Le livre du Lykke

livre du lykkeDe Dubaï à Rio, Meik Wiking explore et collecte tous les facteurs de bonheur pour nous permettre de nous les réapproprier – ou du moins, de nous en inspirer.
De combien d’argent doit-on disposer pour être heureux ? Quel est le rôle de l’éducation ? Et celui de la famille ? Celui du travail, et de l’égalité entre femmes et hommes ? Une étude globale, visionnaire, par le président de l’Institut de recherche sur le bonheur.

J’aime beaucoup l’auteur Meik Wiking, dont j’avais adoré Le livre du hygge, qui m’a apporté beaucoup dans ma façon de voir mon quotidien. C’est grâce à lui que j’ai acheté des bougies, que j’ai appris à ralentir et que je décore ma maison avec beaucoup de choses trouvées dans la nature au fil des saisons. L’esprit du hygge trouve un grand écho chez moi. Je suis aussi Meik Wiking sur les réseaux sociaux. J’aime sa philosophie et lorsque j’ai vu qu’il avait écrit un livre présentant un « tour du monde des gens heureux » j’ai eu envie de le découvrir.

Lykke est le mot danois pour « bonheur ». Avec cet ouvrage, construit de façon similaire au Livre du Hygge, Meik Wiking présente en neuf chapitres ce qui constitue le bonheur aux yeux des gens de partout dans le monde. Comment mesure t-on le bonheur? De quelle façon arrivons-nous à quantifier ce qui est à la fois très personnel et très subjectif? L’auteur tente d’expliquer la façon dont on réussit à mettre en lumière ce qui est récurrent dans la recherche du bonheur. Il aborde plusieurs aspects allant de la bonté à la confiance, de l’argent à la santé et à la liberté et le fait de vivre ensemble.

« Il s’agit de juger nos sociétés non par le succès de ceux qui finissent premiers, mais par notre capacité à relever ceux qui tombent. »

Dans cet ouvrage sur le bonheur, l’auteur retrace plusieurs initiatives qui apportent de la joie dans une communauté. Par exemple, le restaurant Robin des Bois à Madrid qui offre, la nuit venue, des repas gratuits pour les sans-abris. La Colombie qui crée des espaces publics pour que les gens puissent marcher en toute quiétude sur une quantité de voies piétonnes. Certains particuliers ont fondé des mouvements pour aider les gens (The Free Help Guy), partager des moments de bonheur (Fucking Flink) ou inciter les gens à devenir des ambassadeurs de la gentillesse (Random Acts of Kindness Activist). Sans parler de petits gestes qui font du bien à l’âme, comme cette laine et les aiguilles à tricoter trouvées dans un cabinet médical, incitant les gens à avancer l’écharpe pendant leur attente, pour l’offrir à une personne dans le besoin quand elle sera terminée.

À chaque fin de chapitre, l’auteur récapitule de belles initiatives partout dans le monde pour un quotidien plus doux et axé sur l’humain. Je trouve que c’est très inspirant! L’auteur parle aussi de Thoreau, de Tolkien et des bains de forêt nommés plus communément Shinrin-yoku.

On peut aussi offrir et recevoir des moments de bonheur avec de petits gestes simples. Partager un bon repas tous ensemble, prendre le temps de vivre, se déconnecter du monde virtuel et numérique pour vivre plus pleinement, associer des choses et des achats à des expériences, profiter de la nature pour être plus serein.

« La richesse ce n’est pas de posséder beaucoup, mais de désirer peu. »

Avec Le livre du Lykke, même si le propos est différent de son premier ouvrage (quoique pas si éloigné de l’esprit du Hygge) j’y ai retrouvé l’essentiel de ce qui m’avait plu dans le premier livre de Meik Wiking. Sa simplicité et son humour qui fonctionne très bien je trouve.

« Les Danois sont les descendants directs des Vikings, et nous adorons regarder des trucs brûler: des feux de joie, des bougies, des villages. Tout est bon. »

Dans son livre, il aborde un sujet universel chez l’humain: la quête du bonheur et ce qui nous rend heureux. J’ai toujours pensé qu’un monde plus bienveillant et plus gentil était la base du bonheur. Wiking me donne plutôt raison. Le livre du Lykke fait beaucoup de bien. C’est une lecture totalement inspirante!

Le livre du Lykke, Meik Wiking, First édition, 285 pages, 2018

Publicités

Dans la neige

dans la neigeAu milieu de l’hiver glacé du Colorado, ce portrait d’une communauté traumatisée est noir, intense, poignant : une révélation! Dans cette petite ville du Colorado, on adore ou on déteste Lucinda Hayes, mais elle ne laisse personne indifférent. Surtout pas Cameron, qui passe son temps à l’épier, ni Jade, qui la jalouse terriblement. Encore moins Russ, qui enquête sur sa mort brutale. On vient en effet de retrouver le corps de Lucinda dans la neige. Chacun leur tour, Cameron, Jade et Russ évoquent la jeune fille, leurs rapports, leurs secrets. Vite, ce drame tourne à l’obsession : tous trois savent en effet que la vérité peut les sauver ou les détruire.

