Sapiens t. 2: Les piliers de la civilisation

Avec la révolution agricole, les Sapiens cohabitent non plus par dizaines d’individus, mais par millions… Pour se nourrir, partager des informations et simplement vivre ensemble, les humains érigent alors les piliers de la civilisation, mais tombent aussi dans un piège dont nous ne sommes pas encore sortis! Et si notre présent s’était joué il y a 12 000 ans ?

J’avais adoré ma lecture de Sapiens: la naissance de l’humanité qui était vraiment passionnante. J’avais donc très hâte de lire le second tome pour poursuivre ma découverte de l’histoire de l’évolution de Sapiens et donc, de notre monde. J’ai débuté la lecture de ce second volet qui ne pas m’a déçu du tout. Je l’ai tout autant adoré que le premier. Il faut dire que la formule demeure la même et que c’est vraiment bien construit justement pour apprendre une foule de choses.

Dans ce second tome, on retrouve les mêmes « personnages » principaux que dans le premier tome, soit l’auteur, Yuval, accompagné de différents scientifiques. À leurs côtés, nous abordons les débuts de la révolution agricole et le développement des différentes civilisations. La bande dessinée aborde plusieurs grands thèmes autour de l’évolution de Sapiens, thèmes qui vont dans la continuité de ce que nous avons découvert dans le premier volet. On apprend beaucoup de choses sur la sédentarisation, la domestication des animaux, l’industrie laitière, l’esclavage, l’écriture, la bureaucratie et les hiérarchies sociales. Pendant la révolution agricole, la nourriture se fait également moins rare. Puisqu’elle est plus facilement accessible, les couples ont plus d’enfants, il y a donc plus de gens dans un plus petit espace et les sociétés se développent et s’agrandissent. 

L’auteur parle également de ce qu’on appelle les ordre imagés. Ils servent à donner une cohérence à la société en lui imposant des règles, des lois et donc, en facilitant la gestion d’un grand groupe d’humains. Cela permet une meilleure coopération. De là, la création des hiérarchies.

« Comment amener les gens à croire à un ordre imaginé? Premièrement… Il faut que tous les individus concernés soient convaincus que les ordres imaginés n’ont rien d’imaginaire. Vous ne devez jamais reconnaître que c’est une invention humaine. Il faut affirmer que l’ordre qui soutient la société est une réalité objective… créée par les grands dieux ou les lois de la nature. »

En formant des sociétés, de grandes civilisations, des groupes, des modèles à suivre, l’homme devient plus fort et donc, c’est ce qui lui permet de se démarquer des autres êtres vivants. Ça apporte des points positifs mais également des points négatifs. La notion de temps, de l’usage qu’on en fait, amène des problèmes et des maladies. Un retour en arrière est donc quasi-impossible, notre savoir ayant été dilué, chacun ayant une spécialité propre dans la société. Beaucoup plus qu’à l’époque des premiers hommes où de grandes connaissances de survie, de recherche de nourriture et de l’environnement étaient indispensables.

L’agriculture afin de se nourrir ainsi que la sédentarisation permettent éventuellement le développement des chiffres et des lettres. On voit alors l’émergence de l’écriture, de la comptabilité et de la bureaucratie. Toutes ces nouvelles réalités amènent du même coup plusieurs inégalités, par exemple les travailleurs manuels par rapport aux dirigeants, l’accession variable aux richesses et à de meilleurs conditions de vie. 

« Les fourrageurs n’ont jamais eu besoin de se souvenir ni de traiter de grandes quantités de données mathématiques. Car un fourrageur n’avait pas besoin de se rappeler le nombre exact de fruits sur chaque arbre de la forêt. Le cerveau humain n’a donc jamais été adapté au stockage et au traitement des chiffres. Voilà pourquoi, même après la révolution agricole, Sapiens rencontra de réelles difficultés à fonder de grands royaumes et des empires. »

L’auteur emploie ici les mêmes procédés que dans le premier tome pour nous relater l’évolution de l’humanité. On y retrouve par exemple plusieurs ajouts à même la bd. Je pense à ces histoires intitulées Les nouvelles aventures de Bill et Cindy qui sont des bd ressemblant aux Pierrafeu, qui nous racontent le passé afin de mieux comprendre, en humour, ceux qui nous ont précédés et l’évolution de l’humain. L’ajout de contenu supplémentaire permet de saisir un peu mieux le concept de l’évolution et les révolutions qui ont apportées de grands changements chez l’homme. 

