Hemlock Grove

Hemlock GroveHemlock Grove (Pennsylvanie) n’est plus une petite ville paisible. Dans les bois, le corps mutilé d’une jeune fille vient d’être retrouvé. Une chasse à l’homme est lancée. Au sein de la communauté, cependant, une angoissante question se fait jour : ce meurtre est-il vraiment l’œuvre d’un homme ? Et si certains en savaient plus qu’ils ne voulaient bien le dire ? C’est sans doute le cas de Peter Rumancek, jeune gitan qui vient d’emménager en ville avec sa mère et qui a raconté aux élèves du lycée qu’il était un loup-garou. Ou de Roman Godfrey, héritier local, qui fait preuve auprès de ses camarades d’un complexe de supériorité pathologique, alors que sa petite sœur Shelley souffre d’une maladie monstrueuse. Les deux garçons – que tout oppose – vont se rapprocher à la suite de ce meurtre pour tenter d’en percer le mystère. Parallèlement, la famille de Roman s’efforce de cacher les étranges expériences scientifiques effectuées par le Dr Johann Pryce au sein de la société Godfrey…

C’est en regardant la série Hemlock Grove que j’ai eu envie de lire le roman de Brian McGreevy. Je ne savais pas avant de commencer à visionner la série qu’il s’agissait de l’adaptation d’un roman. J’ai beaucoup aimé la série, qui compte trois saisons. C’est assez gore et sanglant, mais c’est différent et ça m’avait bien plu, même si par moments c’est un peu tiré par les cheveux. Malgré tout, je trouvais intéressant la tournure que prenait l’histoire et j’ai eu beaucoup de plaisir à plonger dans le monde macabre et fantastique qui se cache à Hemlock Grove. On peut dire qu’il s’agit d’un univers très… spécial.

« Le truc, quand on revient d’entre les morts, c’est que votre vie continue. »

Hemlock_Grove serieAprès avoir terminé la série, j’étais curieuse de lire le livre à l’origine du projet. Mon premier constat en le commençant: l’adaptation de la première saison est très fidèle au roman. J’avais l’impression de revivre presque scène par scène ce que j’avais vu en série. Peut-être parce que l’auteur a travaillé étroitement à l’adaptation de son livre? La série est cependant plus crue que le roman. L’atmosphère qui s’en dégage est différente. Le roman est plus diffus alors que la série éclate à l’écran. La peur et l’horreur sont plus suggérées dans le roman, on ne ressent pas vraiment ces émotions, alors que dans la série c’est plus frappant.

« La maison Godfrey était une imposante demeure coloniale de style géorgien surplombant la rivière, au sommet de la plus haute colline de la ville, privilège de la direction; aux yeux de ceux qui vivaient en bas, elle avait l’apparence d’une incisive trapue et élimée, obscurément réprobatrice. Sur trois côtés, elle était entourée par une forêt de chênes rouges réunissant une population de formes occluses et vaguement hérissées de cornes émettant tout bas de sporadiques hurlements. »

Je ne sais pas quel aurait été mon ressenti si je n’avais pas vu la série avant de lire le livre. L’écriture de Brian McGreevy (ou sa traduction) est particulière. Il y a quelque chose d’un peu onirique dans sa façon de décrire les événements, ce qui fait qu’on n’est jamais totalement certain à quel point c’est réel ou fantastique, à quel point tel ou tel personnage vit les choses comme il le décrit ou ce qu’est réellement l’univers dans lequel on se retrouve. Je me demande si j’en aurais saisi toute la teneur de l’histoire ou si je serais restée un peu dans le flou en lisant le livre, sans avoir vu la série. C’est une question que je me suis souvent posée pendant ma lecture.

L’auteur a travaillé à l’adaptation de son roman sur les trois saisons de la série, mais seule la saison un correspond véritablement au roman. Je vais donc en rester à cette première saison pour mon billet. En lisant le livre, je constate que l’image que je me fais des personnages peut coller parfaitement à l’adaptation. Les choix ont été dans l’ensemble plutôt judicieux. C’est intéressant de voir à quel point l’adaptation reste très proche du roman.

