Promenade en Enfer

Longtemps soumises à la censure ecclésias­tique, des bibliothèques enfer­maient les ouvrages mis à l’Index dans une section surnommée Enfer, puisque la simple lecture d’une œuvre interdite par l’Église pouvait entraîner la damnation éternelle de l’âme. Le concile Vatican II a mis fin, dans les années 1960, à l’application du cadre censorial, entraînant la disparition de ces huis clos et de leurs secrets. Cependant, l’une des rares collections encore existantes se trouve dans la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, institution fondée en 1663. Cette Promenade en Enfer lève le voile sur ces ouvrages interdits jugés immoraux, hérétiques ou dangereux, témoins silencieux frappés par la censure livresque pendant plus de trois siècles qui racontent un volet dissonant et occulté de l’histoire morale et culturelle du Québec.

Aujourd’hui, je vous parle d’un ouvrage dont j’ai particulièrement aimé la lecture et qui devrait intéresser ceux qui adorent les livres. Promenade en enfer de Pierrette Lafond nous amène dans la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, sur les traces des livres mis à l’Index. Ces livres, placés dans la section Enfer, ont été marqués par l’opprobre et interdits de lecture. 

La censure littéraire m’a toujours beaucoup intéressée, surtout que je travaille en bibliothèque. La question s’est parfois posée, en lien avec l’actualité ou avec certains questionnements de lecteurs, quant à la pertinence de la présence ou non d’un livre sur les rayons. Nous avons toujours tenté de ne pas faire de censure, de faire une place aux livres « sensibles » ou « dérangeants » au même titre que les autres. Toutefois, la question de la censure m’a toujours interpellée. C’est intéressant de découvrir pourquoi un livre fait l’actualité, pour quelles raisons on souhaite en empêcher la diffusion ou la lecture et de quelle façon on décide de s’y prendre pour contrer la durée de vie d’un ouvrage sur les rayons. Promenade en enfer nous aide à mieux comprendre la censure et son application, à travers la bibliothèque du Séminaire de Québec.

« Lorsque la Loi de l’Index fut abrogée dans les années 1960, ces ouvrages interdits de lecture ont été reclassés parmi la collection générale des bibliothèques, en conservant leurs secrets. »

Pourquoi cette bibliothèque en particulier? Parce qu’elle a une grande valeur historique puisque c’est l’une des seules qui a été conservée. Mais qu’est-ce que L’enfer? C’était une section de la bibliothèque, interdite pour le commun des mortels, qui regroupait les livres censurés et donc, interdits à la lecture. Où pouvaient bien aller ces livres que l’on ne devait pas lire? En enfer, naturellement! Ce qui est toujours étonnant, c’est que quelqu’un a dû les lire ces livres pour pouvoir les condamner. On considérait donc que certaines personnes avaient la force nécessaire et le statut pour pouvoir « encaisser » d’aussi infâmes lectures!

Cet ouvrage est abondamment illustré et il est vraiment passionnant! L’auteure parle des premiers balbutiements de la censure de façon générale, des auteurs classiques de l’Antiquité en passant par Gutenberg jusqu’à l’application de la censure de nos jours. J’ai aimé la construction de l’ouvrage qui débute avec la censure de façon générale, la création de l’Index, puis son application, essentiellement religieuse. Ensuite, l’ouvrage nous amène plus particulièrement dans l’enfer de la bibliothèque du Séminaire de Québec en nous offrant un tour d’horizon des ouvrages que l’on peut y retrouver, des raisons pour lesquelles les livres y ont été ajoutés au fil du temps, du rôle des censeurs et de la façon dont ils appliquaient la sanction. Certains titres portent des mentions de toutes sortes, allant de la cote Index à la mention Enfer. D’autres ont été largement commentés par ceux qui les ont censurés. Certains font partie de la liste officielle de Rome des ouvrages mis à l’Index alors que d’autres l’ont été suite à une sanction locale.

