La fenêtre au sud

Quelque part en Islande, au bord de la mer, un village de maisons noires fait face à l’infini de l’eau. Dans son repaire, un romancier peine, sur sa vieille Olivetti, à écrire la vérité d’un couple parti en vacances pour se retrouver. Qui s’amuse ? se demande-t-il, déposant les feuilles dactylographiées sous la fenêtre sud claire. La radio, pendant ce temps-là, donne des nouvelles d’un autre monde : le séisme de Fukushima, l’assassinat de Ben Laden, la guerre en Syrie. Au rythme des quatre saisons de l’année, comme un contrepoint nordique aux célèbres concertos de Vivaldi, La fenêtre au sud transforme cette histoire simple d’amour et de fantômes en un livre immense sur les crépuscules de la création. L’encre s’épuise, l’écrivain tapera bientôt blanc sur blanc, traversant la page comme on marche dans la neige.

J’adore Gyrðir Elíasson. Tout ce que je lis de cet écrivain islandais est un coup de cœur. J’avais beaucoup aimé Les excursions de l’écureuil mais c’est avec Au bord de la Sandá que j’ai vraiment eu le sentiment de trouver un auteur qui me correspond. Gyrðir Elíasson a une plume particulièrement magnifique et des thèmes qui reviennent d’un livre à l’autre. C’est surtout vrai pour Au bord de la Sandá et La fenêtre au sud, puisque ces deux titres font partie d’un triptyque en lien avec la solitude. C’est un thème qui me rejoint beaucoup. J’ai donc pris beaucoup de plaisir avec ces deux livres, qui mettent en scène des ermites, qui aiment se promener dans la nature, lire et observer ce qui se passe autour d’eux. Il y a quelque chose de beau et de grave dans la plume de Gyrðir Elíasson. Ses livres me font l’effet d’être de petits bijoux dans lesquels je me sens bien. 

Quant à La fenêtre au sud, c’est un roman fabuleux. L’auteur a une plume à la fois concise et évocatrice, délicate et particulièrement belle. Le roman raconte le processus d’écriture d’un auteur, Jónas, au fil des quatre saisons. Il vit temporairement dans la maison d’un de ses amis, pour être un peu à l’écart de la vie en ville et pour tenter d’écrire son roman, qu’il tape à la machine à écrire. Un roman qu’il ne trouve pas très bon et qui ne semble pas l’inspirer plus que cela. Tous les prétextes sont donc bons pour faire autre chose.

Il lit beaucoup. On croise dans ce livre Oscar Wilde, Tove Jansson, Edgar Allan Poe, Albert Camus, Paul Auster, Georges Perec, Thomas Mann, Yukio Mishima, Pablo Neruda, Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson, Orhan Pamuk. Des bouts de ce qu’il lit, découvre. Il en parle peu, mais suffisamment pour que ce soit agréable à un lecteur qui aime les livres, de retrouver d’autres auteurs entre les pages.

Quand il ne lit pas, Jónas sort se promener. Il va au café du coin, tenu par une vieille dame renfrognée. Il essaie d’écrire. Il met souvent son travail de côté, tiraillé par l’angoisse de la page blanche. Il écrit quand même, se force à le faire et souvent, ce sont des poèmes qu’il couche sur le papier. 

« Les caractères imprimés par la machine à écrire s’estompent continuellement. Quelqu’un a dit que les artistes peintres produisaient leurs meilleures œuvres quand ils étaient sur le point de devenir aveugles. Il se peut que les écrivains soient au pinacle quand leurs mots deviennent presque invisibles. »

Le roman est divisé en quatre chapitres: un pour chacune des saisons. Les lieux où vit l’écrivain sont à l’écart, rarement occupés. L’achalandage varie d’une saison à l’autre. L’été, il y a plus de vie. Le reste de l’année, Jónas peut replonger dans sa solitude et sa contemplation, les autres retournent en ville, à leurs occupations. La fin de l’automne est marqué par des journées plus courtes et des soirées plus sombres. Le café ferme ses portes. L’herbe jaunit. Les montagnes au loin se voilent de blanc. On sent le passage des saisons.

Jónas raconte ses préoccupations quotidienne: acheter à manger, ses rares rencontres au café ou à l’épicerie, la température qui change, les appels de son ami pour savoir si tout va bien dans la maison. Jónas espère secrètement que l’homme ne reviendra pas. Il cultive sa solitude.

« Celui qui est seul est toujours seul, infiniment seul et nulle compagnie ne peut rien y changer. Je suis un type comme ça. J’avance seul à travers tout. »

Le personnage est proche de la nature. Il apprécie d’être à l’écart, même s’il est là pour travailler et que ça n’avance pas comme il le voudrait. Les échos du monde autour de lui se font sentir. Le roman est entrecoupé d’extraits de nouvelles, de ce qui vient de l’extérieur et qui fini par rythmer le quotidien bien malgré lui.