Je dirais que dans l’ensemble, j’ai passé un bon moment. Hemlock Grove est un roman particulier, tout comme son adaptation, qui fait intervenir des personnages inquiétants comme des oupyrs (sorte de vampire issu de la mythologie slave) ou des loups-garous. L’originalité du roman réside dans la façon qu’a l’auteur d’amener ses personnages à cohabiter entre eux et la façon toujours brumeuse de parler de leurs particularités. C’est aussi un roman sur l’adolescence et la jeunesse dorée d’êtres privilégiés (Roman) par contraste avec la pauvreté et la précarité (Peter). Leur relation improbable est toujours un peu ambiguë et incertaine, ce que la série suggère aussi. Le personnage de Shelley est particulièrement intéressant dans la série, surtout à partir de la saison deux. Il est plus effacé dans le roman tout comme dans la première saison.

Dans le roman, nous avons aussi accès aux échanges entre Shelley et son oncle Norman Godfrey, un peu comme dans la série. Certains courriels sont reproduits dans le livre ainsi que des extraits des archives du docteur Godfrey. On sent que les personnages sont tous un peu torturés soit par leur passé, soit par les événements auxquels ils doivent désormais faire face. Tout regorge de secrets. Le roman a presque des airs gothiques par moments, ce que l’on retrouve moins dans la série. Ce côté-là m’a beaucoup plu dans le livre.

« La maison Godfrey était faite de secrets qu’avec un peu de créativité et de duplicité n’importe qui peut finir par percer à jour. »

Dans l’ensemble Hemlock Grove fut une assez bonne lecture. Pouvoir comparer le livre à la série m’a beaucoup plu. Toutefois, je crois que j’ai préféré la série. Même si elle est loin d’être parfaite, c’est une série divertissante et assez prenante, qui joue beaucoup sur le macabre et le gore. Trois saisons donnent plus de place pour élaborer sur les différents personnages, qui ont beaucoup plus de substance que dans le roman.

Hemlock Grove, Brian McGreevy, Super 8 éditions, 464 pages, 2017

Stranger Things – Darkness on the Edge of Town

Stranger Things Darkness on the Edge of TownFêtes de fin d’année, Hawkins, 1984.
Le shérif Jim Hopper n’a qu’une envie : profiter tranquillement de son premier Noël en compagnie de celle qui est désormais sa fille adoptive. Mais la jeune Onze a d’autres projets. Malgré les protestations de Hopper, elle remonte un carton étiqueté  » New York  » de la cave, et l’assaille de questions : pourquoi le shérif a-t-il quitté Hawkins toutes ces années avant ? Pourquoi ne parle-t-il jamais de cette période de sa vie ? Et malgré ses réticences, Hopper entame l’histoire de la nuit à New York où, pour lui, tout a changé…
Été, New York 1977.
Le jeune policier commence une nouvelle vie après plusieurs années passées au Vietnam. Une vie de famille harmonieuse avec sa femme et sa petite fille, un tout nouveau poste d’enquêteur au NYPD… Tout semble aller à merveille jusqu’à une série de meurtres étranges, très ritualisés, qui lui sont en plus aussitôt retirés par le FBI. Furieux, le jeune homme décide d’enquêter quand même, et infiltre sous couverture un gang des rues. Mais bientôt, une immense panne de courant plonge la ville entière dans le noir… des ténèbres bien plus profondes que ce qu’aurait pu imaginer Hopper.

Darkness on the Edge of Town est le second roman officiel Stranger Things que je lis. Il s’agit, tout comme Stranger Things – Suspicious Minds d’un antépisode à la fameuse série des frères Duffer. L’histoire se déroule donc avant la série et nous permet de suivre un moment dans la vie du personnage de Jim Hopper, le très attachant shérif.

Avec ce roman, nous changeons un peu de registre. Nous sommes en pleine enquête policière, alors que Jim Hopper et sa partenaire traquent un tueur en série. Nous sommes en 1977, à New York, en pleine canicule. Parallèlement, le roman nous amène aussi dans la cabane de Hopper à Hawkins, en 1984, alors que l’homme vit avec sa fille adoptive. Nous sommes alors quelque part en marge de la saison deux de la série. La jeune fille reproche à son père de ne pas connaître grand chose de lui et de son passé. S’il se refuse à parler du Vietnam, il lui accorde de lui raconter la fameuse enquête de l’été 1977. Le récit alterne entre la cabane et l’enquête.

Dans son récit à sa fille, Hopper dévoile l’été où il s’est retrouvé malgré lui, enrôlé dans une dangereuse enquête. Il se retrouve au cœur d’une vaste manipulation qui prend une ampleur inégalée. Drogues, manipulation mentale, perception extrasensorielle. On demeure dans l’esprit de la série. On quitte toutefois le domaine de la science-fiction pour se retrouver en pleine enquête policière.

