Album Falardeau

Manon Leriche et Jules Falardeau ont écumé leurs riches archives, offrant aux lecteurs un accès unique à l’œuvre du Pierre Falardeau photographe, documentariste, auteur, cinéaste, mais aussi à l’intimité du voyageur, du militant, de l’ami, du conjoint et du père qu’il a été. De son enfance jusqu’à ses derniers moments, l’Album Falardeau raconte le destin d’un homme libre.

J’ai été tellement heureux de recevoir ce livre! Pierre Falardeau a toujours été quelqu’un pour qui j’avais beaucoup d’admiration. Son travail, ses écrits et sa pensée en font un grand homme qui a beaucoup fait pour le Québec. Les combats qu’il menait, pour lesquels il se battait, les choses auxquelles il croyait, comme québécois, je me suis toujours reconnu dans ce qu’il faisait. J’ai toujours appuyé les causes pour lesquelles il se battait. Un homme qui s’est dédié à la nation québécoise, qui n’a pas oublié notre histoire, qui a toujours perçu les injustices auxquelles on était confrontés. Il aspirait à ce que nous soyons un peuple fort et libre. 

« En 2011, près de deux ans après sa mort, lors de la visite du prince William, les militants du RRQ qui avaient lutté aux côtés de Pierre, ont réussi un coup magnifique. Les services de sécurité canadiens avaient pensé à tout pour sécuriser le périmètre et empêcher que son Altesse Royale ne soit importunée par les culs-terreux de la Province of Quebec. Mais ils n’avaient pas pensé au ciel. Un avion avait défilé au-dessus du couple princier en tirant le slogan « Vive le Québec libre ». Une action d’éclat qui a eu un écho dans plusieurs journaux un peu partout dans le monde. »

Cet album est un vrai bijou. Le travail fait par Manon Leriche et Jules Falardeau est fantastique. Le livre nous fait découvrir l’homme, le cinéaste, le conjoint, le père de famille, l’ami, le collègue, le sportif et le militant qu’était Pierre Falardeau. On découvre sa façon de travailler, ses combats, ses sources d’inspiration, son côté humain et passionné. L’ouvrage regroupe autant des souvenirs que des textes écrits par Pierre Falardeau lui-même. Les auteurs mettent en lumière des mots que Pierre Falardeau a déjà dit. Pour mieux comprendre le colonialisme, il a visité certains pays qui ont vécu des épisodes de colonisation et d’assimilation, il a passé du temps avec des peuples autochtones, toujours avec le sentiment d’un lien profond entre eux et nous, via les cicatrices laissées par le colonialisme. 

À travers les mots de sa femme et son fils, on apprend beaucoup de choses sur la personnalité de Pierre Falardeau, sur l’homme qu’il était en privé, avec sa famille, ses amis, les acteurs qu’il côtoyait, son travail. On voit un côté très humain et sympathique. C’était un grand homme qu’on découvre encore plus dans ce livre.  On apprend des côtés de lui qu’on ne connaissait pas du tout. On découvre la façon dont il travaillait, sa façon de choisir ses comédiens, de travailler ses textes, les revers qu’il a dû essuyer au fil du temps par la censure et les fonds refusés pour ses films.

« Moi, j’ai pas besoin des médailles du gouverneur général ou du Conseil des arts pour me donner des frissons. Des médailles, j’en ai tous les jours sur la rue quand le monde m’envoie la main en criant: « Lâche pas, Falardeau! » Mon p’tit art à moi, y est au service de ce monde-là. »

Sa plume et sa caméra étaient les armes qu’il utilisait pour bousculer les idées et faire valoir ce en quoi il croyait. Tous les films qu’il a pu produire sont décryptés dans cet album. On apprend alors tout le travail qu’il y a derrière la production, mais aussi son désir de transmettre son art: je pense par exemple aux moments passés avec les inuits pour leur apprendre la vidéo ou à son goût des voyages et de la découverte. 

