Si ça saigne

Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…

Si ça saigne: un recueil de quatre nouvelles de Stephen King. Quatre excellentes nouvelles dont l’une est la suite directe du roman L’Outsider. J’avais tellement aimé ce roman que j’étais très heureuse de retrouver Holly, Jerome, Ralph, Barbara et plusieurs références à l’enquête. Cette histoire de L’Outsider est vraiment très prenante et très originale. Si vous n’avez pas lu le roman, j’en profite pour vous le suggérer. C’est une atmosphère inquiétante qu’on a beaucoup de mal à lâcher! J’étais donc très contente de voir qu’une nouvelle faisait suite à cette histoire. Holly est un personnage différent et attachant. Je crois que Stephen King avait hâte d’y revenir aussi, surtout si je me fie à sa note en fin de recueil. Je me suis donc un peu retenue pour ne pas me lancer dans la troisième nouvelle du livre et plutôt les lire dans l’ordre de présentation. 

Voici un petit résumé des quatre histoires de ce recueil: 

Le téléphone de M. Harrigan
Cette nouvelle se déroule au tout début des nouvelles technologies. Craig est un jeune garçon engagé par son nouveau voisin Harrigan pour lui faire la lecture et s’occuper de ses plantes. L’homme lui offre un petit salaire (de radin, selon le père de Craig) et quelques billets de loto de temps à autres. Quand Craig gagne, il offre un téléphone intelligent première génération à Harrigan qui va alors découvrir le « World Wide Web ». J’ai adoré cette histoire qui parle de plusieurs générations et de l’apprentissage des nouvelles technologies. Avec un petit frisson en prime! 

La vie de Chuck
Cette nouvelle débute alors que nous sommes dans un monde apocalyptique, où partout des affiches apparaissent: « Charles Krantz. 39 années formidables! Merci, Chuck! » Si le début est un peu déstabilisant, la suite est à la fois belle, triste et terrifiante. Cette histoire est très intéressante à cause de sa construction atypique. Elle est présentée de façon antichronologique en trois parties, qui racontent des moments précis de la vie de Chuck.

Si ça saigne
C’est l’histoire que j’attendais avec le plus d’impatience, puisqu’elle reprend le contexte de L’Outsider, quelques temps après. On retrouve donc Holly et les autres, ainsi que l’agence Finders Keepers. Une explosion dans un collège qui fait plusieurs victimes trouble énormément Holly. Dans le secret, elle va donc se pencher sur cette affaire et faire quelques recherches. Dans le même genre que L’Outsider, cette nouvelle est pleine de rebondissements. J’ai adoré! Ça se lit tellement bien et c’est très prenant. 

Rat
Drew est professeur. Il a publié quelques histoires et quand il s’est essayé à un roman quelques années auparavant, il a sombré dans la dépression et a failli mettre le feu à sa maison. Quand il annonce à nouveau à sa femme qu’il a une idée de roman et va partir un mois au chalet de son père pour écrire, elle est soudainement très inquiète… et avec raison! Une histoire incroyable et inquiétante. J’aime toujours beaucoup quand King met en scène des écrivains. 

Plus je lis King, plus je l’aime! Qu’il écrive des romans, des nouvelles, qu’il tende plus vers le fantastique ou l’horreur, il me surprend toujours. Les quatre nouvelles sont bonnes, étonnantes et variées, tant dans la construction que dans le thème, même si certaines choses reviennent toujours un peu chez King, peu importe ce qu’il écrit. Il parle beaucoup des nouvelles technologies par exemple. Avec la première nouvelle, c’est le tout début des téléphones intelligents et de la découverte des possibilités. Dans Si ça saigne, on est au cœur de l’informatique et de tout ce qui nous est offert présentement. J’aime définitivement beaucoup King parce que ses écrits s’insèrent parfaitement dans notre époque, sont de vraies critiques de notre société, mais toujours aussi avec un petit côté nostalgique du temps passé. Ça me plaît énormément!

« Maintenant, je pourrais croire à tout et n’importe quoi, je pense, des soucoupes volantes aux clowns tueurs. Car il existe réellement un deuxième monde. Et il existe parce que les gens refusent d’y croire. »

La nouvelle n’est pas toujours un genre privilégié par plusieurs lecteurs. C’est dommage mais si vous n’aimez pas les nouvelles, King pourrait être une très bonne façon d’aborder ce genre. Il est bon pour en écrire car elles sont tellement longues, complètes et descriptives, qu’on dirait de petits romans.

