Ce n’est pas de la pluie

Recueil de poèmes courts d’une extrême simplicité, Ce n’est pas de la pluie parle à chacun par le caractère universel des turpitudes humaines qu’il décrit. La poésie de Sébastien Ayreault ne travaille pas tant la richesse et le cisellement de la langue que son pouvoir évocatoire. Le style se veut bas, prosaïque, vernaculaire, joyeusement vulgaire, peuplé de références pop, nourrissant une vision personnelle de la poésie contemporaine, sorte de haikus libres made in USA. Ce n’est pas de la pluie réenchante le trivial grâce un humour cinglant, décalé, presque acide. Métaphores filées, pensées fugaces et anecdotes du quotidien se lient pour dire la beauté tout autant que les vicissitudes de la vie, l’aliénation et la dissolution de l’homme dans la société moderne. Un souffle décongestionnant, juvénile, sur le genre parfois sclérosé de la poésie.

Voilà un livre dont j’ai adoré la lecture. Tout d’abord, la page couverture m’attirait. Elle nous transporte l’été, dans le vert franc d’une belle pelouse, où l’artisan qui coupe le gazon offre à celle-ci son ombre projetée par le soleil. 

Puis vient le texte. Une poésie belle, parfois crue, parfois empreinte de tristesse. Le texte est toujours très beau, même s’il y a toujours un petit quelque chose qui fait flancher la beauté. Un petit quelque chose qui accroche et égratigne les mots. 

L’auteur nous amène à voyager avec lui, dans des souvenirs de son passé vécu en France, lors de son voyage au Mexique et dans le moment présent alors qu’il vit maintenant aux États-Unis. Teintée de lumière comme de nuages, c’est avec une plume très poétique, parfois un peu vulgaire, que Sébastien Ayreault entrecroise la poésie et le vécu, à la beauté du texte. 

« L’angoisse,
C’est un truc qui me tombe dessus environ tous les mois, ça dure 3, 4 jours, une horreur, et je mélange ça à la bière et au porno, parce que je ne peux rien faire d’autre, je trouve les livres et les gens dégueulasses, je trouve tout bidon, faux, laid, imbuvable et lamentable, et parfois, parfois, j’envoie tout chier à la corbeille, chansons et pages d’écriture, et j’attends, j’attends que ça passe, que le jour se lève encore, comme chantait Jean-Louis Aubert. »

Le recueil de poésie aborde des thèmes qui tournent autour de l’existence: les bons et les mauvais moments, le suicide, l’angoisse, la déprime, l’idée d’une mort éventuelle, le sourire, les larmes et l’espoir de jours meilleurs. Le recueil est fait sous forme de tranches de vie. La sexualité est plutôt présente, surtout dans ses fantasmes adolescents, ce qui amène un côté parfois vulgaire au texte. Personnellement, ça ne m’a pas dérangé. 

Si la plume de Sébastien Ayreault est magnifique, dans son aspect poétique et sa façon de façonner le texte, sa vision de la vie demeure mélancolique. Le regard qu’il porte sur la vie ou sur son quotidien ponctué parfois par la tristesse ou la déprime, nous offre une forme de poésie à la fois belle et triste. La mort demeure un thème omniprésent dans le texte, mais je n’ai pas trouvé que c’était lourd. Le contraste est saisissant, c’est ce qui fait la particularité et la beauté de sa plume, malgré tout. 

« Y a des poèmes qui ne valent
Pas grand-chose
Et quand on les déplie
Ils jouent de l’accordéon. »

Ce recueil de poésie a été une très belle découverte pour moi. Je l’ai choisi un peu au hasard, attiré par la couverture. J’ai découvert un auteur qui m’a plu et des mots qui m’ont touché. L’auteur parle de ce qui lui passe par la tête et de ses souvenirs. Il se sert de son vécu, sous forme de journal poétique, afin de mettre en mots et en images, ses sentiments et sa vision de la vie. J’ai lu le recueil une seconde fois en l’ayant terminé et cette lecture m’a semblée tout aussi belle.