Il y a des livres qu’on attend avec impatience. C’était le cas du livre de Danya Kukafka. Tout m’attirait: le résumé, le titre, la mention d’un roman noir, la couverture, l’idée d’un Colorado enneigé et, pourquoi pas, la mention en première page qu’il s’agissait d’un premier roman exceptionnel. Quand j’ai eu le roman en main, je l’ai commencé aussitôt.

Les premiers chapitres de ce livre me plaisaient beaucoup et j’avais hâte de le reprendre. Puis mon plaisir de lecture s’est considérablement essoufflé… si bien que j’ai commencé à être agacée par les personnages. Après 200 pages, j’ai fait un tour sur internet pour lire des avis d’autres blogueurs et d’autres sites. Dithyrambiques. Tout le monde aime ce livre pour lequel je n’ai ressentis que de l’ennui. J’ai eu l’impression que mes attentes face au roman et face à ce qu’on me proposait comme première impression sont complètement décalées.

Tout d’abord, rien dans le résumé me donnait l’impression que Lucinda est une adolescente et que la majorité du livre se passerait dans le contexte de relations entre adolescents. Le portrait typique d’étudiants avec leurs mesquineries, le lot d’élèves perturbateurs et les professeurs. Comme deux des trois personnages sur qui le roman se concentre sont des adolescents, leurs propos sont, quoique bien sombres, très axés sur leurs relations avec leurs camarades, les jalousies, l’envie et l’intimidation. Ça fonctionne pendant quelques chapitres, mais au bout de 200 puis 300 pages, je n’en pouvais plus. J’étais dans l’attente de quelque chose qui n’est jamais arrivé.

Le roman suit Cameron, Jade et Russ. Cameron est perturbé. Il est obsessif. Il suivait Lucinda, l’espionnait la nuit venue depuis son jardin et faisait constamment des croquis d’elle. Il la voyait dans sa soupe et l’idolâtrait.

« Même quand Cameron était avec d’autres, il était seul, ce qui lui donnait la sensation contradictoire d’une totale inutilité et d’une chance inouïe. »

Jade est jalouse. Lucinda lui a piqué son emploi, elle levait le nez sur elle et ses amies se moquaient souvent d’elle. Jade détestait Lucinda et voulait qu’elle meure. Elle est contente qu’elle ne soit plus là. Elle fabule bien souvent en s’inventant des petites histoires, qui nous sont livrées sous une forme théâtrale. Je trouvais que ça n’apportait pas grand chose à l’histoire.

« Si personne ne remarque que tu es vivant, alors peut-être que tu ne l’es pas, et ce n’est certainement pas plus mal. »

Quant à Russ, il est dans la police. Normalement il enquête sur la mort de Lucinda, sauf qu’étonnamment, il n’en parle presque pas. Il nous parle plutôt de sa femme, et de son beau-frère qu’il n’aime pas beaucoup.

« Russ sait qu’Ivan est dangereux – qui n’aurait pas peur d’un homme qui ne croit pas au mal? »

Le roman tourne autour des pensées de ces trois personnages. De leurs déceptions, leur haine, leur tristesse. Et… c’est presque tout. À travers eux, le portrait de gens qui évoluent autour. De l’enquête, pas grand chose. Du roman noir, je n’y ai rien retrouvé de ce que j’aime des bons romans noirs qui m’ont plu.

La couverture aborde un mot qualifiant ce roman d’exceptionnel. Je ne comprend pas. Ce n’est pas mauvais. Il y a une véritable analyse psychologique de personnages complètement torturés et passablement à côté de la plaque qui sont même un brin flippants. Mais c’est long sans bon sens… il ne se passe rien. Je trouvais, tout au long de ma lecture, que les aspects qui m’auraient plu – le côté noir, l’enquête, les personnages étranges – ne sont jamais aussi poussés qu’ils le devraient. La psychologie est là, mais quand on a comprit que Cameron est obsessif, que Jade est jalouse et que Russ a des problèmes avec sa femme, il ne reste pas grand chose. Du moins, pour moi. Je n’ai pas été en mesure d’adhérer à cette petite ville poussée par de noires pulsions.

