Brume

La fumée recouvrit tout comme de la brume. Après un violent orage, la ville de Bridgton se retrouve encerclée par un bloc de brume opaque et menaçant. Piégés dans un supermarché Billy et son père vont vite comprendre que l’horreur qui se cache dans le brouillard n’est que le reflet de celle qui vit dans le cœur des hommes… Brume montre au lecteur une autre facette de King, celui qui joue avec les frontières du réel, faisant appel à nos peurs les plus ancestrales : le monstre caché dans le brouillard, ou derrière le sourire de notre voisin…

Brume est un court roman (ou une longue nouvelle), paru précédemment dans le recueil du même nom. L’éditeur Albin Michel en a fait une réédition comprenant uniquement la nouvelle, dans la belle collection Wiz pour faire découvrir l’œuvre de Stephen King aux jeunes. Il s’agit du texte intégral. J’avoue adorer les rééditions des livres de King dans cette collection à l’apparence très reconnaissable, avec son croquis en blanc sur la couverture. J’ai lu récemment Le corps dans la même collection. 

Brume est une histoire de brouillard et d’horreur, qui se déroule principalement dans un supermarché. Mais l’auteur instille le mystère bien avant cela. David vit dans une maison au bord d’un lac avec sa femme Steff et leur petit garçon Billy. Nous sommes en plein mois de juillet caniculaire. Le temps est à la tempête, un cyclone s’élève sur le lac et rapidement, la petite famille s’installe au sous-sol pour essayer de faire passer ce moment le mieux possible. Les dégâts, le lendemain matin, frôlent l’horreur.

Des arbres tombés, des fils électriques dénudés qui crépitent, des voitures et des hangars à bateaux défoncés. Et il y a ce brouillard, sur le lac. Étrange, qui semble avancer doucement, comme découpé au couteau. Si nette que ça semble irréel.

« J’avais la forte impression de n’avoir encore jamais vu de brume exactement comme celle-là. En partie à cause de l’aspect parfaitement rectiligne de son front. Rien n’est jamais aussi régulier dans la nature; c’est l’homme qui a inventé les lignes droites. »

Les personnages froncent les sourcils, trouvent ce brouillard étrange, mais passent rapidement à autre chose. Les dégâts de la tempête sont importants, il faut s’activer.

David n’entretient pas la meilleure relation du monde avec son voisin, Norton, mais en période difficile, les voisins doivent se serrer les coudes non? David, Norton et le petit Billy partent donc en ville chercher quelques provisions le temps que les choses se calment un peu dans le coin et que les secours prennent les choses en main pour dégager les fils et les routes. 

Comme souvent chez King, c’est à partir d’un événement banal, du quotidien, que les choses commencent à déraper. Ces quelques mots de David, lancés nonchalamment entre deux paragraphes, nous glacent littéralement le sang:

« Depuis lors, je n’ai plus revu ma femme. »

L’essentiel de l’histoire se déroulera ensuite au supermarché. On n’a pas idée de ce que la brume, insidieuse et opaque, peut cacher. Encore moins lorsqu’un groupe de gens est coincé dans un endroit clos et que chacun tente de gérer ce qu’il voit à sa façon. La menace est omniprésente, elle vient de l’extérieur tout comme de l’intérieur. 

« Quand les machines font faillite, quand la technologie et les systèmes religieux conventionnels font faillite, les gens ont besoin de s’accrocher à quelque chose. »

J’ai aussi aimé que l’on ne détienne pas forcément toutes les clés de l’intrigue et qu’on nous laisse en imaginer une partie. La fin est ouverte, apportant certains éléments de réponse, mais pas tous. L’imagination du lecteur est sollicitée et c’est ce qui donne, à mon avis, une atmosphère effrayante particulièrement propice à laisser s’affoler ses idées.

Comme toujours, j’aime l’imagination particulièrement féconde de Stephen King qui nous amène dans un monde effrayant… en ayant comme point de départ un lieu aussi anodin qu’une épicerie. Une note à la fin du roman explique l’inspiration qu’a eu l’auteur et de quelle façon lui est venu l’idée de cette histoire. J’aime quand les écrivains nous racontent la génèse de leurs écrits!

