Tout comme les tortues

tout comme les tortuesSamuel et Ariane sont amis depuis leur enfance, amoureux depuis presque aussi longtemps. Cependant, certaines décisions déchirantes peuvent ébranler la fondation d’un couple, même le plus solide. Malgré toute leur volonté, leur amour n’a pu faire oublier des blessures trop profondes. Bouleversée, Ariane a fui en Amérique du Sud, où elle a tenté tant bien que mal d’oublier Samuel. Un an plus tard, Samuel s’est refait une vie du mieux qu’il a pu avec Anaïs, une fille douce, aimante et, surtout, à l’opposé de son ancienne blonde. Il sait bien qu’elle ne remplacera jamais Ariane, mais il essaie tout de même de se convaincre que ça lui suffit. Anaïs aime Samuel. Sûrement trop, en fait. Au fond d’elle, elle sent que leur relation a une date de péremption, mais elle choisit de vivre sur ce temps emprunté. Comme chaque cours d’eau finit par rejoindre l’océan, Ariane revient de son périple. Et son retour chamboulera leur vie à tous les trois.

Tout comme les tortues a été une très belle lecture. C’est un roman qui parle d’amour et de triangle amoureux, de fuite et de douleur, ce qui normalement ne m’attirerait pas trop. Toutefois, celui-ci me semblait différent et j’ai eu envie de le lire. Je suis vraiment très heureux d’avoir choisi cette lecture. C’est un roman bien écrit, qui m’a captivé, tant par l’histoire que la façon de la raconter.

Au début du roman, le personnage d’Ariane revient de voyage. Le roman se concentre par la suite sur elle, Samuel et Anaïs. Théo a cependant une très grande place dans l’histoire puisque c’est le frère jumeau d’Ariane et le meilleur ami de Samuel. Chaque chapitre donne la parole à un personnage différent qui nous raconte la dynamique du trio et Théo, même s’il n’a pas de chapitre à lui, est présent partout au fil de l’histoire. C’est même mon personnage préféré, même si ce n’est pas un des personnages principaux à proprement parler.

« Par les chaudes nuits de juillet, on se couchait les trois dans une tente installée dans la cour, bien enfouis dans nos sacs de couchage des Tortues Ninja, et on se contait des histoires de peur, qui ne faisaient pas vraiment peur, jusqu’à ce qu’on s’endorme.
Les choses seraient restées simples si nous n’avions pas grandi; si, dans l’année de notre cinquième secondaire, Sam et moi ne nous étions pas rendu compte que le lien qui nous unissait était différent. Qu’il y avait plus entre nous. Le genre de sentiment aussi envoûtant que l’étaient les feux de camp dans ma cour ces étés-là. Aussi dangereux, quand on ne fait pas attention. »

Le roman de Marie-Christine Chartier nous apporte beaucoup d’émotions, de moment touchants, douloureux, mais également très beaux. Le livre nous transporte dans les pensées et l’imaginaire de chaque personnage, nous plongeant littéralement dans l’émotion vécue par chacun d’eux. L’auteure nous attache solidement à ses personnages, qui sont intéressants et très entiers. C’est le destin des personnages qui nous happe dans ce roman, puisqu’ils forment une sorte de triangle amoureux qui n’est pas viable.

J’ai apprécié retrouver des personnages de chez nous, représentatifs par leur façon de parler et les dialogues. Sans aborder complètement le sujet pour ne pas dévoiler une partie de l’histoire, je trouve que l’auteure aborde avec son roman un sujet qui reste encore « tabou » et qui revient dans l’actualité régulièrement. Son personnage d’Ariane, ce qu’elle a vécu et sa façon d’y faire face, nous montre que c’est encore quelque chose de difficile dont on ne parle pas forcément facilement.

Le roman nous permet de voir évoluer les personnages lors du retour d’Ariane qui bouleverse le quotidien de tout le monde. Son retour est marqué par les questionnements, les mises au point et les remises en question. On ne revient pas « comme ça » dans la vie des gens après un long silence, sans bousculer un peu ceux qui nous aiment.

Quand j’ai choisi ce livre, je me doutais que l’histoire me plairait. Cependant, j’ai été agréablement surpris par ma lecture. Je me suis attaché aux personnages, j’ai découvert une nouvelle auteure et j’aimerais éventuellement la relire. Pour moi, Tout comme les tortues a été un très beau coup de cœur. Et je dois dire, aussi, que j’aime énormément la couverture! Une histoire à découvrir.

