Sauvagines

Sur les terres de la Couronne du Haut-Kamouraska, là où plane le silence des coupes à blanc, des disparus, les braconniers dominent la chaîne alimentaire. Mais dans leurs pattes, il y Raphaëlle, Lionel et Anouk, qui partagent le territoire des coyotes, ours, lynx et orignaux, qui veillent sur les eaux claires de la rivière aux Perles. Et qui ne se laisseront pas prendre en chasse sans montrer les dents.

J’avais bien aimé Encabanée, le premier livre de l’auteure. Il était cependant très court et la lecture était passée un peu trop vite à mon goût. Il avait aussi quelques petits défauts d’un premier roman, mais j’étais ravie de cette lecture puisque ce genre de livre est assez rare dans le paysage littéraire québécois. J’avais donc très hâte de retrouver Gabrielle Filteau-Chiba et cette seconde lecture a été vraiment excellente. J’ai adoré ce roman.

Dans Encabanée, on suivait Anouk qui s’était exilée dans une cabane dans le bois. Ici, on suit Raphaëlle, une agente de protection de la faune désabusée par son travail. Elle a l’impression que son rôle consiste beaucoup plus à protéger l’économie et les récalcitrants, que la faune de nos forêts. Il faut dire que ses ressources sont assez minces, que le territoire est grand et que les lois ne sont pas forcément conçues pour protéger réellement la faune.

« Mon rôle est entre autres de protéger la forêt boréale des friands de fourrure qui trappent sans foi ni loi, non pas comme un ermite piégeant par légitime subsistance dans sa lointaine forêt, non pas comme les Premiers Peuples par transmission rituelle de savoirs millénaires, mais par appât du gain, au détriment de tout l’équilibre des écosystèmes. »

Raphaëlle vit sur le site d’une vieille érablière abandonnée, proche de la nature. Elle se promène avec la photo de son arrière-grand-mère autochtone dans son camion, une femme qui la fascine et l’intrigue. Elle côtoie les animaux de près, dont une ourse qui se promène sur son terrain. Le livre débute alors qu’elle adopte un animal, mi-chien, mi-coyote, qui sera sa compagne de tous les instants. Sa route croise alors celle d’un braconnier assoiffé de sang, protégé par le silence de ceux qui vivent près de lui. C’est un petit monde, personne ne veut faire de vagues. Quand Raphaëlle découvre qu’il ne traque pas seulement les coyotes et qu’il l’observe, en plus de s’immiscer chez elle, elle ne peut pas se laisser faire.

En parallèle, Raphaëlle découvre le journal qu’une femme, Anouk, a oublié à la laverie. Le carnet s’intitule « Encabanée ». J’ai adoré le recoupement entre les deux romans de l’auteur par l’entremise de ce journal fictif qui fait le pont entre les deux histoires. On découvre alors une nouvelle facette d’Anouk, le personnage du premier livre, et une belle histoire entre elle et Raphaëlle. C’est aussi pour le lecteur l’occasion de faire la rencontre d’un personnage doux et gentil, Lionel, qui fait office de figure paternelle pour Raphaëlle. J’ai vraiment aimé ce beau personnage, droit et ayant soif de justice pour ceux qu’il aime.

« Lionel le solide, le bon vivant, le généreux. Tout ce qu’on espère d’un papa. L’incarnation de l’homme des bois de tous les combats. Celui qui connaît l’âge des arbres, associe le nom des oiseaux à leur chant. Celui qui réconforte ma petite fille intérieure par sa seule présence ici. Quiconque voudrait m’atteindre devra d’abord lui passer sur le corps. »

L’écriture de Gabrielle Filtrau-Chiba est vraiment très belle. Ça se lit comme du bonbon, c’est poétique, militant sans être moralisateur, c’est un livre qui sent le bois d’épinette et l’eau de la rivière, dans lequel on plonge avec un immense plaisir! Si Encabanée était un tout petit livre, Sauvagines est beaucoup plus consistant et le troisième qui m’attends dans ma pile, Bivouac, est encore plus gros. J’ai vraiment hâte de le lire. En retrouvant Gabrielle Filteau-Chiba, ça m’a rappelé à quel point elle a une belle plume. Et surtout, que le roman « long » lui va bien. Elle a le style et le sens de l’histoire pour cela je trouve. 

