Misery

MiseryMisery, c’est le nom de l’héroïne populaire qui a rapporté des millions de dollars au romancier Paul Sheldon. Après quoi il en a eu assez : il a fait mourir Misery pour écrire enfin le « vrai » roman dont il rêvait. Et puis il a suffi de quelques verres de trop et d’une route enneigée, dans un coin perdu… Lorsqu’il reprend conscience, il est allongé sur un lit, les jambes broyées dans l’accident. Sauvé par une femme, Annie. Une admiratrice fervente. Qui ne lui pardonne pas d’avoir tué Misery. Et le supplice va commencer.
Sans monstres ni fantômes, un Stephen King au sommet de sa puissance nous enferme ici dans le plus terrifiant huis clos qu’on puisse imaginer.

Lorsque j’étais enfant, je me rappelle que le film Misery passait à Super Écran. J’étais un peu trop jeune, mais je me souviens de certains passages du film, donc celui où une Kathy Bates terrifiante apparaissait au bout du lit de Paul avec son marteau. Cette scène me terrifiait. Je réalise cependant que je n’ai jamais vu le film en entier.

Même si je connais quand même un peu l’histoire de ce classique du King, j’avais très envie de le lire. Je regarde la série Castle Rock et j’en suis à la seconde saison, qui est une sorte d’hommage à Misery. Avant de la visionner, je voulais lire le roman. Je me disais que l’occasion était belle de me plonger dans le livre!

Chaque fois que je lis un Stephen King, je suis impressionnée. Il réussit à nous amener avec lui dans n’importe quelle histoire. C’est toujours prenant, suffisamment descriptif pour nous donner l’impression de bien connaître les personnages (même si c’est un aspect qui est parfois reproché au King – trop de descriptions – moi j’adore!) et addictif. Il est difficile de refermer ce roman tant on veut savoir ce qu’il adviendra de Paul, d’Annie et même de Misery, le personnage de son roman.

Misery est le nom du personnage créé par Paul Sheldon. Il en a écrit toute une série très populaire auprès du lectorat féminin. Pour Paul, Misery est un personnage dont il souhaite se débarrasser pour écrire son vrai grand roman. Il souhaite la reconnaissance littéraire. Un peu comme Conan Doyle avec Sherlock Holmes (dont King parle d’ailleurs dans son roman). Quand il a un grave accident de la route, il est sauvé par Annie Wilkes, sa « fan numéro 1 ». Elle n’a pas encore lu le tout dernier Misery, ce qu’elle fait en prenant « soin » de Paul Sheldon. C’est alors qu’elle découvre que son écrivain préféré a tué son héroïne préférée. Il n’en faut pas plus pour qu’Annie pète les plombs. Et c’est le cas de le dire.

Pendant le confinement, j’ai souvent entendu parler de Misery avec une pointe d’humour, comme quoi il s’agit d’un grand roman de confinement. Effectivement, il est difficile d’être plus confiné que Paul Sheldon dont l’univers ne tourne qu’autour d’une chambre. Avec une menace qui plane continuellement au-dessus de sa tête, selon l’humeur très fluctuante de sa soignante.

Au-delà des scènes d’horreur où Annie s’occupe de Paul, on découvre au fil des pages un personnage à la fois fascinant et horrifiant. Annie Wilkes est un être complètement perturbé. Elle est folle à lier, psychotique et possède une perception de la vie très spéciale. Le roman dévoile beaucoup de choses inquiétantes sur la geôlière de Paul. La lecture en est donc terrifiante et encore plus prenante.

« Il s’étendit de nouveau, les yeux au plafond, écoutant le vent. Il se trouvait près du sommet du col, de la ligne de partage des eaux, au cœur de l’hiver, en compagnie d’une femme qui n’était pas très bien dans sa tête, une femme qui l’avait nourri par intraveineuse pendant qu’il était inconscient, une femme qui disposait apparemment d’une inépuisable réserve de médicaments, une femme qui n’avait dit à personne qu’il avait échoué ici. »

Au-delà de l’intrigue, de l’histoire d’horreur, il y a une réflexion intéressante sur le travail d’écrivain et sur la place que peut prendre un personnage, tant pour celui qui l’a créé, que pour les fans qui en veulent toujours plus. Il aborde aussi la mort d’un personnage de fiction, ses répercussions sur l’écrivain et sur les fans. L’histoire de Misery en est un excellent exemple. Il est fascinant de voir qu’un personnage que Paul a créé est à la fois à l’origine de sa lassitude, deviendra sa plus grande torture, mais aussi sa planche de salut.