Pierre Falardeau m’a toujours donné une impression sympathique, proche du peuple, proche des gens normaux. Sans faux semblants. C’était un homme vrai. Avec ce livre, j’ai découvert le sportif en lui, son amour de la nature. Ses convictions ont toujours été sa priorité, bien au-delà de l’argent. Il voulait pour le Québec une nation libre. Des valeurs que je partage et qui me touchent beaucoup.

Au-delà du cinéaste, Pierre Falardeau était un grand écrivain et un grand penseur. L’album reproduit plusieurs extraits de ses livres, pour mettre en lumière sa pensée. On y retrouve énormément de photos prises tout au long de sa vie. De sa jeunesse, où il était déjà ami avec Julien Poulin, à ses dernières randonnées quelque temps avant son décès, les photos sont à la fois amusantes, émouvantes et très belles. Ce projet est une façon magnifique de rendre hommage à l’homme qu’était Pierre Falardeau. 

Dans l’ouvrage on retrouve des témoignages de gens qui ont travaillé avec lui. Une belle façon de mettre en lumière des anecdotes qu’on ne connaissaient pas et de donner une dimension différente au personnage public qu’était Falardeau. On découvre également ses sources d’inspiration, les gens qu’il admirait et les pensées auxquelles il adhérait. Un homme intègre, dont le combat fut l’histoire de toute sa vie, une bataille au quotidien, tant par son travail au cinéma, que son écriture ou ses actions comme militant. Cet album me donne envie de découvrir les œuvres que je ne connais pas encore de lui. Certains films, certains livres. Pour avoir toujours poussé pour faire valoir ses idées et ses films, c’était un homme avec un grand courage, une très grande force mentale. Un homme travaillant, amoureux de la nature, avec qui je me découvre de nombreux points commun. 

Ce livre a été plus qu’un coup de cœur pour moi. Un véritable bijou qui permet de découvrir l’homme, son travail et ses convictions. Un livre très riche en informations, en anecdotes, en photos. Visuellement, c’est un ouvrage vraiment intéressant à découvrir, touchant aussi quand on tombe sur une image très personnelle, où l’on sent la passion qui animait Falardeau. La fin est très émouvante et m’a énormément touché. Un homme qui savait nourrir à la fois ses combats et son travail, ainsi que sa vie personnelle et son âme. Vraiment, un fabuleux portrait. Un homme qui a laissé un très bel héritage aux québécois.

Album Falardeau est un livre qui aura une place spéciale dans ma bibliothèque. Une lecture que je recommande à tous les québécois, peu importe leurs origines, parce qu’un peuple doit savoir d’où il vient. Un peuple qui ne connaît pas les combats qui l’ont précédé et ses combattants, est un peuple qui ne sait pas où il va. 

« Un peuple minorisé peut être plus ou moins bien annexé, plus ou moins bien exploité, plus ou moins bien opprimé, plus ou moins bien entretenu. Ce plus ou moins ne change rien à la réalité de l’oppression, de l’exploitation et de la soumission. Je refuse ces échelles de la souffrance qui accorderaient la liberté au peuple palestinien ou au peuple tibétain et la refuseraient au peuple québécois ou au peuple basque sous prétexte que ces derniers souffriraient moins. Une chaîne en fer, en argent ou en or est toujours une chaîne. N’importe quel animal sauvage comprend ça d’instinct. Pourtant, il existe des sous-hommes toujours prêts à crier: « Vive nos chaînes! » « 

Un ouvrage riche en informations, en anecdotes, en photos et en documents. J’ai été ému à de nombreux moments pendant ma lecture. C’est un livre qui a su venir me chercher énormément. Un ouvrage que je ne peux que vous recommander. C’est un vibrant hommage à un homme authentique, qui croyait profondément à la liberté.

