Locke & Key t.5: Rouages

Locke and Key 5À Lovecraft, les enfants Locke n’ont jamais été aussi près des ténèbres. Tyler et Kinsey n’imaginent pas un seul instant que Lucas « Dodge » Caravaggio est revenu d’entre les morts pour s’emparer du corps de leur petit frère. Grâce à la clé Oméga, Dodge sera bientôt en mesure d’ouvrir la Porte Noire et de libérer les démons aux pouvoirs hypnotiques qui se tapissent derrière. Depuis des siècles, le destin semble s’acharner sur la famille Locke. Mais Tyler et Kinsey détiennent eux aussi une arme redoutable : la clé du Temps. Sauront-ils contrer leur Nemesis et renverser le cours de l’Histoire ?

On ouvre ce cinquième tome intitulé Rouages en étant impatient d’en savoir plus, surtout avec la façon dont se termine le tome 4. La fin nous a gardé captif et l’histoire peut prendre toutes sortes de chemins bien différents. Le début est d’ailleurs étonnant et m’a beaucoup plu. Les auteurs nous offrent un plongeon dans le passé, direction Lovecraft en 1775. Deux orphelins dont les parents ont été pendus pour sauver la vie de plusieurs hommes, se retrouvent dans la grotte où tout a commencé.

« Face aux créatures tapies derrière la porte, les guerres des hommes ne sont que querelles d’enfants. »

Il est question à plusieurs reprises de voyage dans le temps, ou à tout le moins de ce qui y ressemble, tant au propre qu’au figuré. J’aime quand les auteurs abordent ce thème dans la littérature, thème qui me fascine toujours énormément. Ici, les clés sont au centre de tout et aident Kinsey et Tyler à mieux comprendre les événements qui ont eu lieu à Keyhouse dans le passé. La maison est très vieille, plus que les jeunes ne pouvaient le penser. Elle a beaucoup de secrets qui ont été enfouis au fil des ans… souvent oubliés par les adultes lorsque la loi Riffel prend le dessus après l’adolescence. Une idée particulièrement bien traitée dans cette bande dessinée, ce qui explique aussi la raison pour laquelle c’est souvent Bode qui trouve les clés.

Je suis toujours subjuguée par l’imagination galopante des auteurs, qui réussissent à créer un monde complètement fou. Leurs trouvailles sont souvent étonnantes et ce qu’ils en font l’est encore plus. Les objets sont dotés de capacités cachées, avec toujours l’ombre du mal qui plane au-dessus. Ils réussissent à instiller un sentiment de peur et de fascination. L’humain, avec ses faiblesses, son besoin d’être reconnu et sa soif de domination sur les autres est très souvent au centre du mal qui ronge Keyhouse.

Ce cinquième tome met aussi en lumière Bode depuis les récents événements. Bien différent, son comportement suscite l’inquiétude. On peut souvent faire le parallèle entre lui et son oncle Duncan qui était à l’époque le plus jeune de la famille. C’était aussi Duncan qui trouvait toutes les clés. Comme si la maison les leur offrait avec plus de facilité…

Tourné sur le passé pour mieux comprendre le présent, Rouages est l’avant-dernier tome de la série. Je l’ai adoré! Je trouve vraiment intéressant cette plongée dans le passé pour nous permettre de saisir l’importance de ce qui s’est jadis déroulé dans la grotte et de comprendre l’origines des clés, de l’histoire qui a forgé Keyhouse. Ce tome fabuleusement mené nous offre un éclairage très pertinent sur le passé entourant l’étrange maison. Il ne reste qu’un tome à découvrir, pour connaître le dénouement final. Mon billet sera en ligne très bientôt! En attendant, voici mon avis sur les autres tomes de la série (tome 6 à venir):

Locke & Key t.5: Rouages, Joe Hill & Gabriel Rodriguez, éditions Hi Comics, 168 pages, 2018

