L’esprit du camp 2

esprit du camp 2Même si l’étrange été d’Élodie tire à sa fin, elle n’entend pas pour autant quitter le Camp du Lac à L’ours sans avoir élucidé le mystère entourant le directeur et cette lumière fantomatique qui est apparue dans la forêt. Avec Catherine… c’est compliqué -ou complexe- rien n’est trop sûr, mais entre des rouquines toujours aussi monstrueusement adorables et des légendes qui semblent prendre vie, Élodie mène l’enquête, malgré la peur et l’épuisement.

L’esprit du camp est une histoire en deux tomes. Si le premier mettait en place l’atmosphère et les personnages, le tome 2 me semble encore plus intéressant!

Nous suivons toujours Élodie qui cherche à comprendre ce qui se passe au Camp du Lac à L’ours. Le tome 2 commence donc au chapitre 5, là où se terminait le tome 1. Il est donc impératif de lire les deux et c’est encore plus plaisant si vous les avez sous la main. Parce que, mine de rien, on veut comprendre ce qui se passe. Pourquoi le directeur est si bizarre? Que cache cette forêt étrange, les attaques d’animaux et les lumières qu’Élodie aperçoit? Surtout qu’elle ressemble maintenant à un zombie: malade et complètement crevée. Elle doit laisser son groupe de rouquines à quelqu’un d’autre et passe de longues heures au lit.

Même si le mystère du camp s’épaissit et que l’ambiance est plus sombre, cette bande dessinée a beaucoup d’humour. Il n’y a qu’à penser à Hector, un employé qui a reprit le groupe d’Élodie et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds! Les réparties et expressions des personnages sont savoureuses. Les rouquines sont toujours aussi drôles et quand même très attachantes, même si elles sont épuisantes. Je l’avoue: elles vont me manquer!

J’ai aimé aussi que certaines thématiques soient abordées, comme l’homosexualité ou les stéréotypes de genre:

« Si je comprends bien, les filles qui jouent à la poupée ou se coiffent sont ridicules, alors que celles qui jouent aux guerrières sont cinglées. T’as un problème avec les filles, mec, tu devrais consulter. »

L’auteur nous offre, à nouveau, un lexique à chacun des chapitres, pour que les lecteurs francophones d’ailleurs comprennent nos expressions typiquement québécoises. Et ça demeure toujours aussi rigolo!

Ce second tome clôt ce diptyque plein de nostalgie sur les étés de notre adolescence, avec un brin de mystère et de fantastique. Il sera difficile d’oublier le clan des rousses et ce camp si particulier qui a opté pour Black Sabbath comme chanson-thème…

Une bande dessinée à découvrir assurément pour passer un très bon moment!

Mon avis sur le tome 1.

L’esprit du camp 2, Michel Falardeau, Cab, Studio Lounak, 104 pages, 2018

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Neiges rouges

neiges rougesSoupçonnant un trafic de stupéfiants, le poste de la Sûreté du Québec de Nottaway dépêche Vincent Parent et son partenaire Antoine Lemay au domicile d’Anna Wabanonik, dont le dossier criminel est vierge. Mais à leur arrivée, l’Autochtone et Kanti, sa fille de quatorze ans, surprennent les policiers en s’enfuyant en raquettes à travers les forêts enneigées.
À la suite d’une pénible poursuite – le froid est mordant et les agents sont mal chaussés –, le drame survient : sans l’ombre d’un geste menaçant de la part d’Anna, Lemay pointe une arme sur elle et l’abat. Horrifié, Parent, qui a remarqué que le revolver utilisé n’est pas le Glock de service de son collègue, exige des explications. « Écoute, Vincent. J’ai une femme, j’ai deux beaux p’tits gars… Y’est pas question qu’une guidoune vienne scraper ça », lance-t-il en redirigeant son arme vers Parent. 
Une semaine plus tard, Vincent Parent, qui a été plus rapide – et précis ! – que Lemay, se remet de ses blessures. Or, si l’enquête menée par le sergent-détective Jean-Pierre Vadeboncœur, du Service de police de la Ville de Montréal, confirme qu’il a agi en situation de légitime défense, deux questions monopolisent son esprit : que signifient les dernières paroles de Lemay, et où diable, en plein hiver, a pu se réfugier la jeune Kanti, dont on a perdu la trace depuis la mort tragique de sa mère ?

