Meurtres sous un ciel de glace

Bien que le printemps tarde à s’installer sur la ville de Chinook et que le froid s’accroche, Thumps DreadfulWater se considère presque heureux, car il a un nouveau but dans la vie : acquérir la cuisinière à six brûleurs qu’il reluque chaque jour dans la vitrine du magasin Chinook Appliances. Mais une demande du shérif Hockney vient chambouler son bonheur tranquille. Thumps a beau sortir tous ses arguments – tu as déjà quatre adjoints, je suis plus que rouillé, etc. –, Hockney persiste et signe : DreadfulWater doit accepter d’être, pour un temps, shérif par intérim de la ville… et il le plonge aussitôt dans l’enquête en cours ! James Lester, le fondateur d’Orion Technologies, une compagnie qui teste une technique révolutionnaire de mesure et de cartographie des nappes aquifères, a été trouvé mort… deux fois : d’abord dans une voiture à l’aéroport, puis dans une chambre de motel. Or, pendant qu’ils cherchent à comprendre pourquoi le cadavre a été déplacé, c’est au tour de Margot Knight, l’associée de Lester, de perdre la vie. Pour Thumps, si les patrons d’Orion ont été tués, c’est qu’ils ont découvert quelque chose de précieux. Mais quoi ? C’est ce qu’il compte bien trouver, d’autant plus que Hockney a promis de lui offrir la fameuse cuisinière à six brûleurs s’il résout l’enquête.

Voici la troisième enquête mettant en scène Thumps DreadfulWater et c’est peut-être même ma préférée jusqu’à maintenant!

Dans ce nouveau livre, DreadfulWater mène sa petite vie tranquillement, entre ses photos et son projet du moment: acquérir la cuisinière de luxe à six brûleurs qui trône dans la boutique Chinook Appliances. Il en faut peu pour rendre un homme heureux! Cette cuisinière, il l’a dans l’œil depuis un bon moment. 

Mais voilà que le shérif veut partir au Costa Rica avec son épouse et demande à DreadfulWater de le remplacer comme shérif par intérim. Ce dernier refuse naturellement. Il aspire à un peu de paix, toujours hanté par une ancienne affaire, les meurtres d’obsidienne. Mais le shérif sait se montrer persuasif. Quand le corps d’un entrepreneur spécialiste des nappes aquifères est retrouvé mort… deux fois les choses deviennent compliquées et DreadfulWater se retrouve mêlé à l’enquête bien malgré lui.

« Je me suis dit que si je dois aller au Costa Rica et faire semblant d’être spécialiste du terrorisme, le moins que tu puisses faire, c’est rester ici et faire semblant d’être shérif. »

Malgré certains sujets graves (l’exploitation des ressources naturelles, l’appropriation de terres ancestrales, la maladie, la délimitation des terres des Réserves autochtones) j’ai trouvé cette enquête pleine d’humour. L’auteur excelle d’ailleurs dans l’art des réparties qui font sourire. Les personnages sont attachants, les dialogues sont souvent rigolos, et sous l’apparence d’une enquête légère, l’auteur aborde des sujets importants qui lui sont chers.

Alors que DreadfulWater se sent fatigué ces derniers temps, Archie le libraire et militant qui a décrété que c’était la Semaine du ciel étoilé et emmerde tous les commerçants avec sa nouvelle lubie, déclare à qui veut l’entendre que DreadfulWater va sûrement mourir, au grand désespoir de ce dernier. Tout comme le shérif annonce à qui le veut, que DreadfulWater sera le nouveau shérif par intérim… alors que le principal intéressé n’a pas encore dit oui! Il y a une dynamique entre les personnages qui est vraiment amusante et on ressent l’ambiance d’une petite ville où tout le monde se connaît. 

Cette enquête est passionnante, pleine d’humour et se lit avec bonheur. J’aime énormément Thomas King. J’adore son personnage de DreadfulWater (et c’est de plus en plus vrai au fil des enquêtes). Je ne peux que vous conseiller de découvrir cet écrivain. Je n’ai pas encore tout lu de lui, cependant tout ce que j’ai pu lire était bon, peu importe le genre. C’est un auteur au style particulier, teinté d’humour et de métaphores. Son enquêteur DreadfulWater est vraiment atypique dans le domaine des romans policier et il est drôlement sympathique et attachant!