« Tous les peuples sont égaux en bêtise mais certains sont plus égaux que d’autres. »

Des nouvelles du monde qu’il n’a pas forcément envie de connaître, mais que les gens croient être importantes. 

Gyrðir Elíasson écrit avec poésie. Il raconte les petites choses du quotidien avec beauté, mélancolie et contemplation. J’aime ses mots. Ses livres me donnent l’impression de retrouver un vieil ami.

« Le nombre de pages empilées sur la table, devant la fenêtre sud, augmente lentement. Je continue d’en déchirer plus que celles qui s’ajoutent à la pile. Le soir, je les mets dans le poêle pour allumer le feu. C’est qu’elles flambent drôlement bien, ces feuilles mortes de la machine à écrire. »

Si vous ne connaissez pas encore cet écrivain, il est à découvrir. De mon côté, j’attends chaque fois une nouvelle parution avec impatience. Je suis très heureuse que les éditions La Peuplade traduisent peu à peu son œuvre. 

La fenêtre au sud, Gyrðir Elíasson, éditions La Peuplade, 168 pages, 2020

Les villes de papier

Si, comme elle l’écrit, l’eau s’apprend par la soif et l’oiseau par la neige, alors Emily Dickinson, elle, s’apprend par la mer et par les villes. 

Figure mythique des lettres américaines, celle que l’on surnommait « la dame en blanc » demeure encore aujourd’hui une énigme. Elle a toujours refusé de rendre sa poésie publique et a passé les dernières années de sa vie cloîtrée dans sa chambre ; on s’entend pourtant maintenant à voir en elle un des écrivains les plus importants du dix-neuvième siècle.

Les villes de papier (quel beau titre d’ailleurs!) de Dominique Fortier est un portrait de la poétesse américaine Emily Dickinson. Exceptionnel par la beauté du texte et sa poésie, ce livre est un véritable bonheur de lecture. La plume magnifique de l’auteure évoque une atmosphère si particulière, tellement pleine d’images. J’ai trouvé cette lecture profondément réconfortante. C’est le genre de livre qu’on a tout de suite envie de relire. De conserver. De faire découvrir aux autres lecteurs. 

« Les mots sont de fragiles créatures à épingler sur le papier. Ils volent dans la chambre comme des papillons. »

Tout au long de ma lecture, j’avais l’impression de faire un saut dans le passé, de cheminer auprès d’Emily. La plume de Dominique Fortier est délicate, concise, douce et grave à la fois. Elle réussit à rendre tellement bien cette impression de solitude, de différence qui entoure Emily tout au long de son parcours. Un parcours fait de lieux de vie. De lieux qui nous forgent. De lieux que l’on habite. Dans cette optique, le titre du livre prend tout son sens. 

« Les lieux où l’on a vécu, on continue de les habiter longtemps après les avoir quittés. »

Parallèlement, l’auteure nous raconte son installation à Boston, ainsi que des moments de sa propre vie, combinés à des passages poétiques et des éléments biographiques. Les villes de papier entre définitivement dans cette catégorie d’ouvrage inclassable, qu’on n’a pas envie d’attacher à un genre particulier. Portrait, biographie, poésie, récit, histoire? C’est un peu tout cela que l’on retrouve en moins de deux cents pages. Un court ouvrage pour raconter la grandeur de l’âme d’une femme écrivain, à une époque où les femmes devaient plutôt apprendre à s’occuper d’une maison et fonder une famille. 

Emily est d’abord une enfant différente et une femme différente. Sa vie est ponctuée par la nature, la beauté qui s’éveille autour d’elle et le bonheur des mots. Son parcours, entre éléments biographiques et images fictives, nous semble à la fois tranquille et discret, un peu l’image que je me suis toujours fait d’Emily. Une existence où la vie intérieure est riche et puissante, où elle domine tout le reste.

« Mère ne s’y trompe pas, et la punit chaque fois de la même façon, en l’enfermant seule dans une pièce, sans aucune des distractions propres à amuser les enfants. Lorsque la punition est terminée, la mère ne voit pas que sa fille en sort à regret. Il faut bien mal connaître Emily Dickinson pour s’imaginer la châtier en l’enfermant dans le silence, seule avec ses pensées. »

Toutes les phrases de ce livre sont belles, mêmes les plus graves. L’écriture est fine et juste, j’avais envie de noter presque chaque mot, pour les relire. Chaque phrase est comme une offrande poétique au lecteur, un petit monde en soi. C’est de toute beauté!