Ici, Misery apparaît comme une entrave au « vrai » travail de l’écrivain. Un boulet que Paul doit traîner avec lui. Il devra y revenir et son sentiment face à son personnage évoluera au fil du temps et de ce qu’il est en train de vivre. Cette construction du roman et la réflexion qui se cache derrière m’a beaucoup plu. À chercher à fuir son personnage, l’écrivain se trouve forcé de « vivre avec elle » en permanence, en l’ayant constamment en tête.

« Ce n’était pas dans son habitude de peiner aussi laborieusement, ni de remplir la corbeille à papier de feuilles chiffonnées inachevées […] Il avait attribué cela à la douleur et au fait d’être dans une situation où il n’écrivait pas seulement pour gagner sa vie – mais pour ne pas la perdre. »

Pendant l’écriture forcée de Paul, Annie lui procure une vieille machine à écrire. Elle la lui apporte avec fierté, alors que la machine a déjà perdu son « n » au passage. Paul entreprend donc d’écrire sous la contrainte et le texte qu’il élabore apparaît sous nos yeux avec une police d’écriture rappelant celle d’une vieille machine à écrire. La lettre manquante étant ajoutée « à la main ». D’autres lettres disparaîtront au fil du temps et l’on retrouve cette police d’écriture modifiée au fil des pages. On peut donc lire des passages du roman de Paul avec les lettres manquantes. Ça donne à Paul un petit côté « réel » et encore plus puissant.

Comme bien souvent, on retrouve aussi une référence à une autre oeuvre de King dans ce roman. Ici, il est fait mention de l’hôtel Overlook et d’un gérant un peu cinglé… Ces clins d’œil me font toujours sourire quand je les découvre. Il y en a bien souvent dans les romans de Stephen King, un peu comme les caméos qu’il fait dans les adaptations de ses propres œuvres au cinéma ou en série.

Misery est un roman fascinant, par son exploration du processus de création. Les circonstances, ici, en font un roman terrifiant. J’ai vraiment passé un excellent moment avec ce livre. J’avais une petite panne de lecture et j’avais de la difficulté à me plonger dans quelque chose. Je me suis dit qu’un King arrangerait tout. Ce fut le cas! J’ai bien envie de voir le film maintenant, où Kathy Bates avait remporté un Oscar à l’époque pour sa prestation. Ça promet!

Misery, Stephen King, Le livre de poche, 391 pages, 2002

L’Institut

l'institutAu cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

L’Institut est un livre que j’avais très hâte de lire. Petit dernier de Stephen King paru en français, la quatrième de couverture compare le roman à Charlie et à Ça. J’écris ce billet « à chaud ». J’ai passé la nuit à lire le roman et j’ai eu de la difficulté à le poser. Si le début met doucement en place l’univers et les personnages, la deuxième moitié du roman est tellement prenante et intrigante qu’il est difficile de lâcher le livre.

En début de roman on retrouve une petite note, juste au-dessus des données de catalogage. Une note qui donne le frisson:

« Selon le Centre national pour les enfants disparus et exploités, environ 800 000 enfants disparaissent chaque année aux États-Unis. La plupart sont retrouvés. Des milliers ne le sont pas. »

Le livre commence par nous parler de Tim Jamieson, débarqué d’un avion en empochant un peu d’argent et qui a atterri dans une ville paumée au fin fond de nulle part. Ancien policier, il décide de prendre du travail – un emploi complètement archaïque – dans cette ville perdue qui semble avoir échappé à toute technologie. On apprend à connaître les habitants de DuPray, la dynamique de la communauté.

