De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec

Cinquante ans après le décès du général de Gaulle, Roger Barrette dévoile une facette inédite de sa personnalité, celle de son intérêt soutenu pour le Canada français. De 1911 jusqu’à son décès, il lit des auteurs québécois. Le 1er août 1940, il s’adresse directement aux Canadiens français sur les ondes de la BBC et de Radio-Canada et lance un appel au secours qui amène des milliers d’entre eux à se mobiliser pour la France libre. Il effectue non pas un, mais trois voyages mémorables au Québec. Devenu président de la Ve République, de Gaulle est un soutien indéfectible des acteurs de la Révolution tranquille. Les 75 confidences, notes et déclarations regroupées ici sont essentielles pour comprendre la pensée et les gestes du général. On y découvre que son fameux «Vive le Québec libre!» était prémédité, mais qu’il ne signifiait pas l’éclatement du Canada.

Comme beaucoup de québécois, j’ai toujours été émerveillé par le passage de De Gaulle au Québec. Ses déclarations ont marquées les esprit et depuis tout jeune, cet homme politique suscite chez moi un véritable intérêt. Pendant mon enfance et mon adolescence, on entendait beaucoup parler de son célèbre « Vive le Québec libre! » Cette lecture était donc l’occasion parfaite d’en apprendre plus et de mieux connaître l’homme politique. Il m’a toujours paru comme un homme sympathique (ce que le livre n’a fait que confirmer), et qui avait très à cœur la langue française. Il souhaitait une langue forte et un Québec épanoui, libre, autonome et libéré du joug anglais, ainsi que la liberté d’expression française au Canada. 

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec de l’auteur Roger Barrette est un ouvrage d’une grande qualité qui nous fait découvrir une multitude de faits accomplis pour le Québec par ce semeur d’espoir qu’était De Gaulle. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme et d’attentes que je me suis attaqué à cette grande et passionnante lecture. Quand il est venu au Québec, De Gaulle a toujours soulevé les foules.

« Comment expliquer que 20% d’un peuple se mobilise pour aller à la rencontre d’un visiteur de 76 ans? Les réponses à cette question peuvent être diverses. Dans ce cas-ci, il y a bien sûr la personnalité hors normes de De Gaulle, mais il y a aussi la réalité sous-jacente qui tient en quelques mots: révolution tranquille, solidarité française et ouverture sur le monde. »

L’ouvrage nous permet de (re)découvrir l’héritage que De Gaulle nous a légué, qui a aidé à façonner le Québec d’aujourd’hui et celui de demain. Ce livre historique, biographique et politique est une très belle découverte qui m’a permis d’apprendre énormément de choses sur le général De Gaulle, reconnu au Québec encore aujourd’hui pour sa célèbre déclaration: « Vive le Québec libre« . Les discours de De Gaulle étaient à la fois accrocheurs et magnifiques. Il recherchait activement la liberté. 

La lecture s’est avérée passionnante et captivante. On sent le grand travail de recherche de Roger Barrette, accompagné d’une belle structure qui pousse le lecture à vouloir en apprendre d’avantage sur De Gaulle. Qu’on soit féru de politique ou non, cet ouvrage est très accessible. L’auteur est un excellent vulgarisateur et il nous permet de découvrir tout ce qui s’est fait pour le Québec. C’est un ouvrage qui devrait être lu par les générations d’aujourd’hui, afin de mieux connaître ce qu’on a pu traverser comme nation francophone. C’est un ouvrage essentiel pour mieux comprendre l’histoire passée, les luttes importantes pour l’éducation et la place du français. Ce livre est un hommage à cet homme et à tout le travail qu’il a accompli pour permettre aux québécois et aux canadiens français une reconnaissance et une visibilité internationale. De Gaulle aimait la francophonie et il adorait le Québec. Il est intéressant par exemple, de découvrir dans la bibliothèque de De Gaulle, une série de titres québécois, qu’il a fait spécifiquement relié avec des fleurs de lys sur la reliure. 

