Que fait-il dans la ville et combien de temps restera-t-il? Georges Simenon avec cette histoire, met en lumière le côté plus sombre des petites villes et villages, surtout à une certaine époque, où tout étranger qui ne se mêlait pas aux autres suscitait automatiquement de la méfiance et de la suspicion.

« Il se trouva installé dans la ville sans que personne l’eût vu arriver, et on en ressentit un malaise comparable à celui d’une famille qui apercevrait un inconnu dans un fauteuil de la salle commune sans que personne l’ait entendu entrer, ni que la porte se soit ouverte. »

Le comportement fuyard de l’homme, ses manières étranges et souvent désagréables, amènent certaines personnes de la ville à une forme de paranoïa, en particulier le propriétaire du Bar le Charlie, premier endroit où l’inconnu s’est dirigé. Charlie fera sa petite enquête tout au long du roman, afin de découvrir qui est réellement ce personnage bizarre qui a trouvé au bar son lieu de prédilection favori. Pour la communauté, dès l’arrivée du nouveau venu les lieux autrefois conviviaux se refroidissent considérablement, amenant une ambiance lourde et désagréable qui n’est pas très appréciée…

Un nouveau dans la ville est assurément un très beau roman illustré, très agréable à lire, avec des images de grande qualité qui représentent bien chaque moment clé du roman. Il s’agit d’un roman policier plutôt léger. Ce n’est pas sanglant du tout, l’intrigue étant axée sur le mystère de l’inconnu et sur l’enquête menée par les villageois. Ceux qui apprécient les histoires policières plus classiques devraient aimer, surtout avec les illustrations qui apportent un plus à la lecture.

L’histoire tourne donc autour du mystère de l’inconnu, des questions que les habitants de la ville se posent à son sujet. Le mystère est bien mené et comme lecteur, on se pose aussi beaucoup de questions sur l’homme. On suit les commérages et la paranoïa des habitants afin de percer, nous aussi, le mystère de l’inconnu.

Ce roman policier de Georges Simenon est paru en 1950. L’histoire a donc un petit parfum vieillot qui est très agréable à découvrir aujourd’hui. Cette nouvelle édition parue chez Omnibus est vraiment magnifique. Les pages sont imprimées sur papier glacé, les illustrations de Loustal sont fabuleuses et nous plongent totalement dans le contexte du roman.

Une lecture qui m’a plu, un beau roman illustré que je recommande assurément aux amateurs d’enquêtes classiques.

Un nouveau dans la ville, Georges Simenon, illustrations de Loustal, éditions Omnibus, 208 pages, 2016

 

Fermé pour l’hiver

fermé pour l'hiverUn cambrioleur cagoulé est retrouvé assassiné dans un chalet du comté de Vestfold, au sud de la Norvège. William Wisting, inspecteur de la police criminelle de Larvik, une ville moyenne située à une centaine de kilomètres d’Oslo, est chargé de l’enquête. Très vite, la situation se complique. Le propriétaire du chalet, un célèbre présentateur de télévision, reste étrangement injoignable. Un homme mystérieux agresse Wisting en pleine nuit et lui vole sa voiture alors qu’il quitte la scène du crime. Pire, le cadavre du cambrioleur est dérobé à la morgue avant d’avoir pu être autopsié et l’incendie d’un appartement détruit des indices essentiels à l’investigation. Pour corser le tout, la propre fille de Wisting se voit mêlée à l’enquête quand elle découvre un second corps à la dérive dans une barque. Et pendant ce temps, des oiseaux morts tombent du ciel comme des mouches, dans ce comté bien tranquille…

J’avais adoré ma lecture de L’usurpateur, ma première découverte de l’auteur Jørn Lier Horst. Ses livres mettent en scène l’inspecteur William Wisting ainsi que sa fille Line qui est journaliste. Les enquêtes du premier se confondent bien souvent avec celles de sa fille et finissent par se rejoindre. C’est ce que je trouve intéressant dans les personnages de Horst. Le duo d’enquêteurs est donc assez original et l’aspect familial est très présent. William Wisting est un homme sensible, soucieux de son travail, de ses collègues, des victimes et de ceux qui sont mit à l’écart de la société. Sa fille est tout aussi humaine que lui et le journalisme d’investigation est, pour elle, un véritable mode de vie, plutôt qu’un simple travail.