« Vous savez cette vie qu’on croit mener, elle n’existe pas. Ce n’est qu’un théâtre d’ombres. Et en ce qui me concerne, je ne serai pas mécontent quand les lumières s’éteindront. Dans l’obscurité, toutes les ombres disparaissent. »

On quitte ensuite DuPray pour faire la connaissance de Luke Ellis et de sa famille. Le garçon est un vrai petit génie, brillant et complet, qui aime autant s’amuser qu’étudier. Il a tout juste douze ans et est déjà accepté dans deux universités. Il est à un tournant de sa vie et s’apprête à faire des choix qui changerons à jamais son parcours, sans se douter qu’autre chose se prépare pour lui. C’est alors qu’il se réveille dans une chambre pareille à la sienne, mais qui n’est pas la sienne.

Bienvenue à L’Institut, un endroit inquiétant où l’on fait la rencontre de plusieurs enfants aux pouvoirs spéciaux. Le roman livre peu à peu ses secrets quant à cet endroit où les dirigeants ont des yeux partout et où tout est contrôlé. Luke tentera de comprendre où il est et ce que les gens de L’Institut font. Cet endroit, imaginé par King, est horrible. Ce qui s’y déroule dépasse l’entendement. La raison d’être de cet endroit est terrifiante, surtout lorsqu’on commence à en comprendre les rouages. À L’Institut, il y a l’Avant et l’Arrière. Il y a des règles rigides et dures, alors que d’autres sont totalement négligées.

« Il ne savait pas si ses secrets pourraient lui être utiles, mais il savait qu’il y avait des fissures dans les murs de ce que Georges avait appelé, fort justement, cet enfer. Et s’il parvenait à utiliser ses secrets – et son intelligence prétendument supérieure – comme on manie un pied-de-biche, il pourrait peut-être élargir une de ces fissures. »

C’est un lieu inhumain, prétexte pour aborder de nombreux thèmes: l’injustice, le pouvoir, les organisations secrètes, les enlèvements, les dons spéciaux et particuliers. La sensibilité des personnages et leurs capacités qui dépassent celles du commun des mortels, sont le thème principal de L’Institut où il est question principalement de télékinésie et de télépathie. Un thème souvent abordé chez King, tout comme le thème de l’enfance. Enfance qui est la plupart du temps volée ou altérée. On parle aussi de ces petites choses que l’on nomme « hasard » et qui nous poussent parfois à accomplir certains gestes, sans trop savoir pourquoi. Une sorte d’impulsion qui met en lumière la complexité du cerveau humain et de ses capacités.

On qualifie bien souvent Stephen King de « maître de l’horreur ». C’est vrai, en un sens, mais ce qualificatif demeure tellement réducteur. King est réellement plus que cela, c’est un grand écrivain, qui puise dans la société et le monde fou dans lequel on vit, matière à écrire des histoires et à nous faire réfléchir. Ici, ce qui est terrifiant, ce ne sont pas les monstres tapis dans l’ombre. Ce n’est pas l’horreur au premier degré. Le monstre, c’est l’humain, dans ce qu’il a de meilleur comme de pire. Surtout de pire.

C’est d’ailleurs ce que j’aime de Stephen King. Il peut écrire toutes sortes de choses – de l’horreur, du fantastique, des thrillers, du policier – mais c’est dans la description des personnages et des événements qu’il réussit à instaurer un sentiment de peur et d’inconfort. Ses bons ne sont pas parfaits et ses méchants, même les pires, ont souvent un petit côté « humain » qui rend le lecteur mal à l’aise. Ils ont des peurs eux aussi, des familles et une vie en dehors de ce qu’ils font. Ici, c’est le cas. On a beau détester de toutes ses forces les méchants de l’histoire, ils sont suffisamment décrits pour prendre corps, pour exister et pour nous permettre une remise en question. C’est troublant pour le lecteur et on retrouve énormément cette façon de fonctionner dans les romans de King. C’est ce qui fait de ses histoires beaucoup plus que de simples histoires d’horreur. Ses livres sont une chronique sur la société, une critique de la noirceur de l’âme humaine et des failles de l’esprit des hommes. C’est donc beaucoup plus effrayant à mon avis que les histoires de monstres cachés sous le lit ou dans les placards.

