Middlewest t.1: Anger

Depuis le départ de sa mère, Abel est élevé d’une main de fer par un père rongé par le chagrin. Un mot, un geste, un affrontement de trop, qui laissera dans le coeur d’Abel des séquelles profondes et, sur son torse, une marque indélébile. Accompagné de son ami le plus fidèle, un « Jiminy Cricket » aux allures de renard, le jeune garçon choisira de fuir pour mieux se reconstruire loin de la violence paternelle. Un périple à travers un pays fantastique marqué par des rencontres toujours plus extraordinaires, au cours duquel Abel devra se poser les bonnes questions s’il veut surmonter ses erreurs passées et se réconcilier avec son histoire de famille.

Middleswest: Anger est le premier volume d’une trilogie. Il s’agit d’un roman graphique vraiment magnifique dont le dessin et les couleurs sont superbes. Cette histoire raconte la quête d’un jeune garçon ayant fuit son père et sa découverte d’un monde bien différent de celui qu’il a toujours cru connaître.

Dale élève seul sont fils adolescent Abel. Depuis que sa femme est partie, il est très rude envers son garçon. Il ne lui laisse passer aucun faux pas, aucune erreur ni aucune bêtise. Abel a l’impression que son père ne voit que ce qu’il fait de mal et jamais tout ce qu’il fait de bien. Quand Abel se lève en retard pour sa ronde de journaux et qu’il décide de passer la journée avec ses amis au lieu de rentrer à la maison, son père se met dans une colère noire. Une colère incontrôlable qui secoue tout sur son passage. Les villageois croient d’ailleurs être victimes d’une tornade. Mais la colère pousse Dale à devenir un véritable monstre. Terrifié, Abel se sauve en courant, accompagné de son renard. L’animal qui suit l’adolescent partout est un compagnon plutôt particulier puisqu’il… parle. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour dire ce qu’il pense tout haut. Malgré son caractère plutôt grognon, il semble bien apprécier Abel et prend en quelque sorte soin de lui.

Ce qu’Abel découvre au cours de son périple, c’est que son père, en se mettant en colère contre lui, lui a légué un cadeau empoisonné. Quelque chose dont le jeune garçon veut se débarrasser à tout prix. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que sa condition est un danger pour lui-même tout autant que pour les autres. Désireux de redevenir comme avant, Abel part en quête d’une solution. Il croisera alors sur sa route des créatures dotées de pouvoirs, certaines alliées d’autres ennemies, et tentera de poursuivre sa vie et sa quête dans un monde bien différent de tout ce qu’il a connu jusqu’à maintenant…

Ce roman graphique est visuellement très beau. J’ai adoré le dessin et les couleurs. Le format est très plaisant à lire. L’histoire est pleine de rebondissements, d’aventures et de rencontres avec des personnages singuliers qu’on découvre au fil des pages. J’ai aimé cet univers sombre, étrange, dont on veut forcément connaître le dénouement. J’ai tellement apprécié cette lecture que je vais rapidement poursuivre avec la suite!

Un petit mot sur la présentation de cette histoire que l’on retrouve au début du livre. L’auteur, Skottie Young, nous raconte un peu d’où lui est venu son inspiration. C’est court, mais bien intéressant!

Middlewest nous amène dans un univers étrange, magique, aux superbes dessins. Assurément, un roman graphique qui m’a énormément plu!

Middlewest t.1: Anger, Skottie Young, Jorge Corona, éditions Urban Link, 176 pages, 2020

Elecboy tome 1: Naissance

Année 2122, quelque part en Amérique du Nord. Sur une terre aride et brûlée par le soleil, la paix et la sagesse semblent avoir déserté. L’ancien monde civilisé a laissé place au chaos et à la pauvreté, à la violence et à la sauvagerie. Dans un décor de western, au milieu de baraquements de fortune mêlés à des panneaux solaires modernes, les membres d’une communauté autonome survivent tant bien que mal. La quête de l’eau est une préoccupation de tous les instants. Le jeune Joshua est amoureux de Margot, la soeur de Sylvio, un adolescent brutal qui prend plaisir à le frapper. Sylvio appartient au clan des hauteurs, qui affirme son pouvoir en faisant régner la peur sur les autres habitants. Un jour, d’étranges événements se produisent. Dans cet univers d’après l’apocalypse, alors que le père de Joshua et son équipe travaillent sur le réseau d’approvisionnement en eau, des créatures éthérées surgies de nulle part s’en prennent à eux…