Je vous invite à lire mon avis sur les deux premières enquêtes de DreadfulWater:

Meurtres sous un ciel de glace, Thomas King, éditions Alire, 408 pages, 2022

Les Meurtres du Red Power

Chinook est dans un état d’effervescence peu habituel : Noah Ridge, chef du Red Power Movement, sera de passage dans la ville afin de faire la promotion de son plus récent essai. Pour Thumps DreadfulWater, la venue du célèbre activiste réveille de mauvais souvenirs, car les deux hommes ont milité ensemble dans leur jeunesse à Salt Lake City au moment où Lucy Kettle, une femme très influente au sein du mouvement, avait mystérieusement disparu. Au fait des accointances de Thumps, le shérif Hockney offre à l’ex-policier de reprendre du service pendant la visite du leader, se doutant que le séjour de ce dernier ne sera pas de tout repos. Déjà des menaces de mort pèsent sur sa tête et, le jour même de son arrivée, un ancien agent du FBI – qui avait enquêté voici un quart de siècle dans l’affaire Kettle – est trouvé sans vie dans une chambre de motel de la ville. Accompagné de son nouvel adjoint, Hockney décide de rencontrer aussitôt l’activiste à l’hôtel où il est descendu. Or, pour Thumps qui se demande si Ridge le reconnaîtra après tout ce temps, c’est un autre fantôme de son passé qui apparaît derrière la porte de la chambre : Dakota Miles, son ex-flamme… et très bonne amie de Lucy Kettle !

Les Meurtres du Red Power est la seconde enquête de Thumps DreadfulWater, un ancien policier devenu photographe suite à un grand drame. Ce personnage est intéressant car il est Cherokee et que les romans abordent en filigrane des enquêtes, les problématiques liées à la vie dans les réserves. Il est intéressant de voir le personnage évoluer, mais les livres peuvent vraiment se lire séparément sans problème, chaque roman est une enquête complète. 

Dans cette enquête, nous sommes en plein hiver glacial, ce que déteste DreadfulWater qui grelotte tout le temps et rêve du printemps. Noah Ridge, activiste et chef du Red Power Movement, arrive à Chinook pour faire la promotion de son nouveau livre. DreadfulWater l’a connu dans sa jeunesse quand ils militaient ensemble. Leur relation n’a pas duré longtemps, puisque DreadfulWater ne partageait pas toujours le même avis que Noah concernant les revendications et surtout, la façon de les faire. Il avait finalement décroché. À l’époque, Lucy Kettle, militante influente de leur groupe avait également disparu, créant un choc et beaucoup de questions au sein du mouvement. DreadfulWater réalise bien vite que les fantômes du passé sont aussi ceux qui l’aideront à résoudre les crimes sur lesquels il enquête. 

L’arrivée de Noah Ridge à Chinook fait donc remonter de vieux souvenirs que DreadfulWater aimerait mieux oublier. Les choses se compliquent quand Ridge reçoit des menaces, que le FBI s’intéresse soudainement à lui et fouine dans son entourage et que les cadavres s’accumulent. À la demande du shérif, DreadfulWater est alors promu adjoint le temps de dénouer les fils de l’enquête, ce qui ne fait pas vraiment son affaire. Il aspire bien souvent à une vie tranquille, sans crime à résoudre, mais son expérience fait de lui un allié de choix dans la résolution d’une enquête. Surtout ici, alors qu’il est question de rivalité et de vengeance au sein d’un mouvement de revendication autochtone.

« Thumps avait pris le complexe en grippe. La construction d’un immeuble de copropriétés doublé d’un casino au milieu d’une forêt à laquelle absolument rien ne manquait l’irritait au plus haut point. Peut-être le photographe en lui était-il las de voir des clôtures, des lignes électriques et des autoroutes dans son objectif. Peut-être aussi était-ce la conviction qu’il avait que le complexe, aussi prospère soit-il, ne ferait sans doute rien pour améliorer la vie des gens. »

J’ai bien aimé cette seconde enquête, tout comme la précédente que j’avais lue. L’intrigue contient des rebondissements intéressants, mais c’est encore et toujours le talent pour les dialogues de Thomas King qui me plait le plus. Sa façon d’amener les éléments de l’enquête et l’humour qu’il glisse ici et là, que ce soit dans les dialogues, les événements ou la personnalité de ses personnages, en font toujours des textes très plaisants à lire.