Chaque fois que je termine un nouveau Stephen King, je me fais la réflexion à quel point c’est fou qu’un auteur réussisse à me troubler autant. Il y a peu d’auteurs qui peuvent me bouleverser de cette façon. King y arrive. Parce qu’il joue avec ce qui est fondamental chez l’humain: la recherche d’une forme de quiétude, le sentiment de sécurité, les souvenirs reliés à l’enfance, la certitude que les choses vont dans le bon sens, alors que finalement, tout peut éclater à chaque instant. Le mal peut se tapir dans l’ombre. Ce que l’on croyait vrai n’existe peut-être pas.

L’Institut est un grand roman, un roman dérangeant. Il nous place face à des gestes qui sont difficiles, incompréhensibles, mais qui cachent quelque chose de si grand que ça en est perturbant. L’auteur crée un bon suspense avec le déroulement des événements à L’Institut et avec le destin du petit Luke Ellis qui nous tient en haleine une bonne partie de l’histoire. Les ramifications qui s’éclaircissent à mesure qu’avance l’intrigue sont incroyables.

« Les petits détails font les grandes histoires. »

Les droits d’adaptation du roman ont déjà été acquis par l’équipe qui a aussi produit la série Mr. Mercedes. L’adaptation devrait être une mini-série et comporter une seule saison. Nous avons encore peu de détails jusqu’à maintenant, mais je suis impatiente de découvrir cette histoire à l’écran. Visuellement, il y a quelque chose de très fort à faire avec l’histoire de L’Institut.

En attendant, je vous invite bien sûr à découvrir cette histoire puissante et à faire connaissance avec Luke Ellis. Un roman – et des personnages – difficiles à oublier.

L’Institut, Stephen King, éditions Albin Michel, 608 pages, 2020

Élévation

ElevationDans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite. C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien? Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.

J’avais très hâte de lire ce court roman inédit de Stephen King paru en français directement en format poche. D’autant plus qu’il a mit des mois à se rendre jusqu’à nous après sa sortie en Europe. La date de sortie du roman était sans cesse repoussée. J’étais donc très contente de pouvoir enfin mettre la main dessus. Et ce fut une très belle surprise!

Élévation est un roman très différent de ce qu’on a l’habitude de lire de Stephen King. Point d’horreur ici ou de frissons, du moins pas au sens où on l’entend. Avec Élévation, King nous offre plutôt une sorte de fable sur la mort, sur ce que l’on choisi de faire de nos vies et sur les bienfaits de l’amitié et de la bienveillance. Il démontre à travers des personnages très attachants, l’importance de prendre soin des uns et des autres. C’est un très beau roman, qui fait à la fois chaud au cœur et qui a un côté touchant et triste à la fois.

L’histoire est particulière et teintée de fantastique. Scott demande l’avis de son ami médecin sur sa condition: il ne cesse de perdre du poids. Tous les jours. Tout le temps. Peu importe ce qu’il mange. C’est donc à la fois effrayant, perturbant et inquiétant.

« Personne ne pèse le même poids nu qu’habillé. C’est aussi immuable que la gravité. »

Mais Scott ne veut pas devenir une bête de foire médicale et apprend à vivre avec sa condition. Parallèlement, il fait la connaissance de ses voisines, un couple qui sort courir avec ses chiens régulièrement. Les bêtes utilisent sa pelouse comme parc à chiens pour faire leurs besoins… Si Scott commence par les confronter avec colère et frustration, il réalise vite que la ville met ses voisines à l’écart. L’homophobie bat son plein à Castle Rock et le couple en souffre. Scott prend alors le parti de les aider contre leur gré…

J’ai adoré ce roman! Il est court, se lit tout seul et nous offre une belle histoire pleine d’émotions. C’est une fable sur la mort magnifiquement bien menée. Le roman se déroule pendant mes trois fêtes préférées: l’Halloween, Thanksgiving et Noël avec l’ambiance appropriée. C’était donc la période parfaite pour le lire. Comme toujours chez King il y a ces fameux clins d’œil au reste de son oeuvre qui me font toujours sourire:

