Le fil des kilomètres

Un mécanicien décide de tout abandonner pour aller visiter son père malade, à l’autre bout du continent. Mais la route est longue à bord de la vieille bagnole et une étrange panne d’électricité, qui le poursuit, complique le trajet. Dans ce labyrinthe en ligne droite, le danger guette, l’essence se fait rare, la soif tenaille et les souvenirs montent des embuscades. En chemin, l’homme embarque une femme mystérieuse et un type excessivement volubile, qui provoqueront des détours inattendus. « La petite voiture rouge est bien chargée et vibre à toute allure sous le regard noir du soleil. » Pour toucher à son but.

J’ai lu Le fil des kilomètres pour la première fois en 2013. J’avais très envie de m’y replonger et d’en profiter pour (re)lire les autres romans de l’auteur. J’ai donc enchaîné par la suite avec Le poids de la neige puis avec Les ombres filantes, dont les chroniques seront publiées sur ce blogue un peu plus tard. C’était d’ailleurs mon petit projet de janvier: me plonger totalement dans l’univers de Christian Guay-Poliquin.

L’histoire commence quelque part dans l’Ouest. Une panne d’électricité généralisée paralyse tout. Nous sommes dépendant de l’électricité et la panne empêche un mécanicien de travailler. Il reçoit alors un appel de son père complètement paniqué. Ils ne se sont pas revus depuis dix ans. Comme le travail ne semble pas être sur le point de reprendre et que rien ne retient le narrateur, il décide de prendre la route pour aller le retrouver. Trois jours et trois nuits de route les séparent. Le roman défile les kilomètres, au fil des chapitres, jusqu’à la destination finale.

« J’ai beau abandonner bien des choses, mon passé me talonne. avec une espèce de tête affreuse, des cornes et une gueule béante. »

Le narrateur en profite pour nous raconter sa vie. Le départ de son village, son amour perdu, ses rencontres sur la route. La panne a attisé les tensions. Certains villages sont bien organisés. D’autres couvent la violence. On sent sa fatigue alors que la route s’étire sans fin. L’ambiance est un peu post-apocalyptique. L’électricité ne revient pas. Les magasins sont pillés. L’essence se fait rare et tout coûte une fortune. Les plus téméraires prennent le contrôle des routes et des villages, ils vendent les produits au prix fort. Le décompte du fil des kilomètres se fait dans une atmosphère de plus en plus inquiétante, jusqu’à la fin, percutante.

J’adore ce roman qui ne nomme ni les personnages, ni les lieux. On sent une sorte d’intemporalité dans ce qui se produit. L’auteur a une belle plume, presque poétique. Ce que j’aime avec ce livre, c’est son atmosphère inquiétante qui se referme de plus en plus sur nous et sur le narrateur, au fil de la route. Plus la destination se rapproche, plus on sent qu’une fêlure apparaît. Le monde, comme il était avant la panne, commence à s’étioler. 

« Je croise aussi plusieurs vieille granges pliées par le temps, noircies par le soleil et abandonnées par les hommes. Des structures sorties d’une autre époque, cousues de courants d’air et de clous rouillés. »

Le texte m’avait vraiment plu à l’époque et mon avis n’a pas changé. C’est vraiment bon et on tourne les pages rapidement, tout en voulant ralentir pour savourer les mots. C’est avec ce livre que j’ai découvert Christian Guay-Poliquin en sachant déjà que je lirais assurément tout ce qu’il écrirait. 

Un excellent roman, à découvrir si vous ne le connaissez pas déjà!

Le fil des kilomètres, Christian Guay-Poliquin, éditions La Peuplade, 230 pages, 2013

4 réflexions sur “Le fil des kilomètres

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman aussi ! J’ai l’impression qu’en Europe, tout le monde a commencé à découvrir l’auteur avec Le poids de la neige et l’a plus porté aux nues que Le fil des kilomètres. Je les ai lus dans l’ordre et je garde en mémoire « l’attraction » de ce premier roman. Les ombres filantes m’attendent, je ne leur ai pas encore fait place 😉

    Aimé par 1 personne

    • Oui, c’est drôle, on dirait que le premier livre a été totalement occulté en Europe. Plein de lecteurs ne savent même pas qu’il y avait autre chose avant Le Poids de la neige. Tout comme toi, je trouve que Le fil des kilomètres a quelque chose de particulier, une sorte d’attraction comme tu dis. Bref, je trouve ça bien de les lire dans l’ordre. Ils offrent une continuité vraiment intéressante.

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