« Et quand on grandit dans un endroit sans feux rouges, avec des routes de terre, comme Harlow, le monde extérieur est un endroit étrange et attirant. »

De mon côté, j’ai passé un excellent moment avec ce recueil. C’était vraiment très très bon, si bien que j’avais beaucoup de mal à le lâcher, ne serait-ce que pour aller travailler… King me fait toujours cet effet. C’est drôle parce que lorsque j’étais adolescente, King était aussi très à la mode. Ses livres me faisaient très peur et je n’arrivais pas à le lire. Mais aujourd’hui, il aborde tellement de sujets, joue avec tellement de styles différents, que plus je le découvre, plus j’adore le lire, qu’il s’agisse de ses premiers livres ou des plus récents.

« La réalité était profonde. Lointaine. Elle renfermait d’innombrables secrets et ne connaissait pas de limites. »

Je vous conseille donc fortement la découverte de Si ça saigne. Si vous avez déjà lu (et aimé) L’Outsider, n’hésitez même pas! C’est un bonheur de retrouver Holly et le même univers que le roman. Bonne lecture! 

Si ça saigne, Stephen King, éditions Albin Michel, 464 pages, 2021

Le Molosse surgi du soleil

Castle Rock, le 15 septembre. Kevin Delevan fête son anniversaire. Pour ses quinze ans, il reçoit un appareil photo, un Soleil 660. Ravi, il l’essaie sans attendre… et sans savoir que parfois, quand on tente de capturer l’instant, c’est lui qui vous saute à la gorge.

Depuis quelques temps, les éditions Albin Michel publient certains textes de Stephen King plus accessibles aux adolescents et jeunes adultes. J’ai lu Le corps et Brume dans la même collection. Les livres sont vraiment très beaux, avec leurs couvertures caractéristiques. J’ai beaucoup aimé les deux précédents et j’avais très hâte de lire Le Molosse surgi du soleil, surtout quand j’ai compris que ça parlait de photographie.

Stephen King a eu l’idée de cette histoire quand sa femme Tabitha a commencé à se passionner pour la photographie. Dans une note au début du livre, l’auteur explique un peu d’où lui est venue l’idée. Il parle également un peu de son travail. Puis, l’histoire commence.

Kevin fête son anniversaire et il reçoit un appareil-photo, un Soleil 660, un polaroïd dont on peut voir instantanément les photos. Ce type d’appareil a fait un retour ces dernières années, mais ça m’a rappelé des souvenirs puisque ce cadeau a aussi été l’un de mes cadeaux d’anniversaire à l’époque. D’ailleurs, l’histoire a été originalement publiée en 1990 et c’est un peu cette époque que j’ai eu l’impression de retrouver dans ce livre.

Kevin teste donc son appareil-photo en capturant un portrait de famille. Cependant, la photo qui apparaît n’est pas tout à fait celle d’une famille joyeuse autour d’un gâteau d’anniversaire. Ce qui apparaît sur la pellicule est très étrange. Avec son père, Kevin va prendre plusieurs clichés et ils vont étudier cette bizarrerie sans ne rien comprendre. Il y a quelque chose de vraiment étrange, presque effrayant, dans ces photos.

On propose alors d’échanger le cadeau d’anniversaire. Le choix final revient à l’adolescent. Intrigué, Kevin ne veut pas l’échanger. Du moins, pas tout de suite. Il cherche à comprendre ce que fait son appareil et pourquoi les photos sont si étranges. Il est alors mis en contact avec Pop Merrill, le propriétaire d’une boutique où l’on retrouve tout et n’importe quoi. Un brocanteur qui offre aussi ses services pour réparer certains mécanismes et qui fait office de prêteur contre intérêts dans la ville de Castle Rock. Ce n’est pas le personnage le plus recommandable. C’est à partir de cette rencontre que les choses vont peu à peu déraper…

« Ce qui clochait, avec cette photo, était l’impression qu’elle donnait de clocher quelque part. Kevin n’avait pas oublié cette étrange sensation de malaise, éprouvée lorsqu’il avait fait poser sa famille, non plus que l’onde de chair de poule qui lui avait remonté le dos quand, pris dans l’éclair aveuglant du flash, il avait pensé: Il est à moi. »

L’histoire suit les réflexions et les démarches de Kevin, John et Pop Merrill, afin de comprendre ce qu’est cet étrange appareil-photo. Ils analysent les photos, tentent de saisir ce qu’on y voit et de trouver des indices qui pourraient expliquer ce qui s’y trouve. Si Kevin et John développent une certaine complicité, Pop Merrill est un personnage inquiétant et très bizarre de qui on ne peut que se méfier.