Fermé pour l’hiver se déroule en automne, au moment où les gens ferment leurs chalets pour l’hiver, avant la tombée de la neige. C’est une époque où la nature est belle et où les gens vont en profiter encore un peu avant la fermeture.

« Il aimait cette époque de l’année, avant la chute des feuilles. Le dernier séjour au chalet de Stavern, pour clouer les panneaux devant les fenêtres, remonter le bateau et fermer pour l’hiver. C’était une perspective à laquelle il se réjouissait pendant tout l’été. »

De nombreux cambriolages dans des chalets d’un même secteur et la découverte d’un corps déclenche une grande enquête. Le propriétaire connu du chalet est introuvable, Wisting se fait agresser et voler sa voiture, d’autres cadavres et scènes de crimes sont découverts et l’enquête s’alourdie de plus en plus. En plus, il y a cette histoire étonnante d’oiseaux qui tombent du ciel…

L’enquête est difficile puisque plus les policiers découvrent de choses, plus l’enquête devient floue. Des corps, différentes armes du crime, des déplacements particuliers que les enquêteurs doivent pister, beaucoup de questions qui ne trouvent que peu de réponses. Les corps disparaissent et les éléments de l’enquête sont de plus en plus difficile à assembler. Line se retrouve bien malgré elle impliquée, alors qu’elle choisi de vivre pendant un moment au chalet qui appartient maintenant à son père. L’enquête semble complexe et c’est ce que j’aime chez Horst: les fils finissent par se dénouer doucement et tout se met en place. J’ai aimé l’atmosphère générale du roman dont la première partie se déroule beaucoup dans l’univers des chalets et dans une nature plus sauvage, au bord de l’eau.

Le roman amène aussi une réflexion sur la vie, la pauvreté, les choix que les citoyens font quand ils n’en ont plus de choix justement. C’est ce que je trouve intéressant dans ce livre. Le personnage de Wisting ne se contente pas de rendre justice, il essaie aussi de mieux comprendre l’humain et les agissements des criminels. Ça ne veut pas dire qu’il les approuve. Mais il amène une forme de sensibilité à son enquête qui me plaît bien. Celle-ci est d’ailleurs bien menée et parfois des éléments étonnent, surtout quand on en comprend les rouages. C’était la même chose avec L’usurpateur.

Je dois préciser que les livres de Horst ne sont pas traduits dans l’ordre, comme ça arrive bien souvent avec les séries policières. Ça ne m’a pas particulièrement dérangée jusqu’à maintenant avec cette deuxième lecture (qui a été publiée avant L’usurpateur). J’ai toutefois appris plus de choses sur la famille Wisting, sur la vie privée de William et sur le travail et la vie de Line. Je dirais que de façon générale, on peut lire les livres dans l’ordre ou dans le désordre, le plaisir de lecture est toujours au rendez-vous.

J’aime la façon dont l’auteur amène son sujet et les différents revirements de situations qu’il sait donner à son histoire. Si L’usurpateur m’a un peu plus surprise et que jusqu’à maintenant, il reste mon préféré, j’ai passé un bon moment de lecture avec Fermé pour l’hiver. L’ambiance nature et chalet est très agréable, même si à la moitié du livre de nouvelles découvertes amène Wisting à sortir des frontières de la Norvège et à s’interroger sur des problèmes de société qui vont bien au-delà de son enquête.