« À la saison froide, Emily se couvre de neige, et les doctes mésanges, de leurs pattes fines, viennent y écrire des poèmes tout blancs. »

Ce livre me donne envie de relire Dickinson que j’avais d’ailleurs étudié il y a plusieurs années. Sa poésie me plaisait. La personne qu’elle était demeure cependant quelque peu auréolée de mystère qu’éclaire à sa façon Les villes de papier. Pas tant pour décrypter Emily Dickinson que pour sonder la solitude et la vie intérieure d’une enfant puis d’une femme, qui s’est doucement construite avec la poésie et l’écriture et qui fut, malgré tout, plutôt discrète. 

J’aime beaucoup ce que je lis de Dominique Fortier. C’est drôle parce que ma première rencontre avec sa plume a été avec Du bon usage des étoiles, qui reste un de mes plus grand coup de cœur littéraire. Les villes de papier vient de s’y ajouter à son tour. Si vous ne l’avez pas encore lu, découvrez-le. Ce livre est un véritable petit bijou. 

Les villes de papier, Dominique Fortier, éditions Alto, 192, 2020

Au grand air t.7

Au grand air 7Nadeshiko, motivée par l’exemple de Rin, est bien décidée à faire pour la première fois une sortie camping en solitaire ! L’idée n’est pas sans inquiéter sa sœur et ses amies, mais la campeuse novice n’en démord pas et prépare scrupuleusement son excursion. Au programme : promenades, beaux paysages et, évidemment, bons repas ! 

Déjà le tome 7 de cette série du manga Au grand air. Une série qui me plaît beaucoup puisqu’elle parle de camping hivernal, de tout ce qui rend ces moments très agréables: soupe chaude, solitude, nature et plein air. Ce septième tome est le dernier que j’ai sous la main. Il existe un tome 8, sorti en janvier dernier. Je ne sais pas quand je pourrai le livre, puisque j’avais emprunté la série avec le service de prêt entre bibliothèques et qu’avec la pandémie actuelle, les envois sont arrêtés jusqu’à nouvel ordre. On verra bien!

Au grand air est, comme toujours, un manga bien intéressant. Il me semble cependant que cette série se bonifie à mesure que les tomes avancent. On connaît mieux les personnages, on est plus familier avec l’humour de l’auteure et le cercle de plein air commence à avoir des bases un peu plus solides. Chaque campeuse se découvre et commence à percevoir un peu mieux ce qui lui plaît dans le fait de camper l’hiver et de partager cette passion avec d’autres personnes.

Ce tome parle du nouveau projet de camping en solo de Nadeshiko, qui inquiète un peu sa grande sœur et son amie Rin, surtout parce que personne ne réussit à la joindre. Les deux se sentent un peu coupable de la laisser partir seule et ont un peu peur qu’il lui arrive quelque chose. Le camping d’hiver doit être préparé précautionneusement et les filles veulent s’assurer que Nadeshiko fait les choses dans les règles de l’art.

Cette fois avec les campeuses, le lecteur visite la station d’Akasawa, un village qui faisait office d’étape lors de pèlerinages; le lac Ikawa ainsi que Fujinomiya, avec sa vue sur le Mont Fuji. Il y est comme toujours question de spécialités culinaires et de repas à venir, partagés toutes ensemble, qui fait rêver les filles.

Un nouveau voyage se prépare pour le tome 8, initié cette fois par la professeure responsable du groupe. C’est aussi le moment pour le cercle de camping de tenter de bénéficier d’une offre de petit bois intéressante…

Comme à l’habitude, une petite section bonus complète le manga, offrant de petites saynètes rigolotes en mode « intérieur », pendant que les filles ne campent pas et préparent leurs prochaines sorties.

Un septième tome à la hauteur de la série!

Mon avis sur les autres tomes:

Au grand air t.7, Afro, éditions Nobi Nobi, 178 pages, 2019

Au grand air t.6

Au grand air 6Après des vacances d’hiver faites de petits boulots, les filles du Cercle de plein air peuvent enfin s’acheter le matériel de camping dont elles rêvaient !
Galvanisée par cette expérience, Nadeshiko se met en quête d’un nouveau job, tandis que Chiaki, Aoi et Ena partent en camping au bord du lac Yamanaka. Mais sont-elles bien préparées?

Je viens déjà de terminer le sixième tome de la série Au grand air. Toujours agréable à lire, toujours intéressant ce manga. Je dirais même qu’à partir du quatrième tome, j’ai sentis quelque chose d’un peu différent dans le manga. Peut-être parce que les personnages sont plus proches, qu’elles vivent des aventures en plein air un peu plus intéressantes, mais il me semble que la série est plus solide. Ce tome ne fait pas exception et sa lecture est comme du bonbon. Ça se lit tout seul.