Dans ce roman, on retrouve une belle histoire père-fils qui évolue énormément au fil de l’intrigue. Kevin et son père sont très différents. John est raisonnable, plus cartésien. Kevin lui, est beaucoup plus intuitif et ouvert d’esprit. Ouvert à des choses… incompréhensibles. Ce qu’ils vont vivre va beaucoup les rapprocher et un sentiment de confiance va naître de part et d’autre. C’est un aspect sous-jacent à l’intrigue, mais j’ai trouvé que c’était très intéressant et que ça apportait beaucoup à la relation des personnages entre eux.

Ce roman est très visuel. Je ne cessais de me dire que ce Molosse ferait sans doute un superbe film, très intrigant et frissonnant, tellement le texte nous semble tangible. Peut-être aussi est-ce le sujet qui donne cette impression, vu qu’un appareil-photo est au centre de tout. L’image est donc très importante. Plusieurs passages de l’histoire constituent des moments clés dans la compréhension des événements par les personnages.

« … il y avait ce vent glacial auquel il aurait aimé réfléchir. Ce vent qui ne semblait pas souffler sur les photos mais en provenir directement, en dépit de leur trompeuse platitude, de leur surface trompeusement brillante. »

Le Molosse surgi du soleil est une histoire qui donne vraiment le frisson. King joue avec son lecteur, laissant le suspense et les faits inquiétants prendre de plus en plus de place. Tout se joue dans les petits détails. Comme souvent chez King, ce n’est pas tant le « monstre » qui fait peur que les réactions humaines tout autour. C’était vrai pour Le corps et aussi pour Brume.

J’ai trouvé l’intrigue particulièrement bien ficelée. Et quelle fin! Je crois que, dans les histoires de Stephen King publiées dans la collection Wiz, celle-ci est ma préférée.

Le Molosse surgi du soleil, Stephen King, éditions Albin Michel, 336 pages, 2020

Brume

La fumée recouvrit tout comme de la brume. Après un violent orage, la ville de Bridgton se retrouve encerclée par un bloc de brume opaque et menaçant. Piégés dans un supermarché Billy et son père vont vite comprendre que l’horreur qui se cache dans le brouillard n’est que le reflet de celle qui vit dans le cœur des hommes… Brume montre au lecteur une autre facette de King, celui qui joue avec les frontières du réel, faisant appel à nos peurs les plus ancestrales : le monstre caché dans le brouillard, ou derrière le sourire de notre voisin…

Brume est un court roman (ou une longue nouvelle), paru précédemment dans le recueil du même nom. L’éditeur Albin Michel en a fait une réédition comprenant uniquement la nouvelle, dans la belle collection Wiz pour faire découvrir l’œuvre de Stephen King aux jeunes. Il s’agit du texte intégral. J’avoue adorer les rééditions des livres de King dans cette collection à l’apparence très reconnaissable, avec son croquis en blanc sur la couverture. J’ai lu récemment Le corps dans la même collection. 

Brume est une histoire de brouillard et d’horreur, qui se déroule principalement dans un supermarché. Mais l’auteur instille le mystère bien avant cela. David vit dans une maison au bord d’un lac avec sa femme Steff et leur petit garçon Billy. Nous sommes en plein mois de juillet caniculaire. Le temps est à la tempête, un cyclone s’élève sur le lac et rapidement, la petite famille s’installe au sous-sol pour essayer de faire passer ce moment le mieux possible. Les dégâts, le lendemain matin, frôlent l’horreur.

Des arbres tombés, des fils électriques dénudés qui crépitent, des voitures et des hangars à bateaux défoncés. Et il y a ce brouillard, sur le lac. Étrange, qui semble avancer doucement, comme découpé au couteau. Si nette que ça semble irréel.

« J’avais la forte impression de n’avoir encore jamais vu de brume exactement comme celle-là. En partie à cause de l’aspect parfaitement rectiligne de son front. Rien n’est jamais aussi régulier dans la nature; c’est l’homme qui a inventé les lignes droites. »

Les personnages froncent les sourcils, trouvent ce brouillard étrange, mais passent rapidement à autre chose. Les dégâts de la tempête sont importants, il faut s’activer.