« Je suis convaincu, moi, que pour défendre le territoire, il faut l’habiter, l’occuper. »

Dans Sauvagines, on retrouve cette fois encore de jolies illustrations, comme dans le premier livre. C’est vraiment agréable tout au long de la lecture. J’ai adoré aussi la signification magnifique du titre qu’on découvre au fil des pages. L’image de ce qu’il représente est très forte. 

Sauvagines est un hommage à la forêt et aux animaux, un plaidoyer pour l’utilisation responsable des ressources et d’une meilleure justice. Une excellente lecture! Une auteure à découvrir et à surveiller, que de mon côté j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures. 

Sauvagines, Gabrielle Filteau-Chiba, éditions XYZ, 320 pages, 2019

Heartstopper t.1: Deux garçons. Une rencontre

Ceci est l’histoire de deux lycéens. Nick, le rugbyman au sourire solaire. Charlie, le musicien au cœur solitaire. Parce qu’ils évoluent dans des cercles différents, parce qu’ils n’ont pas le même caractère, leur amitié n’était pas gagnée.
Pourtant, petit à petit, de façon irrésistible, Charlie tombe amoureux. Même s’il sait que Nick aime les filles. Même s’il sait qu’il n’a aucune chance. Alors, pour ne pas mettre en péril cette amitié naissante qui compte pour lui plus que tout, Charlie préfère garder le silence…

Heartstopper a d’abord été un projet sur le web qui a longtemps été mijoté par l’auteure et qui a finalement été publié. J’ai vu le premier tome de cette série (qui compte trois tomes à ce jour) un peu partout sur Instagram et j’ai eu envie de voir si cette histoire me plairait. J’ai donc emprunté – et lu – le premier tome… avant d’acheter toute la série chez mon libraire jeunesse. La fin de ce premier tome nous donne naturellement envie d’en savoir plus et de rester en compagnie des personnages.

Heartstopper c’est l’histoire de Charlie et de Nick, qui se déroule sous forme de calendrier. Le livre débute en janvier alors que Charlie a une relation compliquée avec Ben qui le traite assez mal. Voulant cacher son attirance pour les garçons, Ben vit une sorte de double vie et utilise Charlie quand il en a envie. Lorsque Charlie se retrouve dans un nouveau groupe scolaire, il est placé à côté de Nick. Quelque chose de très fort se passe immédiatement entre eux. Amitié? Amour? Heartstopper est l’histoire de deux garçons qui apprennent à se connaître et se rapprochent.

Ce roman graphique est vraiment plaisant à lire. Le dessin est mignon, simple, mais très expressif. Les personnages sont adorables. La gentillesse est une belle qualité mise de l’avant dans cette histoire et ça fait du bien de voir que des personnages doux et gentils sont mis en lumière. Au fil des pages, on voit Nick et Charlie se rapprocher. On est témoins de leurs émotions, leurs questionnements et leur quotidien. Si Charlie est ouvertement gay, Nick a toujours été attiré par les filles. Toutefois, Charlie ne le laisse vraiment pas indifférent. On le voit tester ses émotions et tenter d’en comprendre toute la mesure.

« Charlie a l’air adorable. Quand l’as-tu rencontré?
-Il y a quelques mois. Il est dans mon groupe de mentorat.
-Il est très différent de tes autres amis, non? Tu est bien plus toi-même avec lui. »

Les personnages de ce roman graphique sont tellement attachants! Charlie est un adorable geek qui se passionne pour la musique, alors que Nick est le sportif typique au grand cœur. En apparence, ils semblent stéréotypés, mais ce n’est pas vraiment le cas. Charlie court très très vite et Nick est d’une grande tendresse. Les deux garçons finiront par découvrir l’univers de l’autre. Charlie apprend par exemple à jouer au Rugby alors que Nick découvre la batterie. Ils finiront par partager beaucoup de choses, toujours avec une belle complicité et de l’émotion que l’on ressent bien dans le dessin. J’aime aussi beaucoup la prof d’éducation physique et coach de l’équipe de rugby, même si on ne la voit pas beaucoup.