Neiges rouges est un très bon roman, lu en à peine quelques heures. Je m’attendais à un simple roman d’enquête mais en fait, c’est beaucoup plus que ça. Il faut dire que j’ai déjà lu quelques livres de François Lévesque et chaque fois, c’est un plaisir de lecture, peu importe le genre dans lequel il évolue. Qu’il s’agisse de ses nouvelles ou ses romans, je pense à L’esprit de la meute (fantastique), En attendant Russell (un roman « hors genre » sur l’intimidation) ou Neiges rouges (policier), l’auteur se renouvelle et crée toujours un univers accrocheur et différent. Avant de le commencer, j’étais assurée que ce serait une excellente lecture. Et ça l’est!

Neiges rouges se présente tout d’abord sous forme d’enquête policière. On retrouve deux personnages rencontré dans Une maison de fumée, Vincent Parent et Dominic Chartier. Je n’ai pas lu ce roman, qui semble s’attarder sur l’enfance de Dominic et la rencontre des deux amis, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier énormément Neiges rouges. On peut le lire sans problème, même si on n’a pas lu l’autre roman.

Dans cette nouvelle enquête, Vincent et son partenaire Lemay suivent les traces d’une femme autochtone et sa fille, Kanti. La traque se transforme en cauchemar. Lemay meurt, Vincent doit se remettre de ses blessures.

« T’es comme mon frère…
Une fraction de seconde.
Une fraction de seconde au cours de laquelle Vincent plongea son regard dans celui d’un homme qu’il croyait jusque-là connaître et qu’il aimait, oui, comme s’il s’était agi de son propre frère.
Une fraction de seconde terrible à l’issue de laquelle il comprit qu’il n’avait aucune idée de qui était son partenaire. »

Dominic, son bon ami va venir passer du temps avec lui. Les deux sont policiers, les deux s’entendent très bien. Leur amitié a quelque chose d’amusant et de surprenant à la fois et ça fonctionne à merveille. On s’attache à eux et à leur franc parler. Pendant la convalescence de Vincent, ils vont pêcher, parlent de chasse, se cuisinent de bons petits plats. Sauf qu’en arrière-plan, l’enquête tente d’évoluer quand même. Officieusement, Vincent et Dominic vont chercher un peu de leur côté pour faire avancer les choses…

L’enquête est toujours là, en toile de fond. D’autres éléments criminels s’ajoutent à l’histoire et on avance doucement dans sa résolution au fil des pages. Sauf que l’aspect intéressant de ce roman n’est pas seulement son enquête. Ce sont ses personnages. Vincent et Dominic sont liés par une belle amitié qui nous les rend vraiment attachants. Il y a beaucoup d’humour dans leurs échanges et de blagues entre eux. Vincent doit se remettre de sa blessure. Sa convalescence ne se passe pas au mieux et il fait des rêves plus vrais que nature. Avec Dominic et l’enquête qui suit son cours, même leurs moments tranquilles n’en sont pas réellement…

« Des profondeurs de la forêt, un vent faible mais constant charriait tantôt le bruit d’un pic-bois affairé à percer un tronc, tantôt le craquement solitaire d’un arbre blessé par le froid. Il y avait quelque chose de sinistre et de beau dans cette désolation sylvestre; sauvage, mais pur. »

La nature est très présente dans le roman, qui se passe « dans l’nord », dans un petit village où Vincent s’est acheté une maison à l’écart, pour avoir la paix. Il chasse, pêche, fait de la motoneige. Il vit seul, ce que lui reproche un peu Dominic. Le passé des deux personnages est abordé dans le livre: l’enfance difficile de Dominic qui tente de se reconstruire et de bâtir une nouvelle relation avec une fille restée en ville, et l’homosexualité de Vincent qui l’a conduit à couper les ponts avec sa famille. Il y a de très beaux passages, touchants, sur ce qu’ils ont vécus.

En parallèle, l’enquête met au jour de lourds secrets et des crimes terribles. Entre la présence de la jeune Kanti, toujours en fuite, et les indices qu’elle laisse volontairement derrière elle, l’enquête prend une ampleur que les deux policiers ne soupçonnaient pas. L’histoire est d’actualité puisqu’elle aborde le pouvoir des figures d’autorité et les abus des blancs sur les femmes amérindiennes. Une choquante réalité.