David n’entretient pas la meilleure relation du monde avec son voisin, Norton, mais en période difficile, les voisins doivent se serrer les coudes non? David, Norton et le petit Billy partent donc en ville chercher quelques provisions le temps que les choses se calment un peu dans le coin et que les secours prennent les choses en main pour dégager les fils et les routes. 

Comme souvent chez King, c’est à partir d’un événement banal, du quotidien, que les choses commencent à déraper. Ces quelques mots de David, lancés nonchalamment entre deux paragraphes, nous glacent littéralement le sang:

« Depuis lors, je n’ai plus revu ma femme. »

L’essentiel de l’histoire se déroulera ensuite au supermarché. On n’a pas idée de ce que la brume, insidieuse et opaque, peut cacher. Encore moins lorsqu’un groupe de gens est coincé dans un endroit clos et que chacun tente de gérer ce qu’il voit à sa façon. La menace est omniprésente, elle vient de l’extérieur tout comme de l’intérieur. 

« Quand les machines font faillite, quand la technologie et les systèmes religieux conventionnels font faillite, les gens ont besoin de s’accrocher à quelque chose. »

J’ai aussi aimé que l’on ne détienne pas forcément toutes les clés de l’intrigue et qu’on nous laisse en imaginer une partie. La fin est ouverte, apportant certains éléments de réponse, mais pas tous. L’imagination du lecteur est sollicitée et c’est ce qui donne, à mon avis, une atmosphère effrayante particulièrement propice à laisser s’affoler ses idées.

Comme toujours, j’aime l’imagination particulièrement féconde de Stephen King qui nous amène dans un monde effrayant… en ayant comme point de départ un lieu aussi anodin qu’une épicerie. Une note à la fin du roman explique l’inspiration qu’a eu l’auteur et de quelle façon lui est venu l’idée de cette histoire. J’aime quand les écrivains nous racontent la génèse de leurs écrits!

Brume a été aussi adapté à l’écran. Au cinéma en 2007 et en série en 2017, qui a par la suite été annulée. Je n’en ai vu aucun des deux, mais je serais curieuse de voir ce que ça donne! C’est une histoire qui a beaucoup de potentiel cinématographique.

De mon côté, je ne peux que vous conseiller de découvrir le livre. Brume est une histoire effrayante, qui joue sur notre peur naturelle des créatures monstrueuses, mais également sur le dérapage effrayant que peut connaître l’humain lorsqu’il est confronté à une situation qu’il ne maîtrise pas.

Brume, Stephen King, éditions Albin Michel, 288 pages, 2019

L’automne du King

Automne du KingCette année encore, je participe à L’automne du King organisé par Tomabook, qui se déroule du 22 septembre au 20 décembre 2020. Le défi est simple: lire des livres de Stephen King tout l’automne! Le but est de permettre des échanges entres passionnés, afin de lire, présenter et discuter autour de l’oeuvre de Stephen King, ici et là, sur les blogues, les réseaux sociaux et Instagram. King est un auteur tellement prolifique qui a déjà écrit de nombreux titres, qu’il est facile de trouver quelque chose qui nous intéresse, même si on n’est pas féru d’horreur. King n’a pas écrit que ça. On retrouve beaucoup de nouvelles dans son oeuvre, du fantastique et aussi, des histoires sous forme de contes (je pense à Élévation par exemple, qui est sensible et une belle leçon de vie).

4D9C6F0A-B578-431C-89F8-E8D966767657

La première édition a eu lieu l’année dernière  et j’avais participé avec beaucoup de plaisir. J’avais eu le temps de lire quelques titres, mais pas suffisamment à mon goût. Cette année je suis mieux préparée et je souhaite lire encore plus de livres de Stephen King. J’ai une bonne pile qui m’attend et j’en ai mis plusieurs en « priorité » qui me font de l’oeil depuis un bon moment. Je crois que le choix ne manquera pas! J’ai l’intention également l’élargir un peu le défi en lisant au moins un livre autour de l’univers de King et aussi, de regarder quelques films ou séries. Je vais poursuivre la saison 2 de Mr Mercedes, peut-être trouver quelques titres sur Netflix (je pense à Brume ou à Stand by me) et visionner à nouveau Ça parties 1 et 2. J’aimerais bien les voir à la suite. J’ai lu Misery récemment et j’ai bien envie de voir le film dont les extraits m’avaient un peu traumatisée à l’époque (j’étais enfant quand le film est sorti). Il y a donc de quoi voir suffisamment pour occuper tout l’automne. Il faut dire que ce n’est pas le choix qui manque vu le nombre impressionnant d’adaptations des œuvres de King au petit et grand écran.