« Vous ne pouvez pas savoir si quelqu’un est gay d’après son apparence. Et gay ou hétéro ne sont pas les deux seules possibilités. Quoi qu’il en soit, c’est très impoli de spéculer sur la sexualité des gens. Rentrez chez vous les garçons. »

L’auteure aborde aussi quelques sujets importants, même si l’ensemble n’est pas mélodramatique. On y parle de préjugés, de harcèlement, de violence et d’étiquettes apposées rapidement par la société, ainsi que des jugements faciles. Il y est aussi question de l’image que l’on projette et de l’opinion que peuvent avoir les autres de nous-mêmes.

Il y a de beaux passages dans ce roman graphique, qui sont empreints de douceur. Comme par exemple, cette neige partagée à deux, avec tout l’émerveillement et le plaisir de voir le ciel se remplir de flocons. Ou les petits bonheurs associés au fait de vivre des choses toutes simples avec quelqu’un qu’on apprécie énormément et avec qui on se sent bien.

Malgré tout, le premier tome se termine de façon abrupte et même si on se doute que les choses s’arrangeront, il vaut mieux avoir la suite sous la main pour poursuivre le plaisir de cette lecture. J’ai d’ailleurs relu ce premier tome dès que j’ai reçu ma commande et j’ai tout de suite poursuivi avec la lecture des deux tomes suivants. 

À la fin de ce premier roman graphique on retrouve une compilation sur cassette (virtuelle naturellement), créée par Charlie pour Nick. J’adore quand les auteurs partagent des pièces musicales qui les ont inspirés ou qui collent bien au livre. Musique et littérature sont tellement complémentaires pour moi. J’ai donc cherché et écouté les morceaux proposés. Il y en a vingt à découvrir (dix sur chaque face de la « cassette »). Je trouve qu’ils vont bien avec l’histoire et le caractère de Charlie.

Ce premier tome de Heartstopper a été une très belle lecture. J’ai adoré! Je trouve que le caractère des personnages y est pour beaucoup. Il y a une sorte de bonne humeur ambiante dans le roman quand Charlie et Nick sont ensemble, ce qui en fait une lecture réconfortante, malgré des passages un peu plus difficiles.

Alice Oseman a écrit, il y a quelques années, un roman intitulé L’année solitaire. Dans ce livre, les personnages que l’on retrouve dans Heartstopper avaient un tout petit rôle secondaire. Comme il n’est plus édité, je l’ai emprunté à la bibliothèque. Je n’ai pas accroché plus que cela et j’ai fini par l’abandonner. Je préfère largement ses romans graphiques.

Quoiqu’il en soi, ma découverte d’Alice Oseman ne s’arrêtera pas là. Elle me rappelle beaucoup tout le plaisir que j’ai à lire Rainbow Rowell par exemple. En ce qui concerne Heartstopper, un quatrième tome est prévu à l’histoire de Charlie et Nick et j’espère bien que l’auteure nous en réserve encore d’autres!

Heartstopper – t.1 – Deux garçons. Une rencontre, Alice Oseman, éditions Hachette, 272 pages, 2019

À l’Hôtel des Pays d’en haut

En 1925, quelques années avant la Crise, l’insouciance règne encore. Sainte-Agathe-des-Monts, une station hivernale courue par les Américains fortunés, est aussi le lieu de rencontre d’une certaine élite canadienne-française. Mais tous ces gens n’y convergent pas que pour skier : ils y viennent aussi pour goûter à des plaisirs défendus, car quelques restaurateurs contournent en douce la prohibition locale qui est censée les empêcher de servir de l’alcool. Dans la horde des vacanciers qui débarquent à l’Hôtel des Pays d’en haut pour y passer le temps des Fêtes, on retrouve Adèle Duquet. Fille des propriétaires de l’établissement, elle revient d’un séjour à Montréal où les Années folles battent leur plein. Mais la jeune femme n’a guère le temps de regretter la grande ville, car il y a beaucoup à faire; et lorsque la journée de travail est terminée, les sports d’hiver et les bals offrent de nombreuses distractions. À travers les festivités de fin d’année, les vieilles rivalités et les intrigues amoureuses se noue toutefois un drame: la disparition d’un policier montréalais. Ce dernier était venu à Sainte-Agathe enquêter sur un mafieux avec qui plusieurs villageois, y compris le patron de l’Hôtel, se sont compromis. Il n’en faut pas plus à Danielle, journaliste montréalaise et amie d’enfance d’Adèle, pour fureter un peu partout dans l’espoir d’éclaircir le mystère.