Sapiens est vraiment une série que je vous conseille. C’est abordable, accessible, facile à comprendre. On passe un très bon moment à découvrir l’évolution de Sapiens et à mieux saisir d’où l’on vient. Le dessin me plaît aussi beaucoup.

Une bd vraiment passionnante et instructive où l’on apprend énormément de choses. Il y aura un troisième tome qui parlera de la façon dont Sapiens tente de conquérir et d’unifier la planète. J’ai déjà hâte de le lire!

Mon avis sur le premier tome.

Sapiens t. 2: Les piliers de la civilisation, Yuval Noah Harari, David Vandermeulen, Daniel Casanave, éditions Albin Michel, 260 pages, 2021

Sapiens: la naissance de l’humanité

Animal insignifiant parmi les animaux et humain parmi d’autres humains, Sapiens a acquis il y a 70 000 ans des capacités extraordinaires qui l’ont transformé en maître du monde. Harari, Vandermeulen et Casanave racontent avec humour la naissance de l’humanité de l’apparition de Homo sapiens à la Révolution agricole. Une bande dessinée pour repenser tout ce que nous croyions savoir sur l’histoire de l’humanité.

Yuval Noah Harari a fait paraître il y a quelques années le livre Sapiens. Voici cet ouvrage en bande dessinée, créé avec David Vandermeulen et Daniel Casanave. Et quelle bd! 

Le narrateur et le personnage principal de la bd est nul autre que l’auteur, Yuval Noah Harari, qui va à la rencontre d’experts, d’anthropologues, de biologistes et de scientifiques afin de mieux comprendre le développement de l’humain et son évolution au fil des siècles. Je dois l’avouer, c’est une bande dessinée que j’avais bien hâte de découvrir et qui m’attirait plus que l’essai d’origine. J’ai eu énormément de plaisir à lire cette bd, qui est le premier volet de Sapiens. La suite est à paraître très bientôt.

Voilà un ouvrage véritablement passionnant, qui peut se lire facilement d’une traite. Le texte est très abordable et accessible. L’auteur utilise l’humour pour captiver et faire rire le lecteur, sans toutefois mettre de côté tout l’aspect documentaire. On y apprend une foule de choses. C’est amusant de suivre Yuval dans son parcours et ses rencontres avec des spécialistes. Le ton est très agréable.

Le livre commence au tout début de l’humanité et parle d’au moins six types d’humains. À partir des portraits de ces six races d’hommes, qui se sont parfois croisées, la bande dessinée explique l’évolution qui a conduit l’Homo sapiens jusqu’à nous. On comprend alors les raisons pour lesquelles les autres races d’humains se sont éteintes, laissant la place à celui qui deviendra l’humain d’aujourd’hui. On y découvre énormément de choses, allant de notre développement à notre évolution, ainsi qu’à notre rapport à la nature. L’histoire de l’homme étant étroitement liée à son environnement, on y découvre à quel point Sapiens a eu de l’influence sur ce qui l’entourait. 

Cette bande dessinée est tellement bien construite qu’elle nous permet d’aborder beaucoup de sujets variés en lien avec l’évolution humaine. Par exemple, le développement du cerveau. J’ai appris avec étonnement que notre cerveau est plus petit qu’avant. Au fil du temps, l’humain s’est spécialisé, notre savoir est beaucoup plus concentré sous forme de niches et donc on en demande un peu moins à nos neurones. Nous sommes en quelque sorte moins diversifiés puisque notre survie n’est plus vraiment un enjeu quotidien. On en apprend plus sur le développement de nos sociétés. Il y a également tout un chapitre sur la fiction, soit ce que l’homme a créé, comme les gouvernements, la religion, les obligations en société, les lois, qui n’existaient pas avant mais qui régissent le quotidien et qui ont un effet rassembleur. Ce qui donne la puissance nécessaire à l’humain pour dominer en quelque sorte la planète et son environnement.