Album Falardeau – Nous aurons toute la mort pour dormir, Manon Leriche, Jules Falardeau, éditions VLB, 304 pages, 2021

René Lévesque – Quelque chose comme un grand homme

René Lévesque est le Québécois à l’origine des plus grands changements économiques, politiques et sociaux survenus au Québec au 20e siècle. Pendant sa carrière, il a été démonisé par une partie de la presse anglophone et francophone, traité d’ami de Khrouchtchev, de communiste et de «Castro du nord» par les Libéraux et l’Union nationale. Que sait-on vraiment de lui ? Quels évènements ont façonnés ses convictions profondes ? Qui se rappelle des hauts faits de sa brillante carrière de journaliste ?

René Lévesque – Quelque chose comme un grand homme est un collectif regroupant de nombreux auteurs et dessinateurs, sous la direction de Marc Tessier. Ce projet, je l’attendais avec une grande impatience parce qu’on parle trop peu de René Lévesque aujourd’hui, alors qu’il s’est battu afin qu’on soit « maîtres chez nous ». Que notre langue soit reconnue et que notre économie soit plus indépendante. Ses idées, ce en quoi il croyait, ainsi que son passage dans la vie journalistique et politique a changé beaucoup de choses. Cette bande dessinée est un vrai petit bijou. C’est un ouvrage intéressant, qui offre par son format différent une vision originale de la vie de ce grand homme.  

René Lévesque a eu une vie bien remplie. Auteur de théâtre, il s’est ensuite enrôlé puisque c’était l’une des façons pour lui de devenir journaliste. Il a révolutionné la radio et la télévision par le contenu de ses reportages et sa façon d’aborder l’actualité. Puis il a connu les hauts et les bas du monde politique, ainsi que la carrière qu’on lui connaît. Mais au-delà de l’homme politique et du journaliste, c’est l’humain que l’on redécouvre dans ce livre. Un homme touché par les camps de la mort qu’il a visité comme journaliste, un homme qui croyait au peuple québécois, à notre langue, à nos réalisations et à nos perspectives d’avenir. Un homme à l’écoute des autres et passionné par ce qu’il faisait. 

« Être informé, c’est être libre. »

Cette bande dessinée est extraordinaire car elle nous offre treize moments marquants de la vie de René Lévesque, vus par des dessinateurs différents. Le tout est lié chronologiquement par chapitres, au fil de la carrière et des événements qui ont marqué sa vie. Le premier chapitre débute en 1944 et va jusqu’en 1987 pour le treizième chapitre. 

J’ai énormément aimé le format de cette bande dessinée. L’ouvrage se veut un très bel hommage et offre la parole également à des gens qui ont des souvenirs en lien avec Lévesque, en fin de volume. Des auteurs et dessinateurs qui ont participé au projet. J’apprécie également le choix éditorial d’avoir respecté les paroles et écrits de Lévesque, sans en changer la syntaxe. 

« On a été le peuple le plus patient de la terre. On ne doit pas s’excuser de vouloir maintenant occuper notre place. »

Un livre à mettre entre toutes les mains, assurément. Il y a des choses qu’il est essentiel de ne pas oublier, même si on ne les a pas personnellement vécues. Cet ouvrage est un hommage magnifique, pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur. Cette lecture m’a d’ailleurs fait vivre pas mal d’émotions!

Une bande dessinée à lire assurément sur celui qui voyait en nous, les québécois, « quelque chose comme un grand peuple ».

René Lévesque – Quelque chose comme un grand homme, collectif, éditions Moelle Graphik, 268 pages, 2021

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec

Cinquante ans après le décès du général de Gaulle, Roger Barrette dévoile une facette inédite de sa personnalité, celle de son intérêt soutenu pour le Canada français. De 1911 jusqu’à son décès, il lit des auteurs québécois. Le 1er août 1940, il s’adresse directement aux Canadiens français sur les ondes de la BBC et de Radio-Canada et lance un appel au secours qui amène des milliers d’entre eux à se mobiliser pour la France libre. Il effectue non pas un, mais trois voyages mémorables au Québec. Devenu président de la Ve République, de Gaulle est un soutien indéfectible des acteurs de la Révolution tranquille. Les 75 confidences, notes et déclarations regroupées ici sont essentielles pour comprendre la pensée et les gestes du général. On y découvre que son fameux «Vive le Québec libre!» était prémédité, mais qu’il ne signifiait pas l’éclatement du Canada.