« Nous avons donc affaire, résuma Thumps pour lui-même, à un gaucher sans pièce d’identité qui s’est tiré une balle dans la tête de la main droite et, après sa mort, a déplacé un objet sur la table de travail. »

L’auteur, tout comme son personnage, est autochtone. Il parle de la réalité des Premières nations et y mêle habilement beaucoup d’humour. Ici, DreadfulWater se bat littéralement contre l’hiver, avec son manteau pas suffisamment chaud, sa voiture frileuse qui tombe en panne tout le temps et refuse de démarrer, son passage au café de Al où Archie, le libraire, pige tout le temps dans son assiette et mange tout son déjeuner avant lui. Si DreadfulWater me plaît beaucoup, les personnages secondaires que crée Thomas King sont complets et les réparties toujours amusantes. Par exemple, j’adore Moses, le sage de la réserve qui accueille sur ses terres les roulottes en fin de vie et semble toujours tout savoir avant tout le monde, ou Beth la médecin légiste qui pratique son métier au sous-sol de sa maison. J’aime vraiment retrouver tout ce beau monde d’un livre à l’autre car on s’attache beaucoup à cette communauté.

Thomas King est vraiment un auteur que j’apprécie beaucoup, peu importe s’il écrit des romans, du policier, des nouvelles ou des essais. Il a un style particulièrement agréable à lire. Vivement la troisième enquête qui est à paraître en mars. J’ai hâte!

Mon avis sur Meurtres avec vue si vous avez envie de découvrir une autre enquête de DreadfulWater. 

Les Meurtres du Red Power, Thomas King, 374 pages, 2021

Une brève histoire des Indiens au Canada

À Toronto, une volée d’Indiens en pleine migration se frappent contre les gratte-ciel de Bay Street et retombent sur le pavé, comme autant d’oiseaux assommés, pour le plus grand étonnement des hommes d’affaires de passage. Heureusement que deux employés de la ville, Bill et Rudy, sont là pour les étiqueter et les relâcher dans la nature, après les avoir soignés. Un bébé blanc arrivé par erreur par la poste est offert comme premier prix au bingo hebdomadaire dans une réserve indienne, même si la plupart des joueurs préféreraient remporter le deuxième prix, qui est une camionnette. Voici quelques-unes des situations qu’on trouve dans ce recueil de Thomas King, qui y donne libre cours à la mordante ironie caractérisant son œuvre. Ces vingt nouvelles sont autant de pavés jetés dans la mare des bons sentiments et des conceptions préfabriquées touchant les Autochtones. Elles sont surtout de délicieux morceaux de fiction, où l’intelligence du propos le dispute à la malice du conteur.

J’aime beaucoup Thomas King. Plus je découvre ses écrits, plus j’apprécie sa façon de voir les choses, ironique et mordante. Je le trouve drôle et impertinent. Il dit les choses qu’il ne faut pas dire. Il est rafraîchissant. 

J’avais envie, dans le cadre de Mai en nouvelles, de découvrir Thomas King sous la forme d’écrits courts. J’ai donc choisi de lire le recueil de nouvelles Une brève histoire des indiens au Canada. Le livre porte très bien son titre, même si notre premier réflexe est de penser qu’il s’agit d’un essai. En vingt nouvelles, toutes bien différentes, Thomas King parle de la façon dont les autochtones ont été traités ou sont traités au Canada. 

Il utilise la fiction avec énormément d’ironie pour parler de la relation entre les blancs et les autochtones. Des réserves en passant par l’assimilation, le racisme, la culture, la Loi sur les indiens, ces nouvelles forment un recueil très éclectique. Le style est mordant, comme souvent chez King, mais les histoires sont très différentes. Certaines sont ancrées dans le quotidien alors que d’autres sont beaucoup plus métaphoriques. Derrière ses textes de fiction, on ressent la critique virulente des réserves, de la façon dont le pays a toujours tenté d’effacer la présence autochtone. Thomas King a une plume intelligente et un talent certain pour marquer les esprits. 