« Les citrouilles sortaient sur les perrons, chats noirs et squelettes dansaient derrière les fenêtres. À l’école primaire, on enjoignait aux enfants de marcher sur le trottoir le grand soir et de n’accepter que des bonbons enveloppés. Les lycéens se rendirent déguisés au bal annuel d’Halloween dans le gymnase, pour lequel un groupe de rock garage local, Big Top, se rebaptisa Pennywise et les clowns. »

Chaque début de chapitre est illustré des dessins de Mark Edward Geyer. Avec ce court roman, en plus des fêtes, de l’amitié, de l’homophobie et de cette étrange histoire de perte de poids, l’auteur parle aussi de course à pied puisque plusieurs pages sont consacrées à la grande course de Thanksgiving. Ce sont d’ailleurs de très très beaux passages.

Un roman intéressant à découvrir, que vous soyez un lecteur d’histoires d’horreur ou non. Une bien belle lecture, qui donne tout son sens au mot « élévation ».

Élévation, Stephen King, Le livre de poche, 160 pages, 2019

Mr Mercedes

Mr MercedesMidwest, 2009. Dans l’aube glacée, des centaines de chômeurs en quête d’un job font la queue devant un salon de l’emploi. Soudain, une Mercedes fonce sur la foule, laissant huit morts et quinze blessés dans son sillage. Le chauffard, lui, a disparu dans la brume, sans laisser de traces. Un an plus tard, Bill Hodges, flic à la retraite qui n’a pas su résoudre l’affaire, reste obsédé par ce massacre. Une lettre du « tueur à la Mercedes » va le sortir de la dépression et de l’ennui qui le guettent.

J’aime beaucoup Stephen King qui touche à tous les genres. J’ai eu envie de lire Mr Mercedes en lisant quelque part que le personnage de Holly Gibney découverte dans L’outsider était récurrent de la trilogie Bill Hodges. Car oui, Mr Mercedes est le premier tome de la trilogie mettant en scène Hodges, un policier à la retraite. La diffusion en français, dans quelques jours, de la série télévisée adaptée du roman m’a convaincue de m’y mettre maintenant. Et j’ai passé un très bon moment!

Bill Hodges est à la retraite et il s’ennuie. C’est un homme plutôt seul qui n’a plus cette passion qui le gardait en vie du temps de ses enquêtes. Il passe ses journées à manger devant la télé et à jouer avec l’arme de son défunt père. Une façon comme une autre de passer le temps.

« Hodges a lu quelque part qu’il y a des puits si profonds en Islande que l’on peut y jeter des cailloux sans jamais les entendre faire plouf. Il pense que c’est pareil pour certaines âmes humaines. »

Dans sa carrière, une enquête le hante encore. Une enquête qu’il n’a jamais pu résoudre avant de quitter le service, celle de Mr Mercedes, un cinglé qui a foncé sur une foule avec une Mercedes volée. Quand Mr Mercedes lui envoie une lettre pour raviver cet échec dans sa carrière et voulant pousser Hodges au suicide, c’est plutôt le contraire qui se produit. Il lui redonne cette étincelle et cette adrénaline du plaisir qu’Hodges avait en enquêtant. Suivra alors une étrange correspondance sur un site web sécurisé et Hodges qui ne pourra s’empêcher d’enquêter quand même pour retrouver le tueur à la Mercedes. En marge de la loi Bill Hodges s’entourera au fil du temps d’une équipe non officielle, avec qui il mènera sa propre enquête: son voisin Jerome, un jeune homme brillant qui s’occupe de tondre sa pelouse et de réparer son ordinateur; Janey la sœur d’une victime qui « l’engage » pour enquêter; et Holly sa cousine, qui se retrouve être un atout précieux, malgré ses tics, son angoisse et sa différence.

Il y a plusieurs aspects vraiment intéressants dans ce roman. Tout d’abord, on sait dès le début qui est Mr Mercedes, alors que Bill Hodges lui ne le sait pas. Ensuite, on se promène entre le quotidien de Hodges et celui de Mr Mercedes. On suit donc le fil des pensées de chacun des personnages, leur évolution à mesure que l’enquête avance et les messages qu’ils s’échangent.