Un auteur que je relirai assurément et une très belle découverte pour moi. 

Ce n’est pas de la pluie, Sébastien Ayreault, éditions Au diable Vauvert, 208 pages, 2019

Et arrivées au bout nous prendrons racine

Et arrivées au bout nous prendrons racineIl y a le retour prudent sur le chemin des origines, le long de la côte, où les maisons boudent. La poésie mène alors à l’enfance, paraît gourmande, des bleuets en confiture, un cœur de lièvre sous la dent. Ici, les bonheurs disponibles s’empilent sur tout ce dont on ne parle pas, des pères horizon, des mères à la gorge inquiète. Et arrivées au bout nous prendrons racine annonce la réconciliation avec un territoire, ce lichen millénaire parmi lequel s’en vont renaître femme et fille, main dans la main, ébruite ce nord hostile et fertile, fait de grands espaces et de petites choses. De doigts gelés et de pain chaud. Et, surtout, de silence.

Originaire de Natashquan sur la côté nord, l’auteure nous transporte dans une poésie riche en images qui nous amènent littéralement dans le passé, dans son enfance. Les images de divers moments s’entrecroisent au fil des mots, relatant la nature, les petites douceurs, les moments en famille. Tout ce qui nous berçait dans un passé pas si lointain.

« tête de bataille
d’oreillers

je me réveille
te grimpe quatre à quatre
c’est la nuit c’est les vacances c’est quand
que t’es arrivé
tu m’as ramené
des piasses en chocolat »

Sa poésie est faite de lieux passés, de gourmandises au goût de fruits, d’une Crush aux fraises, des bonbons du dépanneur. De petites choses du quotidien qui sont encore bien présentes à notre esprit. La beauté de la nature qui touche notre esprit, les routes qui nous ont fait voyager, les différents moments passés en famille, le retour aux racines, profondes et solides, pour mieux forger le présent et l’avenir.

La cuisine est très présente et les souvenirs qui y sont rattachés sont vivants et visuels. Parfois l’ennui ou l’inquiétude se pointent au détour des mots, pour nous plonger dans une atmosphère familiale faite de mémoire et de silence.

« derrière les bardeaux de peur
ça sent la poussière

d’heures
elles s’accumule le long des soirs
et devant la porte
le prélart roule
d’ennui »

Je perçois cette poésie comme une renaissance. C’est une façon de se ressourcer en puisant dans un passé riche en saveurs et en émerveillement. Une façon de retrouver ce qui a été, pour mieux harmoniser le présent.

Une poésie qui se lit aisément. La plume est très fluide, très belle. Les mots coulent comme l’eau d’une source. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette découverte. Le texte nous ramène à l’enfance, c’est donc une poésie qui nous offre simplicité et candeur, avec une certaine profondeur. L’auteure se remémore des souvenirs d’enfance et par le fait même, nous ramène un peu à certains de nos propres souvenirs. Des choses qui habitent le paysage autour de nous et qui vivent dans les mémoires.

Une belle lecture.

Et arrivées au bout nous prendrons racine, Kristina Gauthier-Landry, éditions La Peuplade, 128 pages, 2020

Le sentier blanc

sentier blancDes notes de musique habitent les lieux. Vassilis Tsabropoulos se tient tout près de moi. Sur le tourne-disque, Anja Lechner attend ; elle animera son instrument bientôt. À l’extérieur, des flocons s’agglutinent aux glaçons pendus à la gouttière ; les dénivelés de la tempête cachent toute trace de pas. Le grand désert lutte. Je reviens vers la broderie tressée de fleurs et de pavillons. Pays froid, dévisagé d’engelures comme à la guerre. C’est dans cette solitude que glissera l’archet.

Le sentier blanc m’a attirée à cause de l’évocation en quatrième de couverture, de musique et de froid hivernal. J’ai donc eu envie de découvrir le livre, une petite plaquette épurée à l’écriture tranquille et reposante.