Si un ou deux textes m’ont laissée perplexe, la plupart m’ont beaucoup plu et je dirais même que certains sont d’extraordinaires métaphores pleines d’ironie sur la condition difficile des peuples autochtones. Je pense à la nouvelle qui ouvre le recueil et dont le livre porte le titre. Elle fait à peine cinq pages, mais c’est un extraordinaire coup de poing. Idem pour celle qui parle de « chasse aux aînés », de l’homme qui collectionne les « Indiens » sous la forme d’un parc jurassique autochtone ou des « sujets ennemis du pays ». D’autres sont plus légères ou racontent simplement le quotidien. La plupart sont des critiques de la société moderne, de la façon dont l’homme traite la nature et le monde autour de lui. 

« -Les animaux sont devenus une nuisance publique et une menace pour la santé, déclara le maire. Il faut trouver un moyen de les refouler dans la forêt.
-C’est ce que j’ai essayé de vous faire comprendre, dit l’Indien. Il n’y a plus de forêts. »

Thomas King a beaucoup écrit. Son parcours comme auteur est également très intéressant. Son style est unique. Qu’il écrive un essai, un roman, un polar, des nouvelles ou de la poésie, on retrouve son regard acéré et plein d’humour sur le monde qui nous entoure. 

Un auteur que j’aime de plus en plus au fil de mes lectures et que je lis chaque fois avec grand plaisir.

Une brève histoire des Indiens au Canada, Thomas King, éditions du Boréal, 296 pages, 2014

Meurtres avec vue

À la suite d’une enquête non résolue qui a culminé avec la mort de certains de ses proches, Thumps DreadfulWater a quitté la police et la frénésie californienne. Décidé à gagner – tant bien que mal – sa vie comme photographe, il a opté pour la tranquillité des montagnes du Montana. Or, tout n’est pas si calme dans la ville de Chinook et la réserve voisine. De fait, à quelques jours de l’inauguration d’un casino et d’un complexe d’habitation dont les profits assureront un revenu substantiel à la communauté amérindienne, un corps est découvert dans une des luxueuses unités. Dès l’identification du cadavre – un employé de la compagnie responsable de l’installation du système de gestion informatique du casino –, l’intérêt des policiers locaux se porte sur Stanley Merchant. À leurs yeux, son rôle au sein des Aigles rouges, un groupe férocement opposé au projet, le désigne comme le suspect numéro un. DreadfulWater, qui ne croit pas un seul instant à la culpabilité du fils de la cheffe de bande, se sent dès lors obligé de s’impliquer. Il mènera donc discrètement sa propre enquête en suivant plutôt la piste informatique… bien que ce domaine de connaissances soit aux antipodes de ses champs de compétence !

Thomas King est surtout connu pour ses essais, romans et nouvelles. Auteur issu des Premières Nations, il a remporté de nombreux prix. J’ai découvert il y a quelques années qu’il avait écrit une série policière, dont le premier tome a été publié en 2002. Quand j’ai appris la publication de ce livre chez les éditions Alire, j’ai tout de suite voulu le lire. J’étais bien contente qu’on traduise enfin cette série! 

King met en scène un ancien policier reconverti en photographe, Thumps DreadfulWater, un Cherokee curieux et paresseux, qui tente de faire la paix avec certaines blessures de son passé de policier. Suite à un drame qu’il a vécu, dont on apprendra certaines choses au fil du roman, DreadfulWater a déménagé, s’est refait une vie et essaie tant bien que mal de gagner un peu d’argent avec ses photos. Mais la flamme de la justice en lui ne s’est pas éteinte quand il a remisé son uniforme de policier. Le personnage devrait normalement être étoffé au fil des tomes et on devrait connaître un peu plus de choses sur lui dans les prochains livres.

« De toute façon, les souvenirs, une fois libérés, ne pouvaient pas être remis dans la boîte. Pas avant d’avoir causé un maximum de dommages. »

Meurtres avec vue raconte la découverte d’un cadavre dans une unité, alors que la réserve a donné son accord à la construction d’un casino et d’un luxueux complexe d’habitation. Le Buffalo Mountain Resort était un enjeu politique tribal et n’était pas forcément perçu d’un bon œil par les groupes militants. L’inauguration est proche et le cadavre complique un peu les choses tant pour les entrepreneurs que pour la réserve. Naturellement, DreadfulWater ne peut rester à l’écart et y pointe le bout de son nez pour « prendre des photos » et fouiner un peu. Quand les soupçons se portent sur Stanley, le fils de la cheffe de bande (et amante de DreadfulWater), l’ancien policier décide d’enquêter de son côté…