On apprend également la façon dont Sapiens voyageait d’une région à l’autre, sa manière de se nourrir, le développement de ses techniques de chasse, de conservation des aliments, bref, tout ce qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui, après des années d’évolution. On parle beaucoup du Sapiens comme du fourrageur. Le fourrageur est en fait le chasseur-cueilleur avant la révolution agricole. Il est intéressant de comprendre l’histoire de notre évolution mais aussi, ce qui a mené à la place que nous occupons aujourd’hui sur Terre. L’ouvrage s’intéresse aussi aux tribus qui n’ont pas eu beaucoup de contacts avec les sociétés d’aujourd’hui, afin d’essayer de comprendre leur fonctionnement et par ricochet, de mieux comprendre nos ancêtres. On y découvre que Sapiens avait une grande capacité d’adaptation. 

Un aspect très intéressant et amusant de cet ouvrage, c’est la façon qu’ont les auteurs de changer la narration. Ils passent par plusieurs formes de narration: enquêtes, entretiens, rencontres avec un super-héros, fausses publicités, comics comme ceux que l’on retrouve dans les journaux et épisodes de séries. Par exemple, vu la façon cavalière qu’a l’Homo sapiens de traiter le monde autour de lui, on en fait son procès dans la bande dessinée. Le ton est humoristique et très convivial. Ce choix apporte une touche de légèreté et de rires, c’est une approche amusante pour mieux comprendre l’histoire de l’homme. Cette façon d’appréhender notre humanité permet d’assimiler encore plus les propos des auteurs. Une excellente façon pour capter l’attention et se renouveler. On ne s’ennuie jamais. Visuellement, j’aime énormément le dessin. Les couleurs de cet album sont rayonnantes et c’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié tout au long de ma lecture. Le coup de crayon est très beau. On y retrouve plusieurs cartes également.  

Sapiens: la naissance de l’humanité est un véritable petit chef-d’œuvre. Tout à fait le genre de livre à offrir (ou à garder précieusement pour soi!) C’est un ouvrage accessible aux jeunes qui sont de bons lecteurs et aux adultes. Le sujet est extrêmement bien documenté. C’est vraiment passionnant! Elle nous permet de mieux définir le monde qui nous entoure et son évolution. J’ai adoré cette lecture qui m’a appris énormément de choses sur nous, sur le développement de notre intelligence, de notre position sur la Terre, sur le développement de nos sociétés. On comprend bien le parcours de Sapiens et le livre offre des réponses intéressantes sur notre évolution. J’ai tellement aimé cette bd que je suis impatient de découvrir la suite. Je vous conseille fortement cette excellente lecture!

Sapiens t.1: la naissance de l’humanité, Yuval Noah Harari, Daniel Casanave, David Vandermeulen, éditions Albin Michel, 248 pages, 2020

Si ça saigne

Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…

Si ça saigne: un recueil de quatre nouvelles de Stephen King. Quatre excellentes nouvelles dont l’une est la suite directe du roman L’Outsider. J’avais tellement aimé ce roman que j’étais très heureuse de retrouver Holly, Jerome, Ralph, Barbara et plusieurs références à l’enquête. Cette histoire de L’Outsider est vraiment très prenante et très originale. Si vous n’avez pas lu le roman, j’en profite pour vous le suggérer. C’est une atmosphère inquiétante qu’on a beaucoup de mal à lâcher! J’étais donc très contente de voir qu’une nouvelle faisait suite à cette histoire. Holly est un personnage différent et attachant. Je crois que Stephen King avait hâte d’y revenir aussi, surtout si je me fie à sa note en fin de recueil. Je me suis donc un peu retenue pour ne pas me lancer dans la troisième nouvelle du livre et plutôt les lire dans l’ordre de présentation. 