Le résumé fait mention d’un roman noir dans un Colorado glacé… Si on en parle, c’est que ce devrait être important dans l’histoire. Je m’attendais donc à une certaine atmosphère, dans une petite ville particulière où j’aurais ressenti que je suis au Colorado.  Un peu comme dans plusieurs autres romans noirs que j’ai lu et dont les lieux font partie de l’histoire et sont, en quelque sorte, aussi importants qu’un personnage. Ici, ce n’est pas le cas. Le roman aurait pu se passer n’importe où dans le monde.

Je suis déçue, car je m’attendais à plus, beaucoup plus. Apparemment, je suis la seule parce que j’ai lu d’excellents commentaires sur ce roman et que je n’ai pas réussi à en trouver un qui soit négatif ou même mitigé. J’essaie encore de comprendre pourquoi tout le monde a aimé ce roman. Qu’est-ce que je n’ai pas saisi? À côté de quoi suis-je passée pour ne pas avoir été touchée ou intriguée par ces personnages et par ce côté psychologique qu’on dit si bien développé pour une auteure si jeune? Je cherche encore la réponse…

Dans la neige, Danya Kukafka, éditions Sonatine, 352 pages, 2019

La vengeance du pardon

vengeance du pardon photoQuatre destins, quatre histoires où Eric-Emmanuel Schmitt, avec un redoutable sens du suspens psychologique, explore les sentiments les plus violents et les plus secrets qui gouvernent nos existences. Comment retrouver notre part d’humanité quand la vie nous a entraîné dans l’envie, la perversion, l’indifférence et le crime ?

La vengeance du pardon regroupe quatre nouvelles totalement différentes. Chaque histoire, à sa façon, traite de l’amour d’une part et de l’indifférence de l’autre. Toutes les nouvelles montrent deux côtés, le bien et le mal qui se côtoient. L’auteur démontre ce qui, entre les deux, va remporter le jeu. Chaque histoire met en scène un personnage qui aime et un autre qui profite des faiblesses ou de la gentillesse de l’autre. Le titre, La vengance du pardon, est extrêmement bien choisi.

Voici un petit résumé de chacune des histoires du recueil:

Les soeurs Barbarin
Une nouvelle mettant en scène deux jumelles, dont l’une jalouse l’autre, parce qu’elle se sent inférieure à elle. Elle va donc tenter de la rabaisser pour se rehausser. Malgré cela, la nouvelle parle de l’amour inconditionnel d’une soeur pour l’autre.

Mademoiselle Butterfly
William, un adolescent qui vit entouré d’amis fortunés, va passer du temps dans le chalet de la famille de l’un d’entre eux, dans les Alpes. Sur le haut de la colline, il aperçoit une fille qui se promène, qui est de son goût. Un pari cruel fera vivre à la jeune femme amoureuse des moments d’espoir vain et de grande détresse. Cette nouvelle fait écho à l’opéra de Puccini, Madame Butterfly. C’est une sorte de réécriture plus contemporaire de cet opéra. On retrouve d’ailleurs dans la nouvelle une scène où William se retrouve dans une salle… pour assister à Madame Butterfly.

La vengeance du pardon
Cette nouvelle parle d’une traductrice, qui a vécu une grande tragédie. Elle décide alors d’affronter la personne qui est à l’origine de ce qu’elle a vécu afin d’avoir des réponses à ses questions et de le confronter afin de lui faire réaliser ce qu’il lui a fait vivre. Le monde décrit dans la nouvelle m’a moins captivé au début. Par la suite, la nouvelle devient plus intrigante et plus intéressante.

Dessine-moi un avion
Cette dernière nouvelle raconte l’histoire d’une très jeune fille et d’un vieil homme qui a fait la guerre. C’est la curiosité de la fillette qui l’amène à créer un lien avec son voisin. Il lui fera la lecture du Petit prince. La petite fille est très allumée et les deux ont des discussions intéressantes autour du livre. Encore une fois, cette nouvelle se base sur une oeuvre, Le petit Prince de St-Exupéry.

Mes nouvelles favorites sont vraiment les deux premières. C’est la forme très imagée de l’histoire, la façon dont je me suis laissé porté par les personnages, qui font que j’ai préféré ces deux histoires. En lisant le recueil, le lecteur a tendance à se ranger à l’un ou l’autre des personnages de chacune des nouvelles. Je trouve que la beauté des personnages, la façon dont l’auteur amène la réflexion et les émotions m’a plus touché dans les premières histoires que dans les deux dernières, même si elles nous font toutes passer un excellent moment.

Ce que j’aime, c’est que Schmitt écrit des nouvelles qui se lisent comme de petits romans. Il utilise habilement le passé pour nous faire mieux comprendre le présent de ses personnages. C’est un habile jeu littéraire que l’auteur réussit dans chacun de ses livres.