96B9C4ED-2480-4FD7-BB0E-5C5805DEFD74

J’ai aussi envie de créer une atmosphère propice à la lecture des œuvres de Stephen King: thé d’automne dans une tasse appropriée, carnet de lecture à l’effigie de Shining à remplir au fil du temps pendant le défi, bougies automnales et peut-être que quelques journées grises pluvieuses m’offriront encore plus de moments propices à lire Stephen King. C’est une belle façon d’amorcer l’automne et de se préparer tranquillement à l’Halloween qui, mine de rien, arrive à grands pas! J’associe toujours beaucoup Stephen King à l’Halloween. Il me semble que c’est un auteur encore plus parfait si on le lit à cette période de l’année.

Ce challenge lecture est très présent via Instagram et a aussi son groupe Facebook.

C1A76047-875D-44B2-A941-050239A6149AAfin de vous aider à faire quelques choix, peut-être, voici quelques billets sur des livres de Stephen King, déjà parus sur le blogue. Certains sont de gros romans d’horreur, d’autres de simples nouvelles, comme Laurie par exemple. L’institut a des airs de Stranger Things alors que Élévation se rapproche du conte. Il y a de tout, pour tous les goûts! Et ce n’est qu’un petit échantillon.

A60A94A3-971C-4E97-92F8-E8B52527EF3EJ’adore lire Stephen King, chaque fois je me laisse porter dans son univers. J’aime le temps qu’il prend pour mettre en place son histoire puis qu’après, il soit difficile de lâcher le roman. Chacun des livres est en quelque sorte interconnecté aux autres, avec souvent des références similaires, des clins d’œil aux autres œuvres du King (ou à des adaptations) ou encore, les histoires se déroulent dans une même ville ou même région. Je pense à Castle Rock ou Derry, des villes fictives qui reviennent dans plusieurs de ses romans.

Et vous, participez-vous à l’automne du King?

 

Misery

MiseryMisery, c’est le nom de l’héroïne populaire qui a rapporté des millions de dollars au romancier Paul Sheldon. Après quoi il en a eu assez : il a fait mourir Misery pour écrire enfin le « vrai » roman dont il rêvait. Et puis il a suffi de quelques verres de trop et d’une route enneigée, dans un coin perdu… Lorsqu’il reprend conscience, il est allongé sur un lit, les jambes broyées dans l’accident. Sauvé par une femme, Annie. Une admiratrice fervente. Qui ne lui pardonne pas d’avoir tué Misery. Et le supplice va commencer.
Sans monstres ni fantômes, un Stephen King au sommet de sa puissance nous enferme ici dans le plus terrifiant huis clos qu’on puisse imaginer.

Lorsque j’étais enfant, je me rappelle que le film Misery passait à Super Écran. J’étais un peu trop jeune, mais je me souviens de certains passages du film, donc celui où une Kathy Bates terrifiante apparaissait au bout du lit de Paul avec son marteau. Cette scène me terrifiait. Je réalise cependant que je n’ai jamais vu le film en entier.

Même si je connais quand même un peu l’histoire de ce classique du King, j’avais très envie de le lire. Je regarde la série Castle Rock et j’en suis à la seconde saison, qui est une sorte d’hommage à Misery. Avant de la visionner, je voulais lire le roman. Je me disais que l’occasion était belle de me plonger dans le livre!

Chaque fois que je lis un Stephen King, je suis impressionnée. Il réussit à nous amener avec lui dans n’importe quelle histoire. C’est toujours prenant, suffisamment descriptif pour nous donner l’impression de bien connaître les personnages (même si c’est un aspect qui est parfois reproché au King – trop de descriptions – moi j’adore!) et addictif. Il est difficile de refermer ce roman tant on veut savoir ce qu’il adviendra de Paul, d’Annie et même de Misery, le personnage de son roman.

Misery est le nom du personnage créé par Paul Sheldon. Il en a écrit toute une série très populaire auprès du lectorat féminin. Pour Paul, Misery est un personnage dont il souhaite se débarrasser pour écrire son vrai grand roman. Il souhaite la reconnaissance littéraire. Un peu comme Conan Doyle avec Sherlock Holmes (dont King parle d’ailleurs dans son roman). Quand il a un grave accident de la route, il est sauvé par Annie Wilkes, sa « fan numéro 1 ». Elle n’a pas encore lu le tout dernier Misery, ce qu’elle fait en prenant « soin » de Paul Sheldon. C’est alors qu’elle découvre que son écrivain préféré a tué son héroïne préférée. Il n’en faut pas plus pour qu’Annie pète les plombs. Et c’est le cas de le dire.