Brume a été aussi adapté à l’écran. Au cinéma en 2007 et en série en 2017, qui a par la suite été annulée. Je n’en ai vu aucun des deux, mais je serais curieuse de voir ce que ça donne! C’est une histoire qui a beaucoup de potentiel cinématographique.

De mon côté, je ne peux que vous conseiller de découvrir le livre. Brume est une histoire effrayante, qui joue sur notre peur naturelle des créatures monstrueuses, mais également sur le dérapage effrayant que peut connaître l’humain lorsqu’il est confronté à une situation qu’il ne maîtrise pas.

Brume, Stephen King, éditions Albin Michel, 288 pages, 2019

Le dernier homme

le dernier hommeUn monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain… Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d’Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d’ « humains » programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d’y perdre son âme…

En commençant ce roman, je m’attendais à lire une seule histoire alors que je découvre que Le dernier homme fait partie d’une trilogie, avec Le Temps du déluge et MaddAddam. Deux titres que je voudrais bien lire également.

Le dernier homme de Margaret Atwood nous transporte donc dans le présent et le passé de Snowman (autrefois appelé Jimmy). Une catastrophe humaine a changé le cours de l’humanité et le monde que nous avons connu. Nous sommes alors transportés dans le présent de Snowman et très souvent, dans ses souvenirs. C’est à un voyage dans le temps que nous convie l’auteure. Le passé de Jimmy est en quelque sorte notre futur à nous, les humains d’aujourd’hui. Il y a des reliques du monde que nous connaissons, dans les décombres que l’on retrouve dans le l’univers de Snowman. Dans les méandres de l’internet qu’il consulte, du temps où il s’appelait Jimmy, on retrouve un peu de notre culture et de ce que nous avons été. Les personnages de ce monde futuriste critiquent notre monde, notre mode de vie, notre façon de gérer nos relations avec les autres.

L’auteure alterne entre le passé de Jimmy et le présent. Son présent, par rapport à nous, est un monde futuriste. Cependant, on a l’impression que son univers pourrait ne pas être si éloigné du nôtre dans un proche avenir. Le monde décrit dans le roman est très détaillé et offre un regard assez noir sur ce que pourrait devenir notre futur. C’est un univers particulier, rempli de vestiges du temps passé.

« Snowman ouvre les yeux, les ferme, les ouvre, les garde ouverts. Il a passé une nuit épouvantable. Il ne sait quel est le pire, un passé qu’il ne peut retrouver ou un présent qui le démolira s’il se penche trop dessus. Et puis il y a le futur. Pur vertige. »

Dans le passé, nous voyageons aux côtés de Snowman, de son meilleur ami Crake et de Oryx dont il est follement amoureux. Nous découvrons des compounds, des sociétés plus avancées qui évoluent à l’écart des autres. Ce monde est peuplé de créature particulières, comme les porcons et les louchiens, issus de la manipulation génétique. Le monde décrit dans Le dernier homme est très avancé du point de vue des technologies, de la science et de la génétique.

Crake, devenu adulte, façonne quant à lui ce qui sera le nouvel humain dans un présent désolé où tout est détruit et où il ne reste que des décombres et des déchets de l’ancien monde.  Il travaille beaucoup sur les créations transgéniques. Son but: créer la perfection, sans les défauts de l’humain. L’auteure offre avec ce personnage, une forme de critique et un avertissement concernant les manipulations génétiques qui peuvent s’avérer très dangereuses. En souhaitant effacer ce qui lui semble inégal et injuste, comme les hiérarchies et la jalousie, ses nouvelles créations ne sont pas forcément mieux. Le monde manque de saveur, de couleurs, d’identité.

L’histoire est un peu un constat et une critique du chemin que prend l’humanité avec les traitements génétiques et transgéniques, et l’envie de créer des êtres les plus parfaits possibles. L’auteure invoque du même coup les conséquences d’un monde futur, où l’obsession de l’homme à rechercher constamment la supériorité et la domination sur les autres espèces et sur la nature, l’amène plutôt à tout détruire autour de lui.