J’ai apprécié qu’on retrouve dans ce roman beaucoup de technologie, tant par les moyens de communication entre Hodges et Mr Mercedes que dans la façon de commettre les crimes. Également, le groupe qui se greffe à Hodges pour enquêter est aussi improbable que plaisant. J’ai particulièrement apprécié le duo que forme Jerome, un adolescent sérieux et doué, et Holly, une jeune femme névrosée surprotégée par sa mère. Tous les deux apportent beaucoup au plaisir de lecture de ce roman.

Et que dire de Mr Mercedes, qui attire autant la pitié que le dégoût, qui est un personnage malade, au passé tordu. Il est quand même très intéressant à découvrir. Entrer dans la tête d’un personnage comme lui est toujours effrayant et troublant. Il m’a par moments rappelé la folie de Norman Bates, le personnage inventé par Robert Bloch.

« Est-ce qu’on peut lui reprocher d’avoir frappé le monde qui a fait de lui ce qu’il est? »

Même s’il s’agit d’un roman policier, on retrouve dans Mr Mercedes le style de Stephen King: beaucoup de descriptions, des personnages vivants et complexes pour qui on a un certain attachement même s’ils sont complètement tordus. Tout n’est pas que blanc ou noir chez King et j’aime beaucoup sa façon de parler du genre humain, de la complexité de l’homme qu’il soit du bon côté de la loi ou non.

Mr Mercedes est le premier tome de la trilogie Bill Hodges, qui comprend également Carnets noirs et Fin de ronde que je lirai prochainement. On retrouve aussi certains personnages vus dans L’Outsider.

Mr Mercedes a été adapté en série avec Brendan Gleeson dans le rôle de Hodges et Harry Treadaway dans celui de Brady. La première saison s’inspire de Mr Mercedes, la seconde de Fin de ronde et la troisième de Carnets noirs, les deux derniers tomes étant inversés quant à leur ordre dans l’adaptation. J’ai hâte de voir ce que ça donnera à l’écran!

Pour le moment, je ne peux que vous conseiller ce très bon roman policier, preuve que Stephen King réussit dans plusieurs genres différents, toujours en sachant garder l’intérêt du lecteur. J’ai trouvé le roman très prenant et je l’ai lu très rapidement, avide de savoir comment ça se terminerait.

Mr Mercedes, Stephen King, éditions Le livre de poche, 672 pages, 2016

Simetierre

simetierreLouis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Crandall, les emmène visiter le pittoresque « simetierre » où des générations d’enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce « simetierre », tout au fond de la forêt, se trouvent les terres sacrées des Indiens, lieu interdit qui séduit pourtant par ses monstrueuses promesses. Un drame atroce va bientôt déchirer l’existence des Creed, et l’on se trouve happé dans un suspense cauchemardesque…

La sortie du film Cimetière vivant, dont Simetierre est l’adaptation au cinéma, m’a donné envie de découvrir ce roman de Stephen King. Je lis King depuis deux ans environ et j’adore ses livres. Il y a quelque chose de très prenant, de fantastique dans sa façon de décrire les personnages, qui les rend consistants et qu’ils « existent ». Dans sa façon de nous les présenter, nous nous attachons à eux, même quand ils font des choix discutables.

« C’est le 24 mars 1984 que Louis Creed connut sa dernière journée de véritable bonheur. « 

King aborde toujours une panoplie de thèmes profonds, bien plus qu’il n’y paraît et Simetierre n’y a pas fait exception. En filigrane du roman se posent de grandes questions sur la vie et la mort. Louis Creed vivra des moments de grande souffrance et il tente de faire ce que tout père de famille tenterait de faire: rechercher la vie qui existait avant le drame.

