L’Hiver de la Sorcière

Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent? Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

L’hiver de la sorcière est le dernier tome de la « Trilogie d’une nuit d’hiver » de Katherine Arden. Et quelle lecture! J’ai adoré cette finale. Le roman est bon, prenant et difficile à lâcher. On veut savoir ce qu’il adviendra de Vassia, dans cette Russie à feu et à sang où les sorcières sont envoyées au bûcher et où les créatures magiques côtoient la religion des hommes. Vassia, que l’on a vu évoluer dans les deux autres tomes, doit échapper à la fureur de Moscou, incendiée. Sa position n’est pas très enviable, mais le rôle qu’elle jouera sera exceptionnel. Dans tous les tomes, on tente de lui mettre la bride au cou, de la calmer, de la marier afin qu’elle prenne sa place et cesse de se comporter en garçon, ou alors de la confiner dans un couvent. C’est bien mal connaître Vassia, têtue et rebelle, ce qui en fait un personnage auquel on s’attache encore plus. 

« Rien qu’hier, elle vous a sauvé la vie, a tué un magicien dévoyé, et a embrasé la ville avant de la sauver; tout cela en une seule nuit. Croyez-vous qu’elle consentira à disparaître contre une dot, ou à n’importe quel prix? Connaissez-vous ma sœur? »

La « Trilogie d’une nuit d’hiver » se déroule dans la Russie médiévale, à une époque où la double foi – celle en la religion et celle dans des êtres fantastiques – crée des guerres et des affrontements sans fin. L’auteure poursuit ici l’histoire de Vassia, une héroïne forte et courageuse, accusée d’être une sorcière, qui tente de faire le pont entre son monde et celui des créatures magiques. Ce troisième volet est aussi l’occasion pour elle d’en apprendre plus sur sa famille, de découvrir la Minuit, une sorte de monde parallèle où elle côtoie des créatures magiques. La mission qu’elle se donne est alors de rapprocher les deux mondes afin qu’une certaine paix soit instaurée entre les humains et les êtres fantastiques. Pendant ce temps, la guerre avec les Tatars se prépare…

« Mon domaine n’est pas fait de jours ou de saisons, mais de minuits. On peut y traverser le monde en un instant, tant qu’il est minuit là où l’on va. Ou, plus probablement, mourir ou perdre la raison en essayant. »

Ce roman fantastique puise ses racines dans l’histoire, la vraie. Certains personnages du roman ont réellement existés (ici, ils sont romancés pour les besoins de l’histoire) et certains faits historiques racontés ont aussi eu lieu, comme la Bataille de Koulikovo. C’est une bataille à la base de l’unification de la nation russe. C’est un peu la même chose que l’on retrouve dans ce roman, mais avec notre monde et celui des créatures magiques. J’aime également tout le travail de recherche qu’a fait l’auteure avec ce livre, qui est une véritable plongée dans le monde médiéval russe. Des noms, aux lieux, en passant par les mythes, les légendes et des personnages historiques, Katherine Arden a fait beaucoup de travail afin d’offrir un roman qui soit crédible, complet et détaillé.  L’auteure a mit plusieurs années à écrire sa trilogie. J’ai particulièrement aimé l’écriture et le monde dans lequel elle nous amène.

C’est d’ailleurs dans les légendes russes qu’elle puise pour nous offrir cette plongée médiévale fascinante. Ce troisième tome termine à la perfection cette trilogie, en nous offrant vraiment des moments touchants, effrayants et fantastiques. On retrouve Vassia, cette héroïne qui n’a pas froid aux yeux; Morozko le roi de l’hiver; son frère jumeau l’Ours; et le maléfique père Konstantin. On y retrouve des chevaux de légende qu’on imagine sans mal comme des créatures puissantes nimbées de mystère; des oupyrs (sortes de vampires slaves); ainsi qu’une foule de tchiorti (les « diables » du folklore russe) qui sont toujours présents un peu partout dans le roman et prêts à aider (ou mettre des bâtons dans les roues). Cette mythologie est sans doute la plus grande force de ce roman justement parce que Vassia peut les voir, entretenir des relations avec eux et faire le pont entre notre monde et le leur.

« Mon frère pense que les hommes et les tchiorti peuvent partager le même monde. Ces mêmes hommes qui se propagent comme une maladie, qui font sonner les cloches de leurs églises et nous oublient. Mon frère est idiot. Si les hommes sont laissés sans contrôle, alors un jour il n’y aura plus de tchiorti, plus de route de la Minuit, plus une seule merveille dans le monde. »

L’atmosphère de cette série est vraiment unique. On baigne dans l’hiver et le froid. Dans ce tome-ci, on aborde également les autres saisons, en se promenant de la Minuit à la Midi et en évoluant en dehors du temps. Les histoires et les personnages fantastiques sont fascinants. La relation entre Vassia et Morozko est beaucoup plus étoffée dans ce troisième tome où la jeune fille doit définitivement faire des choix déchirants. 

Cette trilogie, très visuelle, ferait d’ailleurs une série de films absolument incroyables! On peut se permettre de rêver, qui sait. Cette trilogie est définitivement l’une de mes très belles découvertes des dernières années. Plus les tomes avancent, plus ils me semblent encore mieux que les précédents. Une série que je ne peux que vous conseiller, si vous aimez les contes et les grandes histoires russes pleines de mystère et de légendes.

À lire!

Mon avis sur les deux autres tomes:

L’Hiver de la Sorcière, Katherine Arden, éditions Denoël, 464 pages, 2020

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