« Où serions-nous si nous savions tout ce qui va venir? interrogea-t-il. Il ne resterait plus rien. Espoir, foi et rêves n’auraient plus de sens. »

Cette seconde lecture d’un livre de Jørn Lier Horst confirme mon plaisir de lire cet auteur. J’apprécie la façon dont il mène son histoire. C’est divertissant, ça nous porte à réfléchir et le lieu de ses histoires, la Norvège, me plait particulièrement. Si vous aimez les séries policières, je vous conseille vraiment de découvrir cet auteur.

wisting

En complément 
L’univers de l’inspecteur William Wisting a été adapté en série par les producteurs de Millénium et de Wallander. J’avais beaucoup aimé cette dernière série, même si Wallander est un personnage beaucoup plus torturé. J’espère que Wisting se rendra jusqu’à nous en français, j’aimerais beaucoup pouvoir la voir un de ces jours! Si vous avez pu la visionner (je sais qu’elle est passée en France par exemple), dites-moi ce que vous en avez pensé! Je serais très curieuse de retrouver les Wisting, père et fille, à l’écran!

En attendant, je vais me concentrer sur les livres. J’ai un troisième titre de la série William Wisting dans ma pile et je compte bien le lire bientôt!

Fermé pour l’hiver, Jørn Lier Horst, éditions Folio, 448 pages, 2018

Winterkill

winterkillFin décembre, tombée de la nuit, énorme tempête de neige annoncée sur le massif des Bighorn. Le garde-chasse Joe Pickett a garé son 4×4 en lisière de la forêt et surveille un troupeau de wapitis lorsque les premiers coups de feu retentissent. Très vite c’est le massacre, les animaux tombant sous les balles les uns après les autres. Beretta en main, Joe s’approche du tueur et, stupéfait, s’aperçoit qu’il s’agit de Lamar Gardiner, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest. Il l’arrête, mais celui-ci réussit à s’enfuir. Pas pour longtemps : quelques instants plus tard, Joe le retrouve sauvagement assassiné. Mais par qui ? Déjà difficile, l’enquête devient carrément impossible lorsqu’un groupe de marginaux, les Citoyens souverains, vient s’installer dans les montagnes, ajoutant à la confusion… et à la violence.

Winterkill est le troisième tome des aventures du garde-chasse Joe Pickett. Cette nouvelle histoire est très intense au niveau de l’action, des émotions et des événements qui s’y déroulent. L’histoire débute alors que c’est l’hiver dans le Wyoming.

« Une tempête de neige était annoncée sur le massif des Bighorn. C’était la fin décembre, quatre jours avant Noël, dernière semaine de la saison de chasse aux wapitis. »

Joe Pickett est témoin d’une scène particulièrement difficile et gratuite, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest abat des wapitis les uns après les autres. Quand il l’intercepte, l’homme s’évade puis se fait tuer.

« Tandis que la tempête s’abattait sur la région, Joe se retrouva sans renfort, sans contact radio et avec le cadavre du superviseur de la Twelve Sleep National Forest sur les bras. »

Ce qui devient complexe c’est que plusieurs différentes juridictions s’intéressent à ce crime. Le shérif, l’Office des forêts, dont la fameuse Mélinda Strickand, une femme terrifiante par ses capacités à prendre des décisions dangereuses pour tout le monde, toujours en ne pensant qu’à elle et sa carrière.

« -Melinda Strickland, cette cinglée, n’a même pas voulu discuter et attendre samedi, vous savez pourquoi? Parce qu’elle ne voulait pas bosser pendant le week-end! Elle ne tue les gens que pendant les heures ouvrables! »

Une femme qui fait des ravages partout où elle passe. La journaliste qui l’accompagne est tout aussi inquiétante, tant son admiration sans borne pour Strickland lui fait perdre la raison. Entre la présence de ces deux femmes, la congrégation de survivalistes qui cachent des secrets, l’arrivée de plusieurs caravanes et un second crime, Joe est débordé de travail et le voilà une fois encore, impliqué dans une enquête pour meurtre.

Il est difficile pour Joe de voir à quel point tout ce qui se déroule devant ses yeux est très loin de l’idée qu’il se fait de la justice. Il n’a jamais eu une très bonne opinion du système judiciaire, mais cette affaire – ou plutôt ces affaires – ne font qu’empirer son opinion sur la façon dont la justice est rendue.