J’ai tout de suite été attirée par la couverture de cette bande dessinée de science-fiction. Visuellement, elle est superbe! Le dessin est vraiment magnifique. L’auteur nous amène dans un univers apocalyptique au parfum de fin du monde. Nous sommes en 2122. Le monde est plongé dans le chaos. La terre est brûlée par le soleil. On sent qu’il s’est passé beaucoup de choses du moment où le monde que l’on connaît a cessé d’exister, jusqu’à l’univers empreint de violence décrit par Jaouen Salaün. Dans ce monde poussiéreux et désertique, l’approvisionnement en eau demeure un grand défi. La végétation se fait rare. D’ailleurs, la présence de quelques tomates cultivées en hauteur par Joshua, suscite de l’étonnement.

Le monde d’Elecboy est loin d’être de tout repos. Des groupes violents prennent les commandes du quotidien des humains toujours en vie. Ils propagent la violence, l’injustice, les viols, instillent la peur pour calmer toute idée de révolte. Joshua pose un regard assez dur sur son entourage qui se laisse diriger par le groupe, pour éviter des conflits sanglants. Le jeune homme est aussi amoureux d’une fille, Margot, membre d’un de ces groupes, ce qui ne facilite pas vraiment leurs relations. 

« Dès que je m’extraie de ce clan de fous, tu me ramènes de force!
-Non Margot. Je te mets en garde. On ne peut se mentir sur ses origines. Le sang de l’ancien, comme le mien, coule dans tes veines et dans celles de Sylvio. Aussi sale et visqueux soit-il, ce sang est le tien. »

Un jour, des créatures étranges se manifestent. D’où viennent-elles? Elles sont à la recherche de quelque chose. L’ambiance est plutôt intrigante.

La série Elecboy devrait compter quatre tomes. Ce premier tome comporte beaucoup de personnages et de clans. Ici l’auteur s’attarde principalement à mettre en place son univers. On a beaucoup de questions et bien peu de réponses. Sans doute seront-elles distillées au fil des tomes. L’atmosphère chaude et écrasante, ainsi que le contraste avec la noirceur de la violence sont très bien rendues dans la bande dessinée. 

J’ai quand même bien aimé cette bd, assez particulière, même si beaucoup de choses nous laissent un peu dans le flou. Le monde d’Elecboy est violent, dur, géré par des hommes sans scrupule. La vie dans cet univers est loin d’être une partie de plaisir. J’ai hâte de voir où l’auteur nous mènera par la suite.

Elecboy tome 1: Naissance, Jaouen Salaün, éditions Dargaud, 64 pages, 2021

Echoes t.4

À présent que son frère a partagé une vision avec lui, Senri tente à son tour de lui envoyer un message : il se fait volontairement tabasser par ses amis pour montrer à Kazuto où il est… Hélas, de vrais gangsters débarquent au même moment au Loulan, bien décidés à emmener le lycéen qu’ils prennent pour Trois-Yeux ! Sauvé in extremis par l’agent Wakazono, l’adolescent s’en tire avec seulement quelques blessures. Mais, après avoir attendu plusieurs jours, il se rend compte qu’il lui est finalement impossible de communiquer avec son jumeau… Dans ce cas, doit-il se fier au policier qui lui a proposé son aide ?

C’est avec la série Erased que j’ai découvert Kei Sanbe, mais plus j’avance dans ma lecture de Echoes, sa nouvelle série, plus je crois que je préfère encore plus celle-là! L’histoire est prenante, à chaque tome il y a de nouveaux développements et des découvertes qui intriguent. Cette histoire de jumeaux connectés donne envie d’en savoir toujours un peu plus. Le frère jumeau de Senri est disparu tragiquement, alors qu’un drame a détruit leur famille. Senri et son frère partageaient des visions, qui se sont brusquement arrêtées à ce moment-là. Après plusieurs années, Senri recommence à avoir des visions de son frère supposé être décédé. Il part donc à sa recherche.

Dans ce quatrième tome, Senri qui a eu des problèmes avec un groupe de gens qui s’en sont pris à lui, décide d’accepter l’offre d’un policier qui lui propose son aide. Il souhaite retracer son frère et mettre la main sur « l’homme à la cicatrice » à l’origine de bien des malheurs. Il accepte donc une forme de « collaboration » avec le policier, car il a besoin d’informations, mais il ne lui fait pas totalement confiance. Il décide donc de rester prudent et de poursuivre ses recherches de son côté, accompagnée de son amie Masa. Senri réalise aussi quelque chose en lien avec les visions qu’il a: elles ne fonctionnent que d’un seul côté. On l’apprend dès la première page du manga.