Comme beaucoup de québécois, j’ai toujours été émerveillé par le passage de De Gaulle au Québec. Ses déclarations ont marquées les esprit et depuis tout jeune, cet homme politique suscite chez moi un véritable intérêt. Pendant mon enfance et mon adolescence, on entendait beaucoup parler de son célèbre « Vive le Québec libre! » Cette lecture était donc l’occasion parfaite d’en apprendre plus et de mieux connaître l’homme politique. Il m’a toujours paru comme un homme sympathique (ce que le livre n’a fait que confirmer), et qui avait très à cœur la langue française. Il souhaitait une langue forte et un Québec épanoui, libre, autonome et libéré du joug anglais, ainsi que la liberté d’expression française au Canada. 

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec de l’auteur Roger Barrette est un ouvrage d’une grande qualité qui nous fait découvrir une multitude de faits accomplis pour le Québec par ce semeur d’espoir qu’était De Gaulle. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme et d’attentes que je me suis attaqué à cette grande et passionnante lecture. Quand il est venu au Québec, De Gaulle a toujours soulevé les foules.

« Comment expliquer que 20% d’un peuple se mobilise pour aller à la rencontre d’un visiteur de 76 ans? Les réponses à cette question peuvent être diverses. Dans ce cas-ci, il y a bien sûr la personnalité hors normes de De Gaulle, mais il y a aussi la réalité sous-jacente qui tient en quelques mots: révolution tranquille, solidarité française et ouverture sur le monde. »

L’ouvrage nous permet de (re)découvrir l’héritage que De Gaulle nous a légué, qui a aidé à façonner le Québec d’aujourd’hui et celui de demain. Ce livre historique, biographique et politique est une très belle découverte qui m’a permis d’apprendre énormément de choses sur le général De Gaulle, reconnu au Québec encore aujourd’hui pour sa célèbre déclaration: « Vive le Québec libre« . Les discours de De Gaulle étaient à la fois accrocheurs et magnifiques. Il recherchait activement la liberté. 

La lecture s’est avérée passionnante et captivante. On sent le grand travail de recherche de Roger Barrette, accompagné d’une belle structure qui pousse le lecture à vouloir en apprendre d’avantage sur De Gaulle. Qu’on soit féru de politique ou non, cet ouvrage est très accessible. L’auteur est un excellent vulgarisateur et il nous permet de découvrir tout ce qui s’est fait pour le Québec. C’est un ouvrage qui devrait être lu par les générations d’aujourd’hui, afin de mieux connaître ce qu’on a pu traverser comme nation francophone. C’est un ouvrage essentiel pour mieux comprendre l’histoire passée, les luttes importantes pour l’éducation et la place du français. Ce livre est un hommage à cet homme et à tout le travail qu’il a accompli pour permettre aux québécois et aux canadiens français une reconnaissance et une visibilité internationale. De Gaulle aimait la francophonie et il adorait le Québec. Il est intéressant par exemple, de découvrir dans la bibliothèque de De Gaulle, une série de titres québécois, qu’il a fait spécifiquement relié avec des fleurs de lys sur la reliure. 

De Gaulle avait à cœur beaucoup de choses pour le Québec. Dans l’ouvrage, on sent tout de suite l’importance de l’art, l’autonomie, l’accès à l’éducation. L’instruction au Québec demeurait difficile. Pour De Gaulle, donner tous les outils nécessaires aux francophones afin de s’instruire et d’avoir accès à l’éducation était primordial. Il tenait beaucoup à la présence du Québec au sein de la francophonie, envers et contre tous, et à l’importance des rapprochements entre le Québec et la France. De nombreux échanges entre les deux pays ont d’ailleurs été proposés et instaurés par De Gaulle. 