À l’hôtel des Pays d’en haut se déroule dans un hôtel qui accueille les skieurs en hiver, à l’époque des ligues de tempérance et de la Police des liqueurs où servir de l’alcool n’est pas vu d’un bon œil… Le roman se passe entre le 18 décembre et le 7 janvier, pour la période de Noël. Il y a de nombreux personnages (trop?) qui gravitent autour de l’hôtel. Les propriétaires et leur fille revenue bien changée de Montréal, des employés, la téléphoniste bien trop curieuse qui écoute les conversations et fouine partout, les visiteurs et les gens du village. On suit donc les personnages dans leur vie quotidienne, à l’époque où l’alcool est pointé du doigt et où les Ligues de tempérance surveillent les établissements afin de limiter et d’interdire l’alcool. La présence d’un mafieux de la grande ville et l’arrivée d’un policier sous couverture, va bouleverser la petite communauté.

« Il resservit une tournée et quitta la pièce. L’alcool était dissimulé dans la théière pour tromper un éventuel curieux qui pourrait malencontreusement être membre de la Ligue de tempérance. Eux-mêmes en faisaient partie. Ils n’avaient pu y échapper, mais s’ils participaient scrupuleusement aux réunions, ils n’allaient pas jusqu’à s’astreindre à respecter la loi. »

À l’Hôtel des Pays d’en haut est un roman qui m’a finalement donné un peu de mal. Il est pourtant très court, mais j’avançais difficilement. Il y a trop de personnages abondamment décrits avec des détails que je trouve plutôt lourds pour faire avancer l’histoire. J’ai l’impression que les petites intrigues intéressantes, comme la disparition d’un policier et la découverture d’une distillerie clandestine, sont étouffées par les intrigues amoureuses, la jalousie et la vengeance d’une poignée de personnages. Souvent pendant ma lecture, j’avais le sentiment que le fil de l’histoire s’éparpillait un peu trop.

Mon personnage préféré, Danielle, une journaliste qui aime essayer de nouvelles choses et adepte des sports à sensations fortes, ce qui détonne en 1925 pour une femme, n’est pas suffisamment exploité à mon goût. Beaucoup de personnages féminins sont de vraies chipies et les intrigues amoureuses pour trouver un mari et flirter avec le meilleur parti m’a plutôt ennuyée. Cette portion de l’histoire prend beaucoup de place, trop à mon goût. 

J’ai aimé les lieux, l’hôtel et les sports d’hiver dont il est souvent question, comme le ski, l’aéroski et la raquette. Malheureusement, on n’en parle pas beaucoup dans l’histoire, c’est plutôt un prétexte pour le décor et les lieux. Par contre, la gestion de l’hôtel et tout ce qui a trait au service d’alcool clandestin pour déjouer les règles de la tempérance imposées par l’église, m’a plu, même si ce n’était pas suffisamment élaboré à mon goût.

Je lis très peu de romans d’époque. Il me rejoignent d’ailleurs rarement, puisque je les trouve souvent bien trop légers à mon goût, Je fais d’ailleurs une grande distinction entre les romans historiques, qui nous offrent une réelle plongée dans une époque donnée, avec recherches précises et données historiques, et les romans d’époque dont c’est l’atmosphère et l’intrigue entre les personnages qui prévaut. Je préfère les premiers, mais j’avais envie de lire celui-ci à cause des lieux et de l’époque. J’avais envie de sortir un peu de mes habitudes de lecture pour le Défi: Un hiver au chalet. Ce titre me semblait tout à fait approprié. J’adore la couverture et le résumé me parlait bien. J’avais l’impression que ce livre me plairait beaucoup, mais malheureusement la rencontre n’a pas fonctionné.