La pollution et l’écologie sont des thèmes qui reviennent souvent dans le livre. Certaines créations ou innovations faites par les scientifiques dans le roman le sont en cherchant à améliorer le monde que nous leur avons laissé. On ne peut s’empêcher de faire un certain parallèle avec ce que nous vivons aujourd’hui, surtout que dans le roman, un virus créé par l’humain est en voie de détruire l’humanité. Ici, il s’agit d’un roman naturellement, mais qui trouve certains échos à ce que nous vivons aujourd’hui. Il y a quelque chose de terrifiant dans cette histoire qui nous raconte un monde qui pourrait être probable, avec les avancées technologiques et scientifiques que nous connaissons.

Le dernier homme est ma première rencontre avec l’univers de Margaret Atwood. J’ai trouvé le roman très original, l’idée de cette vision futuriste est très intéressante et que dire de cette plume riche en vocabulaire et imagination! La traduction est également excellente et agréable à lire. J’ai par contre trouvé quelques longueurs au roman. La construction de l’histoire est assez lente. Il y a beaucoup de passages qui se déroulent dans le passé et j’avais souvent l’impression qu’il y en avait plus que dans le présent, alors que c’est à cette période que j’aurais préféré passer le plus de temps. Je la trouvais plus intéressante et plus intrigante.

Il y a donc des passages qui s’étirent en longueur et que l’on aurait pu raccourcir un peu. Le roman n’en est pas moins bon, mais il m’a manqué un peu de suspense pour rester totalement accroché à l’histoire. Peut-être est-ce parce que le livre est le début d’une trilogie? Ce que je ne savais pas en le commençant. Ma perception par rapport au dénouement et à mon envie de connaître les réponses plus rapidement aurait peut-être été différente de ce côté-là, en sachant que Le dernier homme place les bases d’une histoire beaucoup plus longue. Peut-être que cette impression sera plus ténue en lisant les autres volumes de la trilogie. Dans l’ensemble, je dirais que l’auteure réussit à pousser notre curiosité suffisamment loin pour avoir envie de découvrir la suite.

Malgré ce bémol, Le dernier homme m’a permis de passer un bon moment. J’ai trouvé le roman très intéressant, surtout parce que l’auteure réussit à créer un monde fascinant et terrifiant. Elle nous décrit un monde qui n’est pas très reluisant et qui est rempli d’incertitudes quant à ce qu’il adviendra dans le futur. C’est une lecture que j’ai aimé et qui m’a donné envie d’en savoir plus, surtout avec la façon dont l’histoire se termine. Je lirai assurément Le Temps du déluge et MaddAddam qui complètent le cycle commencé avec Le dernier homme.

Le dernier homme, Margaret Atwood, éditions 10-18, 480 pages, 2007

Green Class t.1: pandémie

Green Class 1De retour d’un voyage scolaire dans les marais de Louisiane, une classe de jeunes Canadiens se retrouve immédiatement plongée en plein cauchemar. Un mystérieux virus s’est répandu, transformant peu à peu les humains en inquiétants monstres végétaux. L’armée a pris le contrôle du territoire. Mis en quarantaine, forcés d’abandonner un des leurs, cinq d’entre eux décident de se rebeller. Fin du monde ou pas, ils resteront maîtres de leur destin…

J’avais ce livre dans ma pile à lire depuis un moment et avec l’arrivée de la pandémie, je ne me suis d’abord pas sentie capable de lire cette bande dessinée. Au fil des semaine, ça mieux été et j’avais envie de la découvrir.

La première chose qui m’a attirée vers cette bd c’est le dessin. Il me plaît beaucoup. Le résumé était alléchant et l’histoire est à la hauteur. Elle tient bien la route et le scénario est conçu pour donner envie d’en savoir plus. On se retrouve quelque part entre les bandes dessinées Seuls et The Walking Dead. Pas vraiment de zombies ici, mais plutôt un virus qui a fait muté dangereusement les malades. Jusqu’à ce qu’ils deviennent quelque chose qui n’est plus tout à fait humain…

Visuellement, la bd est superbe. La couverture avec ses textures différentes, les planches ainsi que le dossier graphique à la fin. J’apprécie toujours beaucoup quand les artistes partagent leur démarche et l’évolution de leur travail avec les lecteurs. C’est intéressant et ça donne un petit plus au livre.