« Mettre un livre à l’Index signifie qu’on le retire de l’espace de lecture et qu’il devient interdit aux lecteurs, que le livre et son auteur sont soumis au jugement moral des autorités ecclésiastiques ou séculières, que le propriétaire-lecteur du livre est jugé sur sa moralité et que son droit de propriété lui est dénié. »

Il est intéressant de comprendre ce qui a pu choquer les censeurs à une certaine époque. Naturellement, tout ce qui était contraire à la religion ou qui en remettait certains aspects en question, était mis à l’Index. Certains titres se retrouvent aussi condamnés à l’enfer à cause de leurs mœurs plus légères. On y retrouve d’ailleurs un ouvrage racontant les abus subis par les religieuses dans des couvents. L’aspect plus provocateur du livre n’a naturellement pas été approuvé lors de son passage entre les mains de la censure…

De nombreuses photos de la collection sont reproduites pratiquement à toutes les pages, ce qui apporte un beau contenu visuel et nous aide à mieux comprendre toute la portée de la censure. Il est intéressant de voir les marques visibles sur les livres mis à l’Index. Comme ces ratures, ces découpages ou le caviardage de texte sensible, ces notes manuscrites et ces commentaires allant de « mauvais livre » à « bon pour brûler » qui n’est pas sans rappeler le fameux texte de Ray Bradbury, Fahrenheit 451. Un de mes livres préférés d’ailleurs. 

Il est aussi intéressant de plonger dans l’origine des livres présents dans l’Enfer de la bibliothèque du Séminaire de Québec, en découvrant les précédents propriétaires des ouvrages, lorsque c’est possible, les ex libris, le parcours du livre avant que sa vie s’arrête et qu’il soit condamné. Le livre est un objet « dangereux » du point de vue de ceux qui veulent en limiter la diffusion. Objet durable, le livre permet aux idées de circuler, d’être lues, entendues, partagées. Il permet l’argumentation et la réflexion. C’est un objet de pouvoir qu’on doit donc contrôler.

« Lire est un acte d’indépendance et de liberté. »

Il est très intéressant d’en connaître l’histoire et de découvrir pourquoi ces livres ont été interdits. Il est tout aussi intéressant de constater que certains tentaient de contrecarrer cette mise à l’Index des livres en écrivant ou en diffusant dans l’arrière-boutique de certaines librairies, de la littérature interdite. La mise à l’Index s’accompagnant souvent de mesures punitives, on retrouve quelques exemple dans cet ouvrage qui démontrent bien les effets de la censure. Pas seulement sur l’objet-livre, mais sur la diffusion du savoir, l’alphabétisation et la vie des auteurs pointés du doigt.

Vous aimez les livres? Vous êtes un grand lecteur ou vous travaillez dans le domaine des livres? Ce livre est à lire, assurément! La censure est un sujet à la fois passionnant et dérangeant. Pour en apprendre plus sur son histoire au Québec, Promenade en enfer est un très bel ouvrage à découvrir. C’est un gros coup de cœur pour moi et une de mes meilleures lectures de l’année!

Promenade en Enfer, Les livres à l’Index de la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, Pierrette Lafond, éditions du Septentrion, 144 pages, 2019

Un activiste des Lumières

un activiste des lumièresMarcus Rediker trace le portrait d’une magnifique figure de la lutte pour l’abolition de l’esclavage. Né en 1682 en Angleterre, Benjamin Lay fut tour à tour berger, gantier, marin. Il vécut dans la campagne de l’Essex, à la Barbade puis dans une habitation troglodyte aux environs de Philadelphie. Influencé par le radicalisme des premiers Quakers, il acquit très tôt la conviction de l’égalité de tout être humain et n’eut de cesse d’exiger la libération immédiate et sans conditions de tous les esclaves, à une époque où l’abolitionnisme restait très minoritaire. Activiste de la première heure, cet homme singulier (qui était de petite taille) n’hésitait pas à choquer ses contemporains, usant de tous les moyens d’action pour bouleverser les conventions sociales, et ébranler les consciences. Il interrompait les offices, organisait des happenings, où il éclaboussait de faux sang les propriétaires d’esclaves. Il dérangeait. On le moqua. Mais son nom bientôt fut sur toutes les lèvres, des plus puissants aux plus humbles…

Un activiste des Lumières est une biographie passionnante qui nous permet de découvrir un personnage historique qui a marqué son époque, mais qui demeure tout de même très peu connu aujourd’hui.

Benjamin Lay était un Quaker, avec les premiers principes de cette religion. Les principes des premiers Quakers étaient antinomismes. Ils croyaient à l’égalité de tous, même si cela devait porter leur cause au-dessus des lois. Benjamin Lay voyait ce qu’il se passait dans le monde, voyait l’esclavage être accepté, la convoitise être vécue quotidiennement par ses membres et pour lui, même si la loi tolérait certaines choses, ce qui brimait la justice et le droit de chacun ne devait pas être toléré.