Senri fait aussi quelques recherches en lien avec un étrange carnet qu’il a retrouvé, ainsi que des choses qu’il sait sur sa famille. Il part sur les traces de son père et replonge dans de douloureux souvenirs pour tenter de faire la lumière sur ce qui est arrivé à son frère jumeau.

« Dans la vie, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas voir et ne pas savoir. Des choses qui te hanteront si tu te laisses guider par la haine! »

Ce manga est construit comme un thriller et met en scène les blessures et les souvenirs tragiques de l’enfance. J’avais lu la série Route End récemment et je réalise, en découvrant Echoes, que j’apprécie beaucoup une bonne série mangas de thriller et d’enquête. L’histoire de Kei Sanbe est réussie à ce niveau et j’ai hâte de découvrir le prochain tome, qui m’attend dans ma pile. Echoes est définitivement un manga qui se lit avec plaisir et qui est très prenant.

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Echoes t.4, Kei Sanbe, éditions Ki-oon, 194 pages, 2020

Echoes t.3

Tel est pris qui croyait prendre… Senri se fait délester de toutes ses économies par le lycéen qu’il avait racketté, dont le père est yakuza. Mais c’est un mal pour un bien, car l’un des gardes du corps du fiston semble posséder des informations qui permettraient à l’orphelin de se rapprocher de sa cible ! Malgré tout, les indices restent minces : une photo, l’adresse d’une mystérieuse société de crédit, un fragment de carte postale… Senri décide donc de raviver sa mémoire en se rendant au pied d’un grand pylône qu’il avait découvert avec son frère près de leur ancienne maison. Dans ce lieu chargé de souvenirs, il a sa première vision depuis des années… Kazuto serait-il encore en vie ?

J’aime beaucoup le travail du mangaka Kei Sanbe. J’aime son trait de crayon qui, je trouve, colle bien au genre thriller. Ses personnages ont toujours un petit quelque chose de dramatique qui va bien avec ses histoires un peu tordues. Auteur de la série Erased qui était excellente, Echoes est tout aussi intéressante. Sorte de thriller fantastique, l’histoire est assez intrigante et prenante d’un tome à l’autre. Ce troisième tome ne fait pas exception.

L’histoire nous raconte le drame de Senri, le seul survivant de sa famille assassinée. Son frère jumeau avec qui il a une très forte connexion et partage des visions, a été kidnappé. Senri sait qu’il est mort puisque les visions se sont arrêtées du jour au lendemain.

« Mon frère et moi, même quand on était séparés on pouvait apercevoir ce que l’autre voyait! Ce n’était pas tout le temps, seulement lorsqu’il arrivait quelque chose à l’un de nous! »

En plus de vivre avec la colère et la soif de vengeance, il doit assumer d’être le seul survivant de sa famille. Jusqu’à ce qu’un jour, les visions finissent par revenir…

Dans ce troisième tome, Senri se demande si son jumeau ne serait pas toujours vivant… Quelques indices, dont le carnet appartenant à son père et une vieille photo, l’amènent à faire sa propre enquête et à découvrir des choses pour le moins troublantes. Le manga nous plonge également à nouveau dans l’enfance de Senri, ce qui nous aide à comprendre son passé, ses difficultés d’adaptations, et sa façon de vivre le drame qui l’a brisé. Ce que Senri découvre à propos de son frère l’amène à se poser une foule de questions et à se torturer l’esprit. Ses nouvelles visions lui apportent encore plus de questions que de réponses. 

Hanté par la disparition de son frère, c’est la vengeance qui permet à Senri de rester debout. L’espoir de revoir son frère et de savoir qu’il est peut-être encore vivant pourrait devenir sa nouvelle raison de vivre. Senri est un personnage qui s’attache à quelque chose de toutes ses forces pour continuer à avancer, brisé qu’il l’est par le drame qui a fait éclater sa famille. 

La narration de ce troisième tome est tout aussi efficace que celle des deux précédents. Il me tarde de découvrir la suite et de poursuivre cette histoire intrigante et touchante. Un manga que j’aime définitivement beaucoup! 