L’ouvrage est conçu en débutant par des faits qui nous semblent connus, mais qu’au fond on ne connaît pas réellement, jusqu’aux faits moins connus. Cette lecture est donc sans cesse une découverte. C’est d’ailleurs ce qui est captivant avec ce livre. Roger Barrette nous fait entrer dans la sphère évoluant autour de De Gaulle, toujours en lien avec son travail pour le Québec. J’ignorais énormément de choses que j’ai d’ailleurs été agréablement surpris de découvrir. 

De Gaulle a été un personnage de l’histoire qui a vécu les nombreux bouleversements de son époque. Il a apporté beaucoup pendant la Révolution tranquille avec ses idées sur la langue et l’éducation, son ouverture sur le monde et sa promotion de la solidarité entre les peuples francophones. De Gaulle amène l’espoir, la vision d’un nouveau départ. Il a apporté énormément à la France, mais aussi au Québec, toujours avec l’intention de rapprocher les deux nations. 

« De Gaulle est un homme constamment tourné vers l’avenir. Comme aux échecs, il planifie toujours un coup avant le camp adverse. Il a déjà dit: « Quand on est un homme qui a dans ses mains le destin d’un pays comme la France, on est tenu de regarder loin. » »

L’ouvrage nous apprend tout d’abord qui était Charles De Gaulle. Qu’est-ce qui a amené cet homme à devenir l’homme politique qu’il est devenu? Son amour pour sa patrie, mais aussi pour la langue française en général. Il était fasciné par le Québec et les patriotes. Après avoir remis la France sur pied après la guerre, il a été un acteur important au Québec lors de la Révolution tranquille. Il souhaitait redonner aux québécois la fierté d’être ce que nous sommes, nous développer, nous instruire en français et nous permettre de s’élever en tant que peuple. 

Cette lecture m’a permis de connaître un grand homme, qui se tenait debout, qui partageait plusieurs de mes valeurs, comme l’intégrité et la fierté d’être francophone. Il avait des idées clairement définies et il y tenait. J’ai trouvé ce livre vraiment passionnant. Cette lecture m’a appris tellement de choses! L’histoire de De Gaulle mériterait d’être plus largement connue. Son parcours nous permet de nous rapprocher de nos racines, nous donne envie de s’unir pour ne pas laisser notre langue se perdre. Vu l’actualité des derniers mois, avec la difficulté pour certains de se faire servir en français dans des commerces de Montréal par exemple, on ne peut que vouloir que chacun lise ce livre pour raviver la fierté de parler français.

Les combats menés par Charles de Gaulles et les échos qu’on peut en voir aujourd’hui avec notre langue française, viennent naturellement créer beaucoup d’émotions pendant la lecture. La vision de De Gaulle et ce que nous lui devons comme peuple, ainsi que ce que nous avons apporté à la France de notre côté, ne peut que faire vibrer le lecteur. Je trouve dommage qu’aujourd’hui, ces combats semblent tomber peu à peu dans l’oubli. Aujourd’hui, si le Québec a acquis certaines libertés comme peuple francophone, c’est beaucoup grâce à De Gaulle.

L’ouvrage contient de nombreuses photographies d’époque afin d’illustrer le propos de Roger Barrette et de nous permettre de mieux connaître De Gaulle. La préface du livre est signée Denis Vaugeois, qui nous parle un peu de Roger Barrette, de ses études et de l’auteur qu’il est. L’avant-propos aborde le rapport de Barrette à De Gaulle ainsi que de la fragilité du français. Certains passages sont émouvants et remuent beaucoup notre fibre patriotique. 

« Monsieur Hamel se mit à nous parler de la langue française disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide; qu’il fallait la parler entre nous et ne jamais l’oublier, parce que quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clé de sa prison… »

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec a été un véritable coup de coup de cœur. C’est le livre qui m’a permis de découvrir un grand homme et qui m’a fait comprendre beaucoup de choses sur notre histoire. De Gaulle de Roger Barrette a été définitivement ma plus belle lecture de l’année 2020. Un incontournable à lire absolument, pour tous les québécois, les canadiens francophones, les français et les amoureux de notre langue.

