Le Rival de Darwin

Tout le monde connaît Charles Darwin, le célèbre naturaliste qui élabora la théorie de l’évolution. Mais qu’en est-il d’Alfred Russel Wallace, ami et rival de Darwin, qui découvrit au même moment le concept de la sélection naturelle? Ce livre somptueusement illustré narre l’histoire de Wallace, de ses modestes débuts à ses expéditions et aventures en Amazonie et au sein de l’archipel malais, et comment il fut un immense contributeur à l’une des plus grandes découvertes scientifiques de l’histoire.

C’est en lisant Le dernier caribou que j’ai eu envie d’en savoir plus sur Alfred Russel Wallace, cet explorateur, biologiste et anthropologue. Malgré tout ce qu’il a apporté à la science, l’histoire a plutôt choisie de garder le nom de Darwin plutôt que celui de Wallace en lien avec la théorie de l’évolution. Pourquoi? Cet album documentaire était donc tout trouvé pour aborder le sujet, suivre Wallace dans ses expériences, ses recherches et ses expéditions, et en apprendre plus sur tout le travail qui a été fait par les deux hommes pour élaborer l’une des théories les plus célèbre: celle de l’évolution des espèces.

Le livre de Christiane Dorion est vraiment très intéressant. C’est un album documentaire à la couverture cartonnée et aux pages merveilleusement illustrées par Harry Tennant. On y retrouve des cartes dessinées des explorations de Wallace, des extraits de lettres, des images d’insectes, d’animaux et bien d’autres. Les adultes trouveront aussi leur compte en lisant ce livre jeunesse, puisque le documentaire est aussi intéressant à lire qu’à regarder.

On apprend quel genre de petit garçon était Wallace et pourquoi il a choisi de partir en exploration dans des contrées peu visitées et mal connues. Le livre raconte ses expéditions au fil des ans, son travail pour récolter différentes espèces afin de financer ses voyages et d’acquérir des connaissances sur les espèces et leur environnement. Contrairement à plusieurs aventuriers de l’époque, Wallace n’est pas issu de la bourgeoisie. Personne ne finance ses expéditions et il doit travailler pour trouver l’argent pour poursuivre son travail. On apprend également de quelle façon la route de Wallace croisera celle de Darwin, jusqu’à ce qu’une correspondance et une amitié se noue entre les deux hommes.

« Tous les ouvrages d’histoire naturelle regorgent de détails sur la merveilleuse adaptation des animaux à leur nourriture, à leurs mœurs et aux milieux dans lesquels ils vivent. Mais les naturalistes commencent à regarder au-delà et à penser qu’il doit exister un autre principe qui contrôle les formes infiniment variées de la vie animale. »

On connaît bien Darwin et sa théorie de l’évolution, mais on connaît très peu Alfred Russel Wallace, un naturaliste et explorateur, modeste et autodidacte, qui est tout autant à la base de la théorie de l’évolution que Darwin. Il est bien intéressant de découvrir son parcours.

L’ouvrage est un beau survol de ce que le travail scientifique remarquable de Wallace a apporté au monde. Ça donne envie d’en savoir encore plus!

Le Rival de Darwin. Alfred Russel Wallace et la théorie de l’évolution, Christiane Dorion, illustration de Harry Tennant, éditions Delachaux et Niestlé, 64 pages, 2020

Le dernier caribou

Les populations de caribous forestiers et de bélugas du Saint-Laurent sont dangereusement en déclin. Comment est-ce possible considérant tous les efforts déployés pour les sauver ? Il faut se rendre à l’évidence : nos stratégies de conservation de la nature, fondées sur la protection d’une espèce rare, sont inefficaces. Est-ce trop ambitieux de les changer ? Ne devrait-on pas sauvegarder l’intégrité d’un écosystème auquel sont liés tous les êtres vivants plutôt que de s’attarder au sort d’un seul animal, aussi emblématique soit-il ? Selon Michel Leboeuf, cela implique une prise de conscience sans équivoque qui devrait nous pousser à attribuer à la Nature des droits fondamentaux. Comme ceux que l’on reconnaît à tous les humains sans distinction.