« Des bourrasques s’entêtent sur la grange des veaux. Les bâtiments sont des forces creuses, comme cette pipe qui ne sert plus dans le cendrier. L’hiver au plus fort, là-bas, ce ne sont pas des touffes végétales. Quelques caribous se hasardent, risquent des enjambées qui ne veulent pas déranger le silence. Cherchent-ils un endroit où tomber, une crevasse sur la table d’harmonie? »

Olivier Bourque évoque le passage des saisons, mais principalement le froid de l’hiver, de la nature et des animaux qui y vivent. Il nous parle de migration d’oiseaux, de bêtes qui cherchent à manger, de lieux envahis par la glace et la neige, du froid. Cette portion du texte est mise en contraste avec une autre partie, abordant la musique et la douceur d’une maison, d’une vie habitée par les grands-parents et par le souvenir de jours passés.

Il y a quelque chose d’aussi magnifique que reposant dans l’écriture de l’auteur qui évoque le bonheur de la musique, versus la rudesse des éléments. Toujours en lien avec le charme d’une vie d’avant, de ce que faisaient nos grands-parents. On imagine aisément notre coin de pays balayé par les vents et les rafales de neige, la musique glissant dans nos maisons de bois.

« Pour boire, j’ai dû casser la glace. Quelques débris, puis la fumée d’un souvenir: pagayer dans peu de profondeur, ne pas chercher dans l’immensité paisible; sur l’eau, entre les cohortes de pierres, défaire les stries de mousse. »

J’ai particulièrement aimé cette poésie, où la nature est omniprésente, où il y a une forme de nostalgie du temps passé et où les mots prennent, pour moi, une forme très visuelle. C’est une poésie contemplative, agréable à lire, que je ne peux que vous conseiller. Une bien belle découverte!

Le sentier blanc, Olivier Bourque, éditions Tryptique, 66 pages, 2017

Quelqu’un m’attend derrière la neige

Quelqu'un m'attend derrière la neigeC’est la nuit de Noël.

Un livreur de gelati désenchanté file dans son petit camion jaune entre l’Italie et l’Angleterre. Une hirondelle venue d’Afrique s’entête à voler vers le Nord dans le froid de l’hiver.

Invisible, un troisième personnage avance dans la même direction à travers la neige.

Il joue sa vie en secret.  

« Les hirondelles ne fêtent pas Noël. »

Voilà comment commence l’album de Timothée de Fombelle, illustré par Thomas Campi. Étonnamment, l’hirondelle de l’histoire file vers le nord en faisant totalement l’inverse de tous les autres oiseaux de son espèce.

Freddy de son côté, s’entête à vouloir livrer sa cargaison de gelati, alors qu’on lui a clairement dit de rentrer chez lui. L’entreprise qui l’emploie ne va pas bien. Freddy n’a plus de travail. Il n’a pas envie de rentrer. Il ne sait pas ce qu’il fera de ses journées. La solitude lui pèse. Parfois il passe de très longs moments sans parler à personne.

C’est un concours de circonstances qui va permettre à trois personnages de cette histoire d’entrer en contact et, en quelque sorte, de sauver deux d’entre eux. Un de la solitude, l’autre de la mort.

Je trouve très difficile de parler de ce livre sans dévoiler ce qui est essentiel. Les liens entre les personnages et les événements créent un beau conte qu’il vaut mieux découvrir en sachant le moins de choses possibles. L’histoire ne prend pas forcément la tournure que l’on imagine, mais le message derrière est très beau.

À noter les magnifiques illustrations qui prennent souvent une ou deux pages entières et qui donnent tout de suite le ton à l’histoire. Elles sont absolument merveilleuses et l’ambiance de l’album est à la fois intime et feutrée.