« Elle lui enseignerait ce qu’elle savait.
Ce que sa mère à elle lui avait enseigné. 
Transmettre.
Et continuer d’exister. »

Un excellent roman, comme toujours, lorsqu’on lit François Lévesque. Il m’a permit de découvrir l’improbable amitié de Vincent et Dominic. J’espère qu’il y aura d’autres enquêtes les mettant en scène et je me pencherai assurément sur Une maison de fumée qui pourrait être très intéressant à découvrir.

C’est l’hiver, on ne manque certainement pas de neige en ce moment. Neiges rouges est donc un roman parfait à lire en cette période de l’année. On passe un excellent moment. Le mélange d’humour et d’enquête policière est justement dosé. Les personnages sont des plus sympathiques. Une belle découverte!

Neiges rouges, François Lévesque, éditions Alire, 269 pages, 2018

L’insaisissable logique de ma vie

l'insaisissable logique de ma vieSal mène une vie paisible et sans histoires, dans une famille moitié mexicaine, moitié américaine. Mais tout bascule le jour de sa rentrée en terminale. Pour défendre l’honneur de son père adoptif, il sort les poings et frappe. Surprise, colère, satisfaction, culpabilité se bousculent dans la tête du jeune homme, qui se met à douter de tout, même de sa propre identité. Alors, avec l’aide de Sam, sa meilleure amie, et de son père, Sal va tenter de comprendre l’insaisissable logique de sa vie.

Ce que j’ai pu aimer ce roman! Il m’a fait vivre toute une gamme d’émotions. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai été émue, j’ai souri et le livre m’a fait réfléchir. En tournant la dernière page, je me suis rappelée pourquoi j’avais tant aimé Aristote et Dante du même auteur et pourquoi, Benjamin Alire Sáenz est sans doute l’un des auteurs pour la jeunesse qui me parle le plus.

Son talent est définitivement d’aborder des sujets graves – les thématiques LGBT, le deuil, les ruptures, l’amour et ses sentiments si forts, la drogue, l’alcool, la mort, l’adoption, la recherche de soi-même – tout en écrivant un roman qui est aussi réconfortant. Qui fait du bien. Qui agit un peu comme un baume. Parce que la vie, c’est tout ça à la fois. Du beau, du plus difficile, des gens qui en valent la peine et des moments qui sont de vrais instants de bonheur. C’est ce que j’aime chez cet écrivain. Il montre que la vie, même la plus dure, peut avoir des moments de pure lumière. Il met en scène des adolescents pas comme les autres, parle énormément des mots, de leur pouvoir, des langues et ses personnages sont intéressants. La dualité entre la culture blanche américaine et la culture mexicaine est souvent abordée dans ses livres. L’auteur aborde les thèmes reliés à l’identité. Il écrit des romans jeunesse intelligents et sensibles.

L’insaisissable logique de ma vie parle d’un jeune homme de dix-sept ans qui a été adopté tout petit, Salvadore. Appelé aussi Sal, Sally (qu’il déteste!) et Salvie, selon les gens qui s’adressent à lui. Il vit avec son père, Vicente, qui l’a adopté bébé. Sal mène une vie plutôt tranquille avec son père. Il a une meilleure amie, Sam, une grand-mère qu’il adore et une famille mexicaine géniale qui aime faire des repas en famille et manger. Ils m’ont d’ailleurs donné faim avec leurs tacos et leurs tortillas (j’aime la cuisine mexicaine!)

Les choses se mettent à débouler dans sa vie quand quelqu’un insulte son père à l’école et que Sal décide de se battre, ce qui lui arrive ensuite de plus en plus souvent. Il reçoit aussi une étrange lettre qui lui fait remettre en question beaucoup de choses…

« Je savais pourquoi les gens avaient peur de l’avenir. Parce que l’avenir ne ressemblerait pas au passé. C’était effrayant. »

Ce roman se lit presque d’une traite. Les chapitres sont courts, il se passe beaucoup de choses dans la vie de Sal que lui-même ne comprend pas. Comme dans Aristote et Dante, le roman raconte la recherche et la compréhension de soi-même. Dans le cas de Sal, enfant blanc, adopté, vivant dans une famille mexicaine, beaucoup de questions surgissent alors qu’il ne comprend plus son comportement, ses excès de colère et qu’il se demande s’il n’est pas en train de devenir comme son père biologique qu’il ne connaît pas.