Cette lecture me confirme que les romans d’époque ne sont pas faits pour moi. Je les trouve trop légers et trop axés sur les sentiments. Par contre, peut-être que ce livre vous plaira si c’est de la lecture d’atmosphère que vous recherchez, avec des intrigues amoureuses campées dans le passé. 

À l’Hôtel des Pays d’en haut, Maryse Rouy, éditions Hurtubise, 272 pages, 2020

Pourquoi pas nous ?

Arthur est à New York pour l’été, en attendant de savoir s’il va être reçu à Yale. Lorsqu’il croise le chemin de Ben dans un bureau de poste, c’est le coup de foudre. Il y voit un signe du destin. De son côté, Ben doute que le destin soit de son côté : il vient de rompre avec son petit ami, Hudson, et n’est pas vraiment prêt pour une nouvelle relation.
Pourtant, ni l’un ni l’autre ne parviennent à oublier cette première rencontre…

J’avais envie de lire quelque chose de léger (mais quand même pas trop) et de sympathique. J’ai donc choisi un peu au hasard Pourquoi pas nous? de Becky Albertalli et Adam Silvera.

Je n’avais jamais lu Adam Silvera, qui a écrit Et ils meurent tous les deux à la fin (juste le titre ne m’attire vraiment pas) et j’avais lu un titre de Becky Albertalli, Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, que j’avais plutôt bien aimé, mais dont j’ai quand même préféré l’adaptation au cinéma. Alors que je me suis dis que Pourquoi pas nous? pourrait être une lecture agréable.

L’histoire raconte la rencontre ratée entre Arthur et Ben au bureau de poste. Ils se parlent rapidement, se plaisent bien mais sont maladroits, puis une flash mob entre dans le bureau de poste et les sépare. Chacun pense à l’autre et décide de partir à sa recherche. Cette partie du roman est celle que j’ai préférée. C’était drôle et sympathique. C’est lorsqu’ils se retrouvent que ça se gâte un peu à mon avis.

À partir de ce moment, il s’agit d’une « romance » qui tombe dans les clichés. Ils se retrouvent et se repoussent, se remettent en question et se disputent. Ils se séparent puis se retrouvent, avant d’enchaîner les rendez-vous ratés et de tenter de les reprendre en mieux. Des centaines de pages de ce genre, c’est long. Vraiment très long.

J’ai trouvé les personnages assez peu attachants. Les caractéristiques intéressantes, quant à leur situation personnelle, familiale et leurs différentes origines, ne sont absolument pas développées, à peine effleurées. Les réflexions ne vont pas assez loin pour donner un peu de profondeur au roman et le langage utilisé est agaçant. J’étais en train de faire une overdose de « mais grave! » qu’on retrouve à toutes les pages. Ouf!

Je suis en général bon public si le texte offre un mélange d’humour ou de romance qui tient la route. J’aime lire parfois ce genre de livre, mais je n’adhère jamais à ceux qui tombe dans la facilité. Ici c’est le cas. Si les personnages n’offrent rien d’intéressant, alors je m’ennuie. Cette lecture, je l’ai trouvée longue sans bon sens. À plusieurs reprises, j’ai bien faillis abandonner le roman. J’espérais que ça s’améliorerait, mais ça n’a pas été le cas. J’avais l’impression que je n’en verrais jamais la fin.