« Peut-être que j’ai fait ça parce qu’il vaut parfois mieux faire comprendre aux enfants qu’il y a des états pires que la mort. »

Simetierre est un livre très effrayant. Pas forcément parce qu’il fait peur au premier degré. De ce côté, Ça était pour moi encore plus terrifiant. Dans Simetierre, King aborde le thème de la mort et du deuil. Ce sont des questions qui reviennent très souvent dans le roman et c’est aussi sur ces questions que démarre la trame du livre. D’abord avec Ellie, la fillette qui a une sorte de sensibilité aux choses et qui anticipe la mort de son chat. Elle pose aussi beaucoup de questions sur ce qui arrive après la mort et est confrontée à certains départs dans son entourage qui la rendent plus éveillée à ce sujet. Elle pose beaucoup de questions à son père médecin. Il y a également l’expérience terrifiante vécue par Rachel, la femme de Louis, qui est très marquante. Plusieurs personnages meurent ou sont déjà morts quand l’histoire commence. Sans parler du premier jour de travail de Louis, qui vire au cauchemar…

« Et de toutes les questions que l’on peut se poser à ce sujet, la plus terrifiante est sans doute celle de savoir la quantité d’horreur qu’un esprit humain peut endurer en demeurant intégralement lucide. »

La mort et le deuil sont des thèmes qui sont au cœur de la vie humaine. C’est d’ailleurs l’un des plus grands mystères de la vie. C’est l’inconnu. On sait qu’on y passera tous. C’est sans doute pourquoi ce roman est si terrifiant: il baigne dans une forme d’horreur psychologique qui donne la chair de poule. Parce que King joue avec cette peur qu’ont tous les humains à différents degrés. Devoir affronter la mort, ne pas l’accepter, essayer de faire son deuil… Une histoire vieille comme le monde qui prend des proportions terrifiantes lorsque King s’en mêle et nous offre un roman d’horreur intelligent et percutant. Il y est beaucoup question de limites à ne pas franchir. On peut y voir un parallèle entre les croyances et le côté sacré des rituels funéraires, ainsi qu’une forme de questionnement sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

« Ces choses-là sont secrètes, Louis… Un cœur d’homme a un sol plus rocailleux… aussi rocailleux que celui du cimetière des Micmacs. On y fait pousser ce qu’on peut… et on le soigne. »

Comme souvent chez cet auteur, il y a un côté surnaturel ou fantastique à certaines explications. Ici, il s’inspire de croyances amérindiennes et du Wendigo par exemple, pour faire intervenir encore plus de matière à nous donner le frisson. D’ailleurs, si le sujet de cette créature vous intéresse, je vous conseille un roman jeunesse, La colline, assez intéressant qui met justement en scène cette créature.

« Cet endroit… aussitôt que vous y avez mis le pied, il prend possession de vous… et vous vous inventez les intentions les plus louables du monde afin d’avoir un prétexte pour y retourner… »

Plus je découvre King, plus je réalise qu’il y a beaucoup de messages derrière ses histoires. Il ne fait pas de l’horreur pour de l’horreur. Il a toujours abordé des thèmes « difficiles » même quand ce n’était pas vraiment l’époque de remettre certaines choses en question. C’est ce que j’aime chez lui.

cimetiere vivant

Cette lecture a été très prenante, très intrigante. J’ai vraiment aimé ce roman. J’avais donc très envie de voir la toute dernière adaptation au cinéma. Il faut savoir que ce n’est pas une adaptation à proprement parler, mais plutôt un film qui s’inspire du roman.

J’y suis allée aujourd’hui. J’ai bien aimé le film. Il y a des changements majeurs entre le livre et le film, mais j’ai trouvé que dans l’ensemble, le scénario respectait l’idée générale du livre. La fin est différente, sauf qu’on revient en quelque sorte à la même chose que l’idée originale de King. Les deux œuvres traitent de la mort et du deuil d’un enfant. Je regrette seulement que le film ne laisse pas plus de temps à la relation entre Louis et son voisin, afin qu’on ait l’impression qu’ils sont de véritables amis. Je trouve dommage qu’on ne sente pas du tout ce lien spécial dans le film. Dans l’ensemble cependant, c’est un bon film, divertissant. Par contre, lisez le livre! Il en vaut vraiment la peine.

En attendant, je vous conseille ce roman, totalement addictif et très particulier. La petite note au début du livre prend tout son sens quand on tourne la dernière page…

« La mort est un mystère, et la sépulture un secret. »

De là, il n’y a qu’un pas pour en faire un roman où l’horreur est palpable et Stephen King réussit avec brio!

Simetierre, Stephen King, éditions Le livre de poche, 636 pages, 2003