Entre ce que lui-même vit, ce que son père et son copain Marcos vivent et ce que ses amis, Sam et Fito doivent traverser, Sal apprend à grandir et à se comprendre. Il cherche un sens à sa vie et cherche surtout à en comprendre la logique.

« Y a-t-il jamais un bon moment pour quoi que ce soit? Vivre est un art, pas une science. »

Le roman m’a plu parce qu’en plus de l’histoire, il y a de beaux personnages et de beaux moments dans ce livre. Les mots sont importants et entre Sal et Sam, les mots ont une grande histoire. Une histoire d’amour. Parce que les mots sont puissants. Les jeunes s’envoient chaque jour un « MDJ » (Mot Du Jour) afin de partager leurs émotions et ce qu’ils vivent.

« Les mots n’existent qu’en théorie. Et un jour, on tombe nez à nez avec un mot pour de vrai. Et alors, ce mot devient une personne que l’on connaît. Ce mot devient une personne que l’on déteste. Et on emporte ce mot avec soi, où qu’on aille. Et on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas. »

Il y a également de belles choses dans la famille que deviendront Sal et son père. S’ils vivent à deux au départ, plusieurs autres personnages vont se greffer à leur univers au fil du temps et j’ai trouvé que c’était amené avec une grande sensibilité et beaucoup d’humanité. Pour couronner le tout, un petit plus bien personnel, parce que moi ça me plaît toujours beaucoup: le livre se déroule pendant la période de l’automne à l’hiver et nous vivons avec les personnages toutes les Fêtes, de l’Halloween à Thanksgiving, en passant par Noël.

J’ai eu un gros coup de cœur pour cette histoire qui parle d’homoparentalité, d’amitié, de deuil et aussi d’amour (mais pas l’amour auquel on pense en premier). C’est un roman bien écrit, dans lequel on plonge avec plaisir. Difficile de ne pas être sensible à l’univers de Sal, Sam et Fito. Et que dire de Vicente, un père exceptionnel! Pas parfait, mais à l’écoute, intelligent et incroyable. On l’aime tout de suite! Un très beau personnage, vraiment!

L’univers de Sal est remplie de sensibilité. Il aime les étoiles, fait de la course à pied pour aller mieux et apprécie la force et la sonorité des mots. Je me suis retrouvée dans ces détails qui rendent l’histoire tellement plus dense et intéressante.

Un roman coup de cœur, tout comme l’a été Aristote et Dante. Il y a quelque chose dans les livres de Benjamin Alire Sáenz qui fait du bien. Beaucoup de bien. On a envie d’y rester un peu plus longtemps. Ça m’avait fait la même chose avec son premier roman. Si vous ne connaissez pas cet auteur, foncez! Ses livres valent vraiment la peine d’être lus!

L’insaisissable logique de ma vie, Benjamin Alire Sáenz, éditions Pocket Jeunesse, 505 pages, 2018

 

L’habitude des bêtes

l'habitude des bêtesLes loups sont revenus. Dans l’immense réserve faunique, on a trouvé des carcasses d’orignaux à moitié dévorées. On dit qu’il y a deux meutes qui parcourent la montagne. On commence même à les apercevoir dans les cours et les jardins des humains qui vivent aux alentours. Il y a des gens qui y voient un signe rassurant. Si les prédateurs se multiplient, c’est donc qu’il y a des proies en abondance. Les villageois, eux, comprennent toute l’ampleur de la menace. Le loup est l’ennemi de l’homme depuis la nuit des temps. Il ne sera jamais possible de partager le territoire avec lui. Pas question de courber l’échine, ce serait le retour au chaos. Alors ils s’organisent pour vider la montagne avant qu’il ne soit trop tard. Une frontière invisible se dessine entre les gens, ceux qui sont pour la chasse au loup et ceux qui sont contre. Elle divise les familles et réveille de vieilles guerres, où il y a eu des blessés, même des morts.

En commençant le roman, je m’attendais à toute autre chose. L’idée qu’on se fait du livre, en lisant le résumé et se basant sur la couverture me donnait une autre impression de ce que j’allais lire.

Au tout début du livre, l’histoire s’attarde sur un citadin, dentiste, ayant beaucoup d’argent et qui devient complètement maniaque du nord québécois. Il s’achète un hydravion et part dans le nord, se perdre dans la nature, dès qu’il a un moment de libre. À travers sa passion pour la nature et la chasse, il oublie la présence de sa femme et de sa fille pour ne se consacrer qu’à lui-même. Sa vie familiale est difficile. Sa fille a des problèmes et il la laisse avec sa mère, sans véritablement s’en occuper.