De Gaulle avait à cœur beaucoup de choses pour le Québec. Dans l’ouvrage, on sent tout de suite l’importance de l’art, l’autonomie, l’accès à l’éducation. L’instruction au Québec demeurait difficile. Pour De Gaulle, donner tous les outils nécessaires aux francophones afin de s’instruire et d’avoir accès à l’éducation était primordial. Il tenait beaucoup à la présence du Québec au sein de la francophonie, envers et contre tous, et à l’importance des rapprochements entre le Québec et la France. De nombreux échanges entre les deux pays ont d’ailleurs été proposés et instaurés par De Gaulle. 

L’ouvrage est conçu en débutant par des faits qui nous semblent connus, mais qu’au fond on ne connaît pas réellement, jusqu’aux faits moins connus. Cette lecture est donc sans cesse une découverte. C’est d’ailleurs ce qui est captivant avec ce livre. Roger Barrette nous fait entrer dans la sphère évoluant autour de De Gaulle, toujours en lien avec son travail pour le Québec. J’ignorais énormément de choses que j’ai d’ailleurs été agréablement surpris de découvrir. 

De Gaulle a été un personnage de l’histoire qui a vécu les nombreux bouleversements de son époque. Il a apporté beaucoup pendant la Révolution tranquille avec ses idées sur la langue et l’éducation, son ouverture sur le monde et sa promotion de la solidarité entre les peuples francophones. De Gaulle amène l’espoir, la vision d’un nouveau départ. Il a apporté énormément à la France, mais aussi au Québec, toujours avec l’intention de rapprocher les deux nations. 

« De Gaulle est un homme constamment tourné vers l’avenir. Comme aux échecs, il planifie toujours un coup avant le camp adverse. Il a déjà dit: « Quand on est un homme qui a dans ses mains le destin d’un pays comme la France, on est tenu de regarder loin. » »

L’ouvrage nous apprend tout d’abord qui était Charles De Gaulle. Qu’est-ce qui a amené cet homme à devenir l’homme politique qu’il est devenu? Son amour pour sa patrie, mais aussi pour la langue française en général. Il était fasciné par le Québec et les patriotes. Après avoir remis la France sur pied après la guerre, il a été un acteur important au Québec lors de la Révolution tranquille. Il souhaitait redonner aux québécois la fierté d’être ce que nous sommes, nous développer, nous instruire en français et nous permettre de s’élever en tant que peuple. 

Cette lecture m’a permis de connaître un grand homme, qui se tenait debout, qui partageait plusieurs de mes valeurs, comme l’intégrité et la fierté d’être francophone. Il avait des idées clairement définies et il y tenait. J’ai trouvé ce livre vraiment passionnant. Cette lecture m’a appris tellement de choses! L’histoire de De Gaulle mériterait d’être plus largement connue. Son parcours nous permet de nous rapprocher de nos racines, nous donne envie de s’unir pour ne pas laisser notre langue se perdre. Vu l’actualité des derniers mois, avec la difficulté pour certains de se faire servir en français dans des commerces de Montréal par exemple, on ne peut que vouloir que chacun lise ce livre pour raviver la fierté de parler français.

Les combats menés par Charles de Gaulles et les échos qu’on peut en voir aujourd’hui avec notre langue française, viennent naturellement créer beaucoup d’émotions pendant la lecture. La vision de De Gaulle et ce que nous lui devons comme peuple, ainsi que ce que nous avons apporté à la France de notre côté, ne peut que faire vibrer le lecteur. Je trouve dommage qu’aujourd’hui, ces combats semblent tomber peu à peu dans l’oubli. Aujourd’hui, si le Québec a acquis certaines libertés comme peuple francophone, c’est beaucoup grâce à De Gaulle.

L’ouvrage contient de nombreuses photographies d’époque afin d’illustrer le propos de Roger Barrette et de nous permettre de mieux connaître De Gaulle. La préface du livre est signée Denis Vaugeois, qui nous parle un peu de Roger Barrette, de ses études et de l’auteur qu’il est. L’avant-propos aborde le rapport de Barrette à De Gaulle ainsi que de la fragilité du français. Certains passages sont émouvants et remuent beaucoup notre fibre patriotique. 