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j’adore. Je suis son travail de près, ce qu’il fait me plaît souvent beaucoup. Je retrouve dans ces nouvelles le même genre d’écriture que dans ses derniers romans. Son travail est minutieux, ses histoires sont passionnantes. Je ne suis pas un grand lecteur de nouvelles, mais cet auteur y excelle et ce fut une très bonne lecture.

Quelques mots extraits de Dessine-moi un avion:

« Dans un jardin, il y a des mois ingrats et des mois généreux. Avril inaugure cette période munificente où le travail exécuté toute l’année porte ses fruits, ses fleurs, ses feuilles. La terre récompense celui qui lui témoigna fidélité durant l’automne et l’hiver. »

La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 325 pages, 2017

Pour en finir avec le jugement des autres et la culpabilité

Pour en finir avec le jugement des autres et la culpabilitéMais qu’est-ce que les autres vont penser? Cette question habite nos pensées et conditionne nombre de nos gestes. En cherchant ainsi l’approbation de notre entourage, nous faisons la preuve de notre désir d’être aimés. En effet, craindre le regard de l’autre, c’est vivre dans l’angoisse de ne pas être à la hauteur de ce qu’il attend de nous et de lui déplaire. Sournoisement, la peur du jugement d’autrui s’installe ; nous plongeons dans l’abyssale culpabilité de ne pouvoir combler ses attentes. À la question de départ s’ajoute alors une deuxième interrogation, tout aussi nocive, car elle entrave notre liberté : « Et si je n’étais pas aimé DE TOUS ? » 

J’ai bien aimé cette lecture du court livre de Marthe Saint-Laurent. Je trouve qu’aujourd’hui, dans une société qui se dit évoluée, le jugement des gens est de plus en plus impitoyable. C’est encore plus vrai avec les réseaux sociaux, qui offrent des opportunités faciles à tous pour s’exprimer librement, même à ceux qui ne le font pas avec respect et qui s’amusent à écorcher les autres au passage. Le jugement des gens apporte la culpabilité et j’ai l’impression qu’elle nous vient très facilement au Québec, peut-être à cause de notre éducation ou de notre histoire. C’est donc un livre tout à fait pertinent à notre époque.

L’ouvrage débute par une citation que j’ai adoré, de Eleanor Roosevelt, et qui est tellement pertinente:

« Personne ne peut te faire sentir inférieur sans ton consentement. »

Et effectivement, si le jugement des autres nous touche tant, c’est qu’on lui laisse bien souvent beaucoup de place pour nous atteindre.

Le propos du livre tourne autour de la place de l’autre. De la société et des gens dont nous avons besoin, mais aussi du problème que l’autre peut devenir lorsqu’on lui laisse le soin de nous définir.

« Nous laisser définir par le regard d’autrui, c’est y accorder toute l’importance jusqu’à en oublier qui nous sommes. »

Les premières pages m’ont moins intéressée. L’auteure parle du développement du jugement, d’abord de l’enfant et de l’adolescent, puis sa mise en pratique à l’âge adulte. Par la suite, l’ouvrage revient vers le jugement des autres comme on le perçoit dans la société actuelle, de la jalousie, du regard des autres, du jugement que nous avons envers nous, de la culpabilité, de l’estime de soi, de l’intuition et de la liberté que l’on retrouve lorsqu’on choisi de se recentrer sur nous-mêmes. On ne parle pas d’égoïsme ici, mais plutôt de s’écouter et de mieux se connaître pour gérer ce que l’on perçoit comme les attentes des autres face à nous-mêmes.

« Très souvent, la culpabilité naît lorsque nous croyons ne pas avoir comblé les attentes des autres. »

Le livre ne donne pas de moyens pratiques de faire face au jugement et à la culpabilité, de gérer le stress que cela engendre. Il faudra se tourner vers un ouvrage spécialisé pour cela, de méditation ou autre. Cependant, à travers de très nombreux exemples que l’auteure a vécu ou dont elle a été témoin, elle nous présente ce qu’est ce problème de société (le jugement et la culpabilité) et donne des pistes de réponse pour mieux appréhender ces instants qui nous empoisonnent la vie.

« Le silence possède une profondeur à laquelle personne ne peut résister. »

Elle aborde aussi la pleine conscience dans son ouvrage comme moyen d’être plus en phase avec soi-même. Les propos sont accessibles, surtout si on souhaite aborder ce sujet pour la première fois. Le livre offre une vision intéressante de notre façon d’aborder ces jugements souvent gratuits et j’ai apprécié les propos de l’auteure sur beaucoup de thématiques abordées dans le livre. Et puis la couverture me plaît bien! Ensoleillée et très parlante!

Si le sujet vous intéresse, c’est un livre pertinent à découvrir.

Pour en finir avec le jugement des autres et la culpabilité, Marthe Saint-Laurent, Les éditions Québec-Livres, 144 pages, 2018