L’autre événement perturbant pour Joe et sa famille, c’est le retour dans la région de Jeannie Keeley. Si vous avez lu les tomes précédents, ce personnage vous rappellera quelque chose. Le mari de Jeannie avait été tué et la famille de Joe a accueillit April, la fillette de cette femme. Ils tentent de l’adopter depuis le départ de Jeannie de la région, mais son retour complique énormément les choses. D’autant plus que cette femme vit maintenant avec un groupe, les « Citoyens souverains », qui vient de s’installer sur un ancien terrain de camping de la région, ce qui ne fait pas l’affaire des autorités. Une « guerre » différents départements commence à se faire ressentir…

« Comment était-il possible que les survivants, les criminels, les complices, les sympathisants et les victimes d’événements parmi les plus tragiques des États-Unis aient pu se regrouper et décider de s’installer dans sa montagne à lui? Et que parmi eux se trouve Jeannie Keeley, venue récupérer April? »

Ce qui ne facilite pas la tâche des enquêteurs, de Joe ou de quiconque tente de mettre de l’ordre dans ce qui se déroule, c’est la quantité de neige que la région ne cesse de recevoir. Les difficultés pour se déplacer son accrues et la neige rend compliqué la recherche d’indices. Malgré tout, on imagine facilement les magnifiques paysages dans lesquels évolue Joe et les autres personnages.

« La blancheur éclatante de la lumière l’éblouit un instant. Il eut une impression de vertige. Il n’y avait plus ni ciel, ni prairie, ni arbres, ni montagnes. Seulement du blanc opaque. »

Dans ce roman, j’ai adoré la présence du personnage de Nate Romanowski. Un homme particulier, qui n’hésite pas à se faire justice si besoin est, mais qui est tout de même très attachant. Victime du système, vivant en marge de la société, son travail comme fauconnier est fascinant. J’aime quand C. J. Box met en scène de tels personnages. Ils ne sont ni blancs ni noirs, toujours un peu en bordure de la loi, mais tellement intéressants!

« …ce Romanowski était un drôle de type – une espèce de reclus qui utilisait un arc et des flèches pour tuer le gibier dont il se nourrissait et qui élevait des oiseaux de proie pour la chasse. Joe venait de se rappeler où il avait entendu ce nom. Romanowski lui avait envoyé une demande de permis de chasse au faucon. C’était la première fois qu’il recevait une telle requête depuis qu’il exerçait son métier. »

Romanowski a bien saisi le genre de personnage qu’est Joe Pickett et c’est la raison pour laquelle d’ailleurs il lui demande son aide.

Comme toujours, les romans de C. J. Box sont intéressants pour le cadre naturel qu’ils mettent en scène. On en apprend toujours un peu plus sur le travail de Joe et sur la façon dont les liens se tissent et se rompent entre les différentes autorités de la région: les citoyens, le garde-chasse, le bureau du shérif, l’Office des Forêts, les forces de l’ordre.

Winterkill est un roman enneigé et assez triste. Il se passe énormément d’action, peut-être un peu trop pour les capacités de gestion de Joe Pickett et certains événements sont déplorables. Je me demande comment sa petite famille et son couple survivront à tout cela. À voir, avec le prochain tome!

Voici mon avis sur les autres tomes de la série du garde-chasse Joe Pickett:

  1. Détonations rapprochées
  2. La Mort au fond du canyon

Winterkill, C. J. Box, éditions du Seuil, 386 pages, 2005

La Mort au fond du canyon

mort au fond du canyon«Au troisième jour de leur lune de miel, Stewie Woods, écolo activiste à la notoriété douteuse, et son épouse, Annabel Bellotti, cloutaient des arbres dans la forêt nationale des Bighorn lorsqu’une vache explosa et les mit en pièces. Jusque-là, leur union avait été sans nuages.» Ainsi commence ce deuxième roman de C. J. Box. 
Humour, certes, mais la situation est grave. Un sénateur est étranglé à Washington après avoir, semble-t-il, reçu une visite galante, un avocat de l’Oregon périssant, lui, dans l’incendie de sa maison. Etc., etc., pourrait-on dire, jusqu’au jour où Joe Pickett, le garde-chasse qui a accompagné le shérif sur le lieu du premier drame y revient, intrigué par certains détails troublants. Tout devient alors très compliqué… et terriblement dangereux. 