« Monsieur Hamel se mit à nous parler de la langue française disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide; qu’il fallait la parler entre nous et ne jamais l’oublier, parce que quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clé de sa prison… »

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec a été un véritable coup de coup de cœur. C’est le livre qui m’a permis de découvrir un grand homme et qui m’a fait comprendre beaucoup de choses sur notre histoire. De Gaulle de Roger Barrette a été définitivement ma plus belle lecture de l’année 2020. Un incontournable à lire absolument, pour tous les québécois, les canadiens francophones, les français et les amoureux de notre langue.

L’ouvrage se termine sur l’héritage de De Gaulle, ces changements qui ont perdurés et évolués avec le temps. Il permet de mieux saisir l’ampleur du travail qui a été fait afin que le Québec ait sa place dans la francophonie et dans le monde. Le livre nous permet de mieux comprendre ce qu’a été la Révolution tranquille. Cette période où ceux qui nous ont précédés ont beaucoup travaillé pour rendre notre monde meilleur et où De Gaulle a été un acteur important. Une période qui a été au centre de grands bouleversements. Cet ouvrage apporte un bel éclairage sur notre histoire et nous pousse davantage à faire briller notre langue française. Il nous donne envie de foncer, comme peuple et de prendre la place qui nous revient, en français. 

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec, Roger Barrette, Éditions du Septentrion, 390 pages, 2019

La politique du rire

la politique du rireVoici le bonbon électoral dont vous aviez toujours rêvé. Une collection de 150 blagues politiques à saveur québécoise et canadienne, recueillies au cours des 20 dernières années par les journalistes Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas. Les Harper, Couillard, Marois. Chrétien, Charest, Labeaume et compagnie passés à la moulinette du rire et de l’absurde. Mais ne vous y trompez pas. Les blagues ont aussi une histoire. Les plus fameuses circulent depuis très longtemps, sur plusieurs continents. Seuls les noms et les lieux changent, au gré de la fantaisie de ceux qui les racontent. Comme le conte populaire ou la chanson folklorique, la blague politique traverse les âges en recyclant une série de canevas. Pour ajouter un peu de piquant, chaque chapitre s’ouvre sur des citations authentiques de politiciens, agrémentées d’une esquisse du caricaturiste André-Philippe Côté. Après cela, le premier qui dit que la politique est une chose ennuyeuse sera privé de dessert ! 

On le sait, l’humour fait partie de notre quotidien et il a toujours fait partie du paysage politique. La politique du rire est en quelque sorte un essai sur l’histoire de la blague, de choses dites par des politiciens au Québec et au Canada qui n’ont pas toujours de sens, ou qui ont mal été formulées. Le livre relate ces histoires-là, en mettant l’accent sur le côté historique de la blague.

Par moment, l’humour et la blague trouvent leur place en politique. L’humour peut servir à cacher certaines choses pour permettre aux politiciens de faire passer leurs messages tout en cachant d’autres choses qui sont moins glorieuses à présenter sur la place publique. Le livre partage aussi des mots drôles qui ont beaucoup de sens et qui sont parfois poétiques. Ou encore des phrases très bien placées pour imager une idée ou pour étoffer le sens que le politicien souhaite donner à ses paroles.

« Les statistiques sont aux économistes ce que les lampadaires sont aux ivrognes: elles sont plus utiles pour s’appuyer que pour s’éclairer.
-Jacques Parizeau, premier ministre du Québec, 1994. »

Le livre regroupe de nombreuses blagues, qui ont voyagé à travers le temps, les différentes cultures ou les différents pays. Adaptée à la société en cours, on peut alors penser que la blague entendue a commencé chez nous, mais ce n’est pas forcément le cas. Une blague pourra être modifiée au fil du temps, tout comme les noms et les lieux, pour s’adapter aux circonstances politiques d’un pays. Dans l’ouvrage, des notes de bas de page racontent d’où provient la blague, de quelle façon elle est racontée, par exemple si elle vient d’un autre pays, et de quelle façon elle a été adaptée à notre réalité.