Voici un petit résumé des quatre histoires de ce recueil: 

Le téléphone de M. Harrigan
Cette nouvelle se déroule au tout début des nouvelles technologies. Craig est un jeune garçon engagé par son nouveau voisin Harrigan pour lui faire la lecture et s’occuper de ses plantes. L’homme lui offre un petit salaire (de radin, selon le père de Craig) et quelques billets de loto de temps à autres. Quand Craig gagne, il offre un téléphone intelligent première génération à Harrigan qui va alors découvrir le « World Wide Web ». J’ai adoré cette histoire qui parle de plusieurs générations et de l’apprentissage des nouvelles technologies. Avec un petit frisson en prime! 

La vie de Chuck
Cette nouvelle débute alors que nous sommes dans un monde apocalyptique, où partout des affiches apparaissent: « Charles Krantz. 39 années formidables! Merci, Chuck! » Si le début est un peu déstabilisant, la suite est à la fois belle, triste et terrifiante. Cette histoire est très intéressante à cause de sa construction atypique. Elle est présentée de façon antichronologique en trois parties, qui racontent des moments précis de la vie de Chuck.

Si ça saigne
C’est l’histoire que j’attendais avec le plus d’impatience, puisqu’elle reprend le contexte de L’Outsider, quelques temps après. On retrouve donc Holly et les autres, ainsi que l’agence Finders Keepers. Une explosion dans un collège qui fait plusieurs victimes trouble énormément Holly. Dans le secret, elle va donc se pencher sur cette affaire et faire quelques recherches. Dans le même genre que L’Outsider, cette nouvelle est pleine de rebondissements. J’ai adoré! Ça se lit tellement bien et c’est très prenant. 

Rat
Drew est professeur. Il a publié quelques histoires et quand il s’est essayé à un roman quelques années auparavant, il a sombré dans la dépression et a failli mettre le feu à sa maison. Quand il annonce à nouveau à sa femme qu’il a une idée de roman et va partir un mois au chalet de son père pour écrire, elle est soudainement très inquiète… et avec raison! Une histoire incroyable et inquiétante. J’aime toujours beaucoup quand King met en scène des écrivains. 

Plus je lis King, plus je l’aime! Qu’il écrive des romans, des nouvelles, qu’il tende plus vers le fantastique ou l’horreur, il me surprend toujours. Les quatre nouvelles sont bonnes, étonnantes et variées, tant dans la construction que dans le thème, même si certaines choses reviennent toujours un peu chez King, peu importe ce qu’il écrit. Il parle beaucoup des nouvelles technologies par exemple. Avec la première nouvelle, c’est le tout début des téléphones intelligents et de la découverte des possibilités. Dans Si ça saigne, on est au cœur de l’informatique et de tout ce qui nous est offert présentement. J’aime définitivement beaucoup King parce que ses écrits s’insèrent parfaitement dans notre époque, sont de vraies critiques de notre société, mais toujours aussi avec un petit côté nostalgique du temps passé. Ça me plaît énormément!

« Maintenant, je pourrais croire à tout et n’importe quoi, je pense, des soucoupes volantes aux clowns tueurs. Car il existe réellement un deuxième monde. Et il existe parce que les gens refusent d’y croire. »

La nouvelle n’est pas toujours un genre privilégié par plusieurs lecteurs. C’est dommage mais si vous n’aimez pas les nouvelles, King pourrait être une très bonne façon d’aborder ce genre. Il est bon pour en écrire car elles sont tellement longues, complètes et descriptives, qu’on dirait de petits romans.

« Et quand on grandit dans un endroit sans feux rouges, avec des routes de terre, comme Harlow, le monde extérieur est un endroit étrange et attirant. »

De mon côté, j’ai passé un excellent moment avec ce recueil. C’était vraiment très très bon, si bien que j’avais beaucoup de mal à le lâcher, ne serait-ce que pour aller travailler… King me fait toujours cet effet. C’est drôle parce que lorsque j’étais adolescente, King était aussi très à la mode. Ses livres me faisaient très peur et je n’arrivais pas à le lire. Mais aujourd’hui, il aborde tellement de sujets, joue avec tellement de styles différents, que plus je le découvre, plus j’adore le lire, qu’il s’agisse de ses premiers livres ou des plus récents.