Comme d’habitude, j’ai aimé retrouver ces références aux années 70 et 80. C’est l’un des gros points forts de Stranger Things d’ailleurs. On y retrouve aussi l’esprit de ces années pas si lointaine où la place des femmes n’étaient pas quelque chose qui allait de soi. La partenaire de Hopper dans ce roman participe à un programme expérimental permettant à des femmes d’intégrer des enquêtes criminelles. Autres temps, autres mœurs! Malgré tout, j’aime ces clins d’œil qui nous paraissent désuets aujourd’hui mais qui étaient alors la norme dans les années 70 et 80.

J’ai aimé retrouver Hopper, c’est indéniable. C’est l’un de mes personnages favoris de la série. Si au début de la série Stranger Things il semble nonchalant, il devient vite un personnage clé. J’attendais donc le livre qui y était consacré avec impatience.

Je dirais que dans l’ensemble, le roman est plutôt divertissant. L’histoire est quand même un peu longue à démarrer. Ce second livre est d’ailleurs beaucoup plus gros que le premier. J’ai relevé plusieurs longueurs par moments, des scènes qui traînent un peu et qui sont longues à aboutir. Je crois qu’on aurait pu retrancher une centaine de pages sans que ça n’affecte vraiment l’histoire. Ça reste quand même une bonne lecture, mais un peu trop longue sur certaines scènes.

Si le premier livre apportait un plus à la série en nous dévoilant certaines choses absentes de l’écran, ce second roman officiel n’apporte pas grand chose au personnage. C’est une lecture divertissante pour vivre un épisode dans la vie de Jim Hopper avant les événements qui se sont produits à Hawkins, mais l’histoire n’apporte rien de plus. J’aurais aimé, au contraire, que le livre soit un complément plus serré au personnage, plus lié à ce que Jim est dans la série.

Je regrette certaines choses dans cette édition. Tout d’abord, le titre: Darkness on the Edge of Town. Je me demande pour quelles raisons il n’a pas été traduit? C’était la même chose pour le premier livre. Ici, l’éditeur s’est contenté d’ajouter un sous-titre: Black-out sur la ville qui ne dort jamais. J’ai aussi retrouvé plusieurs coquilles dans le texte ou certaines fautes qui n’ont pas été corrigées. Il y a aussi plusieurs bavures à l’impression du texte, certaines lettres manquent. C’est dommage.

J’ai quand même eu du plaisir à lire ce roman Stranger Things, pour ce qu’il est: un petit plus aux fans de la série. D’un point de vue littéraire c’est une assez bonne enquête, mais rien qui révolutionne le genre. De plus, même si on retrouve Jim Hopper, sans doute l’un des personnages que j’apprécie le plus dans la série, il manque un petit quelque chose dans ce roman. Contrairement au premier livre officiel qui s’attardait sur la mère de Onze et nous apprenait certains faits en lien avec la série, ce second livre parle de la vie de Hopper avant Hawkins et avant Onze. Rien qui ne soit vraiment essentiel ou qui nous offre un contenu réellement inédit. On apprend plus de choses sur l’enquête que sur Hopper en particulier. J’attendais beaucoup plus de ce personnage et de son potentiel à révéler certains faits passés.

Une assez bonne lecture, plutôt divertissante, mais qui n’offre rien de révolutionnaire. Simplement idéal pour passer un bon moment, surtout si on est fan de la série. J’aurais aimé que l’auteur pousse beaucoup plus loin dans la vie de Jim Hopper. Il y aurait eu matière à développer plus d’intrigues autour d’un personnage aussi fort.

À noter aussi que l’on peut lire Stranger Things – Suspicious Minds et Stranger Things – Darkness on the Edge of Town dans l’ordre ou dans le désordre, ça n’a pas d’importance. C’est intéressant de les lire si l’on connaît la série, mais les romans ne se suivent pas.

Stranger Things est ma série préférée, pour tout ce qu’elle apporte comme grand plaisir de visionnement. Elle me rappelle beaucoup de souvenirs de mon enfance, à cause de ses très nombreux clins d’œil assumés à la culture populaire des années 80. Êtes-vous aussi fan de cette série?