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Echoes t.3, Kei Sanbe, éditions Ki-oon, 194 pages, 2019

L’avenir

Dans une version imaginée du Detroit que l’on connaît, Gloria s’installe dans une maison à demi morte. Étrangère dans une ville qui a connu toutes les fins du monde, elle cherche à découvrir la vérité sur le crime qui a avalé sa famille. Petit à petit, elle prend la mesure de la désolation et de la violence qui l’entourent, mais aussi de la beauté d’une nature qui reprend ses droits et de la résilience des humains qui tiennent bon. Au sein d’une communauté têtue et généreuse, elle s’éprend de la complexité de ce lieu où les rivières guérissent et empoisonnent, où les enfants fondent des royaumes dans les arbres, où les maisons brûlent pour mieux repousser, où la jeunesse arrache sa vie à l’ancien monde, et où passé et futur sont confondus dans un même mouvement libérateur.

L’avenir m’attirait énormément lorsque j’ai lu la quatrième de couverture. Je l’avoue, je m’étais d’abord fait une idée de ce roman post-apocalyptique avant de le commencer. La couverture est mystérieuse et attirante à la fois. On a envie de découvrir ce que peut bien cacher L’avenir. J’ai donc ouvert ce roman avec plein d’idées en tête. Et j’ai été totalement déstabilisée. 

« Une ville déserte en plein jour est une chose. La nuit, le vide est imparable. »

Après quelques pages, je savais que je sortais grandement de mes habitudes de lecture avec le livre de Catherine Leroux. Il s’agit d’ailleurs d’une découverte pour moi que la plume de cette auteure. J’étais bien loin de ce que j’avais imaginé en ouvrant cette histoire au parfum de fin du monde, dans un Détroit désolé et violent. C’était une expérience de lecture nouvelle pour moi et je n’étais plus si certaine de savoir l’apprécier. Puis, la magie a opéré. J’ai lu cinquante pages, puis cent et j’étais totalement embarquée.

L’écriture est vraiment belle. J’ai été surprise par la forme que prend l’histoire. Il y a plusieurs parties différentes, où l’on suit les nombreux personnages. J’avoue que par moment, surtout en ce qui concernait les enfants, je ne savais plus trop qui était qui. On suit tout d’abord Gloria, la grand-mère, qui vient reprendre la maison de sa fille décédée. Elle espère retrouver ses petites-filles. La ville étant dévastée et les gens, laissés à eux-mêmes, ce n’est pas toujours évident de continuer à survivre dans ce monde mal aimé, fait de vols, de violence et d’incendies.

« Les vies sont courtes et magiques, dures et pleines, et elles sont toutes gouvernées par Fidji. Elle se répète son mantra, ils sont en sécurité, ils sont invisibles, elle s’y agrippe car après tout ce temps à la tête du camp deux choses la tiennent toujours avec toute la rectitude d’une épine dorsale: l’omnipotence et la responsabilité, et plus la seconde pèse, plus la première grandit, comme deux charges s’égalisent pour éviter qu’un bateau chavire. »

Malgré tout, il n’y a rien de dramatique dans l’écriture de l’auteure, même si ce qu’elle raconte est dur. Le ton est surtout celui de l’espoir. Les personnages avancent, essaient de trouver des solutions et des raisons de continuer. Les adultes se regroupent autour de jardins et s’entraident pour réussir à avoir une vie à peu près normale. J’ai beaucoup aimé tout ce qui abordait la création du jardin potager et la façon dont on tente de transmettre cet héritage qui en est aussi un de gratification et de survie.

« Le sel de la terre. Ça finit par fleurir. Ça peut pas s’en empêcher. C’est comme l’amour. Comme les enfants. »

Les enfants eux, vivent dans le « ravin », un lieu compliqué où la « reine » tente de garder en vie tous ces jeunes laissés à eux-mêmes. Si l’écriture de ce roman m’a beaucoup plu, j’ai surtout adoré les différents niveaux de langage utilisés par l’auteure. Je trouve que ça donne beaucoup de relief aux personnages. 

L’atmosphère un peu inquiétante et mystérieuse, qui oscille entre l’entraide et la violence, apporte aussi beaucoup de plaisir à la lecture. On veut savoir ce qui va se passer et qui sont tous ces personnages. L’avenir est un roman qui parle de résilience et de renaissance. D’une vie après la catastrophe, qu’elle soit humaine ou écologique. L’écriture de ce roman date d’avant la pandémie qui nous touche actuellement et pourtant, on peut y voir un message d’espoir et de renouveau, après une catastrophe. Il est facile de faire le lien avec ce que le monde vit actuellement. 

L’avenir est un roman particulier, que j’ai aimé, mais qui m’a fait sortir grandement de mes habitudes de lecture. J’ai dans ma pile un autre roman de Catherine Leroux, La marche en forêt, que je compte bien lire en 2021.

L’avenir, Catherine Leroux, éditions Alto, 380 pages, 2020