« Il n’hésitait pas à désigner les coupables du doigt, et il insistait sur le fait que la possession d’esclaves et le quakerisme étaient résolument incompatibles. « Pas de justice, pas de paix. » Tel était le message que portait Benjamin. »

Benjamin Lay, même s’il souffrait de nanisme et d’une autre maladie qui lui courbait le dos, il ne se laissait jamais intimider. Les puissants et les riches ne réussissaient pas à le faire taire. Il disait toujours ce qu’il pensait tout haut. Il n’hésitait pas à se battre pour défendre les causes auxquelles il croyait. L’égalité trônait tout en haut de ses valeurs. Bien avant que ce soit remit en question, Lay refusait l’esclavage et prônait la liberté de tout homme. Il était abolitionniste bien avant son temps. Il écrivit sur le sujet pour tenter de faire bouger les mentalités. Benjamin exigeait l’affranchissement de tout esclave sur le champ. Il militait en ce sens. C’était un petit homme de stature, mais un grand homme en ce qui concerne ses batailles et ses revendications. Il était intransigeant envers ce qu’il croyait juste, tout comme son épouse, avec qui il partageait les mêmes idées. C’était une abolitionniste convaincue et étonnamment, elle était pasteur de sa communauté.

Il est bien sûr souvent question de religion dans l’ouvrage, mais comme le personnage avait des croyances très importantes, cela nous permet de mieux comprendre Benjamin Lay. C’est aussi un portrait intéressant de l’époque de Benjamin. Il était radical et souvent flamboyant dans sa façon d’illustrer ses idées, souhaitant marquer les esprits et choquer les gens pour faire changer les mentalités.

Son contact le plus marquant avec l’esclavage fut quand Lay déménagea à la Barbade et vit des choses qu’il ne pouvait tolérer. Ses croyances en la vie et en la justice, ainsi qu’aux qualités prônées par sa religion, mais non respectées par les esclavagistes, le marqua durablement. Il parlait haut et fort de ses idées et il était si dérangeant que les hauts dirigeants des quakers, ayant souvent eux-mêmes des esclaves, ont régulièrement tenté de l’exclure de leur cercle.

« « On a souvent reproché aux écrivains qui ont employé leur plume à la défense des Noirs, de n’avoir pas été témoins de leurs souffrances. On ne pouvait faire ce reproche à Benjamin Lay. […]. » L’expérience de Benjamin à la Barbade, qui y abandonna bien vite son « habitation, par l’horreur que lui inspira le traitement affreux sous lequel les esclaves gémissaient » et où il avait développé des relations personnelles avec des individus asservis, fit qu’il « ne cessa toute sa vie de prêcher et d’écrire pour l’extirpation de l’esclavage ». »

Berger, gantier, marin, écrivain, militant, Benjamin Lay a porté quantité de chapeaux et a vécu en de nombreux endroits. C’est sans doute ce qui modela sa vision du monde et des gens. C’était un homme qui se considérait comme « illettré » même s’il a écrit énormément. Lay était un autodidacte. On suppose que c’est sur les bateaux, pendant les temps libres, qu’il apprit sans doute à écrire.

Anecdote intéressante: l’image reproduite en page couverture est la seule que nous ayons de Benjamin Lay. Il ne souhaitait pas qu’on le représente en image, c’était pour lui contraire aux doctrines de sa religion. C’est la femme de Benjamin Franklin, un grand ami de Lay, qui commanda le portrait.

Au-delà de l’aspect biographique du personnage que fut Benjamin Lay, on apprend beaucoup sur l’esclavage, sur l’histoire, sur les Quakers. Lay s’est battu pour l’égalité en général, pour le droit des êtres vivants. Il s’insurgeait contre le travail harassant de ceux qui récoltait le thé ou qui travaillait dans le sucre pour que les gens aisés puissent en profiter. Il était végétarien bien avant l’heure et croyait à l’égalité des animaux comme des hommes. C’est quand sa femme est décédée qu’il est devenu encore plus radical: il fabriquait ses vêtements en lin, vivait dans une grotte tapissée de livres, écrivait entre deux moments de jardinage et prônait le végétarisme. Avec l’argent amassé avec ses écrits, il aida les gens à mieux vivre et donna ses avoirs aux veuves par exemple, qui ne recevaient pas d’aide.