L’ouvrage se termine sur l’héritage de De Gaulle, ces changements qui ont perdurés et évolués avec le temps. Il permet de mieux saisir l’ampleur du travail qui a été fait afin que le Québec ait sa place dans la francophonie et dans le monde. Le livre nous permet de mieux comprendre ce qu’a été la Révolution tranquille. Cette période où ceux qui nous ont précédés ont beaucoup travaillé pour rendre notre monde meilleur et où De Gaulle a été un acteur important. Une période qui a été au centre de grands bouleversements. Cet ouvrage apporte un bel éclairage sur notre histoire et nous pousse davantage à faire briller notre langue française. Il nous donne envie de foncer, comme peuple et de prendre la place qui nous revient, en français. 

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec, Roger Barrette, Éditions du Septentrion, 390 pages, 2019

La politique du rire

la politique du rireVoici le bonbon électoral dont vous aviez toujours rêvé. Une collection de 150 blagues politiques à saveur québécoise et canadienne, recueillies au cours des 20 dernières années par les journalistes Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas. Les Harper, Couillard, Marois. Chrétien, Charest, Labeaume et compagnie passés à la moulinette du rire et de l’absurde. Mais ne vous y trompez pas. Les blagues ont aussi une histoire. Les plus fameuses circulent depuis très longtemps, sur plusieurs continents. Seuls les noms et les lieux changent, au gré de la fantaisie de ceux qui les racontent. Comme le conte populaire ou la chanson folklorique, la blague politique traverse les âges en recyclant une série de canevas. Pour ajouter un peu de piquant, chaque chapitre s’ouvre sur des citations authentiques de politiciens, agrémentées d’une esquisse du caricaturiste André-Philippe Côté. Après cela, le premier qui dit que la politique est une chose ennuyeuse sera privé de dessert ! 

On le sait, l’humour fait partie de notre quotidien et il a toujours fait partie du paysage politique. La politique du rire est en quelque sorte un essai sur l’histoire de la blague, de choses dites par des politiciens au Québec et au Canada qui n’ont pas toujours de sens, ou qui ont mal été formulées. Le livre relate ces histoires-là, en mettant l’accent sur le côté historique de la blague.

Par moment, l’humour et la blague trouvent leur place en politique. L’humour peut servir à cacher certaines choses pour permettre aux politiciens de faire passer leurs messages tout en cachant d’autres choses qui sont moins glorieuses à présenter sur la place publique. Le livre partage aussi des mots drôles qui ont beaucoup de sens et qui sont parfois poétiques. Ou encore des phrases très bien placées pour imager une idée ou pour étoffer le sens que le politicien souhaite donner à ses paroles.

« Les statistiques sont aux économistes ce que les lampadaires sont aux ivrognes: elles sont plus utiles pour s’appuyer que pour s’éclairer.
-Jacques Parizeau, premier ministre du Québec, 1994. »

Le livre regroupe de nombreuses blagues, qui ont voyagé à travers le temps, les différentes cultures ou les différents pays. Adaptée à la société en cours, on peut alors penser que la blague entendue a commencé chez nous, mais ce n’est pas forcément le cas. Une blague pourra être modifiée au fil du temps, tout comme les noms et les lieux, pour s’adapter aux circonstances politiques d’un pays. Dans l’ouvrage, des notes de bas de page racontent d’où provient la blague, de quelle façon elle est racontée, par exemple si elle vient d’un autre pays, et de quelle façon elle a été adaptée à notre réalité.

« Un loup se rend à la boucherie. Il regarde le menu. Le lièvre poète se vend 10$ le kilo. Le lièvre musicien: 10$ le kilo. Le lièvre politicien: 500$ le kilo. Le loup interpelle le boucher.
« Franchement! Le lièvre politicien à 500$ le kilo, ça semble exagéré. »
Le boucher le regarde droit dans les yeux.
« Le lièvre politicien trop cher? On voit bien que vous n’y connaissez rien. Vous n’avez aucune idée du temps qu’il faut pour en nettoyer un! »

Le livre contient six chapitres. Les cinq premiers racontent des choses qui ont réellement été dites par un politicien et qui sont amusantes; ou alors des blagues sur les politiciens du Québec et du Canada. Le sixième et dernier chapitre offre quant à lui un panorama international des blagues de différents pays. À la fin de chaque chapitre, on retrouve une blague de type caricature, illustrée.