Pendant le confinement, j’ai souvent entendu parler de Misery avec une pointe d’humour, comme quoi il s’agit d’un grand roman de confinement. Effectivement, il est difficile d’être plus confiné que Paul Sheldon dont l’univers ne tourne qu’autour d’une chambre. Avec une menace qui plane continuellement au-dessus de sa tête, selon l’humeur très fluctuante de sa soignante.

Au-delà des scènes d’horreur où Annie s’occupe de Paul, on découvre au fil des pages un personnage à la fois fascinant et horrifiant. Annie Wilkes est un être complètement perturbé. Elle est folle à lier, psychotique et possède une perception de la vie très spéciale. Le roman dévoile beaucoup de choses inquiétantes sur la geôlière de Paul. La lecture en est donc terrifiante et encore plus prenante.

« Il s’étendit de nouveau, les yeux au plafond, écoutant le vent. Il se trouvait près du sommet du col, de la ligne de partage des eaux, au cœur de l’hiver, en compagnie d’une femme qui n’était pas très bien dans sa tête, une femme qui l’avait nourri par intraveineuse pendant qu’il était inconscient, une femme qui disposait apparemment d’une inépuisable réserve de médicaments, une femme qui n’avait dit à personne qu’il avait échoué ici. »

Au-delà de l’intrigue, de l’histoire d’horreur, il y a une réflexion intéressante sur le travail d’écrivain et sur la place que peut prendre un personnage, tant pour celui qui l’a créé, que pour les fans qui en veulent toujours plus. Il aborde aussi la mort d’un personnage de fiction, ses répercussions sur l’écrivain et sur les fans. L’histoire de Misery en est un excellent exemple. Il est fascinant de voir qu’un personnage que Paul a créé est à la fois à l’origine de sa lassitude, deviendra sa plus grande torture, mais aussi sa planche de salut.

Ici, Misery apparaît comme une entrave au « vrai » travail de l’écrivain. Un boulet que Paul doit traîner avec lui. Il devra y revenir et son sentiment face à son personnage évoluera au fil du temps et de ce qu’il est en train de vivre. Cette construction du roman et la réflexion qui se cache derrière m’a beaucoup plu. À chercher à fuir son personnage, l’écrivain se trouve forcé de « vivre avec elle » en permanence, en l’ayant constamment en tête.

« Ce n’était pas dans son habitude de peiner aussi laborieusement, ni de remplir la corbeille à papier de feuilles chiffonnées inachevées […] Il avait attribué cela à la douleur et au fait d’être dans une situation où il n’écrivait pas seulement pour gagner sa vie – mais pour ne pas la perdre. »

Pendant l’écriture forcée de Paul, Annie lui procure une vieille machine à écrire. Elle la lui apporte avec fierté, alors que la machine a déjà perdu son « n » au passage. Paul entreprend donc d’écrire sous la contrainte et le texte qu’il élabore apparaît sous nos yeux avec une police d’écriture rappelant celle d’une vieille machine à écrire. La lettre manquante étant ajoutée « à la main ». D’autres lettres disparaîtront au fil du temps et l’on retrouve cette police d’écriture modifiée au fil des pages. On peut donc lire des passages du roman de Paul avec les lettres manquantes. Ça donne à Paul un petit côté « réel » et encore plus puissant.

Comme bien souvent, on retrouve aussi une référence à une autre oeuvre de King dans ce roman. Ici, il est fait mention de l’hôtel Overlook et d’un gérant un peu cinglé… Ces clins d’œil me font toujours sourire quand je les découvre. Il y en a bien souvent dans les romans de Stephen King, un peu comme les caméos qu’il fait dans les adaptations de ses propres œuvres au cinéma ou en série.

Misery est un roman fascinant, par son exploration du processus de création. Les circonstances, ici, en font un roman terrifiant. J’ai vraiment passé un excellent moment avec ce livre. J’avais une petite panne de lecture et j’avais de la difficulté à me plonger dans quelque chose. Je me suis dit qu’un King arrangerait tout. Ce fut le cas! J’ai bien envie de voir le film maintenant, où Kathy Bates avait remporté un Oscar à l’époque pour sa prestation. Ça promet!

Misery, Stephen King, Le livre de poche, 391 pages, 2002