« Les cadavres ne font pas toujours des histoires. Mais en ouvrant la porte, Thumps eut le net pressentiment que celui du Buffalo Mountain Resort en ferait, le net pressentiment aussi que la situation serait embrouillée. Le net pressentiment que ce cadavre-ci allait gâcher autre chose que son début de journée. »

Si l’intrigue est assez intéressante, quoique plutôt classique, c’est vraiment dans les dialogues et dans la créations de personnages si caractéristiques que King excelle. DreadfulWater est un personnage très intéressant, tant par sa façon d’être, son côté un peu paresseux (il aime faire la grasse matinée), sa passion pour le golf, son incompétence en matière d’informatique et ses réparties souvent drôles. C’est la même chose pour plusieurs personnages du roman: Stanley le principal suspect, Claire la cheffe de bande, Ora Mae qui vend des appartements, Beth la médecin légiste, pour ne nommer que ceux-là. Le roman se lit aisément, avec beaucoup de plaisir, puisque suivre DreadfulWater n’est pas forcément un long fleuve tranquille. Mêlé à toutes les étapes de l’enquête, puisqu’il fouine partout, l’ancien policier apporte une dose d’humour à l’histoire. 

« -Je viens de terminer l’estomac. Tu veux voir?
-Non.

-Il ne va pas te mordre.
-Les Navajos n’aiment pas les cadavres.
-Tu n’es pas navajo.
-Non, mais j’ai une sensibilité de Navajo.
-Tu es cherokee, dit Beth. Si ma mémoire est exacte, les Cherokees aiment créer des alphabets et soumettre à la Cour suprême des affaires relatives à la souveraineté. »

Ce qui est intéressant avec Thomas King, c’est qu’il construit une littérature autochtone ouverte et accessible, en disant les choses comme elles le sont. Il est capable d’autodérision, que ce soit par l’entremise de ses personnages ou en jouant avec les idées préconçues sur les autochtones. Il le fait avec beaucoup d’humour et peut aborder sans mal tous les sujets. À notre époque frileuse où l’on doit sans cesse peser nos mots, je trouve qu’il est très rafraîchissant de le lire. Son écriture et sa façon d’amener les situations me plaisent beaucoup. J’ai vraiment adoré ce roman et j’attends la seconde enquête avec grande impatience!

J’ai plusieurs titres de l’auteur dans ma bibliothèque que j’aimerais bien vous présenter au fil du temps, en attendant la traduction de la prochaine enquête de DreadfulWater, prévue pour l’automne 2021. Par la suite, chacune des traduction devraient suivre le calendrier printemps/automne quant aux parutions à venir. Le troisième tome devrait donc paraître au printemps 2022, le quatrième à l’automne 2022 et le dernier tome au printemps 2023. Un calendrier de parutions qui promet de très belles lectures à venir! 

Meurtres avec vue, Thomas King, éditions Alire, 347 pages, 2021

L’indien malcommode

L'indien Malcommode‘ L’Indien malcommode est à la fois un ouvrage d’histoire et une subversion de l’histoire officielle. En somme, c’est le résultat de la réflexion personnelle et critique que Thomas King a menée depuis un demi-siècle sur ce que cela signifie d’être Indien aujourd’hui en Amérique du Nord. Ce livre n’est pas tant une condamnation du comportement des uns ou des autres qu’une analyse suprêmement intelligente des liens complexes qu’entretiennent les Blancs et les Indiens.  »

J’ai toujours été captivé par la culture Amérindienne, depuis tout petit. Je suis né près d’une réserve ce qui a peut-être contribué à mon intérêt, mais c’est principalement en faisant de la généalogie que j’ai découvert que certains de mes ancêtres étaient Amérindiens. Le plus triste, puisqu’il s’agissait de femmes, elles apparaissent dans ma lignée comme des « inconnues » (sauvagesses) puisque l’homme Blanc considérait les Amérindiens comme des « sans âmes ».

Avec ce livre l’auteur souhaitait relater l’histoire des Autochtones d’Amérique du Nord sur quelques centaines d’années, du tout début de l’arrivée des Blancs jusqu’à aujourd’hui. La façon dont l’homme blanc a voulu sortir l’Amérindien de l’homme mais sauver l’homme en l’assimilant à sa propre culture. L’essai est très vaste, il couvre une grande période et s’attarde autant sur les massacres de tout un peuple, que sur la création des réserves et des pensionnats indiens.