« Un loup se rend à la boucherie. Il regarde le menu. Le lièvre poète se vend 10$ le kilo. Le lièvre musicien: 10$ le kilo. Le lièvre politicien: 500$ le kilo. Le loup interpelle le boucher.
« Franchement! Le lièvre politicien à 500$ le kilo, ça semble exagéré. »
Le boucher le regarde droit dans les yeux.
« Le lièvre politicien trop cher? On voit bien que vous n’y connaissez rien. Vous n’avez aucune idée du temps qu’il faut pour en nettoyer un! »

Le livre contient six chapitres. Les cinq premiers racontent des choses qui ont réellement été dites par un politicien et qui sont amusantes; ou alors des blagues sur les politiciens du Québec et du Canada. Le sixième et dernier chapitre offre quant à lui un panorama international des blagues de différents pays. À la fin de chaque chapitre, on retrouve une blague de type caricature, illustrée.

Dans l’ensemble, j’ai trouvé les blagues, la façon de les raconter et d’en expliquer l’histoire, ainsi que l’anecdote reliée à la provenance, très agréables à lire. C’est intéressant de connaître la source des histoires et leur évolution jusqu’à ce qu’elles se rendent à nous. C’est un ouvrage qui aborde l’histoire, mais qui est aussi drôle et divertissant. Il nous offre l’occasion de sourire et les deux auteurs ont fait un beau travail de recherche.

Un ouvrage plutôt unique en son genre, qui aborde la place de la blague en politique. Instructif, mais aussi drôle et divertissant. Un livre qui mêle l’histoire, la politique et l’humour. Si ces sujets vous passionnent, ce livre devrait vous plaire!

La politique du rire, Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas, Éditions du Septentrion, 150 pages, 2015

Si près, si loin, les oies blanches

Si près si loin les oies blanchesTout au long de ce livre, deux pistes se croisent au fil des lieux, des époques et des saisons : celle des grandes oies blanches et celle des gens qui les ont admirées, convoitées. Sur la toile de fond des cycles naturels, la halte immémoriale des oies en bordure du Saint-Laurent devient ainsi le germe d’une réflexion sur les liens entre les humains et les animaux, sur le territoire et le vivre-ensemble, sur la liberté, la solidarité et la détermination. Si près, si loin, les oies semblent nous livrer un message… Dans leur sillage, s’ouvrent nos propres routes migratoires…

Cet essai de Gérald Baril est une vraie petite merveille. Ayant comme point de départ les oies blanches, l’auteur aborde une foule de sujets, nous parle de quantité de livres et nous raconte l’univers des oies et de ceux qui les ont observées et admirées.

« Que l’on soit scientifique, chasseur, artiste, amant de la nature ou simple témoin de leur passage saisonnier, la multitude des oies captent l’attention et frappe l’imagination. Ce temps d’arrêt, que nous intime la grandiose et fugitive présence des oies blanches, nous porte à méditer sur les rapports entre les humains et les animaux, sur le territoire et sur la notion de communauté. Si près et si loin de nous, les oies semblent nous livrer un message. »

Le livre est divisé en quatre grandes sections, qui couvrent le passage des saisons. Chaque moment de l’année amène son lot de découverte, de bonheurs. Toujours avec les oies en premier plan ou par moments, en toile de fonds. Ces oiseaux sont aussi l’occasion pour l’auteur d’aborder des sujets qui lui sont chers: la culture, l’art, la littérature, la gastronomie, la politique, la nature, les moments passés au chalet ou avec des amis, l’écriture, la chasse, l’environnement, la toponymie (le Village-aux-Oies par exemple, aujourd’hui complètement rasé), la science, la biologie, l’aménagement du territoire, son exploitation et sa protection. Le passage des grandes oies annonce le changement des saisons et a quelque chose de très émouvant.

Le livre est aussi une sorte de « voyage » pour suivre les oies. L’auteur nous parle de l’incontournable Baie-du-Febvre (si vous n’y êtes jamais allés, c’est un lieu fabuleux et impressionnant pour voir les oies), du Cap Tourmente et de l’Île Bylot. Il puise dans notre histoire, celle des premiers explorateurs d’autrefois et des scientifiques d’aujourd’hui, pour nous offrir un voyage passionnant à la découverte des oies blanches. Avec l’auteur, on suit les comportements des oiseaux, leur façon d’évoluer en groupe et de migrer vers des contrées plus propices pour la reproduction par exemple. On apprend beaucoup de choses sur le travail des chercheurs et le baguage des oies.