Conte d’hiver

conte d'hiver« J’ai été dans un autre monde et j’en suis revenu. Écoutez-moi. »
Conte d’hiver est une ode à la ville que l’on traverse comme le temps, où l’on se promène à la fin du xixe siècle et autour de l’an 2000. C’est un New York fantasmé, peuplé de personnages étranges et fascinants : un cheval qui vole, un tatoueur orphelin, une femme amoureuse des mots, un gang féroce et des hommes qui rêvent d’« une ville parfaitement juste ». C’est aussi l’histoire d’un amour fou entre un voleur magnifique et une jeune fille fortunée qui, pour s’aimer, devront braver les conventions sociales et les limites de la mort. Il y a tout cela dans Conte d’hiver : la folie, le rêve, le fantastique, le comique, l’invention poétique. Un roman inclassable sous l’influence de Dick et Dickens.

Cet hiver, j’ai pris pratiquement un mois pour lire ce roman de plus de 700 pages. C’est un livre qui demande du temps car c’est une lecture exigeante. Elle est tellement différente de tout ce que j’ai pu lire. Le genre de livre qu’il faut prendre le temps de lire pour l’apprécie. C’est une histoire qui nous habite si on se donne la peine de s’y attarder. Même si c’est une lecture qui m’a prit longtemps, je suis ravie de l’avoir lu.

J’ai eu envie de le lire suite au visionnement du film. Le film d’ailleurs est très beau, très magique et très particulier. En lisant le livre j’ai réalisé que le film se concentre essentiellement sur les 200 premières pages. Le livre foisonne de personnages qui n’apparaissent pas dans le film, provenant d’époques différentes.

Conte d’hiver est un hymne à la ville de New York. C’est aussi l’histoire d’un lieu secret et particulier, le Lac de Coheeries. Un pendant « magique » à la ville ordinaire, qui est en fait tout sauf ordinaire. Le roman suit Peter Lake, un orphelin abandonné par ses parents et élevé par des gens nomades, vivant en marge de la société. Ensuite, même s’il est tout jeune, il est envoyé en ville pour faire sa vie et devient un voleur. Peter Lake va connaître une magnifique histoire d’amour tragique, rencontrer un cheval fabuleux, passer à travers le temps et les époques, perdre la mémoire et rencontrer une foule de personnages. Conte d’hiver raconte la vie d’une ville, de ses bandits à ses orphelins, en passant par le monde du journalisme et des gens influents de la politique.

C’est un livre sur les rêves, la vie, la croyance en quelque chose de plus grand qu’on ne réussit pas forcément à expliquer. C’est un roman si particulier, qu’il est inclassable. Il est à la fois historique, fantaisiste, poétique, remplit d’aventure. Difficile de le mettre dans une catégorie particulière.

Il faut lire ce livre avec l’esprit ouvert, être prêt à être bousculé, amené à la limite de choses qui n’existent pas, où les chevaux volent et les morts reviennent à la vie. L’écriture est belle, imagée, poétique souvent, avec un petit côté un peu vieillot.

Je suis ravie de cette lecture foisonnante qui m’a accompagnée de longues et belles semaines.

Le film est aussi un beau complément. Pour une fois, j’ai été contente de le voir avant de lire le livre. Ça m’a donné une idée de là où allait l’auteur, étant donné que c’est très différent.

Film conte d'hiver

Conte d’hiver de Mark Helprin est un roman que je conseille à ceux qui ont envie d’être dépaysés, qui ont envie de magie (mais une magie qui est là sans être vraiment là, pas comme dans Harry Potter par exemple, plus subtile, qui joue beaucoup sur notre croyance en ce qui est magnifique). Un livre que je conseille aux lecteurs qui sont prêts à faire un voyage étonnant et différent et à s’impliquer dans leur lecture, car c’est un roman assez exigeant, mais qui en vaut grandement la peine.

Conte d’hiver, Mark Helprin, Éditions Stock, 720 pages, 2014