« La réalité était profonde. Lointaine. Elle renfermait d’innombrables secrets et ne connaissait pas de limites. »

Je vous conseille donc fortement la découverte de Si ça saigne. Si vous avez déjà lu (et aimé) L’Outsider, n’hésitez même pas! C’est un bonheur de retrouver Holly et le même univers que le roman. Bonne lecture! 

Si ça saigne, Stephen King, éditions Albin Michel, 464 pages, 2021

Hiver: cinq fenêtres sur une saison

Hiver cinq fenêtres sur une saisonCinq fenêtres grand ouvertes sur la plus austère des saisons, comme autant de façons d’en proposer une histoire sociale et culturelle. Cet essai, poétique et abondamment documenté, puise dans l’art, le sport, l’urbanisme et l’histoire pour décrire les mille facettes de l’hiver: le chauffage au charbon, le patin, l’art romantique, les grandes explorations polaires, les fêtes de fin d’année, la littérature russe, l’art pictural japonais, le hockey ou la retraite de Russie de Napoléon. Avec élégance et érudition, Adam Gopnik sonde aussi les sentiments et attitudes qu’inspire l’hiver et montre comment ceux-ci changent avec le temps et la distance, donnant ainsi à lire une représentation commune et humaine du froid et de la neige. L’hiver, qu’on ne trouve jamais aussi beau qu’à travers les fenêtres givrées d’une demeure chaude et protectrice, évoque aussi une grande vérité anthropologique: c’est toujours de l’intérieur que nous appréhendons le mieux le monde extérieur.

J’aime passionnément l’hiver, tout comme Adam Gopnik. Ce livre avait donc tout pour m’attirer et je n’ai vraiment pas été déçue. C’est même un gros coup de cœur! Hiver: cinq fenêtres sur une saison, porte merveilleusement bien son titre. Choisir d’écrire un livre sur cette saison souvent perçue comme austère, à une époque où une grande majorité des gens préfèrent l’été, c’est un beau défi… qui a été parfaitement relevé par l’auteur.

Tout d’abord, cet ouvrage aborde l’hiver avec un regard nouveau, d’un point de vue différent. À travers cinq grands thèmes – les cinq fenêtres – l’auteur entreprend de nous offrir un nouveau regard sur cette saison autrefois perçue comme froide, mortelle, très peu invitante. C’est lorsque l’hiver ne devient plus seulement une histoire de survie, mais aussi un moment pour profiter des joies de la neige tout en chérissant la chaleur d’un foyer bien chauffé, que la perception de l’hiver s’est mise à changer.

Les cinq chapitres de cet ouvrage nous présentent l’hiver sous différents aspects. La première fenêtre, L’hiver romantique, s’attarde sur la perception au fil des ans de cette saison froide. L’auteur nous parle des romantiques, de la perception de l’hiver dans la littérature, des changements qui sont survenus au fil des ans sur notre façon de vivre l’hiver. Avec le chauffage central et des moments pour relaxer, l’hiver passe de saison dure et austère à une saison où il fait bon mettre le nez dehors.

« La conquête de l’hiver, en tant qu’acte à la fois physique et imaginaire, est l’un des grands chapitres de la renégociation des frontières du monde, des lignes que nous tirons entre la nature et les sentiments qu’elle nous inspire, qui caractérise l’ère moderne. »

De William Cowper à Vivaldi, en passant par Krieghoff, Schubert, Debussy, Andersen et même Wilson Bentley le premier photographe connu de flocons de neige, l’auteur nous fait visualiser la façon dont la perception de l’hiver a modifié la musique, les arts, la littérature, la culture. Ma plus belle découverte via cet ouvrage a été Fanny Hensel et sa série d’œuvres saisonnières pour piano. C’était la petite sœur de Mendelssohn.