De nombreux chapitres sont consacrés aux Amérindiens et à leur relation avec les oies. On parle également de chasse et j’ai adoré le propos de l’auteur à ce sujet, sa façon de percevoir la chasse, les points qu’il apporte en sa faveur et son point de vue par rapport aux croisades qui ont brimé les droits des Premières nations. Il rejoint sur beaucoup de points ce que je pense de la chasse, de sa perception dans la société. La place des oies dans l’imaginaire des Inuits est très importante.

« Il fut un temps au Québec où personne n’aurait songé à blâmer la chasse, tellement l’activité était parfaitement intégrée dans les mœurs. Tous ne chassaient pas, mais beaucoup en profitaient. »

Cet essai raconte à la fois la biologie des oies, la façon dont elles sont nommées, leurs particularités alors qu’elles entreprennent de grandes traversées. Au-delà des détails plus techniques ou biologiques, le texte est empreint d’une belle sagesse, d’une délicatesse et de détails passionnants qui nous amènent sur la trace de la sauvagine. Revisiter l’influence des oies dans nos vies, s’imprégner de la nature et de ce qu’elle nous apporte et réfléchir à une foule de sujets allant du véganisme à la politique, apportent à l’essai une dimension humaine et très intéressante.

À la fin de chaque grand chapitre, l’auteur nous convie à une petite tranche de vie, à une réflexion plus intime, autour des sujets précédemment abordés. Les passages sont en italiques dans le livre et marquent une sorte de pause, J’ai beaucoup aimé. On a le sentiment de suivre d’un peu plus près l’auteur en plongeant dans son quotidien et ses pensées.

Les chapitres sont agréablement construits. Un repas entre amis autour d’une oie aux deux pommes peut être le début de longues réflexions sur la chasse par exemple, la gastronomie, le territoire. C’est à la fois convivial et intéressant, un peu comme si on y était. J’ai adoré cette atmosphère, qui rend l’essai beaucoup plus proche du lecteur et moins « didactique ». L’écriture est par moments presque poétique. C’est une petite merveille.

« Les refuges d’oiseaux migrateurs et tous les espaces protégés dans le but de maintenir la biodiversité sont éminemment précieux, mais ne doivent pas être seulement des fenêtres à travers lesquelles on imagine un monde disparu. Ils doivent être vus comme des avant-postes d’un monde à venir, plus respectueux des cycles naturels auxquels nous aussi, les humains, sommes partie prenante. »

On y retrouve de nombreuses références culturelles aux oies: dans les chansons de Félix Leclerc, dans la poésie de Félix-Antoine Savard, chez Gabrielle Roy. L’auteur m’a donné envie de (re)lire Robert Lalonde, Selma Lagerlöf, Jean Provencher, Sheila Watt-Cloutier (dont le livre Le droit au froid m’attend dans ma pile). Il m’a aussi donné envie de découvrir l’histoire de la Petite-ferme du cap Tourmente (lecture à venir très bientôt d’ailleurs!)

« Raconter, c’est un peu faire ses comptes. Les mots conter et compter ont une origine commune dans l’expression latine computare, « calculer ». Travail minutieux d’artisan, tant de fois avant moi reconduit. Et pourquoi raconter? Pourquoi ressasser ces choses d’un autre temps? Parce que c’est là une faculté de notre espèce, de faire que soient à nouveau les choses qui ne sont plus. »

Le retour des oies blanches est sans cesse un spectacle fascinant et impressionnant, qui revient chaque année pour mon plus grand bonheur. C’est donc avec un immense plaisir que je me suis plongée dans les mots de Gérald Baril. Un essai passionnant, tout en finesse. J’adore!

Vous aimez ce genre de livre? Je vous suggère aussi Hiver: cinq fenêtres sur une saison qui est construit un peu dans le même genre et nous apprend une foule de choses passionnantes!