Je poursuis ma relecture des aventures du garde-chasse Joe Pickett avec ce second volet: La mort au fond du canyon. Cette histoire est assez explosive et être garde-chasse au Wyoming n’est visiblement pas de tout repos si on en croit les aventures que Joe vit depuis deux romans. Ce tranquille père de famille est toujours en quête de justice et sa détermination met parfois sa vie en danger.

Avec cette deuxième histoire (qui peut aussi se lire indépendamment de la première si le thème vous interpelle plus), on plonge dans une guerre qui date de Mathusalem entre de riches propriétaires terriens et des éleveurs de bétail. Il faut remonter dans l’histoire pour en comprendre toute la portée, ce que fait Marybeth, la femme de Joe, qui est bibliothécaire. Son mari de son côté, met son nez partout et se retrouve rapidement en mauvaise posture quand Marybeth commence à recevoir des coups de téléphone… d’outre-tombe.

Ce roman débute avec l’explosion d’une vache, dans la Targhee National Forest. L’image est marquante et annonce le début d’une enquête complexe, puisqu’elle met en scène plusieurs personnages et joue dans des domaines délicats: soit l’écoterrorisme. One Globe, un groupe écolo d’activiste a pour insigne deux clés à molette, hommage à Edward Abbey. C’est un groupe écologiste qui n’hésite pas à faire des gestes marqués et à aller très loin dans leurs demandes.

« Joe n’avait évidemment aucune expérience pour ce qui était de notifier à un éleveur que ses vaches avaient explosé – sans compter que, présenté comme ça, c’était passablement ridicule. »

On apprend plusieurs choses sur le travail de Joe Pickett et sur la façon dont les groupes, qu’ils soient écologistes ou représentent des propriétaires terriens, sont gérés dans l’ombre. Les magouilles ne sont jamais vraiment loin. On fait aussi la rencontre de deux personnages terrifiants: le Vieux et Charlie, un duo qui sème sur son passage quantité de cadavres. On dirait des missionnaires sanguinaires en guerre contre les écologistes. Chaque groupe n’hésite pas à se battre pour ses convictions et à aller très très loin. Joe Pickett étant en quelque sorte coincé au milieu, tente de dénouer les fils de son enquête.

« -Vous autres, reprit-il, ce sont les idées qui vous plaisent; par exemple celle de réintroduire les loups. Vous vous sentez mieux. D’accord pour dire que, dans l’ensemble, c’est bénéfique. Seulement voilà: vous n’aimez pas trop regarder comment ça se passe quand ces nobles idées se concrétisent dans la réalité, pas vrai? »

L’histoire est par moments assez étonnante et prenante. Entre les riches propriétaires terriens qui font la pluie et le beau temps avec leurs contacts au gouvernement, les écologistes qui clament haut et fort qu’il faut sauver la nature à tout prix, les éleveurs de bétail qui ne veulent pas perdre leur travail, il se passe beaucoup de frictions entre les différents groupes. L’auteur en profite pour soulever des questions écologiques intéressantes, par l’entremise de son personnage Joe Pickett, un homme droit qui tente de faire appliquer la loi et d’être le plus juste possible.

J’aime énormément le cadre des romans de C.J. Box. La nature est omniprésente, avec la description de magnifiques paysages et de nature. Des parcs aux canyons, en passant par les animaux qui y vivent, Joe Pickett est amoureux de ces grands espaces autant que semble l’être son créateur. Le personnage, tout autant que ses aventures, sont à la fois passionnantes et inspirantes. La violence des crimes est contrebalancée par la richesse et la beauté des lieux.