L’histoire aussi est très prenante. On la commence tout en voulant connaître rapidement la fin. C’est une véritable aventure que vivent ces jeunes. De retour d’un voyage de deux semaines dans les marais de Louisiane, les jeunes et leur professeur se retrouvent désemparés quand ils constatent que l’accès à l’aéroport leur est interdit. La ville semble dévastée, de grandes sections commencent à être condamnées. Un membre de leur groupe tombe malade et les jeunes feront tout pour le sauver.

À une échelle différente, on retrouve dans Green Class un écho de la pandémie actuelle, comme sans doute dans la plupart des histoires post-apocalyptiques. Un virus qui n’a pas de vaccin et qui est très contagieux. Une ville en quarantaine. Un confinement imposé. Des avions qui ne volent plus. Dans la bd cependant, le virus intervient dans les gênes et les gens ne sont plus eux-mêmes. La quarantaine a dégénérée et les gens sont retenus prisonniers derrière un immense mur. Les jeunes qui sont restés tentent de sauver leur ami et de survivre dans un monde devenu hostile. C’est en se rendant dans un camp d’aide qu’ils constatent comment les choses fonctionnent réellement…

Green Class met en scène un groupe d’adolescents avec les préoccupations et chamailleries de leur âge. En se retrouvant dans une situation extraordinaires, on voit ressortir le meilleur comme le pire d’eux-même. L’histoire est prenante et pleine d’action et d’aventure. J’ai beaucoup aimé cette histoire dont la fin nous laisse sur notre appétit. Mon seul petit bémol, c’est avec le langage utilisé. Les auteurs sont français, mais les personnages sont canadiens et on sent beaucoup trop le parler français à mon goût. De ce côté, j’ai trouvé que c’était moins crédible. J’aurais préféré un français plus universel. Ce n’est pas dérangeant, mais comme je me suis fait la réflexion à quelques reprises pendant ma lecture, j’en glisse toute de même un mot.

Si vous n’avez pas peur de lire des histoires de pandémie en pleine pandémie, cette bd est vraiment bien et l’action est au rendez-vous. Les personnages sont intéressants, plusieurs sont bien développés et évolueront sans doute dans la suite que je compte bien lire! Je veux vraiment savoir comment les choses vont se dérouler maintenant que j’ai lu la fin du premier tome!

Green Class t.1: pandémie, Jérôme Hamon, David Tako, éditions du Lombard, 72 pages, 2019

Z comme Zacharie

Z comme ZacharieSur la terre ravagée par un cataclysme, Ann reste seule dans sa vallée miraculeusement épargnée. Avec quelques animaux, la petite ferme, elle redécouvre le travail danse la nature comme avant les machines. Mais il y avait un autre survivant… Est-ce la promesse d’une vie à deux où tout peut renaître ? Ou bien l’inconnu porte-t-il avec lui une menace plus redoutable que celle des radiations mortelles?

Robert Leslie Carroll Conly était journaliste pour National Geographic. Comme son contrat ne l’autorisait pas à publier pour un autre éditeur, il commença à écrire des livres sous le nom de Robert C. O’Brien. Principalement des livres jeunesse. À la base, Z comme Zacharie devait être un livre pour adulte, mais il a été publié sous l’étiquette « roman jeunesse ». Il est paru à titre posthume, un an après la mort de l’auteur. C’est sa femme et sa fille qui en ont terminé l’écriture d’après les notes qu’il avait laissé.

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Écrit au début des années 70, ce roman post-apocalyptique est plutôt intéressant, même s’il a un peu vieillit. Je m’y suis intéressée en tombant sur le film qui en a été adapté. Je ne l’ai pas encore vu car je souhaitais lire le roman en premier. Par contre, les premières images que j’en ai semblent assez différentes quant à la dynamique des personnages dans le film. Ils semblent être trois alors que dans le livre, il n’y a que deux personnages.

