Le site archéologique du palais de l’intendant à Québec

Site archéologique du palais de l'intendant à QuébecL’îlot des Palais est un site archéologique complexe qui a connu de nombreuses occupations contemporaines et successives. Il est considéré comme un haut lieu de l’histoire de la Nouvelle-France, plus particulièrement à cause de la présence des vestiges de la brasserie de l’intendant Jean Talon et du palais de l’intendant. Entre 1982 et 2016, l’Université Laval a tenu 25 chantiers-écoles à l’îlot des Palais, et la Ville de Québec y a réalisé deux campagnes de fouilles intensives. Ce livre s’appuie sur un ensemble inestimable de données et une vaste collection archéologique, parmi les plus riches en Amérique du Nord pour l’histoire de la Nouvelle-France. Il fait revivre le lieu par l’entremise de vestiges, d’objets, et de restes animaux et végétaux, à la lumière des contextes archéologiques et historiques. Il dévoile ainsi le vaste réseau de relations que ses occupants entretenaient avec l’environnement naturel, la ville et le reste du monde.

Quel ouvrage magnifique! Ce très beau livre regorge de photos qui parlent d’elles-mêmes et racontent notre histoire au même titre que le texte qui accompagne les images. C’est un vrai plaisir pour le lecteur que de visiter le site archéologique, de comprendre l’évolution du mode de vie des gens, de l’aspect économique et social, de la géographie des lieux. Passionné par l’histoire du Québec, cet ouvrage m’a fortement plu puisqu’il nous plonge dans le quotidien des gens qui ont vécu avant nous.

Ces fouilles ont permis à l’équipe d’archéologues de découvrir plein de choses sur la vie quotidienne, de reculer dans l’histoire et de comprendre la façon dont les gens vivaient au palais de l’intendant et dans la région. L’ouvrage raconte le détail des fouilles archéologiques réalisées, la découvertes des objets et les recherches autour de cette époque qui permettent également de comprendre les matériaux utilisés et de reconstruire la vie autour du Palais de l’Intendant. On comprend beaucoup mieux l’évolution de cette région jusqu’à nos jours.

L’ouvrage nous parle également du passage des différents intendants qui ont habité au Palais. Par exemple, l’un d’entre eux avait un faible pour tout ce qui venait d’Égypte. Des recherches archéologiques démontrent son goût pour ces amulettes. On y aborde, en plus des trouvailles et de l’aspect historique, de nombreux détails entourant le travail archéologique, les chantiers, la préservation et la gestion des artéfacts.

C’est un livre qui ne s’arrête pas qu’aux découvertes archéologiques. Les auteurs construisent autour de ces découvertes, l’histoire entourant les gens, les lieux, les objets.  On revit entre autres, la dualité entre les anglais et les français de l’époque. On voit l’évolution des objets, par exemple des pipes en argile ou des dominos creusés dans l’os, les boutons, la monnaie, l’armement, la vaisselle. À partir de ces objets, on peut découvrir leur lieu de fabrication et en comprendre plus sur les échanges commerciaux de l’époque. Des squelettes d’animaux et d’insectes ont également été découverts, ainsi que les fosses à déchets qui permettent de mieux saisir le quotidien des gens, leur nourriture et leur mode de vie.

« Le botaniste finlandais Pehr Kalm écrit dans on journal de voyage datant de 1749 que l’on nettoie les maisons avec des balais de fabrication autochtone faits de rameaux de thuya ou de cèdre blanc, à l’exclusion de tout autre arbre. Il ajoute qu’on lave le plancher en y jetant un peu d’eau, mais qu’il n’a jamais assisté à un vrai lavage du sol. Il remarque de plus l’abondance des punaises de lit, tant en ville qu’à la campagne. »

Le livre présente aussi beaucoup de croquis d’époque, de plans dessinés qui permettent de visualiser cette période de l’histoire et de mieux appréhender les lieux. Il y a également des reproductions d’artistes qui représentent les événements marquants. Une liste de dates concernant les événements majeurs des lieux nous apprennent une foule de choses sur les changements importants pour la communauté.

La fin du volume s’attarde sur les vestiges de l’industrie de la bière à Québec, la brasserie Boswell étant présente sur le terrain de l’îlot des Palais. Elle connaissait à l’époque une forte prospérité. Les avantages sociaux et les activités organisées pour les employés étaient enviables, même si l’ouvrage était très dur. Le contexte social était difficile à l’époque, tant au niveau des soins de santé que des loisirs. La pauvreté et la mortalité infantiles étaient monnaie courante. La brasserie offrait des avantages que l’on ne retrouvait pas ailleurs. Des images et des objets retrouvés sur le site démontrent que même les enfants étaient aussi employés dans certaines usines, comme celles de chaussures par exemple. Ces découvertes sont importantes et vraiment passionnantes.

Revisiter notre histoire à travers ce bel ouvrage permet de mieux comprendre le mode de vie de nos ancêtres. Connaître son histoire permet de mieux appréhender le futur. Tout l’aspect archéologique de ce livre est vraiment fascinant et passionnant. En couleurs, avec de nombreuses photos et reproductions, le livre est un fabuleux cadeau à offrir ou à s’offrir, pour les passionnés d’histoire ou d’archéologie.

Une fabuleuse lecture!

Le site archéologique du palais de l’intendant à Québec, Camille Lapointe, Allison Bain et Réginald Auger, éditions du Septentrion, 186 pages, 2019

Agathe

AgatheSoixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique et huit cents entretiens restants avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu’il subsiste du parcours d’un psychanalyste en fin de carrière. Or, l’arrivée imprévue d’une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l’odeur de pomme, renverse tout. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l’envie de vivre. Agathe, c’est l’histoire d’un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau. Anne Cathrine Bomann signe ici un roman intelligent et inattendu, décortiquant avec tendresse les angoisses humaines : être, devenir quelqu’un, désirer et vieillir. Serait-il possible de découvrir enfin de quoi on a vraiment peur ?