Si près, si loin, les oies blanches, Gérald Baril, XYZ éditeur, 336 pages, 2020

Canada Québec en bref 1534-2000

Canada Québec en brefCanada-Québec en bref propose ce minimum qu’il faut savoir pour comprendre le présent. La rencontre entre Français et Indiens ; le peuplement de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre, les affrontements coloniaux, la fin des alliances franco-indiennes, l’ultime French and Indian War; le schisme anglo-saxon, les États-Unis se séparent de la Grande-Bretagne, l’Amérique du Nord scindée en deux, la Province de Québec issue de 1763 et 1774 donne naissance à deux Canadas; majoritaires dans le Bas-Canada, les députés Canadiens français réclament le contrôle complet du budget et le vote des lois; la double rébellion; Londres réplique par l’Union des deux Canadas (1841) qui fera place à la Confédération canadienne (1867); l’industrialisation n’empêche pas l’exode des Canadiens français vers les États-Unis; l’expansion vers l’ouest provoque la révolte des Métis, l’exécution de Louis Riel ; les guerres mondiales et, entre les deux, la crise économique; la révolution dite tranquille, l’évolution de l’idée d’indépendance, le rapatriement de la constitution, les revendications amérindiennes; la loi sur les langues officielles n’arrête pas l’assimilation des francophones de l’extérieur du Québec, une nouvelle mosaïque canadienne ; l’impasse constitutionnelle.

Canada Québec en bref est un ouvrage surprenant par sa brièveté. Tout juste 80 pages pour parler de l’histoire du Canada et du Québec et pourtant, le panorama que nous offrent Marcelle Cinq-Mars et Denis Vaugeois est des plus intéressant.

Il s’agit naturellement d’une lecture assez rapide, mais tout à fait le genre de livre qu’on aime conserver pour y revenir. L’ouvrage regroupe les années 1534 à 2000 et nous offre un aperçu de ce qui s’est passé pendant cette période, au Canada et au Québec.

« La population des Amériques était sans doute comparable à celle de l’Europe à l’époque de Colomb, soit autour de 100 millions d’habitants. Au fur et à mesure de la progression des contacts avec les Européens, des maladies, inconnues jusque-là en Amérique, firent des ravages indescriptibles. »

De très nombreux thèmes sont abordés, passant de la géographie à la politique, de la société à la vie culturelle. L’ouvrage aborde l’aventure coloniale, les traités passés avec les Amérindiens, le vote des femmes, l’acte de l’Union, les langues officielles, les moments marquants en politique, la Révolution tranquille, les référendums, la Seconde Guerre mondiale, la répartition des différentes régions lors de l’évolution du territoire et la cessation aux différents peuples: anglais, espagnols, français. Il y est aussi question d’autres lieux qui ont tenu une place importante dans l’histoire ou on été relatés dans certaines anecdotes, par exemple Saint-Pierre-et-Miquelon ou New York.

Canada Québec en bref aborde brièvement tout ce qui englobe la colonisation jusqu’aux années 2000. Plusieurs thèmes sont présentés et pas seulement ce que l’on peut avoir étudié sur les bancs d’école. Par exemple on y parle d’architecture, de l’évolution de certaines bibliothèques, comme le centre de conservation de la Bibliothèque nationale du Québec, anciennement une fabrique de cigares. La géographie tient une place importante puisqu’elle nous indique l’évolution du territoire ou même le déplacement des gens au fil du temps.

L’ouvrage étant abondamment illustré, les cartes sont reproduites en couleurs. On y parle également de l’art de manière générale. Plusieurs tableaux représentatifs de leur époque sont reproduits dans le livre. La forme – très illustrée – de l’ouvrage est un plus, car elle permet de voir en moins de 100 pages un panorama de notre histoire, de son évolution à travers le temps.

Le livre commence par un survol sous forme de questions ou de thèmes. Le centre de l’ouvrage, avec sa quantité d’illustrations, d’anecdotes et d’explications est passionnant. À la fin, le livre est complété par des tableaux synchroniques qui relatent année après année le déroulement de l’histoire en ordre croissant de dates.  Même s’il est relativement court, le livre nous permet d’aborder rapidement l’histoire du Canada et du Québec.

Cette lecture m’a beaucoup plu. J’aime l’histoire et j’ai trouvé que le livre était bien construit car c’est facile de bien comprendre ce qui nous est expliqué, surtout que l’ouvrage est très imagé. Même si le livre est bref et que je lis beaucoup d’ouvrages d’histoires, Canada Québec en bref permet de se replonger rapidement dans notre histoire et nous permet d’apprendre tout de même plusieurs choses. C’est une lecture enrichissante et très abordable.