Quelqu’un m’attend derrière la neige est une histoire touchante sur la synchronicité et les hasards qui n’en sont pas. C’est aussi un conte sur ces événements qui s’enchaînent et dont on ne comprend pas forcément la raison sur le moment… Une fabuleuse histoire!

Cet album est conseillé à partir de 7 ans. Il plaira tout autant aux adultes, à cause de son message qui touchera de façon différente les plus grands.

À découvrir.

Quelqu’un m’attend derrière la neige, Timothée de Fombelle, illustrations de Thomas Campi, éditions Gallimard jeunesse, 56 pages, 2019

Un Noël d’enfant au pays de Galles

un Noël d'enfant au pays de gallesLe grand poète Dylan Thomas se souvient des Noëls de son enfance dans ce beau texte devenu un classique. Un parfum de Noël authentique, de Noël d’antan, que restitue Peter Bailey avec toute la fraîcheur joyeuse et délicate de ses aquarelles.

J’ai lu Un Noël d’enfant au pays de Galles pour la première fois il y a des années, dans une toute autre édition. Ce texte m’avait profondément marquée. Dylan Thomas a une plume rare, classique, magnifique. C’est un poète qui devrait être plus largement lu et découvert. Son univers en vaut la peine.

Je suis ravie de cette réédition par Gallimard Jeunesse, qui permet un nouveau souffle à ce classique intemporel. Le texte est magnifique, la poésie de Dylan Thomas se retrouve même dans ses souvenirs de Noël, entre péripéties, matins de Noël et imaginaire, au cœur d’un hiver enneigé.

« C’était l’après-midi de la veille de Noël et j’étais dans le jardin de Madame Prothero, à guetter les chats avec son fils Jim. Il neigeait. Il neigeait toujours à Noël. Décembre, dans ma mémoire, est blanc comme la Laponie… »

Sous la plume de Dylan Thomas, les boules de neige deviennent des « boules de vacances », les collines enneigées ont les « courbes d’une harpe » et une simple promenade au village devient une véritable expédition peuplée de fantômes, de chiens de sauvetage et d’hippopotames venus tout droit de l’imagination des enfants.

J’adore cette nouvelle édition puisque pour moi, tant par son texte, son format que par son côté très imagé, c’est un livre qui fait le pont entre les générations. Entre les souvenirs de Noël d’un écrivain né en 1914 et les dessins colorés et plein de vie de Peter Bailey, ce très beau livre de Noël peut être lu par les adultes comme par les enfants. C’est un bel outil pour partager les souvenirs de Noëls d’antan en comparaison avec les Noëls d’aujourd’hui. Le présent côtoie le passé, les souvenirs peuvent s’entremêler aux festivités présentes. Une magnifique façon de faire connaître un beau classique gallois.

« Il y avait des cloches d’église, aussi, […] dans les beffrois noir chauve-souris, blancs de neige, sonnées par des évêques et des cigognes. Et elle tintaient pour répandre leurs nouvelles sur la ville pansée de frais, sur l’écume gelée des collines de poudre et de crème glacée, sur la mer craquelante. On aurait dit que toutes les églises tonnaient de joie sous ma fenêtre; et les girouettes, sur notre clôture, grinçaient Noël. »

On qualifie souvent Dylan Thomas d’intraduisible, tant sa plume est particulière. Pourtant la traduction de Lili Sztajn pour cette édition est exemplaire. On y retrouve la magie particulière des souvenirs d’enfance de Dylan Thomas, alors qu’il vivait au pays de Galles.

Un Noël d’enfant au pays de Galles est un vrai petit bijou! Tendre, drôle et lumineux, c’est un album à découvrir assurément. Son petit format à la couverture rigide en fait un très bel objet, un livre à la fois pour enfant et pour adulte, qui plaira assurément aux petits comme aux plus grands.

Un vrai classique de Noël à lire et relire, pour notre plus grand bonheur!

Un Noël d’enfant au pays de Galles, Dylan Thomas, illustré par Peter Bailey, éditions Gallimard Jeunesse, 80 pages, 2015