Tout comme les tortues, Marie-Christine Chartier, éditions Hurtubise, 232 pages, 2019

Etta et Otto (et Russell et James)

Etta et OttoEtta, 83 ans, a toujours voulu voir la mer. Un matin, elle enfile ses bottes, emporte un fusil et du chocolat, met le cap à l’est et entame les 3 232 kilomètres qui séparent l’océan de sa ferme en Saskatchewan. Otto, son mari, connaît bien la mer. Il l’a traversée il y a bien des années pour prendre part à une guerre lointaine. Il découvre à son réveil la note que lui a laissée sa femme : J’essaierai de ne pas oublier de rentrer. Il se résigne à accepter la décision de son épouse. Russell, voisin et ami d’enfance d’Otto, ne peut abandonner Etta et part à la recherche de celle qu’il a toujours aimée à distance.

J’avais adoré Les chants du large, le second roman de Emma Hooper. C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert son premier livre, Etta et Otto (et Russell et James). J’étais aussi curieuse de découvrir qui étaient les personnages du titre et les liens entre eux.

Le roman a pour point de départ Etta qui quitte tout et décide d’aller voir la mer qu’elle n’a jamais vu. Son conjoint demeure à la maison pendant son périple et suit Etta sur une carte et dans les journaux. Elle est suivie par Russell, leur voisin et ami, qui ne peut concevoir qu’elle parte « comme ça ». Il a toujours été secrètement amoureux d’elle. Et il y a James. Ma surprise (et mon sourire) quand j’ai découvert qui il était!

Le roman alterne entre l’instant présent, la façon dont Etta voyage, la façon dont Otto passe le temps (il apprend à cuisiner et bricole) pendant l’absence d’Etta et la façon dont Russell gère toutes ces nouveautés. Puis, l’histoire nous transporte dans le passé, afin qu’on puisse suivre Otto et toute la marmaille que constitue sa grande famille; l’arrivée de Russell, un genre de fils adoptif, dans les parages; et la rencontre avec Etta.

« Quelques mois auparavant, elle avait commencé à se sentir entraînée dans les rêves d’Otto à la place des siens, la nuit. (…) Elle essayait de dormir sans qu’aucune partie de son corps ne touche celui d’Otto afin que ses souvenirs à lui ne trouvent aucun point de contact pour se glisser dans les siens. »

Il y a aussi la guerre, qui mobilise tout et tout le monde, les fermes désertées par les hommes, les femmes en deuil, la peur, les lettres qu’Otto envoi à Etta, les premières amours. C’est le portrait d’une époque, qui a vu grandir Otto, Russell et Etta. C’est aussi le présent, la vieillesse et toutes ces choses que l’on ne contrôle pas forcément.

« Je devrais peut-être partir, répondit Etta. Dans un endroit pour les gens qui s’oublient eux-mêmes.
Mais je me souviens, dit Otto. Si je me souviens et que tu oublies, on peut sûrement s’équilibrer. »

Il y a quelque chose de magnifique et de très humain dans le texte d’Emma Hooper, quelque chose de lumineux qui en fait un beau moment de lecture. Les personnages sont attachants dans leur façon unique d’être imparfaits. C’est ce qui fait chaud au cœur.

C’est seulement la fin qui m’a laissée un peu incertaine. J’ai eu l’impression de pouvoir expliquer certaines choses, mais pas tout. Il faudrait que je relise les derniers chapitres. Cependant, même si ma préférence va au roman Les chants du large, j’ai beaucoup apprécié ma lecture et j’ai aimé les connexions entre les personnages. On retrouve les prémisses de ce qui m’avait tant plu dans Les chants du large, cette étrangeté tant dans les événements que dans la relation des personnages entre eux, leurs réflexions et la présence d’animaux un peu inattendue. Il y a aussi un brin d’humour discret. C’est un peu la même chose que l’on retrouve dans Etta et Otto (et Russell et James).

« Les lettres d’Otto arrivèrent avec des fenêtres. De petits rectangles découpés à travers lesquels Etta pouvait passer le doigt. Des gens, des noms de lieux et des chiffres surtout, avaient été extraits du feuillet soigneusement découpés et gardés quelque part. Etta imagina un bureau en Angleterre, bourré à craquer de ces gens, de ces villes, de ces chiffres dans leurs petits rectangles de papier originaux. »

Je crois sincèrement que Emma Hooper est une auteure à part, différente, qui puise dans l’humain et ses petites différences pour en faire des personnages magnifiquement simples et attachants. Elle crée avec de petits instants, un moment d’émerveillement. C’est sans doute là, avec des dialogues qui vont à l’essence même des choses, que réside le talent de l’auteure.