Si l’histoire vous plaît, que vous n’avez pas forcément envie de lire un ouvrage complexe et difficile, c’est un livre parfait à découvrir. Il pourrait aussi plaire à des adolescents, puisque c’est un ouvrage très visuel.

Une bien bonne lecture!

Canada Québec en bref 1534-2000, Marcelle Cinq-Mars et Denis Vaugeois, éditions du Septentrion, 80 pages, 2000

«Les Ennemis français de la race anglaise»

ennemis français de la race anglaiseAdam Thom est, dans les années 1830, l’un des porte-parole les plus influents de la communauté anglophone du Bas-Canada. Sous le pseudonyme de Camillus, il publie dans le Montreal Herald des lettres vitrioliques adressées au nouveau gouverneur en poste, lord Gosford, dans lesquelles il exprime les opinions d’un groupe de marchands, de banquiers, de magistrats et de miliciens ultraconservateurs. Il s’oppose aux meneurs du Parti patriote et à leurs partisans, des «habitants illettrés» qui ignorent leurs véritables intérêts, tout en dénonçant la collaboration des autorités impériales conciliantes de Westminster. De manière prophétique, Adam Thom envisage une intervention armée pour assimiler ou annihiler les «ennemis français de la race anglaise».

«Les Ennemis français de la race anglaise». Un titre qui a vivement attiré mon attention et mon intérêt tant il est puissant et dérangeant. Je n’avais jamais entendu parler d’Adam Thom avant de lire ce livre. Sans doute que son nom vous est aussi inconnu. Il a été occulté de l’histoire et en lisant ses lettres, on comprend pourquoi. Adam Thom nourrissait une haine contre les français. C’était pour lui un petit peuple qui ne méritait pas qu’on lui accorde quoique ce soit. S’il est très mielleux et enjôleur dans ses lettres au gouverneur, son ton change peu à peu. Il devient cassant, voire parfois insultant. Il déteste autant les français que quiconque leur offre quoique ce soit. La gestion du Haut-Canada et du Bas-Canada de l’époque l’exaspère. Il passe même par les États-Unis pour contourner les français afin de ne pas être en contact avec eux.

« La méthode visant à répartir les recettes douanières en fonction de la population est presque trop absurde pour faire l’objet d’une discussion. Si une seule et unique race habitait les deux provinces, la méthode en question serait logique, bien qu’imparfaite; toutefois, prétendre qu’un Canadien français contribue autant qu’un Anglais à l’alimentation du trésor public, c’est confondre l’indolence et l’énergie, la barbarie et la civilisation, l’ignorance satisfaite et l’intelligence ambitieuse. »

Dès la lecture de ce recueil de lettres, on déteste rapidement le personnage d’Adam Thom. Il crachait et calomniait la nation francophone qu’il qualifiait régulièrement de démagogues illettrés, de traîtres, de petit peuple et d’opportunistes rampants… L’histoire n’a donc pas réellement perpétué son nom dans les livres même si son passage chez nous aura duré vingt ans.

Même si l’on déteste le personnage qu’était Adam Thom, que ses idées sont grotesques et que la lecture de ce livre peut être choquante par moments, ces lettres sont très intéressantes à lire. Elles nous font comprendre un point de vue différent. Elles jettent également un éclairage nouveau sur la politique et la situation particulière du Québec.

L’ouvrage débute par un avant propos riche en informations qui nous apprennent qui était ce cher Adam Thom. D’où il venait, ce qu’il faisait, avant qu’on puisse entamer la lecture de ses lettres adressées à Lord Gosford. Adam Thom, cet immigrant écossais qui au moment de l’envoi de ses lettres, agissait à titre de rédacteur en chef du Montréal Herald. Il s’opposait ouvertement à la politique du gouverneur Gosford. Il écrira entre 1835 et 1836 des lettres à saveur « anti-gauloises » (où il se plaît à faire une comparaison primitive avec la Rome et la Gaule) adressées au gouverneur. Il écrivait sous le pseudonyme de Camillus, accusant alors Gosford de manquer de fermeté avec la faction française et de lui donner beaucoup trop de pouvoirs.