Avec Un activiste des Lumières, l’auteur a voulu nous montrer l’esclavage de l’époque et la façon dont les abolitionnistes vivaient l’opprobre de la société. Lay, devant ces injustices, prônait ses convictions avec ardeur. Le livre est très bien documenté, la traduction est agréable. J’ai adoré cette biographie car le personnage de Benjamin Lay est un homme captivant, bien en avance sur son époque. Un personnage vraiment intéressant à découvrir. Ce livre tente de réhabiliter ce personnage méconnu qui a apporté sa pierre à l’édifice de la justice humaine.

Le livre est complété par un cahier d’illustrations au centre, de cartes et de portraits.

Un beau coup de cœur et une excellente découverte que cet ouvrage de Marcus Rediker.

Un activiste des Lumières, Le destin singulier de Benjamin Lay, Marcus Rediker, éditions du Seuil, 288 pages, 2019

Les filles de Salem

filles de salemUne plongée passionnante et terrifiante dans l’univers étriqué et oppressant de la colonie de Salem, en Nouvelle-Angleterre, au 17e siècle. Un village dont le nom restera tristement célèbre pour l’affaire dite des « Sorcières » qu’Abigail nous raconte, elle qui, à 17 ans, fut une des victimes de l’obscurantisme et du fanatisme religieux à l’oeuvre. Tout commence quand un jeune garçon lui offre un joli petit âne en bois sculpté…

Abigail est une toute jeune fille lorsque les événements de Salem surviennent. Les filles de Salem s’inspire de l’histoire d’un village colonial tristement connu pour sa « chasse aux sorcières ». Ici, l’auteur choisi de nous raconter la vie d’un village sous l’emprise d’un révérend halluciné qui tenait ses villageois par la peur. Arrivées à l’âge où elles deviennent fertiles, les filles doivent ignorer les hommes, baisser la tête et sont contraintes à suivre un certain mode de vie au quotidien en laissant de côté leur liberté. Abigail vit difficilement ce changement dans sa vie. C’est au moment où elle reçoit un petit âne en cadeau de Peter que ses problèmes commencent. Elle n’a pas l’autorisation d’accepter de cadeaux d’un jeune homme, ni de lui parler. On juge alors l’évolution de sa féminité et si elle est à risque d’attirer le regard et d’éventuellement tomber enceinte, on la garde à l’écart.

L’histoire a conservé la traces d’attaques amérindiennes à l’époque, mais la BD présente un beau personnage autochtone qui se liera d’amitié avec Abigail, au mépris de toutes les conventions. Parce qu’à cette époque, parler avec l’un d’eux mène directement en enfer. Les filles de Salem est en fait l’histoire d’une paranoïa reliée à la religion et aux idées lourdes véhiculées par le révérend. Un révérend fou, manipulateur, qui se prend pour Dieu, qui abuse de son pouvoir et des croyances des villageois.

Le village est en proie à des épisodes de famines et à de grandes difficultés. C’est alors une « occasion » pour le révérend de jouer avec la peur des villageois. Il annonce que c’est le diable qui leur tombe dessus. Si le Seigneur ne les aide pas, c’est qu’ils sont fautifs et font des choses qui ne lui plaisent pas.

La paranoïa devient tellement intense que les délations et la peur de tout et de chacun, deviennent des outils pour condamner les gens, principalement les femmes, et les amener sur le bûcher. La religion amène l’hystérie dans la colonie. Le juge qui doit trancher dans les condamnations s’acharne sur les plus vulnérables de la société. Cette BD est émouvante et les images parlent énormément d’elles-mêmes. L’auteur réussit à transmettre énormément d’émotions à travers la narration des horreurs que les filles de Salem ont vécu.

Les filles de Salem est une excellente bande dessinée qui nous apprend une partie de l’histoire de cette époque, même si l’auteur prend quelques libertés avec l’histoire d’origine. C’est une BD abordable, qui pourrait aussi être lue autant par les adultes que les adolescents et qui se concentre essentiellement sur le personnage d’Abigail et de ceux qui évoluent autour d’elle. L’auteur en fait une personne plus sympathique que les traces que l’histoire a gardé d’elle. Le format BD m’a beaucoup plu pour ce type d’histoire.

Le texte et le dessin sont à mon avis parfaits pour transmettre les émotions reliées à ce que cette communauté, à l’époque, a pu vivre. C’est une excellente lecture pour comprendre à quel point l’hystérie collective, le fanatisme religieux et l’ignorance peuvent prendre une ampleur terrifiante.