Dans l’ensemble, j’ai trouvé les blagues, la façon de les raconter et d’en expliquer l’histoire, ainsi que l’anecdote reliée à la provenance, très agréables à lire. C’est intéressant de connaître la source des histoires et leur évolution jusqu’à ce qu’elles se rendent à nous. C’est un ouvrage qui aborde l’histoire, mais qui est aussi drôle et divertissant. Il nous offre l’occasion de sourire et les deux auteurs ont fait un beau travail de recherche.

Un ouvrage plutôt unique en son genre, qui aborde la place de la blague en politique. Instructif, mais aussi drôle et divertissant. Un livre qui mêle l’histoire, la politique et l’humour. Si ces sujets vous passionnent, ce livre devrait vous plaire!

La politique du rire, Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas, Éditions du Septentrion, 150 pages, 2015

Si près, si loin, les oies blanches

Si près si loin les oies blanchesTout au long de ce livre, deux pistes se croisent au fil des lieux, des époques et des saisons : celle des grandes oies blanches et celle des gens qui les ont admirées, convoitées. Sur la toile de fond des cycles naturels, la halte immémoriale des oies en bordure du Saint-Laurent devient ainsi le germe d’une réflexion sur les liens entre les humains et les animaux, sur le territoire et le vivre-ensemble, sur la liberté, la solidarité et la détermination. Si près, si loin, les oies semblent nous livrer un message… Dans leur sillage, s’ouvrent nos propres routes migratoires…

Cet essai de Gérald Baril est une vraie petite merveille. Ayant comme point de départ les oies blanches, l’auteur aborde une foule de sujets, nous parle de quantité de livres et nous raconte l’univers des oies et de ceux qui les ont observées et admirées.

« Que l’on soit scientifique, chasseur, artiste, amant de la nature ou simple témoin de leur passage saisonnier, la multitude des oies captent l’attention et frappe l’imagination. Ce temps d’arrêt, que nous intime la grandiose et fugitive présence des oies blanches, nous porte à méditer sur les rapports entre les humains et les animaux, sur le territoire et sur la notion de communauté. Si près et si loin de nous, les oies semblent nous livrer un message. »

Le livre est divisé en quatre grandes sections, qui couvrent le passage des saisons. Chaque moment de l’année amène son lot de découverte, de bonheurs. Toujours avec les oies en premier plan ou par moments, en toile de fonds. Ces oiseaux sont aussi l’occasion pour l’auteur d’aborder des sujets qui lui sont chers: la culture, l’art, la littérature, la gastronomie, la politique, la nature, les moments passés au chalet ou avec des amis, l’écriture, la chasse, l’environnement, la toponymie (le Village-aux-Oies par exemple, aujourd’hui complètement rasé), la science, la biologie, l’aménagement du territoire, son exploitation et sa protection. Le passage des grandes oies annonce le changement des saisons et a quelque chose de très émouvant.

Le livre est aussi une sorte de « voyage » pour suivre les oies. L’auteur nous parle de l’incontournable Baie-du-Febvre (si vous n’y êtes jamais allés, c’est un lieu fabuleux et impressionnant pour voir les oies), du Cap Tourmente et de l’Île Bylot. Il puise dans notre histoire, celle des premiers explorateurs d’autrefois et des scientifiques d’aujourd’hui, pour nous offrir un voyage passionnant à la découverte des oies blanches. Avec l’auteur, on suit les comportements des oiseaux, leur façon d’évoluer en groupe et de migrer vers des contrées plus propices pour la reproduction par exemple. On apprend beaucoup de choses sur le travail des chercheurs et le baguage des oies.

