Ma vie dans les bois t.2: Alimentation

Ma vie dans les bois 2Shin Morimura a à peine fini de construire sa maison que déjà de nouvelles problématiques font leur apparition ! La plus évidente étant forcément la question de l’autonomie alimentaire ! Fatiguée de manger des nouilles instantanées de piètre qualité, sa femme commence à lui faire des remarques. Entre redécouverte de la flore locale, mais aussi développement d’un potager et réflexions sur la vie animale, le couple d’aventuriers des temps moderne a du pain sur la planche !

Le premier tome de Ma vie dans les bois se terminait de façon surprenante. Maintenant, Shin doit apprendre à vivre avec la décision de sa femme et il est confronté à certaines problématiques auxquelles il n’avait pas forcément réfléchit. Comme par exemple, la question de l’argent, des dépenses quotidiennes, le fait d’exercer ou non un emploi.

« Dépenser le moins possible, c’est une des règles de la vie dans les bois! Notre société n’est pas adaptée à celui qui veut vivre en autarcie. Taxe immobilière, retraite, impôts locaux, etc. Ce n’est pas une plaisanterie, l’argent est indispensable. »

Ce second tome porte essentiellement sur l’alimentation. Si les joies du printemps font redécouvrir à Shin les plantes sauvages comestibles, sa gourmandise peut aussi le rendre malade! Il doit trouver des solutions pour avoir une alimentation plus variée et surtout, plus accessible. Surtout que Miki vient de lui interdire d’aller dépenser leur argent au restaurant! On choisit un mode de vie, on s’y tient!

Shin fera plusieurs expérimentations, de la cueillette au jardinage, jusqu’à la récolte tant attendue! Toutefois, rien ne sera facile pour Shin, qui a choisi de vivre à la dure et qui doit se débrouiller avec ses connaissances et peu de ressources. Devenir autosuffisant en matière de nourriture peut être assez complexe et c’est ce que va expérimenter Shin dans ce deuxième tome. Il passera de cueilleur à jardinier avant de devenir éleveur. C’est plutôt intéressant de le voir affronter les problèmes et trouver des solutions, toujours avec cette forme d’humour et d’honnêteté qui le caractérise.

On retrouve également dans ce tome, Kuma, le vieux grand-père chasseur d’ours qui débarque à tout moment pour donner un coup de main ou bien discuter avec Miki et Shin. Il est plutôt drôle comme personnage avec ses conseils et sa vitalité d’homme des bois. Il a bien souvent la réponse aux questions de Shin.

C’est aussi intéressant de voir l’évolution de leur vie en autarcie. Shin nous montre comment la campagne et le bois peuvent changer les gens, autant au niveau physique (voir le premier tome) qu’au niveau de l’alimentation. Le goût des produits de restauration ou de supermarché n’est pas tout à fait le même lorsqu’on s’habitue à des produits frais, qu’on cultive nous-même. Devoir tuer (plumer, dépecer et trancher) soi-même une bête pour avoir de la viande plutôt que de l’acheter au supermarché est également toute une expérience! Il parle aussi des changements au niveau de la consommation en général et d’un choix de vie plus authentique, plus porté sur ce qui est essentiel.

« Avoir toujours envie de nouvelles choses, alors que nous possédons tout ce dont nous avons besoin, n’est pas de tout repos, sans compter ce sentiment d’être toujours pressés et affairés. « 

Il y a beaucoup d’informations sur la façon dont s’y prennent Shin et Miki, leurs essais-erreurs et ce qu’ils découvrent. Le manga offre aussi de belles réflexions sur la nature, sur la place de l’homme, ainsi que sur la hiérarchie qui existe aussi chez les animaux et la flore. Shin a une belle histoire avec son chien et il parle beaucoup dans ce manga de la place qu’a tenu les chiens dans sa vie. C’est un bel hommage au meilleur ami de l’homme!

Finalement, le dernier tiers du manga est consacré à un projet un peu particulier qu’on a proposé à Shin… Vraiment, ce second manga est aussi drôle et agréable à lire que le premier. L’auteur a de l’imagination. Il m’a fait vraiment rire quand il imagine ses poules se battant pour un ver, en agressives prédatrices du temps de la préhistoire!

Comme dans le tome 1, on retrouve des photos de son aventure aux changements de chapitres. C’est un beau complément au manga. Son histoire racontée avec sincérité et humour est vraiment le point fort de ces mangas. J’ai un gros coup de cœur pour les histoires de Shin. À découvrir, assurément, si la vie en autarcie vous intéresse! On apprend des choses et c’est plutôt rigolo, en plus d’être une belle histoire qui met l’emphase sur l’écologie et une manière différente de vivre, plus en harmonie avec son environnement.

Lisez aussi mon avis sur le tome 1: Ma vie dans les bois: écoconstruction.

Ma vie dans les bois t.2: Alimentation, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2017

Ma vie dans les bois t.1: Écoconstruction

ma vie dans les bois 1Cela fait bientôt trente ans que Shin Morimura est auteur de mangas. S’approchant de la cinquantaine, et tandis qu’il vient de mettre un point final à sa dernière série fleuve, son éditeur lui demande de trouver une nouvelle idée originale pour son prochain titre. D’abord en manque d’inspiration, le dessinateur va finalement se lancer dans un projet « un peu » fou : partir vivre dans la montagne, sans eau courante ni électricité, et raconter son nouveau quotidien en manga ! Sa femme finira par le suivre, malgré « quelques » appréhensions… De la construction de leur maison en bois jusqu’au difficile apprentissage de l’autonomie alimentaire, suivez l’incroyable vie de ce couple plus tout à fait comme les autres !