Stranger Things – Darkness on the Edge of Town, Adam Christopher, éditions Lumen, 603 pages, 2019

Z comme Zacharie

Z comme ZacharieSur la terre ravagée par un cataclysme, Ann reste seule dans sa vallée miraculeusement épargnée. Avec quelques animaux, la petite ferme, elle redécouvre le travail danse la nature comme avant les machines. Mais il y avait un autre survivant… Est-ce la promesse d’une vie à deux où tout peut renaître ? Ou bien l’inconnu porte-t-il avec lui une menace plus redoutable que celle des radiations mortelles?

Robert Leslie Carroll Conly était journaliste pour National Geographic. Comme son contrat ne l’autorisait pas à publier pour un autre éditeur, il commença à écrire des livres sous le nom de Robert C. O’Brien. Principalement des livres jeunesse. À la base, Z comme Zacharie devait être un livre pour adulte, mais il a été publié sous l’étiquette « roman jeunesse ». Il est paru à titre posthume, un an après la mort de l’auteur. C’est sa femme et sa fille qui en ont terminé l’écriture d’après les notes qu’il avait laissé.

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Écrit au début des années 70, ce roman post-apocalyptique est plutôt intéressant, même s’il a un peu vieillit. Je m’y suis intéressée en tombant sur le film qui en a été adapté. Je ne l’ai pas encore vu car je souhaitais lire le roman en premier. Par contre, les premières images que j’en ai semblent assez différentes quant à la dynamique des personnages dans le film. Ils semblent être trois alors que dans le livre, il n’y a que deux personnages.

Dans le roman, écrit sous forme de journal, nous suivons Ann Burden, une jeune fille de seize ans. Le monde dans lequel elle vit est dévasté par la radioactivité. On ne sait pas grand chose de cette catastrophe, si ce n’est que ça se déroule après la guerre et que tout, ou presque, semble avoir subit des radiations. Ann se retrouve seule sur la ferme familiale, dans une vallée toujours verte et sensiblement encore viable et en bonne santé. Elle tente de survivre et son quotidien se partage entre les animaux de la ferme, les cultures, le magasin et le temple. Le reste est mort et il n’y a personne d’autre. Jusqu’à ce jour où elle aperçoit quelqu’un qui semble avancer tranquillement dans la vallée.

C’est à l’arrivée de cet homme que tout change pour Ann. Ce qu’elle attendait de la présence d’un autre être humain, ce qui avait nourri ses rêves d’adolescente de ne pas terminer sa vie seule au monde, semble se concrétiser. Cependant, elle se retrouve vite à devoir s’occuper de l’homme surgit de nulle part et leur relation prend une tournure inattendue, voire inquiétante…

« Je vis dans la peur constante d’être repérée et pourchassée. »

L’idée derrière le roman est vraiment intéressante et l’auteur réussit à nous faire vivre plusieurs émotions aux côtés d’Ann. On voit rapidement que ce roman a été écrit à une autre époque et que les rêves qui animent Ann – fonder une famille, devenir enseignante, s’occuper d’enfants, se marier ainsi que l’aspect religieux – a un petit côté suranné, tant dans les dialogues que dans l’apparente docilité de la jeune fille. Ça peut sembler agaçant au début, mais en replaçant le roman dans son contexte, Ann se révèle assez forte et décidée. Elle sait ce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas accepter. C’est aussi pour son petit côté un peu vieillot que le roman se lit aujourd’hui avec plaisir.

L’histoire est racontée par Ann, sous forme de journal personnel. Les entrées sont datées, mais sans année. Le roman laisse donc penser que l’auteur souhaitait conserver un flou quant au moment exact des événements. Ils pourraient se passer à n’importe quelle époque. Dans son journal, Ann parle de l’inconnu, John, un chercheur spécialiste de la contamination radioactive. Elle parle de son arrivée et de la grande solitude qu’elle ressentait à l’idée de se croire seule au monde. Elle parle des solutions qu’elle tente de mettre en place pour survivre et améliorer son quotidien sans épuiser les ressources qu’elle a sous la main.

« Même après tout ce temps, j’ai encore du mal à admettre que je ne serai rien du tout, que je n’aurai jamais aucun métier, que je n’irai nulle part et ne ferai rien, sinon ce que je fais ici. »

Z comme Zacharie est un roman que j’ai trouvé intéressant à lire, surtout parce que l’auteur réussit à garder un certain suspense quant à ce qui va se passer entre Ann et le nouveau venu. Sa vie sur la ferme va changer du tout au tout et pourtant, elle demeure forte et n’est pas amère. Elle croit qu’il y a quelque chose de beau au-delà des difficultés qu’ils peuvent traverser, même quand la vie semble anéantie partout autour d’elle. C’est un personnage plein de gentillesse, qui pense bien souvent aux autres avant elle-même.

