Le pays d’octobre

«Le pays d’octobre…
… ce pays où tout se transforme toujours en fin d’année. Ce pays où les collines sont brouillards et où les rivières sont brumes ; où les midis disparaissent rapidement, où les crépuscules et la pénombre s’attardent, où les minuits demeurent. Ce pays, essentiellement constitué de caves, de cryptes sous les caves, de coffres à charbon, de cabinets, de mansardes, de placards et de garde-manger orientés à l’opposé du soleil. Ce pays dont les habitants sont gens d’automne, aux pensées uniquement automnales, aux pas qui évoquent le bruit de la pluie quand ils arpentent les rues vides la nuit…»

J’attendais avec impatience la sortie de ce recueil de nouvelles chez Folio. La couverture est d’autant plus magnifique que les écrits de Bradbury sont toujours fascinants, souvent poétiques, propices à créer une atmosphère particulière. C’est ce que j’aime chez cet écrivain. Il ne suffit que de quelques lignes pour être plongé dans un monde particulier et intrigant.

Le recueil débute par une belle introduction de Ray Bradbury, qui aborde son travail d’écriture. Il parle de son inspiration et de la façon dont il a apprit à écrire de la science-fiction. C’est très intéressant et j’aime quand les auteurs prennent un peu de temps pour raconter à leurs lecteurs leur processus d’écriture.

Le pays d’octobre est véritablement un recueil d’atmosphère. C’est un livre qui porte merveilleusement bien son titre. On imagine toutes ces histoires issues d’un pays où ce serait toujours l’automne, avec son petit côté inquiétant relié à l’Halloween ou aux morts. La mort est d’ailleurs un thème central du roman. Il y en est beaucoup question, que ce soit parce qu’elle est célébrée, mal vécue, qu’elle inquiète ou qu’elle soit célébrée comme à la fête des morts.

Outre l’introduction de l’auteur, le recueil contient dix-neuf nouvelles, dont voici un petit aperçu:

Le nain
Dans une fête foraine, un nain vient tous les jours s’observer dans les miroirs du Palais des glaces sous l’œil critique des employés.

Au suivant!
Cette histoire se déroule au Mexique, peu de temps après le jour des mots. Un couple s’immerge dans l’atmosphère particulière de cette période et visite des catacombes. Leur séjour exacerbe leurs désaccords.

Le jeton de poker vigilant d’Henri Matisse
Garvey est un homme extrêmement solitaire et ennuyant. Alors qu’il rêve d’être entouré d’amis et d’une vie mondaine, c’est par le plus grand des hasard qu’il attirera les foules chez lui. Il est ensuite prêt à tout pour être à la fine pointe de ce qui est tendance pour continuer à susciter de l’intérêt.

Squelette
M. Harris, un hypocondriaque, se plaint d’avoir mal aux os. Un médecin lui fait prendre conscience de son squelette, de ce qu’il est d’un point de vue anatomique. Ce qui devient alors une véritable obsession pour l’homme.

Le bocal
Charlie, fasciné par une chose étrange, pâle et flottant dans un sérum au milieu d’un bocal, décide de l’acheter pour l’exposer chez lui et attirer ses voisins. Il souhaite qu’on cesse de se moquer de lui et veut être au centre de l’attention de son entourage. Peu importe le prix…

Le lac
Harold a douze ans. Une visite au bord de l’eau avec sa mère lui rappelle la noyade d’une amie, Tally, qu’on n’a jamais retrouvée. Retournant sur les lieux de son enfance avec sa fiancée, des années plus tard, Harold réalise à quel point il avait aimé Tally, à quel point cette disparition a pu le marquer.

L’émissaire
Malade, souvent au lit, Martin a pour compagnon Chien, qui lui ramène des nouvelles de l’extérieur lors de ses vagabondages. C’est un peu grâce à Chien que Martin peut respirer les effluves de l’automne, des feuilles mortes et prendre conscience de la nature, dehors. Le décès de Mlle Haight, sa maîtresse d’école qui lui rend régulièrement visite, et la disparition de Chien vont profondément le marquer. Poétique et beau.