Une belle lecture!

Etta et Otto (et Russell et James), Emma Hooper, éditions Alto, 408 pages, 2019

Le mari de mon frère t.4

Le mari de mon frère 4C’est avec une idée bien précise en tête que Mike s’est rendu au Japon, où il y a rencontré Yaichi et la petite Kana. Pour tenir la promesse qu’il avait fait, avec son défunt mari… Et tandis qu’à l’école de sa nièce, sa venue semble devoir faire des remous, les choses se concrétisent et… Peu à peu, le jour fatidique de son retour pour le Canada semble s’approcher.

Le quatrième tome de la série Le mari de mon frère est sans doute mon préféré, même si toute la série est excellente et trône sans doute au sommet de mes mangas favoris. L’auteur avec cette série tente de déconstruire les préjugés entourant l’homosexualité, dans un pays où la culture n’est pas forcément très ouverte sur le sujet. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de permettre une certaine réflexion sur la place de chacun au sein de la famille, de ce qu’est une famille même si elle n’est pas forcément traditionnelle au sens où on l’entend.

Dans ce quatrième tome, Kana amène des amis à la maison et cette rencontre avec Mike est l’occasion pour Yaichi de réfléchir encore plus à l’acceptation et la bienveillance des autres qui sont différents de nous. On constate également de grands changements chez lui, alors qu’il est confronté à la direction de l’école de Kana qui s’inquiète des propos que la fillette peut avoir sur cet oncle du Canada marié à un autre homme.

« Si à l’avenir elle devait montrer des aspects hors de la norme… À mes yeux, lui demander de changer sous prétexte qu’elle serait différente des autres n’aurait aucun sens. »

Sa relation avec Mike a aussi beaucoup évoluée et c’est très touchant de les voir ensemble, partager des photos de Ryôji. Ces moments sont très beaux puisque Yaichi constate l’ouverture de la famille de Mike et apprend des choses que Ryôji avait confiées à son mari. Yaichi réalise que son jumeau était heureux dans sa nouvelle vie, assumant pleinement son amour pour Mike. Ce moment est très fort pour Yaichi qui constate que beaucoup de choses l’avaient éloigné de son jumeau.

« Moi, aujourd’hui, j’ai beaucoup de regrets. Mais le fait de savoir qu’il était heureux ça m’enlève vraiment un poids. »

Ce tome lève aussi le voile sur la promesse faite par Mike à son défunt mari et sa présence au Japon. J’ai apprécié que l’auteur donne cette fin à sa série: sans promesses impossibles à tenir et complètement ancrée dans la réalité, tout en étant très belle. Je trouve que ce dernier tome complète merveilleusement bien la série, de façon très cohérente.

Ce manga est vraiment très beau et le tome 4 encore plus, il m’a beaucoup émue et énormément touchée. Il n’est pas question que d’homosexualité dans cette série, mais avant tout, de l’humain. De l’envie universelle d’aimer et d’être aimé, d’avoir une famille, d’être entouré. L’auteur parle aussi du deuil, de la façon de le vivre, des regrets. C’est un thème plus approfondi dans ce dernier tome. C’est poignant, beau et touchant. Les propos de l’auteur sont à la fois réalistes et positifs. C’est ce que j’ai particulièrement apprécié. Cette forme de bienveillance latente qui fait du bien est présente tout le long de la série.

Cette série a été un beau coup de cœur pour moi. Une série à découvrir, si vous ne l’avez pas encore lue. Une série nécessaire pour combattre les préjugés et les idées reçues. Une série à mettre entre toutes les mains.

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Le mari de mon frère t.4, Gengoroh Tagame, éditions Akata, 176 pages, 2017

Le mari de mon frère t.3

Le mari de mon frère 3Peu à peu, Yaichi s’est habitué à la présence de Mike. Réussissant même à se comporter avec son beau-frère de manière très naturelle ! C’est à l’occasion d’un voyage en famille aux sources thermales que le père de Kana va réaliser à quel point il a déjà évolué. Mais à leur retour, quelques surprises pourraient bien les attendre…

Ce troisième tome, toujours aussi bon que les deux premiers, nous amène un peu plus loin dans la relation entre Yaichi et Mike. L’histoire nous montre à quel point Yaichi change au contact de son beau-frère, à quel point cette arrivée inopinée dans sa vie l’amène à se questionner et à réfléchir plus longuement sur les préjugés, sur la vision qu’a de l’homosexualité la société dans laquelle il vit. Son parcours est intéressant puisqu’il est empreint de changements.