J’ai hâte de voir l’adaptation du film car je crois qu’avec la vision d’aujourd’hui, il y a sûrement une idée intéressante à en tirer. De mon côté, ce livre m’a beaucoup plu. Il semble introuvable aujourd’hui et n’a jamais vraiment été réédité. C’est pourtant une histoire plutôt captivante, qui aborde l’écologie, la survie, la vie quotidienne sur la ferme quand les ressources sont très limitées. C’est également un beau portrait de jeune femme, surtout pour son époque, qui met en lumière de belles qualités: la gentillesse, le don de soi et la débrouillardise.

Une belle lecture.

Z comme Zacharie, Robert C. O’Brien, éditions Le livre de poche, 317 pages, 1986

Stranger Things – Suspicious Minds

Stranger Things Suspicious Minds1969. Étudiante sur le petit campus d’une université de l’Indiana, Terry est bien loin des soubresauts qui secouent le pays, profondément divisé par la guerre du Vietnam. Mais quand elle apprend qu’on recherche de jeunes cobayes pour une étude gouvernementale menée dans la petite ville de Hawkins, elle se retrouve embarquée dans un projet inquiétant – nom de code MKUltra. Camionnettes aux couleurs sombres, laboratoire caché au fond des bois, substances hallucinogènes administrées par des chercheurs muets comme des tombes… Terry, jeune et idéaliste, est bien décidée à lever le voile sur les manigances de l’inquiétant Dr Brenner.
Car derrière les murs du Laboratoire National de Hawkins, l’ampleur de la conspiration dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Pour relever le défi, il lui faudra l’aide des autres cobayes, devenus ses compagnons d’armes… à commencer par une fillette aux pouvoirs sidérants dont le nom est un simple chiffre, Huit. Terry et le Dr Brenner vont dès lors se livrer une guerre d’un genre nouveau, dont le champ de bataille n’est autre que le cerveau humain…

Je suis une très grande fan de la série Stranger Things dont j’ai vu les deux premières saisons plusieurs fois. J’attends avec impatience la sortie de la troisième saison, cet été. Quand j’ai su que des romans, antépisodes à la série, étaient prévus, j’avais vraiment hâte de les lire.

Stranger Things: Suspicious Minds se déroule avant la série produite par Netflix et se concentre sur la mère de Onze. On apprend donc dans ce roman qui était Theresa (Terry) Ives et comment était sa vie avant l’arrivée du Dr Brenner. Terry était une jeune étudiante qui travaillait dur pour payer son loyer et arriver à remplir le frigo. Son petit ami Andrew était adorable et elle avait survécu à certains drames familiaux. Terry est très attachante, tout autant qu’Andrew. Ils forment un beau couple, se passionnent pour Le Seigneur des Anneaux qu’Andrew fait découvrir à Terry. Ensemble, la vie est simple. Ils partagent certaines convictions et sont à leur façon un peu contestataires. C’est un couple amoureux, qui se fréquente hors des liens sacrés du mariage. Il faut dire que le roman débute en 1969. On est donc dans une toute autre mentalité qu’aujourd’hui. C’est ce qui est intéressant dans ce roman.

La série m’émerveille parce que j’y retrouve des choses de mon enfance dans les années 80, l’époque de Onze. Avec Terry nous sommes plutôt fin des années 60 et début des années 70. Avec ses amis, elle regarde les premiers pas de l’homme sur la Lune. C’est l’époque de la Guerre du Viêt Nam, du Festival de Woodstock, la fin de la Ségrégation qui a laissé des marques. Les hommes et les femmes n’ont pas le même statut, les scientifiques féminines sont difficilement acceptées dans cet univers masculin, idem pour celles qui souhaitent faire un métier non typiquement féminin. Le cercle dans lequel Terry évolue est très ouvert. L’homosexualité y est acceptée, les grossesses hors mariage aussi, la désobéissance civile est admirée, même si les conséquences sont parfois désastreuses. Andrew et Terry sont de beaux personnages plutôt en marge de la société. On voit que certaines personnes évoluent clairement plus vite que la société dans laquelle ils vivent.