Quant à l’histoire, il faut la lire pour savoir ce qu’il advient de la guerre entre les écolos et les propriétaires terriens, ainsi qu’avec les associations comme One Globe et le Stockman’s Trust, dont l’étrange histoire remonte à très loin… Un très bon roman d’enquête dont le cadre est exceptionnel et qui devient rapidement une chasse à l’homme où chacun se bat pour sauver sa peau.

Une petite parenthèse: je trouve les romans de C.J. Box visuellement très intéressants. Il est facile de s’imaginer les lieux et les personnages. Chaque fois, je me fais la réflexion que ce serait tout à fait le genre de livres qui se transposeraient bien à l’écran. Peut-être un jour aurons-nous la chance de voir Joe Pickett en chair et en os!

Je poursuis avec la troisième aventure du garde-chasse, pour qui je me prend de plus en plus d’affection.

La Mort au fond du canyon, C. J. Box, éditions du Seuil, 304 pages, 2004

Route End t.5

Route End 5Après l’agression d’Inukai durant l’investigation sur la mort du triplé C, retrouvé en morceaux en pleine forêt, la brigade criminelle est plus que jamais déterminée à mettre la main sur End. Pendant ce temps, Yuka, au comble du désespoir, tente de mettre fin à ses jours… avant d’être sauvée in extremis par le fantôme de son ancien patron ! De son côté, Noguchi découvre avec stupeur que les relevés d’empreintes de la scène du crime, qui établissaient un lien entre le triplé B et le cadavre des bois, ont disparu de la base de données de la police ! Kito identifie très vite le traître au sein de la cellule d’enquête et décide de remonter seul la piste du maître chanteur…

Route End tome 5 poursuit l’enquête entamée dans le premier tome. L’histoire a prit une tournure à laquelle on ne s’attendait pas forcément en commençant la série. J’ai trouvé ce cinquième tome un peu plus élaboré que le précédent. C’est toujours aussi bon, mais celui-ci a un petit quelque chose de plus.

Dans les derniers tomes, le lecteur fait plusieurs découvertes concernant End. On réalise bien vite que les enquêteurs sont corrompus, que plusieurs personnages jouent dans l’ombre pour réussir à ralentir l’enquête ou au contraire, à lui donner un coup de pouce.  Certains éléments de l’enquête sont montés de toutes pièces.

Pendant ce temps, d’autres personnages retiennent notre attention. Il y a le sosie du frère d’Akina, responsable de l’enquête et le docteur Ekazi, qui échangent sur la psychiatrie et leurs recherches respectives. On sent que ces échanges ne sont pas là pour rien.

 » Vous ne trouvez pas que l’existence du mal à l’état pur puisse être intéressante? Un mal tel que le passé du criminel ne saurait l’expliquer… »

L’enquête prend une nouvelle tangente quand on annonce la découverte d’une septième victime. Des déclarations sur la possible identité du tueur et sur l’endroit où il se trouve pourrait modifier complètement l’enquête qui accapare nombre de policiers et d’inspecteurs depuis un bon moment.

Parallèlement à l’enquête, nous suivons toujours Taji, qui a reprit l’entreprise de nettoyage de son patron. Les relations avec sa famille ne sont pas faciles, surtout depuis le suicide de sa mère. La dynamique familiale bat de l’aile, surtout lorsque le patriarche souhaite réunir toute la famille, créant un malaise de plus en plus inconfortable.

À noter qu’on retrouve toujours en début de volume un récapitulatif des personnages ainsi que les liens entre eux. Étant donné la façon dont l’histoire est construite et le temps qui s’écoule entre deux tomes, ces informations sont essentielles pour se replonger dans l’histoire. Chaque fois que je lis un tome, je me fais la réflexion qu’à la fin, je reprendrai tout depuis le début. Lire la série d’un coup doit être une belle façon d’y plonger totalement.

Route End est une bonne série criminelle. C’est une histoire efficace qui donne envie de poursuivre la lecture pour connaître le dénouement. Vivement la lecture du prochain tome!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Route End tome 5, Kaiji Nakagawa, éditions Ki-oon, 192 pages, 2019