Agathe est un court roman qui se lit d’une traite. Le narrateur est psychanalyste. Il compte prendre sa retraite à soixante-douze ans. Il lui reste donc vingt-deux semaines de travail et 800 rencontres avec ses patients. Il compte le nombre d’entretiens restant, leitmotiv qui ponctue le roman. Il a grande hâte de partir. On s’imagine qu’il a eu une vie bien remplie et qu’il veut profiter du temps qu’il lui reste pour faire des choses seulement pour lui-même. Sauf que le jour où sa secrétaire, Madame Surrugue, prend un rendez-vous pour une nouvelle patiente très insistante, sa vie va être bouleversée. Le psychanalyste est un peu en colère, mais cette nouvelle patiente impose sa présence. Elle s’appelle Agathe et elle n’a plus envie de vivre.

« Encore 688 consultations. À cet instant, j’avais le sentiment que c’étaient 688 de trop. »

Le psychanalyste tente de la repousser, mais il accepte finalement de la recevoir jusqu’à son départ à la retraite. Agathe, qui n’a pas un passé médical facile, ne demande de toute façon qu’une seule chose: parler à quelqu’un. Et c’est lui qu’elle a choisi.

Le quotidien du psychanalyste est donc fait de ces rencontres avec ses patients, pour qui il commence à ressentir moins de bienveillance qu’avant. La seule personne qu’il apprécie réellement, c’est Agathe. Au même moment, Madame Surrugue quitte le cabinet subitement. Ces changements soudains dans la vie du psychanalystes sont de petites ondes de choc dans son quotidien réglé comme du papier à musique.

« Je réalisai que j’avais nourri l’idée que la vraie vie, la récompense de tout ce labeur, m’attendait quand je prendrais ma retraite. Mais assis là, j’étais fichtrement incapable de voir ce que cette vie contiendrait qui vaudrait la peine de s’en réjouir. »

Plus le roman avance, plus on réaliste que la vie que mène le psychanalyste est loin d’être pleinement satisfaisante. Qui du thérapeute ou de la patiente a le plus besoin de trouver un sens à son existence? C’est un peu la question en filigrane du très beau roman que nous offre Anne Cathrine Bomann qui aborde la vieillesse, le deuil, la solitude, la vie.

Ce livre est à la fois touchant et étonnant. Émouvant et grave. Il y a quelque chose dans ce texte qui vient nous chercher, qui prend un peu aux tripes, mais avec une certaine douceur, avec une forme de retenue tout comme le sont les personnages du roman.

« Comment aide-t-on un homme inconnu à bien mourir lorsqu’on n’arrive même pas à vivre sa propre vie? »

Le questionnement existentiel sur la vie, la mort et ce que l’on choisi de faire de ce moment qui nous est alloué. C’est un roman sur le profond désir de profiter de la vie, de donner une utilité à ce que nous sommes, d’exister et de ne pas être invisible. Ni à ses propres yeux, ni à ceux des autres.

Le roman baigne dans une forme de douce mélancolie. Le thème n’est pas à priori joyeux, mais la vie étant faite de petites bulles de bonheur et d’énergie, certains moments du roman sont beaux, lumineux. Comme de petits éclats de soleil pendant l’orage.

Un texte court, mais bouleversant, tant les questions qu’il pose et les thèmes qu’il aborde sont universels et totalement humains. Une très jolie découverte.

Agathe, Anne Cathrine Bomann, éditions La Peuplade, 176 pages, 2019

Un billet pour nulle part

un billet pour nulle partUne fillette quitte son village accompagnée de son alter ego, une petite flamme noire à la personnalité abrasive. Alors qu’elle s’apprête à prendre d’assaut la route, elle se rend compte que l’aventure risque d’être plus périlleuse que prévue: chaque autobus qui s’arrête devant elle transporte des personnages à l’allure singulière, parfois inquiétante, qui la feront craindre le voyage.

Cette bande dessinée est une bien jolie découverte. Le dessin est tout en douceur, en plus d’avoir un petit quelque chose qui rappelle à la fois le manga et la BD plus traditionnelle. C’est délicat tout en étant expressif et ça m’a beaucoup plu.

L’histoire d’Un billet pour nulle part est celle d’une fillette qui part en voyage. Elle va à la gare attendre son bus. La bande dessinée est divisée en trois sections qui correspondent à des heures de passage de différents autobus: 9h00, 13h00 et 16h00. Chaque autobus est une métaphore de notre vie effrénée: l’omniprésence du travail et des écrans; les plaisirs futiles et les abus qui nous amènent à ne plus être nous-même; le manque de couleurs, de saveur et d’originalité de nos vies qui nous poussent à être « tous pareils » et à cultiver cette normalité au détriment de l’imagination.

J’ai trouvé le propos de cette histoire très original à cause de la façon dont l’auteure l’aborde. L’autobus est une métaphore au voyage que représente la vie.

« Si tous les voyages pouvaient être comme celui-là! »

On ne peut s’empêcher de voir dans cette BD un brin enfantine, une métaphore sur la vie et la société. Chaque train nous montre un aspect de notre vie quotidienne, bien souvent inquiétante. La décision finale de la fillette, après être descendue du dernier bus, démontre que la grande richesse et l’aventure se situe bien souvent en nous-même.

Une bande dessinée fantastique et intelligente qui nous pousse à la réflexion sur notre mode de vie. Une bien belle publication!

Un billet pour nulle part, Nunumi, éditions Front Froid, 92 pages, 2019