« … quoi qu’inventent les hommes, ils concevaient toujours un moyen de faire le mal avec. »

C’est la rencontre avec l’odieux Dr Martin Brenner (que je déteste tout autant dans la série) qui va changer le monde de Terry et d’Andrews. Terry qui, contrairement à ses amis doit travailler dur, décide de prendre la place de sa colocataire qui fait des tests avec des drogues au laboratoire de Brenner et qui déteste ça. Le salaire est énorme. Terry soupçonne que Brenner fait de grandes choses et elle veut participer à ces avancées scientifiques. C’est une idéaliste. Mais voilà, Terry n’a aucune idée dans quoi elle vient de mettre les pieds…

« Son père lui avait appris à toujours ouvrir l’œil et elle ne voulait pas passer à côté de l’opportunité de jouer un rôle important dans la société. »

Le roman est terrifiant parce que les découvertes que font Terry et ses amis du laboratoire, cobayes comme elle, vont en augmentant. Nous rencontrons Huit. Nous voyons sur quoi travaille Brenner et jusqu’à quel point il peut aller loin pour arriver à ses fins. Le piège se referme doucement sur Terry, Andrew, Gloria, Alice et Ken.

« Pensez aux atouts, rien qu’en matière de renseignements, dont nous disposerions si nous étions capables d’inciter nos ennemis à avouer ce qu’ils cachent, si nous pouvions les rendre influençables, ou exercer sur eux un contrôle absolu… »

J’ai beaucoup aimé cette lecture. En attendant la saison 3 de la série, elle m’a permit de retrouver l’atmosphère de Stranger Things, d’y comprendre certaines choses sur le passé de Onze et sa naissance. On apprend aussi d’où vient son vrai prénom. Terry dans le livre nous apparaît comme un personnage attachant, touchant, pleine de vie et animée de grands espoirs pour l’avenir. On est loin du personnage brisé qui apparaît dans la série. Le livre cependant, nous permet de comprendre pourquoi elle en est arrivé là.

Une lecture qui m’a vraiment plu, que j’ai dévoré et qui m’a choquée autant que tout ce qui entoure le laboratoire du Dr Brenner dans la série. Malgré tout, c’est une lecture réjouissante pour les fans de la série puisqu’elle permet d’agrandir un peu l’univers qu’on nous montre à l’écran et d’en savoir un peu plus. J’appelle ce genre d’ouvrage des « curiosités pour les fans ».

Vivement le prochain livre, Stranger Things – Darkness on the edge of town qui devrait sortir à l’été en français et qui cette fois, se penchera sur le passé du shérif de la petite ville d’Hawkins, Jim Hooper. C’est l’un de mes personnages favoris. Il s’avère d’ailleurs beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît. Bien hâte de le découvrir dans ce second livre!

Stranger Things – Suspicious Minds, Gwenda Bond, éditions Lumen, 438 pages, 2019

Simetierre

simetierreLouis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Crandall, les emmène visiter le pittoresque « simetierre » où des générations d’enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce « simetierre », tout au fond de la forêt, se trouvent les terres sacrées des Indiens, lieu interdit qui séduit pourtant par ses monstrueuses promesses. Un drame atroce va bientôt déchirer l’existence des Creed, et l’on se trouve happé dans un suspense cauchemardesque…

La sortie du film Cimetière vivant, dont Simetierre est l’adaptation au cinéma, m’a donné envie de découvrir ce roman de Stephen King. Je lis King depuis deux ans environ et j’adore ses livres. Il y a quelque chose de très prenant, de fantastique dans sa façon de décrire les personnages, qui les rend consistants et qu’ils « existent ». Dans sa façon de nous les présenter, nous nous attachons à eux, même quand ils font des choix discutables.

« C’est le 24 mars 1984 que Louis Creed connut sa dernière journée de véritable bonheur. « 

King aborde toujours une panoplie de thèmes profonds, bien plus qu’il n’y paraît et Simetierre n’y a pas fait exception. En filigrane du roman se posent de grandes questions sur la vie et la mort. Louis Creed vivra des moments de grande souffrance et il tente de faire ce que tout père de famille tenterait de faire: rechercher la vie qui existait avant le drame.