Dans le roman, écrit sous forme de journal, nous suivons Ann Burden, une jeune fille de seize ans. Le monde dans lequel elle vit est dévasté par la radioactivité. On ne sait pas grand chose de cette catastrophe, si ce n’est que ça se déroule après la guerre et que tout, ou presque, semble avoir subit des radiations. Ann se retrouve seule sur la ferme familiale, dans une vallée toujours verte et sensiblement encore viable et en bonne santé. Elle tente de survivre et son quotidien se partage entre les animaux de la ferme, les cultures, le magasin et le temple. Le reste est mort et il n’y a personne d’autre. Jusqu’à ce jour où elle aperçoit quelqu’un qui semble avancer tranquillement dans la vallée.

C’est à l’arrivée de cet homme que tout change pour Ann. Ce qu’elle attendait de la présence d’un autre être humain, ce qui avait nourri ses rêves d’adolescente de ne pas terminer sa vie seule au monde, semble se concrétiser. Cependant, elle se retrouve vite à devoir s’occuper de l’homme surgit de nulle part et leur relation prend une tournure inattendue, voire inquiétante…

« Je vis dans la peur constante d’être repérée et pourchassée. »

L’idée derrière le roman est vraiment intéressante et l’auteur réussit à nous faire vivre plusieurs émotions aux côtés d’Ann. On voit rapidement que ce roman a été écrit à une autre époque et que les rêves qui animent Ann – fonder une famille, devenir enseignante, s’occuper d’enfants, se marier ainsi que l’aspect religieux – a un petit côté suranné, tant dans les dialogues que dans l’apparente docilité de la jeune fille. Ça peut sembler agaçant au début, mais en replaçant le roman dans son contexte, Ann se révèle assez forte et décidée. Elle sait ce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas accepter. C’est aussi pour son petit côté un peu vieillot que le roman se lit aujourd’hui avec plaisir.

L’histoire est racontée par Ann, sous forme de journal personnel. Les entrées sont datées, mais sans année. Le roman laisse donc penser que l’auteur souhaitait conserver un flou quant au moment exact des événements. Ils pourraient se passer à n’importe quelle époque. Dans son journal, Ann parle de l’inconnu, John, un chercheur spécialiste de la contamination radioactive. Elle parle de son arrivée et de la grande solitude qu’elle ressentait à l’idée de se croire seule au monde. Elle parle des solutions qu’elle tente de mettre en place pour survivre et améliorer son quotidien sans épuiser les ressources qu’elle a sous la main.

« Même après tout ce temps, j’ai encore du mal à admettre que je ne serai rien du tout, que je n’aurai jamais aucun métier, que je n’irai nulle part et ne ferai rien, sinon ce que je fais ici. »

Z comme Zacharie est un roman que j’ai trouvé intéressant à lire, surtout parce que l’auteur réussit à garder un certain suspense quant à ce qui va se passer entre Ann et le nouveau venu. Sa vie sur la ferme va changer du tout au tout et pourtant, elle demeure forte et n’est pas amère. Elle croit qu’il y a quelque chose de beau au-delà des difficultés qu’ils peuvent traverser, même quand la vie semble anéantie partout autour d’elle. C’est un personnage plein de gentillesse, qui pense bien souvent aux autres avant elle-même.

J’ai hâte de voir l’adaptation du film car je crois qu’avec la vision d’aujourd’hui, il y a sûrement une idée intéressante à en tirer. De mon côté, ce livre m’a beaucoup plu. Il semble introuvable aujourd’hui et n’a jamais vraiment été réédité. C’est pourtant une histoire plutôt captivante, qui aborde l’écologie, la survie, la vie quotidienne sur la ferme quand les ressources sont très limitées. C’est également un beau portrait de jeune femme, surtout pour son époque, qui met en lumière de belles qualités: la gentillesse, le don de soi et la débrouillardise.

Une belle lecture.