J’avais été effrayé et heurté. On avait tout raté, mais elle, elle nous aimait. Ce qu’on avait été incapables de faire. Elle avait raison. Je ne l’avais jamais aimée. J’ai commencé à aimer vraiment avec Dan.

Même si le roman est court, il comporte plusieurs histoires: la vie du personnage principal, la vie de sa fille, la présence de la nature, le quotidien dans son nouveau patelin avec les guerres intestines entre chasseurs ainsi que la relation de l’homme et des bêtes. J’ai trouvé que la portion du roman la plus belle est celle qui se rattache à l’histoire entre l’homme et son chien. Un animal qu’il ne pensait jamais avoir et qu’il a eu par erreur. C’est la présence de cette bête qui lui permettra d’apprendre à aimer les gens.

Il y a une très belle histoire d’animaux dans ce roman, de la relation qu’un humain peut avoir avec les animaux. C’est par moments très beau et surtout très touchant, surtout vers la fin. Le roman est rempli d’émotions.

Le roman se déroule dans la région du Saguenay. L’homme vit reculé dans un chalet, dans le bois. Il apprécie sa solitude et sa tranquillité. Là-bas, les gens qui viennent d’ailleurs ne sont pas forcément les bienvenus. Les gens ont de la difficulté à faire confiance aux nouveaux arrivants, à leur adresser la parole et à les intégrer à la communauté.

Ils sont comme les loups, ils vivent en meute et se protègent. Ils peuvent s’entre-tuer, mais ne t’avise pas d’intervenir, même la victime va se retourner contre toi. 

Il peut s’écouler des années avant que les gens natifs du coin s’ouvrent enfin aux nouveaux venus.

Le roman parle aussi de guerres entre chasseurs. La chasse, c’est quelque chose de sérieux. Les chasseurs du roman sont intenses. Ils peuvent riposter par la violence pour des querelles de territoires, de lieux de chasse et de bêtes.

L’écriture est simple, c’est bien écrit, la lecture se fait très facilement. Un bon lecteur peut lire le roman en quelques heures. C’est une histoire assez prenante, intéressante, fluide. L’écriture est posée et a quelque chose de très zen. Il se dégage du roman une grande impression de calme, même si le livre est traversé de difficultés et de drames, et qu’il y a beaucoup de tension entre les personnages.

L’histoire se déroule dans les grands espaces, dans un coin reculé et ça m’interpelle particulièrement. On voit aussi sur le personnage principal tout le côté thérapeutique que peut lui apporter la nature et les bêtes. Lui qui croyait avoir tout pour lui – de l’argent, une famille – mais il ne savait pas les apprécier.

C’est un livre que j’ai beaucoup aimé. Je m’attendais au départ à un roman un peu plus axé sur les animaux, plus poussé, un peu différent. Je ne m’attendais pas à ce que la vie familiale du personnage prenne autant de place. En commençant le roman, je me demandais si j’aimerais le livre, je n’en étais pas certain. Finalement, ce fut une très bonne lecture, une belle surprise et une histoire touchante. Je relirais volontiers d’autres livres de Lise Tremblay.

L’habitude des bêtes, Lise Tremblay, éditions du Boréal, 168 pages, 2017

La maison des merveilles

la maison des merveillesTout commence par un voyage en mer en 1766 sur le Kraken où se joue une pièce de théâtre… Entrez dans cette histoire en images et suivez une grande famille de comédiens, les Marvels, de génération en génération, jusqu’en 1900. Puis, découvrez, un siècle plus tard, l’histoire de Joseph, échappé d’un austère pensionnat. Le garçon vient chercher refuge à Londres chez son oncle Albert Nightingale. Ce dernier vit dans une étrange maison comme sortie d’un autre monde… Qui vit entre les murs ? Qui sont ces Marvels dont les portraits fleurissent partout ? Joseph décide de percer le mystère des lieux…

J’aime passionnément le travail de Brian Selznick qui a en quelque sorte redonné ses lettres de noblesses aux romans illustrés. Dans ses livres, l’illustration n’accompagne pas l’histoire, elle EST l’histoire. Après L’invention de Hugo Cabret et Après la foudre, voilà qu’il nous offre La maison des merveilles. Un livre qui porte fabuleusement bien son titre. Il s’intitule The Marvels en anglais et a été traduit en France sous le titre Les Marvels, mais je trouve la traduction de Scholastic au Canada beaucoup plus éloquente.