Bref, ce fut une rencontre ratée avec ce roman. Je crois que ces deux auteurs ne sont juste pas pour moi. Il manque vraiment quelque chose aux personnages et à l’intrigue pour que ce soit romantique ou amusant. Même la fin est décevante, et surtout la façon dont nos deux personnages y arrivent. Je l’avoue, je m’attendais à quelque chose de bien différent. En voyant la couverture et en lisant le résumé, je m’attendais à lire un roman dans la veine de Alice Oseman (personnages mignons et romantiques), Benjamin Alire Saenz (intrigue intelligente et réflexions bien ciblée) ou de Rainbow Rowell (aux intrigues amusantes et aux personnages geeks intéressants). On en est vraiment très loin…

Pourquoi pas nous ?, Becky Albertalli, Adam Silvera, éditions Hachette, 380 pages, 2018

Comme une chaleur de feu de camp

À quinze ans, Emmanuelle fuit comme la peste les conversations improvisées et ne se sent à l’aise que sous l’eau, lors de ses entraînements de natation, où sa timidité passe inaperçue. Sa vie se gonfle de sens et de musique lorsqu’elle fait la connaissance de Thomas, son nouveau voisin. Les deux s’apprivoisent doucement, partageant chaque matin le même banc et les mêmes écouteurs, et se retrouvant à contempler les étoiles lors de soirées autour d’un feu de camp. Mais tout bascule le jour où Emmanuelle est témoin d’une scène bouleversante, qui créera autour d’elle comme une onde de choc et chamboulera sa relation avec Thomas.

J’ai choisi cette lecture à cause de sa page couverture et de son titre: Comme une chaleur de feu de camp. On imagine quelque chose de crépitant, qui commence tout doucement. C’est un peu ce que j’ai retrouvé dans ce livre. Il s’agit d’un roman jeunesse, pour ados, écrit d’une façon à la fois belle, douce et vraiment agréable à lire. J’ai particulièrement aimé l’écriture et les petits phrases si justes, presque poétiques par moments. J’ai bien aimé aussi le choix des titres de chapitres qui sont originaux.

« Les lundis sont des hérissons qui se sont levés du mauvais côté du lit. »

Le roman raconte l’histoire d’Emmanuelle, une jeune fille réservée, timide, qui ne se sent pas à l’aise en société. Elle est donc souvent seule, souvent à part des groupe, se questionne si ses réactions sont normales ou si ce qu’elle dit a du sens. Je me suis retrouvée un peu en elle, dans son désir de ne pas faire de vagues.

« Je me dis que je veux pouvoir choisir les gens que j’aime – et choisir d’arrêter de les aimer s’ils n’en valent pas la peine. Je ne veux pas que l’amour soit un ouragan qui chamboule toute ma vie. »

Emmanuelle a peu d’amies et pas toujours les bonnes. Elle sympathise avec un nouveau voisin, Thomas, gentil et solaire, qui l’initie à la musique country. Elle est nageuse et va à la piscine tous les soirs. Elle sent souvent le chlore, a l’impression d’être elle-même que lorsqu’elle est dans l’eau et elle collectionne les histoires de nageuses célèbres pour se donner du courage. La piscine, c’est son refuge. Jusqu’à ce jour où elle est témoin d’une scène bouleversante, qui changera beaucoup de choses pour elle.

Elle doit maintenant affronter les événements, essayer de comprendre le flots de sentiments qui l’assaillent. En même temps, elle doit trouver la façon de vivre toutes les nouveautés qui surviennent dans sa vie: de nouvelles amitiés, des trahisons, des situations compliquées, son premier amour.

« J’aime particulièrement les matins dans l’autobus; la musique que nous écoutons tisse autour de nous la plus belle des bulles, un cocon douillet où nous oublions même le plastique des bancs qui nous colle sous les cuisses. C’est un petit bout de merveilleux que je ne retrouve nulle part ailleurs. »

Même si le livre aborde des sujets importants, l’écriture est douce, presque réconfortante. L’auteure enveloppe son histoire d’un regard bienveillant. Ses personnages m’ont plu. Ils sont humains, avec leurs erreurs et leurs faiblesses, mais aussi leur force et leur douceur. Il y a une belle réflexion derrière tout ce qui arrive à Emmanuelle. Sa rencontre avec de bonnes personnes, l’aide à s’ouvrir un peu plus au monde qui l’entoure.

Un beau roman qui se lit avec plaisir.

Comme une chaleur de feu de camp, Amélie Panneton, éditions Hurtubise, 306 pages, 2017