Les filles de Salem a été pour moi une lecture coup de cœur. Avant d’ouvrir le livre, j’aimais déjà beaucoup le dessin, mais je ne m’attendais pas à l’apprécier autant. C’est donc une très belle découverte que je vous conseille fortement.

Les filles de Salem, Thomas Gilbert, éditions Dargaud, 200 pages, 2018

Milarepa

milarepaSimon fait chaque nuit le même rêve dont une femme énigmatique lui livre la clef : il est la réincarnation de l’oncle de Milarepa, le célèbre ermite tibétain du XIe siècle qui vouait à son neveu une haine inexpiable. Pour sortir du cycle des renaissances, Simon doit raconter l’histoire des deux hommes, s’identifiant à eux au point de confondre leur identité à la sienne. Mais où commence le rêve, où finit le réel ? Eric-Emmanuel Schmitt, dans ce monologue qui est aussi un conte dans l’esprit du bouddhisme tibétain, poursuit son questionnement philosophique : la réalité existe-t-elle en dehors de la perception que l’on en a ?

Ce tout petit livre est conçu en deux parties. La première est une fiction philosophique, alors que la deuxième est un entretien de Bruno Metzger avec Eric-Emmanuel Schmitt intitulée Ce que le bouddhisme nous apporte.

Attardons-nous sur la première partie, qui raconte l’histoire de Simon. Il a trente-huit ans. Chaque soir, il refait les mêmes rêves. Il fait toujours un rêve très noir. Il se demande d’où viennent les rêves et pourquoi il fait toujours ce rêve de vengeance.
D’ordinaire les songes apparaissent et s’évaporent, mais ce rêve-là ne le quitte jamais. Il oscille entre deux mondes: Paris et le monde des hautes montagnes de pierres où il souhaite tuer un homme. Il a l’impression que son sommeil lui a ouvert une autre porte.

« L’Oncle Svastika meurt. Il erre de corps en corps depuis des siècles et a fini par s’installer en moi, Simon, frappant une nuit à la porte de mes rêves. »

Il doit alors raconter l’histoire de Milarepa, ce grand bouddhiste qui l’amènera à se repentir et à se libérer. Il est alors question de l’idée de réincarnation. L’histoire parle de ses premiers pas dans cette voie et de la façon dont son apprentissage s’est fait. L’histoire est racontée sous forme de conte.

« Mes songes me l’ont dit: j’ai été chien, fourmi, rongeur, chenille, caméléon et mouche à merde. Jusque-là, j’ai eu peu de vies humaines pour me libérer en racontant. »

La seconde partie est un beau complément à l’histoire et nous permet de comprendre un peu mieux les principes du bouddhisme. À la base, c’est un mode de vie et une forme de spiritualité qui attire un certain intérêt. En lisant cette histoire on se retrouve à mieux en saisir l’essence. Il nous permet de connaître les bases du bouddhisme. C’est donc une approche intéressante, à travers les rêves de Simon et la réincarnation, l’auteur nous offre une base des principes de cette religion de l’abandon de soi et des biens matériels, pour une vie plus simple. Le bouddhisme c’est la simplicité et le renoncement.

Dans l’entretien qu’a fait Bruno Metzger avec Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur nous parle de sa rencontre avec le bouddhisme.

« Soyons clairs: je ne suis pas bouddhiste. Néanmoins, en tant qu’humaniste chrétien, j’ai été profondément enrichi par le bouddhisme. » 

Le bouddhisme se vit beaucoup par la solitude et la méditation. Comme le dit Schmitt, on a la chance de vivre à une époque où l’on peut aller vers les religions qui nous parlent et prendre ce qui nous aide à vivre, selon nos affinités et nos croyances. Le bouddhisme lui a apporté des choses qui lui permettent aussi de se mettre dans la peau d’un personnage et donc, de faciliter son travail d’écriture.

J’ai aimé cette lecture particulière en deux temps, c’est un ouvrage court mais qui apporte une forme de méditation sur la spiritualité. C’est aussi une réflexion sur l’écriture., sur la connaissance de l’imagination, le travail d’imagination versus d’auto-fiction selon les écrivains.

J’aime beaucoup le travail d’Eric-Emmanuel Schmitt. Milarepa est un livre différent de ses romans habituels, une histoire qui se lit rapidement, mais qui peut porter à une longue réflexion sur la spiritualité et l’écriture.

