La fille dans la Tour

fille dans la tourLa cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d’invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes. Le prince Dimitri Ivanovitch n’a donc d’autre choix que de partir à leur recherche s’il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d’un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha. Et il ne peut révéler ce qu’il sait : le cavalier n’est autre que sa plus jeune sœur, qu’il a quittée il y a des années alors qu’elle n’était encore qu’une fillette, Vassia.  

La fille dans la tour est le deuxième tome de la «Trilogie d’une nuit d’hiver» commencée avec L’Ours et le Rossignol. Pour le moment le troisième tome n’est pas encore traduit, mais j’espère qu’il le sera cette année. J’ai vraiment hâte de pouvoir poursuivre cette histoire très intéressante, originale, à la fois rude et fantaisiste.

Cette trilogie puise son inspiration dans la Russie médiévale ainsi que dans les contes et légendes russes. C’est ce que j’aime par-dessus tout dans ces romans, le côté médiéval qui se mêle aux contes. On retrouve alors une quantité de personnages issus de l’imaginaire de ce pays: le Bannik, sorte d’esprit des bains; la Baba Yaga, une vieille sorcière présente dans beaucoup de contes; le Domovoï qui est l’esprit protecteur du foyer; le Dvorovoï esprit de la cour et même Morozko, le Démon du gel, dont Vassia est plus proche qu’elle ne le devrait… Ce personnage est une présence importante dans les romans, encore plus dans celui-ci. Le lien qui l’unit à Vassia est unique. Démon du gel et de la mort, il protège la jeune fille et ne peut s’empêcher d’intervenir alors qu’il ne devrait pas. Il est intéressant de faire la comparaison entre ce que Katherine Arden a fait de ce personnage et le conte original dont on peut trouver certaines versions sur internet. Dans La fille dans la Tour, Vassia est d’ailleurs très sensible à la présence de ces êtres particuliers et sans être la seule à les voir, elles ne sont pas très nombreuses à pouvoir entrer en contact avec eux.

« Une sorcière. Le mot lui était apparu de lui-même à l’esprit. C’est ainsi que nous appelons ce genre de femmes, parce que nous n’avons pas d’autre nom. »

L’ambiance qu’on retrouve dans cette trilogie me plaît énormément. Il y a le côté médiéval, où les femmes doivent se plier à des protocoles qui ne leur conviennent pas, la société attend certaines choses de ses filles. Les femmes de la noblesse passent leur vie dans des Tours et se visitent l’une et l’autre pour tuer le temps. La société dans laquelle vit Vassia ne donne que peu de choix à ses filles: se marier, devenir nonne ou, selon Vassia, mourir.

Un personnage comme celui de Vassia est réjouissant. C’est une battante, qui n’hésite pas à défoncer les barrières et à faire ce qu’elle croit juste et meilleur pour elle-même. Elle n’est pas parfaite, mais elle est fougueuse, passionnée, convaincue. Ce qui est bon pour ses frères l’est tout autant pour elle. C’est une héroïne qui ne s’en laisse pas imposer et qui transcende le roman par sa forte présence. C’est encore plus vrai dans La fille dans la Tour. Dans ce second tome, elle profite d’une confusion sur son identité pour exploiter ce côté-là et joindre des rangs qui lui seraient forcément inaccessible en tant que femme. Elle est brave et courageuse. Vassia est totalement le genre d’héroïne dont on a grand plaisir à découvrir les aventures, même si ce n’est pas toujours facile. Son secret pourrait être très dangereux pour elle s’il venait qu’à être découvert.

« Une enfance passée à courir la campagne dans un pays où l’hiver dure sept mois avait appris à Vassia à survivre en forêt. Mais son cœur s’était tout de même serré soudainement à l’idée de cette nuit glaciale en solitaire, ainsi que la suivante et celle d’après. »

L’époque médiévale du roman est dure et c’est une période où des brigands attaquent les villages et les villageois pour voler les jeunes fille et tuer ceux qui tentent de s’interposer. Les villages sont mis à feu et à sang. Le Prince doit intervenir. Vassia, cachée sous des vêtements d’homme, se battra à ses côtés alors qu’ils font face à une menace terrifiante et incompréhensible. Sa position l’amène à se questionner sur son identité dans un monde qui laisse assez peu de libertés aux femmes. Qui est-elle?

Parallèlement, à cette Russie médiévale violente et dure, le quotidien est parfois adoucit par la relation que porte Vassia aux être de l’ombre, à ceux qui habitent là où la plupart des hommes ne peuvent les voir. La présence de son magnifique cheval, Soloveï, aide Vassia à passer les épreuves qui se présentent à elle. Il l’aide à cacher sa véritable identité puisqu’elle peut communiquer avec lui. Il lui sauve même parfois la vie. Soloveï a une place primordiale dans le roman. Il est d’ailleurs presque impossible de ne pas comparer Vassia à son cheval. Elle a tout de la fougue de cette bête. Quoique Soloveï étant même bien souvent beaucoup plus raisonnable que sa cavalière!

« Dans une forêt, en pleine nuit, une jeune fille chevauchait un cheval bai. La forêt n’avait pas de nom. Elle était située très loin de Moscou – très loin de tout – et l’on n’entendait que le silence de la neige et le bruissement des arbres gelés. »

Entre les créatures sortis tout droit des contes, l’ambiance glacée et enneigée des forêts de la Russie et la violence de cette époque médiévale où les luttes de pouvoir au sein de la Cour déterminent bien souvent les alliances et les guerres, Vassia tente de faire son chemin et de confronter les démons qui se présentent à elle (au propre comme au figuré). Elle cherche aussi à trouver sa place, comme femme, une place qu’elle ne veut pas comme les autres.

Un roman passionnant et puissant, qui aborde des thèmes très intéressants! L’atmosphère est unique, à la fois fantaisiste et mystérieuse, dure et inquiétante. L’utilisation que fait l’auteur des personnages des contes, principalement Morozko, rend le roman fascinant. Ce second tome est, à mon avis, encore meilleur que le premier. Vivement la sortie du troisième!

Mon avis sur le premier tome: L’Ours et le Rossignol

La fille dans la Tour, Katherine Arden, éditions Denoël, 416 pages, 2019

2 réflexions sur “La fille dans la Tour

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