Thom se montre très critique dans ses lettres au gouverneur, qu’il tente de raisonner car il le trouve trop généreux à l’encontre de la colonie Française. Il décortique les propos du Gouverneur en lui laissant entendre qu’il voulait sûrement dire autre chose que ce qu’on lit réellement. Il tente de l’inciter à penser comme lui. Ce qui ne semble pas avoir porté ses fruits car au fil des lettres, il se montrera de plus en plus critique sur le choix des commissionnaires mis en place, mettant en doute leurs qualifications. Il remet même en question le choix du gouverneur en place, suggérant qu’il n’a pas les compétences pour un tel mandat…

Adam Thom était un fin manipulateur. Il tente de faire croire au gouverneur que les français reçoivent bien plus que ce qu’ils ne devraient. De son point de vue, les anglais travaillent davantage et ce sont les français qui en profitent le plus. Il se plaint du manque de loyauté des français vis à vis la royauté britannique. Il déplore que les français se plaignent du joug anglais, qu’ils sont des traîtres et que ce petit peuple pourrait se mutiner si le gouverneur ne les assimile pas rapidement par la force et le sang. Il est, par exemple, totalement contre l’idée de faire du Bas-Canada, une province francophone, ce qui serait assurément une injure pour les anglophones. Idem pour l’idée d’intégrer un francophone dans l’administration, ce qui serait impensable pour lui.

« Ainsi parle, Monseigneur, un homme qui n’a jamais sacrifié sa cohérence politique, ni dévié dans son parcours, convaincu qu’un jour la persévérance opiniâtre de ses compatriotes loyaux fera trembler de terreur et d’effroi les factions françaises et les Cabinets francisés. »

Beaucoup d’éléments dans ces lettres font écarquiller les yeux aujourd’hui. Adam Thom manipule allègrement les faits afin d’augmenter les revenus du Haut-Canada et de diminuer les profits du Bas-Canada. Il donne facilement ses « conseils » (qui sont beaucoup plus des directives qu’il souhaite voir être appliquées) au gouverneur pour avantager le peuple anglais.

« La conclusion qui me vient à l’esprit, c’est que vous êtes, Monseigneur, ainsi hostile ou faible, aveugle et inconséquent. Je vous laisse le soin de choisir entre le crime moral ou la malchance intellectuelle. »

Très enjôleur, rusé, intelligent et manipulateur, Adam Thom n’apparaît certainement pas comme un homme droit et intègre quand on le lit aujourd’hui. Il manie la plume à la perfection pour tenter d’amener les gens à adopter son point de vue. C’était un excellent stratagème.

Les lettres d’Adam Thom nous permettent de voir les tensions qu’il pouvait y avoir à ce moment entre la nation Française et la nation Britannique, les patriotes anglais et français, en présentant le point de vue d’un extrémiste anglo-saxon. Adam Thom s’opposait constamment aux patriotes français. Un point de vue parfois choquant à lire pour nous, francophones, mais qui jette un éclairage différent sur nos racines et le fondement des idéologies qui ont agitées le Bas-Canada et le Haut-Canada.

« Les Ennemis français de la race anglaise » a été une lecture hyper intéressante et instructive, qui offre une image très claire des tensions que les deux colonies de l’époque ont dû affronter. De nombreuses notes accompagnent chaque page afin de permettre au lecteur de mieux saisir le contexte historique, les différents hommes qui ont marqué cette période et leur façon d’agir. C’est donc passionnant, puisqu’on apprend énormément de choses sur cette période de l’histoire, tant du point de vue social que politique.

Les lettres d’Adam Thom viennent nous chercher, naturellement, surtout lorsqu’on est francophone. Elles provoquent beaucoup d’émotions. Elles nous donnent à réfléchir sur ce qui a marqué les moments forts de notre histoire et des batailles livrées par les francophones. La lecture de ces lettres éveillent en nous un côté patriotique qui refuse encore aujourd’hui de se laisser assimiler et qui poursuit sa défense de notre langue, de notre identité. Un ouvrage à lire pour comprendre beaucoup de choses!

« Les Ennemis français de la race anglaise », Les lettres d’Adam Thom au gouverneur en chef des Canadas, 1836, Adam Thom, présentation, notes et annexes de François Deschamps, traduction de Marie Caron, éditions du Septentrion, 318 pages, 2019