Canicule
Deux hommes, qui observent une femme depuis quelques jours, décident qu’elle a besoin de leur aide. Ils ne la connaissent pas, mais son caractère désagréable les pousse à s’immiscer dans sa vie afin de lui venir en aide… contre son gré.

Le petit assassin
Une femme a l’impression que son bébé nouveau-né lui veut du mal. Elle a peur de lui et tente de mettre en garde son conjoint. 

La foule
M. Spallner a un accident de voiture. Une foule compacte arrive rapidement, trop rapidement, sur les lieux. Il décide d’enquêter pour comprendre d’où arrivent tous ces gens.

Le diablotin à ressort
Le monde étrange où Edwin vit se limite au monde inventé par son père, pour le protéger de l’extérieur. J’ai particulièrement aimé la description de cet univers vraiment particulier.

La faux
Drew se retrouve à errer sur les routes avec sa femme et ses enfants, pauvre et sans travail, ayant perdu sa ferme à cause des sécheresses. Se retrouvant devant une étrange maison où il décide d’aller demander de l’aide, il réalise que c’est la mort qui hante les lieux…

Oncle Einar
Oncle Einar, que l’on retrouve d’ailleurs un peu plus loin dans la nouvelle La grande réunion, raconte le dilemme d’un homme ailé, grincheux de ne plus pouvoir voler.

Le vent
Paniqué, Allin appelle tous les soirs son bon ami Herb pour se plaindre du vent. Herb va régulièrement dormir chez lui pour l’aider à surmonter ses angoisses. Un soir qu’Herb a de la visite à la maison, il néglige un peu les appels incessants de son ami. 

Le locataire
Un locataire étrange, qui dort le jour et travaille la nuit, arrive dans la pension tenue par les grands-parents de Douglas, onze ans, qui vit avec eux. Le locataire suscite la curiosité du jeune garçon.

Il était une vieille femme
Tante Tildy a toujours eu une philosophie particulière concernant la mort: elle n’existe pas et il faut la combattre. Jusqu’à ce qu’un beau jour, quatre hommes dotés d’un grand panier se présentent chez elle…

Le collecteur
Deux sœurs discutent en faisant de la couture. Juliette est plus terre-à-terre alors qu’Anna a beaucoup d’imagination. En regardant la pluie dehors et le collecteur se remplir d’eau, elle commence à raconter une histoire à sa sœur…

La grande réunion
Timothy est le mouton noir de la famille. Le garçon est très différent des autres. Il dort dans un vrai lit, a peur du noir et n’aime pas le sang. Une grande et rare réunion familiale ne fait qu’exacerber ses différences avec les autres membres de la famille. 

La mort merveilleuse de Dudley Stone
Dudley Stone était un écrivain couronné de prix qui s’est retiré en pleine gloire. Il entreprend de nous raconter son assassinat…

Voilà pour une petite présentation des différentes histoires. J’ai beaucoup aimé ce recueil. C’était la période idéale pour le lire, à l’automne, afin de se plonger dans une atmosphère à la fois intrigante et inquiétante. Chaque nouvelle a une chute étonnante. Même si le livre ne parle pas vraiment de l’Halloween, que certaines histoires se déroulent même en été, c’est tout de même un recueil dont la lecture peut s’accorder facilement à cette fête ou au mois de novembre. Il y est question de la fête des morts, de la Toussaint, d’étranges réunions familiales… L’auteur utilise aussi régulièrement des éléments reliées aux foires et aux fêtes foraines. Étrangetés, mort, bizarreries, événements mystérieux ou inquiétants sont au rendez-vous.

Même si toutes les nouvelles étaient très bien, j’ai quand même un faible pour certaines d’entre elles. Mes préférées sont L’émissaire, Le bocal, Le lac, La faux, Le vent, La foule, La grande réunion et La mort merveilleuse de Dudley Stone. Toutefois, j’ai trouvé que de façon générale, la qualité des nouvelles est sensiblement égale d’une histoire à l’autre. Et ce, même si les histoires sont tout de même toutes très différentes!

Une excellente lecture que je ne peux que vous conseiller si vous appréciez les nouvelles et les histoires où l’atmosphère inquiétante tient une grande place!

Le pays d’octobre, Ray Bradbury, éditions Folio, 432 pages, 2020

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4 réflexions sur “Le pays d’octobre

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