Avant toute chose, avant même d’ouvrir le livre, j’ai été conquise par la couverture. Bleue et dorée, elle est cartonnée et elle brille de partout tout en mettant en scène toute la fantaisie de l’histoire. On retrouve sur la couverture, en haut du mât, la devise qui reviendra tout au long du livre: Ou bien on voit, ou bien on ne voit pas.

Le temps est aussi un élément important dans les livres de Selznick et celui-ci n’y fait pas exception. La maison des merveilles, le temps qui passe (ou qui ne passe pas), la montre arrêtée à 11h16 et les indices de temps dans les pièces de Shakespeare.

« Peut-être que le temps de l’oncle Albert aussi était resté figé. Peut-être était-ce pour cette raison que la maison, et tout ce qu’il y avait à l’intérieur, avait un aspect si ancien. Peut-être que sa famille avait des problèmes avec le temps. »

Selznick excelle pour mettre en image et en texte des histoires magiques singulières, inspirées d’anecdotes historiques particulièrement intéressantes. J’ai lu ce roman en deux soirées, le traînant partout avec moi. Il est de la grosseur d’un dictionnaire, donc pas des plus pratiques, mais j’avais chaque fois l’impression d’ouvrir un grimoire magique, quelque chose qui nous amène ailleurs, là où l’imagination est possible et où l’on peut s’émerveiller. Brian Selznick est un magicien des temps modernes, rien de moins!

L’histoire est étonnante. Tout commence en 1766 par un naufrage. Qui nous mène à un ange, puis à un théâtre, puis à de nombreuses références à Shakespeare. Toute cette partie historique est illustrée. Pas de mots, sauf un article de journal ou deux. Le reste est raconté par l’image. C’est addictif et intrigant.

Puis vient le texte et avec lui, les années 1990 et cette fois, l’histoire de Joseph. Un jeune garçon curieux, qui s’intéresse aux livres et qui cherche à en savoir plus sur sa famille. Ses parents le délaissent, ne s’intéressent pas à lui. Il s’accroche à son oncle qui ne veut pas vraiment de lui. Jusqu’à ce qu’il commence à fouiller dans la maison des merveilles, une maison remplie de toutes sortes d’objets du passé et figée dans le temps. Aidé par Frankie qui vit à côté, les deux enfants cherchent à comprendre leur histoire familiale. Joseph veut reconstituer le passé de sa famille et comprendre pourquoi cet oncle Albert est toujours resté à l’écart de la famille. Frankie souhaite pour sa part retrouver une partie de son frère disparu trop jeune.

Quand Joseph s’approche trop de la vérité, Albert est contraint de lui donner quelques explications. Qui ne sont absolument pas celles que le jeune garçon attendait – et nous non plus! L’histoire prend une tournure étonnante et très émouvante. Une histoire dans l’histoire.

La maison des merveilles est un hommage à la beauté de l’imagination, aux gens marginaux et à ceux qui croient que s’émerveiller reste l’une des plus belles choses de ce monde. C’est aussi un hommage au théâtre, à Shakespeare, à Dickens et à Yeats. C’est une histoire captivante et émouvante, qui m’a à la fois touchée et fait vibrer. Je me suis laissée embarquée dans l’histoire des Marvels et dans celle de Joseph et son oncle. C’est à la fois merveilleux et élégant, magique et tragique.

À la fin du roman, l’auteur explique d’où lui est venu son inspiration. Je n’élaborerai pas plus même si ce n’est pas l’envie qui manque de partager des liens et des idées sur ce livre, puisque le grand plaisir de cette histoire demeure dans son mystère. Il ne faut pas en savoir trop avant d’en commencer la lecture. Si vous le lisez et avez envie d’en discuter, n’hésitez pas!

Un roman qui a été un vrai coup de cœur pour moi! Je l’ai littéralement dévoré et je regrette de ne pas l’avoir acheté. C’est mon préféré des trois romans de Selznick et je le relirai éventuellement.

À la fin, il y a une citation qui résume bien tout le livre:

« Est-ce une histoire vraie?
-J’ai dit: Elle l’est maintenant. »

Wim Wenders, The Act of Seeing

La maison des merveilles, Brian Selznick, éditions Scholastic, 672 pages, 2017