De nombreux chapitres sont consacrés aux Amérindiens et à leur relation avec les oies. On parle également de chasse et j’ai adoré le propos de l’auteur à ce sujet, sa façon de percevoir la chasse, les points qu’il apporte en sa faveur et son point de vue par rapport aux croisades qui ont brimé les droits des Premières nations. Il rejoint sur beaucoup de points ce que je pense de la chasse, de sa perception dans la société. La place des oies dans l’imaginaire des Inuits est très importante.

« Il fut un temps au Québec où personne n’aurait songé à blâmer la chasse, tellement l’activité était parfaitement intégrée dans les mœurs. Tous ne chassaient pas, mais beaucoup en profitaient. »

Cet essai raconte à la fois la biologie des oies, la façon dont elles sont nommées, leurs particularités alors qu’elles entreprennent de grandes traversées. Au-delà des détails plus techniques ou biologiques, le texte est empreint d’une belle sagesse, d’une délicatesse et de détails passionnants qui nous amènent sur la trace de la sauvagine. Revisiter l’influence des oies dans nos vies, s’imprégner de la nature et de ce qu’elle nous apporte et réfléchir à une foule de sujets allant du véganisme à la politique, apportent à l’essai une dimension humaine et très intéressante.

À la fin de chaque grand chapitre, l’auteur nous convie à une petite tranche de vie, à une réflexion plus intime, autour des sujets précédemment abordés. Les passages sont en italiques dans le livre et marquent une sorte de pause, J’ai beaucoup aimé. On a le sentiment de suivre d’un peu plus près l’auteur en plongeant dans son quotidien et ses pensées.

Les chapitres sont agréablement construits. Un repas entre amis autour d’une oie aux deux pommes peut être le début de longues réflexions sur la chasse par exemple, la gastronomie, le territoire. C’est à la fois convivial et intéressant, un peu comme si on y était. J’ai adoré cette atmosphère, qui rend l’essai beaucoup plus proche du lecteur et moins « didactique ». L’écriture est par moments presque poétique. C’est une petite merveille.

« Les refuges d’oiseaux migrateurs et tous les espaces protégés dans le but de maintenir la biodiversité sont éminemment précieux, mais ne doivent pas être seulement des fenêtres à travers lesquelles on imagine un monde disparu. Ils doivent être vus comme des avant-postes d’un monde à venir, plus respectueux des cycles naturels auxquels nous aussi, les humains, sommes partie prenante. »

On y retrouve de nombreuses références culturelles aux oies: dans les chansons de Félix Leclerc, dans la poésie de Félix-Antoine Savard, chez Gabrielle Roy. L’auteur m’a donné envie de (re)lire Robert Lalonde, Selma Lagerlöf, Jean Provencher, Sheila Watt-Cloutier (dont le livre Le droit au froid m’attend dans ma pile). Il m’a aussi donné envie de découvrir l’histoire de la Petite-ferme du cap Tourmente (lecture à venir très bientôt d’ailleurs!)

« Raconter, c’est un peu faire ses comptes. Les mots conter et compter ont une origine commune dans l’expression latine computare, « calculer ». Travail minutieux d’artisan, tant de fois avant moi reconduit. Et pourquoi raconter? Pourquoi ressasser ces choses d’un autre temps? Parce que c’est là une faculté de notre espèce, de faire que soient à nouveau les choses qui ne sont plus. »

Le retour des oies blanches est sans cesse un spectacle fascinant et impressionnant, qui revient chaque année pour mon plus grand bonheur. C’est donc avec un immense plaisir que je me suis plongée dans les mots de Gérald Baril. Un essai passionnant, tout en finesse. J’adore!

Vous aimez ce genre de livre? Je vous suggère aussi Hiver: cinq fenêtres sur une saison qui est construit un peu dans le même genre et nous apprend une foule de choses passionnantes!

Si près, si loin, les oies blanches, Gérald Baril, XYZ éditeur, 336 pages, 2020