Ce manga a été écrit pour moi! Le thème, assurément, a tout pour me plaire puisque je vis aussi dans le bois. Peut-être pas tout à fait comme ce mangaka, mais je me suis beaucoup retrouvée dans les aventures qu’il raconte, puisque ma démarche se rapproche un peu de la sienne, quoique différemment.

Shin Morimura vit en ville. Il travaille beaucoup, cherche à gagner toujours plus d’argent et à acquérir toujours plus de choses. Jusqu’au jour où il est fatigué de tout cela. Il est en surpoids, pas en forme, se sent constamment sollicité. La société actuelle ne lui convient plus. Épuisé, il a envie d’autre chose. Quand l’histoire commence et que l’auteur nous la raconte, il a 55 ans et vit dans le bois depuis huit ans. Il s’inspire de son histoire personnelle pour écrire ce manga, avec une grande sincérité et beaucoup d’humour, ce qui nous le rend toute suite sympathique.

Quand le déclic se fait, l’auteur vient de terminer une série et son éditeur lui en demande une autre « encore meilleure ». Il n’a pas d’inspiration et sent un peu la lassitude pointer le bout de son nez. C’est là qu’il se dit que de vivre différemment pourrait être intéressant. Avec sa femme, il part à la recherche d’un endroit où vivre, mais c’est soit hors de prix, soit beaucoup trop densément peuplé. Ils décident donc d’y aller en toute simplicité. Un bout de montagne, dans une forêt laissée en friche depuis des années. Le terrain coûte une bouchée de pain et l’auteur en fait l’acquisition immédiatement. La « vraie vie » peut commencer!

« Une journée entière pour extirper de terre la souche d’un maigrichon cerisier sauvage… Je comprends maintenant ce que veut dire « prendre racine ». Voici l’essence de la vie en montagne!! Un cerisier sauvage m’a fait entrevoir ce qu’impliquait vraiment cette existence. »

J’ai beaucoup rit en lisant ce manga parce que ce que l’auteur raconte, sonne juste. Ça sent le vécu et les anecdotes sont parfois rigolotes. La femme de Shin Morimura, Miki, est sympathique et elle taquine beaucoup son mari sur ses drôles d’idées. Je l’aime bien, même si elle doute de lui. Elle est la raison, alors que Shin rêve, perdu dans ses idées romantiques de vie des bois. Elle tente de le résonner et ça le rend encore plus convaincu qu’il réussira.

« L’ignorance rend décidément invincible! »

Dans ce premier tome, Shin Morimura nous raconte le moment où il a laissé tomber son boulot, s’est installé dans une tente de fortune pour déboiser un petit bout de terrain où construire sa future maison. Par moments, il est mal organisé et ça ne fonctionne pas comme il veut. Il n’a plus de réseau, mange toujours la même chose et « oublie » de donner des nouvelles à sa femme restée en ville. Elle débarque d’ailleurs à sa tente en trouvant qu’il ne sent pas très bon! Cependant, elle est plutôt émerveillée de voir que cette lubie de « retour à la nature » est toujours plus présente chez son mari et qu’il est déterminé à s’approprier un petit coin de terre.

« Face à cette montagne, je n’ai éprouvé aucune inquiétude… au contraire. Je me suis senti étrangement bien. »

Ce manga a été une très belle surprise parce qu’en plus d’aborder un sujet qui me parle – la vie dans les bois, l’autarcie, la nature, la recherche d’une vie plus proche de la nature – c’est un livre débordant d’humour. J’ai souvent sourit en lisant les aventures de Shin et de Miki. De l’étonnement à la passion, ils passent par toutes sortes d’émotions et de sentiment envers ce qui deviendra leur nouveau milieu de vie.

Le premier volet s’attarde essentiellement sur la recherche d’un lopin de terre, sur le défrichage et la construction de la maison, avec tous les obstacles, les coûts et le travail que cela implique. On suit essentiellement Shin, alors que sa femme reste un peu à l’écart (mais va lui rendre visite juste pour voir comment se développe la nouvelle passion de son mangaka préféré). Le bonheur et le dévouement dont fait preuve Shin face à son projet sont communicatifs.

« Selon moi, le « prêt-à-penser » est encore une autre forme de servitude. Pour gagner en liberté, les hommes ont tout intérêt à revenir à plus de simplicité. »

J’ai aussi beaucoup aimé qu’à travers les chapitres, une lettre de l’auteur soit reproduite, avec des photos de son travail sur sa terre. Ça donne encore plus de poids à l’expérience. La fin m’a un peu surprise mais laisse présager des anecdotes amusantes pour la suite!

Un manga que je vous conseille fortement si l’appel du bois vous anime. C’est intéressant et drôle à la fois. J’ai vraiment adoré cette lecture, c’est une excellente découverte!

Ma vie dans les bois t.1: Écoconstruction, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2017