Yaichi se pose beaucoup de questions. Il se demande quelle serait sa réaction si sa fille Kana lui annonçait un jour qu’elle est amoureuse d’une autre fille. Un petit séjour aux sources en compagnie de sa fille, de son ex-femme et de Mike l’amène à se questionner aussi sur la façon dont la société les perçoit, tous ensemble et sur les préjugés qui peuvent être véhiculés. Il y est beaucoup question d’une société en apparence sans problème, alors que l’homosexualité est vécue de façon beaucoup plus cachée. Pour Mike, qui ne se cache pas, la vie est plus simple. Ce n’est pas le cas de tout le monde, surtout dans les pays qui ne sont pas très ouverts sur la question.

C’est aussi l’occasion pour Yaichi de se questionner sur la famille: ce qu’elle est, ce qu’elle représente, et de revoir son modèle idéal pour réaliser que sa famille, même si elle diffère des familles classiques, est aussi importante.

J’aime beaucoup le personnage de Mike, très sympathique et curieux de découvrir tout ce qui est nouveau pour lui, mais j’aime énormément l’évolution du personnage de Yaichi. On sent une réelle envie de mieux connaître son beau-frère et de comprendre de nouvelles réalités qui ne lui avait même pas effleuré l’esprit auparavant. En revanche, le personnage de Katoyan que l’on rencontre dans ce troisième tome est d’une grande tristesse, étant donné sa façon de vivre et d’agir.

On retrouve comme toujours le petit cours de culture gay de Mike, qui cette fois aborde la marche des fiertés, les droits des homosexuels (on y parle des émeutes de Stonewall) et la gay pride.

Comme toujours, cette série est pertinente et nécessaire. À mettre entre toutes les mains!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Le mari de mon frère t.3, Gengoroh Tagame, éditions Akata, 274 pages, 2017

Catamount t.3: La justice des corbeaux

Catamount 3Catamount a disparu. Pad le trappeur et le capitaine Clark suivent sa piste. Celle-ci les mènent au cœur de l’hiver en plein territoire Crow, devant la carcasse putréfiée du cheval de Catamount. On le croit mort… alors qu’il va devenir une légende. Bien vivante !

Ce troisième tome termine en quelque sorte l’aventure de Catamount commencée dans La jeunesse de Catamount et dans Le train des maudits. Je ne sais pas s’il y aura d’autres tomes, cependant on a une impression de finalité pour ce qui est de l’aventure vécue ici par Catamount et sa famille, de l’enfance du jeune garçon découvert sur les lieux d’une grande tragédie jusqu’à son désir de faire payer les auteurs des crimes contre sa famille.

Ce troisième tome est axé sur la vengeance de Catamount, même si celle-ci est un leitmotiv qui revient d’un tome à l’autre. Ici, c’est le moteur principal de l’histoire. Nous sommes à Niobrara en janvier 1891.

« Mon esprit se souvient de ce terrible hiver… de la lente agonie des hommes et des bêtes… du froid mordant leurs os et du vent taillant leurs chairs comme des couteaux l’auraient fait. Mais en ces temps de souffrance, le Grand Esprit unit pourtant pour une battue peu commune, deux vieux chasseurs ennemis par la guerre. « 

Pad le trappeur et Clark le colonel se retrouvent malgré eux sur le territoire des Crows. Entre légende amérindienne et vengeance, le titre de ce troisième album prend tout son sens: la vengeance des corbeaux. Un contrat sera passé entre Catamount et les Crows pour qui le jeune homme souhaite rendre justice.

Ce troisième tome nous amène dans une tribu amérindienne et auprès d’un groupe de gitans afin de permettre à Catamount de se venger de ceux qui se sont attaqués à sa famille, tout en rendant justice aux Crows. On aborde donc différent mondes auprès de lui tout en restant dans le western, les paysages époustouflants, la nature, les magouilles des uns et des autres et les alliés dont ont remet en question la fidélité.

J’ai adoré cette lecture, tout comme les deux autres bandes dessinées parues précédemment. L’histoire nous fait passer un très bon moment. La série Catamount a été une très belle surprise et une lecture fort plaisante. L’histoire est pleine de rebondissements, de méchants et de personnages attachants. C’est un western vraiment intéressant, dont le dessin est carrément sublime. J’adore le coup de crayon et le style de l’auteur tout autant que j’ai apprécié le scénario, inspiré des romans d’Albert Bonneau.

Une excellente série que je conseille fortement!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Catamount t.3: La justice des corbeaux, Benjamin Blasco-Martinez & Albert Bonneau, éditions Petit à petit, 62 pages, 2019