Cette fois, on suit le cercle de plein air qui part camper en plein cœur de l’hiver, alors qu’il fait vraiment très très froid. Mal équipées, les filles auront besoin d’un petit coup de pouce, surtout que Rin et Nadeshiko sont absentes car elles doivent travailler. Le travail leur permet d’ailleurs de poursuivre leurs découvertes du monde merveilleux des équipements de plein air en ayant les moyens de s’offrir quelques petites choses pour leur rendre la vie plus facile une fois en camping.

Nadeshiko commence à réfléchir au fait de faire du camping en solo, vu qu’elle ne peut partir avec le groupe cette fois-ci. Le cercle de plein air quant à lui se débrouille sans la prof accompagnatrice et s’amuse bien… jusqu’à ce que le mercure commence à descendre.

Comme toujours, ce manga nous amène dans de beaux endroits du Japon. Cette fois on visite le lac Yamanaka, près du Mont Fuji. C’est le plus haut lac de la région et l’altitude en fait un endroit glacial l’hiver. On parle toujours de nourriture et de cuisine, comme dans les autres tomes, ce qui contribue, avec les boissons chaudes et les soupes, à donner un petit côté réconfortant à l’histoire.

L’aspect « documentaire » du manga s’attarde cette fois sur les bâches de camping, sur les différentes chaises pliantes et sur les hamacs. À mon grand étonnement, il y est beaucoup question de produits jetables, comme des chaufferettes à la durée de vie assez courte surtout par grand froid, des tentes de carton qu’on brûle ensuite ou à des barbecues à usage unique. Je me suis fait la réflexion que ça manquait un peu d’écologie tout ça!

La section bonus à la fin est assez amusante, comme toujours, avec des petites histoires courtes et rigolotes. On y parle de camping à la japonaise également, ce que j’ai trouvé plutôt intéressant.

L’histoire se déroule l’hiver, comme tous les autres tomes, ce qui en fait un manga original qui met en avant une saison peu appréciée par la majorité des campeurs. Les filles, elles, trouvent malgré tout une foule de bienfaits et de petits plaisirs à camper l’hiver. J’aime ce côté « différent » qui va un peu à contre-courant!

Mon avis sur les autres titres de la série:

Au grand air t.6, Afro, éditions Nobi Nobi, 178 pages, 2019

Au grand air t.5

Au grand air 5Le nouvel an approche et chacune de nos campeuses s’apprête à le passer à sa façon. Qui en faisant des petits boulots, qui en allant voir sa famille ou qui, comme Rin, en voyageant en solitaire. Mais ça ne les empêchera pas de célébrer la nouvelle année toutes ensemble à leur manière !

Voici le cinquième tome des aventures de Rin et du club de plein air à l’approche de la nouvelle année. Après avoir passé un très beau Noël toutes ensemble à profiter du camping d’hiver et d’une vue imprenable sur le Mont Fuji, les filles s’apprêtent à célébrer l’arrivée de la Nouvelle année de différentes façons.

Rin part en voyage en solo au Cap Omae. Elle souhaite voir la mer et passer le réveillon en solo, même si elle reste en contact avec ses amie. C’est l’occasion de profiter des petits plaisirs: thé chaud, pâtisserie, bain dans les sources chaudes… Elle réalise que le groupe de plein air, même si elle ne participe pas souvent à leurs excursions, la pousse à sortir un peu plus et à camper plus tard en saison.

« Repartir en solitaire après notre sortie à plusieurs… ça m’a rappelé qu’une même activité est une expérience différente quand on est seul. On s’abandonne longuement à ce qu’on voit ou ce qu’on goûte. En solo, la mélancolie se savoure aussi. »

Aki travaille et n’a aucun congé, alors que Nadeshiko et ses amies visitent le Mont Minobu afin d’assister au premier lever du soleil de l’année. Leur course au soleil m’a fait sourire et je trouve cette tradition très belle pour célébrer l’arrivée d’une nouvelle année. Par la suite Rin est invitée chez la grand-mère de Nadeshiko et profite de la générosité de son amie.

Ce cinquième tome parle beaucoup de traditions du Nouvel an et de cuisine. On y aborde plusieurs plats typiques. Je l’ai beaucoup apprécié celui-là, il m’a plu autant que le tome 4 de Noël que j’avais adoré. Le ton est plus zen par rapport aux premiers tomes. Peut-être parce que les personnages et l’idée principale du manga est déjà établi.

Le manga se termine comme à l’habitude avec quelques courtes histoires « à l’intérieur » en bonus. Toujours avec un peu d’humour. J’ai bien aimé ce cinquième tome!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Au grand air t.5, Afro, éditions Nobi Nobi, 178 pages, 2019