Au début de ma lecture, les deux premiers chapitres m’ont semblés difficiles. Ces chapitres m’ont parus comme étant une sorte de glossaire, l’auteur relatant beaucoup de noms afin de n’oublier personne. Par la suite, le livre prend une autre forme et l’histoire est captivante puisqu’on apprend énormément de choses sur ce qui a pu se passer entre l’homme blanc et l’Amérindien.

Le chapitre des pensionnats indiens m’a beaucoup touché. Le taux de mortalité étant épouvantablement élevé, un parent qui était forcé d’y envoyer son enfant n’était pas sûr de le revoir un jour. Et quand il le revoyait, l’enfant avait tellement été coupé de sa langue et de sa culture, qu’il ne le reconnaissait plus.

« Pour la plupart, les pensionnats dans les deux pays étaient surpeuplés. La maladie y régnait. Les abus sexuels et les sévices physiques étaient monnaie courante. Les élèves étaient mal nourris et mal habillés. En 1907, le docteur Peter Bryce envoya son rapport à Duncan Campbel Scott, le surintendant du ministère des Affaires indiennes, où il était dit que le taux de mortalité des élèves autochtones dans les pensionnats de Colombie-Britannique atteignait les 30%. En Alberta, ce taux était de 50%. J’ignore comment Scott a réagi au rapport, mais, en 1910, il écarta le problème du revers de la main en disant que le taux élevé de mortalité dans les pensionnats « ne saurait motiver, à lui seul, une inflexion de la politique du ministère, qui vise à trouver une solution finale au problème indien. » « 

La transmission de la culture Autochtone, à cause des lois, des traités et des gouvernements, est tellement difficile que peu à peu de grands aspects de leurs langues et de leurs coutumes s’éteignent tranquillement. Il est encore tellement complexe de rester un Amérindien en règle pour les lois gouvernementales qu’il s’agit encore une fois d’une façon de limiter la culture Autochtone et d’empêcher sa transmission de générations en générations.

La culture blanche a apporté beaucoup de limites, que ce soit au niveau des terres, des lieux de vie et des règles, au mépris de la culture des Autochtones. Trop souvent, les Blancs auront relocalisé les Amérindiens pour pouvoir exploiter leurs terres jusqu’à saturation.

Encore aujourd’hui, l’Amérindien dérange. Les gouvernements voudraient faire disparaître le « problème amérindien » au lieu de reconnaître ce qu’ils sont, leurs droits et de reconnaître leur culture. La justice est bien trop injuste et inégale entre les blancs et les Amérindiens.

L’auteur aborde énormément d’aspects de l’histoire amérindienne: les différentes tribus, le fonctionnement de chacune d’entre elles, les relations avec le gouvernement, la présence des amérindiens au cinéma, les différents traités signés au fil du temps, la relation avec la terre, etc. Chacun des chapitres débute avec une citation en fonction de l’histoire qui va suivre.

L’auteur termine son livre sur une note positive. Le but de l’essai n’est pas simplement de démontrer du négatif mais, aussi, de montrer ce qui a été fait au fil des années et ce qui peut être encourageant dans les relations entre les deux peuples.

« Mais je dois admettre que, en dépit de ces obstacles, les Autochtones de la fin du XXe siècle et des débuts du XXIe siècle ont commencé à remporter des victoires devant les tribunaux d’Amérique du Nord. Peut-être que, après tout ce temps, la loi du pays va enfin nous favoriser; et alors, nous vivrons heureux jusqu’à la fin des temps. »

La lecture de cet essai de Thomas King m’a donné envie de lire encore plus de choses sur le sujet et d’aller découvrir de plus près la culture amérindienne en participant à certains événements. Je crois que cette lecture est essentielle, parce que plusieurs choses que l’homme Blanc sait des peuples amérindiens est à la fois faussée par des mythes ou des images, à la fois totalement incomplète. Les gens auraient intérêt à lire ce livre pour connaître l’autre côté de la médaille, au-delà des préjugés et des idées préconçues.

Un livre que je recommande fortement. L’auteur, amérindien, s’est documenté pendant des années avant de se mettre à l’écriture de L’indien malcommode. Il vaut la peine qu’on s’attarde à son travail. C’est un livre à lire.

L’indien malcommode, Thomas King, éditions du Boréal, 320 pages, 2017