La seconde fenêtre est celle de L’hiver radical. On y parle de Frankenstein, de Glenn Gould, d’Harry Somers, un compositeur canadien et d’Edgar Allan Poe. Pourquoi? Parce qu’il y est question du deuxième thème de ce livre: les expéditions polaires. Pôle Sud, Pôle Nord, qu’est-ce qui a poussé l’homme à vouloir sans cesse explorer et tenter sa chance dans des déserts de glace où il n’y avait bien souvent rien? Qu’est-ce qui nous pousse encore à lire aujourd’hui ces récits d’aventure en rêvassant? Ce chapitre parle de John Ross, Sir John Franklin, E.K. Kane, Apsley Cherry-Garrard, Sir Falcon Scott, Frederick Cook, Robert Peary, Robert Scott, Roald Amundsen, Ernest Shackleton. Un chapitre sur la folie et le courage, sur l’attrait des grands espaces glacés et vierges. Un chapitre totalement passionnant qui nous donne envie de lire tous ces récits d’explorateurs téméraires.

La troisième fenêtre est celle de L’hiver réparateur. L’hiver des célébrations. Noël comme fête hivernale par excellence et sans doute l’une des célébrations les plus importantes à travers le monde. De quelle façon l’hiver a pu devenir l’hôte d’une fête lumineuse et pleine de promesses? De quelle façon Noël est maintenant ce qu’elle est, une fête axée sur les présents, la neige, les amis et la famille? Il y est question des saturnales et des calendes, du solstice d’hiver et de Yule, de Charles Dickens, de la Trève de Noël, de la poésie, de l’époque victorienne où tout a changé, de la laïcité, du message de Noël, des cantiques, du caricaturiste Thomas Nast et de la façon dont Noël s’est peu à peu transformée en commerce. Passionnant portrait social, ce chapitre nous éclaire sur la façon dont nous célébrons en plein cœur de la saison froide.

« Si la planète a mondialisé Noël, Noël a étendu l’hiver au monde entier. La fête d’hiver a conquis désormais l’ensemble du continent: la neige artificielle, les faux glaçons, le givre tant prisé par Goethe vaporisé sur des fenêtres californiennes en l’honneur d’une déité germanique que Goethe n’aurait pas pu imaginer: le père Noël. »

La quatrième fenêtre est celle de L’hiver récréatif. Les sports d’hiver en général et le hockey plus précisément. On y parle de musique qui rend hommage au patinage et de tableaux qui ont été créés avec le même but. Lorsque les plaisirs des sports d’hiver ont été découverts, ils ont fait de la saison froide une saison de jeux et de vitesse. Une saison qui bouge. Les ponts de glace permettaient des déplacements impossibles pendant la saison chaude. Les patinoires offraient des lieux de rencontres inestimables. On en apprend plus sur la création du hockey et sur les sports d’équipes qui se sont développés. L’invention du week-end a contribué à nous offrir plus de moments de loisirs. Un chapitre où l’on croise Samuel Pepys tout autant que Maurice Richard.

La cinquième et dernière fenêtre est celle de L’hiver remémoré. On y parle d’urbanisme, de villes d’été et de villes d’hiver, de la ville souterraine, de la voiture en hiver, de la littérature et de la musique. On y parle de l’hiver comme lieu de mémoire et de souvenirs.

« L’hiver ajoute de la profondeur et de l’obscurité à la vie ainsi qu’à la littérature, et dans l’été sans fin des tropiques ni la pauvreté ni la poésie […] ne semblent capables de profondeur: la nature y est trop exultante, trop résolument extatique, comme sa musique. Une culture centrée sur la joie est forcément superficielle. » – Walcott

Poèmes polaires et cinéma se côtoient dans ce chapitre, au son d’une musique pleine de souvenirs. Ce chapitre nous parle également d’écologie. De cette perte du froid, de ce droit au froid. De la disparition des neiges d’antan comme souvenir collectif et de l’hiver dans notre imaginaire. De l’hiver comme saison en voie de disparition…