« Peut-être que j’ai fait ça parce qu’il vaut parfois mieux faire comprendre aux enfants qu’il y a des états pires que la mort. »

Simetierre est un livre très effrayant. Pas forcément parce qu’il fait peur au premier degré. De ce côté, Ça était pour moi encore plus terrifiant. Dans Simetierre, King aborde le thème de la mort et du deuil. Ce sont des questions qui reviennent très souvent dans le roman et c’est aussi sur ces questions que démarre la trame du livre. D’abord avec Ellie, la fillette qui a une sorte de sensibilité aux choses et qui anticipe la mort de son chat. Elle pose aussi beaucoup de questions sur ce qui arrive après la mort et est confrontée à certains départs dans son entourage qui la rendent plus éveillée à ce sujet. Elle pose beaucoup de questions à son père médecin. Il y a également l’expérience terrifiante vécue par Rachel, la femme de Louis, qui est très marquante. Plusieurs personnages meurent ou sont déjà morts quand l’histoire commence. Sans parler du premier jour de travail de Louis, qui vire au cauchemar…

« Et de toutes les questions que l’on peut se poser à ce sujet, la plus terrifiante est sans doute celle de savoir la quantité d’horreur qu’un esprit humain peut endurer en demeurant intégralement lucide. »

La mort et le deuil sont des thèmes qui sont au cœur de la vie humaine. C’est d’ailleurs l’un des plus grands mystères de la vie. C’est l’inconnu. On sait qu’on y passera tous. C’est sans doute pourquoi ce roman est si terrifiant: il baigne dans une forme d’horreur psychologique qui donne la chair de poule. Parce que King joue avec cette peur qu’ont tous les humains à différents degrés. Devoir affronter la mort, ne pas l’accepter, essayer de faire son deuil… Une histoire vieille comme le monde qui prend des proportions terrifiantes lorsque King s’en mêle et nous offre un roman d’horreur intelligent et percutant. Il y est beaucoup question de limites à ne pas franchir. On peut y voir un parallèle entre les croyances et le côté sacré des rituels funéraires, ainsi qu’une forme de questionnement sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

« Ces choses-là sont secrètes, Louis… Un cœur d’homme a un sol plus rocailleux… aussi rocailleux que celui du cimetière des Micmacs. On y fait pousser ce qu’on peut… et on le soigne. »

Comme souvent chez cet auteur, il y a un côté surnaturel ou fantastique à certaines explications. Ici, il s’inspire de croyances amérindiennes et du Wendigo par exemple, pour faire intervenir encore plus de matière à nous donner le frisson. D’ailleurs, si le sujet de cette créature vous intéresse, je vous conseille un roman jeunesse, La colline, assez intéressant qui met justement en scène cette créature.

« Cet endroit… aussitôt que vous y avez mis le pied, il prend possession de vous… et vous vous inventez les intentions les plus louables du monde afin d’avoir un prétexte pour y retourner… »

Plus je découvre King, plus je réalise qu’il y a beaucoup de messages derrière ses histoires. Il ne fait pas de l’horreur pour de l’horreur. Il a toujours abordé des thèmes « difficiles » même quand ce n’était pas vraiment l’époque de remettre certaines choses en question. C’est ce que j’aime chez lui.

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Cette lecture a été très prenante, très intrigante. J’ai vraiment aimé ce roman. J’avais donc très envie de voir la toute dernière adaptation au cinéma. Il faut savoir que ce n’est pas une adaptation à proprement parler, mais plutôt un film qui s’inspire du roman.

J’y suis allée aujourd’hui. J’ai bien aimé le film. Il y a des changements majeurs entre le livre et le film, mais j’ai trouvé que dans l’ensemble, le scénario respectait l’idée générale du livre. La fin est différente, sauf qu’on revient en quelque sorte à la même chose que l’idée originale de King. Les deux œuvres traitent de la mort et du deuil d’un enfant. Je regrette seulement que le film ne laisse pas plus de temps à la relation entre Louis et son voisin, afin qu’on ait l’impression qu’ils sont de véritables amis. Je trouve dommage qu’on ne sente pas du tout ce lien spécial dans le film. Dans l’ensemble cependant, c’est un bon film, divertissant. Par contre, lisez le livre! Il en vaut vraiment la peine.

En attendant, je vous conseille ce roman, totalement addictif et très particulier. La petite note au début du livre prend tout son sens quand on tourne la dernière page…

« La mort est un mystère, et la sépulture un secret. »

De là, il n’y a qu’un pas pour en faire un roman où l’horreur est palpable et Stephen King réussit avec brio!

Simetierre, Stephen King, éditions Le livre de poche, 636 pages, 2003