Z comme Zacharie, Robert C. O’Brien, éditions Le livre de poche, 317 pages, 1986

Le vêlage

vêlage22e siècle. Les bouleversements climatiques ont noyé une bonne partie des zones côtières, amenant, comme c’était prévisible d’immenses vagues de migration et des guerres. Au large de continents condamnés à la désertification, de nombreuses cités flottantes ont vu le jour. Elles abritent des centaines de milliers de personnes, des millions, dans un confort précaire pour le plus grand nombre et une agréable opulence pour la minorité dominante : les Actionnaires. Sur la ville flottante de Qaanaaq, au large du Groenland, après une mission de découpe d’iceberg longue de trois mois, un père retrouve son fils de quinze ans. Saura-t-il combler le fossé qui les sépare désormais ?

Après avoir lu La cité de l’orque, un étonnant roman mêlant plusieurs genres et mettant en scène des personnages particulièrement intéressants, j’ai eu très envie de lire Le vêlage. Il s’agit d’une nouvelle qui se déroule dans l’univers de La cité de l’orque. J’adore quand les auteurs nous offrent de petits bonus comme ceux-là, histoire de prolonger un peu le plaisir d’un univers qu’on a aimé.

Dans Le vêlage, on rencontre deux nouveaux personnages. Il y a Dom, scieur de glace, pauvre,  souvent éloigné pour des contrats de longue durée pour ne pas crever de faim, séparé de la mère de son fils qui elle, vit confortablement. Et il y a son fils Thede, adolescent, secret, amoureux et qui se fait harceler à l’école. En grandissant, il s’éloigne peu à peu de son père, qui trouve la situation très difficile. Dom est terrifié par la peur de perdre son fils, qui vit plus confortablement que lui grâce à sa mère. Tous les sépare.

« Bien sûr, il ne vivait pas dans les baraquements d’un orphelinat de Brooklyn. Il ne trimait pas douze heures par jour à l’école de formation centrale solaire. Mais il lui fallait vivre dans une ville qui lui reprochait sans cesse la couleur de sa peau et le boulot de son père, ce forçat de la banquise. »

L’histoire raconte l’énergie et la misère de Dom qui veut à tout prix renouer avec son fils. Souvent absent, même si ce n’est pas ce qu’il souhaiterait, il se bat avec désespoir pour garder intact la maigre relation qu’il entretient avec ce garçon qu’il aime tant et qui grandit beaucoup trop vite. Les différences entre les classes sociales sont un grand problème à Qaanaaq, de même que la très grande pauvreté dans laquelle évolue une trop nombreuse partie de la population.

« Ce n’était qu’à présent, devant cet étranger qui jadis avait été mon fils, que je prenais la mesure des châtiments – si doux, si justifiés – que l’univers réserve à ceux qui ne pensent qu’à eux-mêmes. »

La nouvelle est assez courte, elle ne fait pas tout à fait 40 pages, mais l’auteur réussi en peu de mots à mettre en place la relation complexe entre un père et son fils. Ici, il nous présente l’histoire d’un adolescent qui grandit vite et d’un père absent la plupart du temps, qui vit dans la misère et tente d’offrir à son fils le peu qu’il a. Ses mauvais choix et sa panique à l’idée de perdre son fils sont au centre de l’histoire pour nous offrir une nouvelle coup de poing. Dès qu’on s’approche de la fin, le drame qui se joue ici, entre Dom et son fils Thede nous apparaît tout à coup avec horreur. Cette histoire est terrible, poignante et maîtrisée, tout en nous offrant l’occasion de rester encore un peu dans l’univers difficile et post-apocalyptique de La cité de l’orque.

Une très bonne lecture, qui reprend les thèmes chers à l’auteur dans son premier roman pour adultes.

Le vêlage est une nouvelle gratuite et offerte par les éditions Albin Michel sur leur site web. Elle peut être téléchargée ici.

Mon billet sur La cité de l’orque, le roman dans lequel se déroule cette nouvelle.

Le vêlage, Sam J. Miller, éditions Albin Michel, 38 pages, 2019