« L’hiver, la saison qu’il fallait endurer, est désormais la saison qu’il faut préserver. »

Ce livre a été un gros coup de cœur. Quand je l’ai terminé, mon livre avait des airs d’arc-en-ciel avec des post-it à toutes les pages. J’avais envie de noter toutes sortes de passages qui me plaisaient ou me parlaient. J’avais envie de partager des réflexions autour de moi. J’ai lu ce livre en accompagnant ma lecture des tableaux mentionnés dans l’ouvrage, en écoutant la musique dont on fait mention, en faisant également quelques recherches sur ce qui m’était moins familier, tout au long de ma lecture. L’ouvrage présente plusieurs poèmes et aborde toujours l’hiver d’un point de vue social et culturel, ce qui en fait un essai particulièrement parlant. C’est un ouvrage dont la forme donne envie d’aller plus loin, de faire des découvertes. Les références aux peintres, aux compositeurs, aux musiciens, aux écrivains, sont nombreuses et passionnantes. On retrouve du bien beau monde entre les pages de ce livre et des gens qui ont façonné la façon dont l’hiver a été perçu et vécu à leurs époques respectives.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison est un livre qui se lit avec grand plaisir et qui permet un autre regard sur la saison froide. Ce que nous raconte Gopnik nous permet également de mieux réaliser à quel point l’hiver est important, voire essentiel.

« Privée du souvenir de l’hiver, du Nord, de la neige, du cycle des saisons, notre civilisation perdra également au change, et cette perte sera aussi lourde, à sa manière, que celle subie par les Inuits. »

Gopnik aime l’hiver. Moi aussi. Ce livre est un brillant essai sur le bonheur du froid, sur le droit au froid, sur l’évolution de sa perception à travers le temps.

À découvrir, assurément! À noter au passage la traduction impeccable de Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison, Adam Gopnik, Lux éditeur, 296 pages, 2019

Un billet pour nulle part

un billet pour nulle partUne fillette quitte son village accompagnée de son alter ego, une petite flamme noire à la personnalité abrasive. Alors qu’elle s’apprête à prendre d’assaut la route, elle se rend compte que l’aventure risque d’être plus périlleuse que prévue: chaque autobus qui s’arrête devant elle transporte des personnages à l’allure singulière, parfois inquiétante, qui la feront craindre le voyage.

Cette bande dessinée est une bien jolie découverte. Le dessin est tout en douceur, en plus d’avoir un petit quelque chose qui rappelle à la fois le manga et la BD plus traditionnelle. C’est délicat tout en étant expressif et ça m’a beaucoup plu.

L’histoire d’Un billet pour nulle part est celle d’une fillette qui part en voyage. Elle va à la gare attendre son bus. La bande dessinée est divisée en trois sections qui correspondent à des heures de passage de différents autobus: 9h00, 13h00 et 16h00. Chaque autobus est une métaphore de notre vie effrénée: l’omniprésence du travail et des écrans; les plaisirs futiles et les abus qui nous amènent à ne plus être nous-même; le manque de couleurs, de saveur et d’originalité de nos vies qui nous poussent à être « tous pareils » et à cultiver cette normalité au détriment de l’imagination.

J’ai trouvé le propos de cette histoire très original à cause de la façon dont l’auteure l’aborde. L’autobus est une métaphore au voyage que représente la vie.

« Si tous les voyages pouvaient être comme celui-là! »

On ne peut s’empêcher de voir dans cette BD un brin enfantine, une métaphore sur la vie et la société. Chaque train nous montre un aspect de notre vie quotidienne, bien souvent inquiétante. La décision finale de la fillette, après être descendue du dernier bus, démontre que la grande richesse et l’aventure se situe bien souvent en nous-même.

Une bande dessinée fantastique et intelligente qui nous pousse à la réflexion sur notre mode de vie. Une bien belle publication!

Un billet pour nulle part, Nunumi, éditions Front Froid, 92 pages, 2019