Le dernier caribou est un essai très intéressant sur la biologie, l’évolution des animaux et les problématiques liées à l’écologie. En présentant un portrait des sciences de l’évolution, l’auteur démontre les raisons pour lesquelles certaines espèces sont maintenant menacées et pourquoi notre vision des écosystèmes devraient être revue. En abordant cinq grands facteurs (les espèces exotiques envahissantes, la pollution, l’exploitation à outrance des ressources, le changement climatique et la perte d’habitats), l’auteur tente d’expliquer pourquoi nos tentatives de sauvegarder ces espèces ne fonctionnent pas.

« Quand une espèce disparaît, c’est une certaine manière de vivre, un certain mode d’emploi de la vie sur Terre, une voie différente d’organisation de la matière vivante qui disparaît avec elle. Pour toujours. »

Les thèmes abordés dans ce livre sont intéressants à plusieurs points de vue. Une partie du livre est consacrée aux scientifiques qui ont modulé notre vision de l’écologie et des espèces, ainsi que de la relation qu’elles ont entre elles. On y croise Charles Darwin, naturellement, mais aussi Alfred Russell Wallace que j’ai bien envie de découvrir maintenant, Gregor Johann Mendell, Warder Clyde Allee, William David Hamilton, Carl von Linné, entre autres. Remettre en contexte l’évolution de la pensée scientifique nous aide à mieux comprendre vers quoi nous devrions aller. 

L’auteur nous offre un tour d’horizon des théories de l’évolution des espèces et des théories scientifiques qui ont fait avancer la biologie au fil du temps. On comprend un peu mieux l’héritage de certaines idées qui nous viennent de l’époque victorienne ainsi que notre vision actuelle de la nature et des espèces menacées. On apprend beaucoup de choses sur ce qui se fait ailleurs et sur les initiatives qui ont été testées avec les années. Pour pouvoir élaborer de meilleures stratégies de conservation des espèces menacées, il faut impérativement que notre vision de l’ensemble des écosystèmes change. 

« C’est seulement ainsi que l’on pourra ralentir le rythme actuel d’érosion de la biodiversité, dont nous sommes directement responsables. »

Ce que j’ai beaucoup aimé avec cette lecture, c’est que Michel Leboeuf nous permet de mieux saisir l’écosystème dans son ensemble et apporte des pistes de solutions qui pourraient être appliquées, si notre perception des espèces menacées et des écosystèmes changeait. La reconnaissance d’équipes-espèces par exemple, est une façon différente d’aborder la nature qui nous entoure. Quand on sait par exemple que  l’humain peut héberger environ 1000 espèces, on reconsidère la notion d’espèce d’une façon très différente! La reconnaissance d’un statut juridique à la nature est aussi l’une solution abordée par l’auteur et qui est une voie vraiment intéressante pour réussir à protéger notre nature, une richesse inestimable. Je pense au cas tout récent de la rivière Magpie, sur la Côte-Nord, et de l’adoption d’un nouveau changement juridique. 

« La sauvegarde du territoire, celle de la Terre, requiert de penser à long terme. Au contraire des Premières Nations, la société occidentale carbure aux échéances serrées, gère à courte vue, à court terme. Le maintien du lien qu’entretiennent les premiers peuples avec leur territoire fait partie intégrante de leur culture: il s’exprime par des mots, des récits, des symboles. Ici, nature ne s’oppose pas à culture. Bien au contraire, la première nourrit la seconde, et vice versa. »

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui ma appris énormément de choses et qui permet de modifier notre vision et notre approche des écosystèmes. C’est une lecture passionnante, mais qui m’attriste beaucoup, surtout quand je vois à quel point la considération pour la nature est souvent absente du discours politique. On a donc assurément besoin de ce genre de livres, qui m’apparaissent comme essentiels, puisque l’humain n’a pas encore compris l’importance capitale de la nature, ni à quel point elle est primordiale. Un jour, peut-être, en espérant qu’il ne sera pas trop tard

« Combien d’espèces pouvons-nous nous permettre de perdre avant de voir s’effondrer l’équilibre des milieux naturels? »

Un petit mot sur la photographie qui illustre la couverture du livre. Elle est de Jean-Simon Bégin, un photographe dont j’apprécie énormément le travail et qui partage textes et images de ses expéditions en pleine nature. 

Le dernier caribou, Michel Leboeuf, éditions Multimondes, 186 pages, 2020