« Le bouddhisme vise à éradiquer le désir, ainsi que tout attachement excessif. Milarepa, par exemple, se reproche d’éprouver trop de chagrin en découvrant la mort de sa mère. Conclusion? Il travaille mentalement sur l’attachement qu’il a pour elle en tentant d’accéder à plus de détachement. »

Un conte philosophique suivi d’un entretien qui permettent tous deux d’aborder le bouddhisme. Une bonne lecture!

Milarepa, Éric-Emmanuel Schmitt, éditions Le livre de poche, 85 pages, 2013

Infographies.quebec

infographies.quebecL’historien Gilles Laporte propose un ouvrage comprenant une série d’infographies sur l’histoire, la géographie, la population, l’économie, la culture, la politique, la consommation et même les sports au Québec, de ses origines à aujourd’hui. Chacune de ces infographies relève le défi de rendre attrayante et accessible une information à la fois riche et rigoureuse à propos du Québec et de son histoire. Elles sont destinées aux élèves en histoire des écoles et collèges du Québec, ainsi qu’au grand public désireux de revisiter son histoire sous l’angle graphique.

Ce bel ouvrage comprend 69 infographies sur l’histoire du Québec. En jumelant le travail d’auteur et celui d’infographiste, l’historien Gilles Laporte réussit à tirer le meilleur parti des deux mondes et à nous offrir un livre très attrayant. Le taux de pourcentage pour apprendre et retenir des informations est plus élevé lorsque le texte est accompagné d’un visuel. Ici, le format permet justement d’assimiler plus facilement les informations historiques.

Infographies.quebec est un livre riche qui touche à beaucoup de points de l’histoire du Québec. Ce livre, c’est l’histoire de la télé québécoise, du cinéma, de la politique, des syndicats, de la Nouvelle-France, des batailles (linguistiques ou guerrières) et de tout ce qui a façonné notre monde. Le livre aborde le sport (de la coupe Stanley aux Expos en passant par les jeux Olympiquess), les prix des objets d’autrefois versus ceux d’aujourd’hui, le système scolaire, l’art, la religion, la musique, le métro, l’agriculture, l’économie et les récessions, les femmes qui ont marqué le Québec, le réseau routier, la crise du verglas, les patriotes, les noms de famille, les compagnies fondées ici qui ont été vendues à l’étranger, les plus illustres franco-américains nés au Québec. On y retrouve entre autres Jack Kerouac, Georges St-Pierre, Ernest Dufault, Calixa Lavallée.

Il y a aussi de nombreuses cartes. Je pense par exemple à la carte du Québec avant la colonie qui retrace les tribus amérindiennes de l’époque et l’endroit où elles vivaient. Cette carte est fascinante et permet de se faire une idée vraiment complète de ce qu’a pu être notre Province avant nous.

Il y a tellement de contenu dans cet ouvrage! Le livre aborde de très nombreux sujets de notre histoire. Certaines infographies rappellent de beaux souvenirs, surprennent aussi parfois et sont très enrichissantes. Le visuel permet de se faire rapidement une idée de ce qu’on nous présente et de s’en souvenir. Visuellement, le livre est conçu sous forme de cartes que l’on déplie. Les inforgraphies y sont reproduites. Plusieurs d’entre elles présentent aussi des comparaisons entre la vie d’aujourd’hui et celle d’autrefois.

Infographies.quebec est un livre très coloré, très attractif. L’ouvrage est vraiment bien fait. Le dosage entre le texte et l’infographie est parfait. Conçu à la base pour des cours d’histoire, le livre est très intéressant pour le grand public, principalement pour son format. Il ne ressemble en rien aux livres scolaires conventionnels. La variété des sujets en fait un ouvrage incontournable pour apprendre beaucoup de choses sur l’histoire du Québec et se rafraîchir la mémoire sur ce que l’on connaît déjà.

J’ai aimé l’ajout à la fin du livre où l’auteur présente sa vision de l’ouvrage, les raisons des choix qu’il a fait pour Infographies.québec.

Un livre parfait pour offrir et qu’il est plaisant de relire à l’occasion. Un livre tout trouvé pour les étudiants, les passionnés d’histoire et le grand public qui souhaite en apprendre davantage sur le Québec. Infographies.quebec est passionnant, c’est un livre que je conseille fortement. J’ai passé un excellent moment de lecture, très instructif.

Infographies.quebec, Gilles Laporte, éditions du Septentrion, 102 pages, 2018