Ma vie dans les bois t.7: Le retour du printemps

ma vie dans les bois 7L’hiver s’en est allé… Et avec le retour des beaux jours, la faune et la flore se réveillent. Malgré des années à vivre dans les bois, Shin et Miki restent émerveillés par la beauté de ce renouveau ! Mais le quotidien est parfois difficile. Aussi, Miki demande à son époux de lui construire un nouveau loft, pour qu’elle puisse profiter des ses loisirs dans le calme.

Un nouveau tome de Ma vie dans les bois, c’est un petit plaisir chaque fois! J’adore cette série manga différente et rafraîchissante. Elle touche naturellement à une corde sensible chez moi: la vie en forêt, la recherche de l’autonomie et les préoccupations écologiques. Shin Morimura me rejoint beaucoup dans sa façon de penser: une pensée visant la durabilité de l’écosystème, même quand il va à la pêche ou gère son poulailler et la rotation de ses poules dans le but de se nourrir.

Dans ce septième tome, l’hiver est terminé et laisse place à l’éclatement du printemps! Nouvelles pousses, jardinage, Shin et Miki font aussi face aux sangliers qui dévastent tout sur leur passage! Le printemps, c’est aussi le retour des allergies saisonnières et le moment d’attirer des oiseaux chez soi, mais le couple n’a pas plus de chance de ce côté-là. Shin raconte avec lucidité et humour leurs aventures qui sont parfois plutôt rigolotes.

Miki reproche aussi à Shin de passer tout son temps à construire des cabanes en rondins sur leur bout de montagne… mais demande alors à en avoir une à elle pour pouvoir travailler sur son métier à tresser tranquillement. On en apprend un peu plus sur elle, sur son enfance et la vie qu’elle avait en ville. La construction de la cabane occupe une grande partie de ce septième tome et Shin nous raconte de façon détaillée la façon dont il s’y prend, ainsi que ses moyens pour se procurer les matériaux. Si on s’intéresse à l’autarcie et à ce mode de vie, c’est réellement passionnant!

L’auteur nous parle aussi des invasions de punaises, des mantes religieuses, des serpents, du poulailler, de la récupération comme moyen écologique de diminuer la surconsommation.

« Le déchet est le symbole de l’époque moderne et de la société de consommation. Plus on consomme, plus on jette, plus il y a d’objets en abondance et plus on perd la valeur des choses. Et comme on utilise moins de personnel partout, même l’humain est considéré comme un déchet. »

La dernière portion du manga raconte une partie de pêche dans un coin reculé à la recherche des ombles sauvages, qui prend une tournure inattendue pour Shin, digne d’un véritable jeu de survie! Campement, escalade, confrontation entre pêcheurs, écologie et cuisine sont abordés dans ce chapitre.

Le manga est complété comme d’habitude d’une page de « journal » avec photos de la vie de l’auteur et d’un chapitre bonus sur les chiens.

Un bon manga, comme chaque fois! Si vous ne connaissez pas encore cette série et que l’écologie et l’autarcie vous intéressent, c’est une lecture parfaite pour vous!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Bonne lecture!

Ma vie dans les bois t.7: Le retour du printemps, Shin Morimura, éditions Akata, 172 pages, 2019

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Ma vie dans les bois t.6: Pêche hivernale

ma vie dans les bois 6L’hiver est tombé sur le Japon… Mais ne croyez pas qu’il n’y a rien à faire d’autre que de rester cloîtré chez soi, au coin du feu, en cette froide saison. Non, plutôt que de se tourner les pouces à se morfondre en attendant le retour des beaux jours, Shin décide de se lancer dans de nouvelles expériences : il se lance cette fois-ci dans la pêche hivernale !

Le manga commence tout d’abord en automne, alors que Shin et Miki nous expliquent la cueillette des ignames, principalement des petits tubercules comestibles qui poussent à la base des feuilles. On apprend comment ils les repèrent et la façon d’en faire la cueillette. Le tubercule est aussi comestible mais sa cueillette est un vrai parcours du combattant! Ce qui laisse naturellement place à quelques scènes humoristiques dont Shin a le secret!

Puis enfin, c’est l’hiver! Shin pense s’installer tranquillement chez lui en attendant la belle saison, mais c’est sans compter l’arrivée inopinée du « boss », le mentor de pêche de Shin, déjà rencontré dans les autres tomes de la série. Il propose la pêche hivernale: ils iront pêcher le wakasagi, un poisson introduit dans la région comme attrait touristique pour la pêche récréative. Ce qui ne devait être à la base qu’un joyeux passe-temps pour rapporter de la nourriture supplémentaire sur la table devient un véritable défi!

Shin et le Boss rencontrent un jeune garçon, Gon, alors qu’ils testent leur matériel et s’exercent à pêcher sur une plateforme flottante en attendant la formation de la glace. Frondeur, un peu mal poli, celui-ci pêche accompagné de son grand-père et perçoit l’activité comme un jeu high-tech en pleine nature. La confrontation se solde en véritable pari de celui qui pêchera le plus de poissons, Gon avec sa canne électronique, Shin et le Boss avec des cannes fabriquées à la main.

C’est à cette aventure de performance et au travail de création de cannes à pêche que nous amène Shin dans cette histoire hivernale de pêche sur la glace. La confrontation finale se jouera entre les deux hommes et le garçon, par une journée d’hiver rude et glacée.

Autour de ce pari enfantin, Shin amène une réflexion sur les traditions versus les produits de haute technologie. C’est aussi l’occasion de confronter deux générations différentes à travers une même passion et de tester leurs connaissances en bricolage afin de réussir la canne parfaite.

Comme toujours, un tome instructif, plein d’humour et qui se lit avec grand bonheur. Est-ce que j’ai déjà dit que j’adorais cette série? Je vous laisse découvrir mes autres billets sur les tomes précédents, afin de vous convaincre que ce manga vaut largement le détour!

Bonne pêche!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Quelques mots de la postface, extrait d’un livre de Michio Hoshino:

« La nature nous a toujours un peu enseigné les réussites et échecs d’une vie la plus éloignée des normes sociales. »

Ma vie dans les bois t.6: pêche hivernale, Shin Morimura, éditions Akata, 160 pages, 2018

Les grandes marées

les grandes maréesUne nuit, Miles O’Malley, treize ans, se faufile hors de chez lui pour aller explorer les étendues du Puget Sound à marée basse. Il fait une découverte qui lui vaut une célébrité locale. Certains se demandent quand même si cet adolescent imaginatif n’est pas un affabulateur ou… peut-être même davantage ? En fait, Miles est surtout un gosse qui s’apprête à grandir, passionné par l’océan, amouraché de la fille d’à côté et inquiet à l’idée que ses parents divorcent. Alors que la mer continue à abandonner des présents issus de ses profondeurs mystérieuses, Miles se débat avec la difficulté d’entrer dans le monde des adultes.

J’ai lu ce livre paru sous un autre titre, il y a dix ans. J’en gardais un bon souvenir, un peu flou, mais je ne pensais pas que cette relecture me plairait autant! La belle couverture des éditions Gallmeister y a été pour beaucoup dans mon choix d’ouvrir ce livre, de même que l’idée de (re)lire un livre qui parlerait de bord de mer, de bestioles et d’eau. Parfait pour l’été!

J’ai dévoré le roman en quelques heures. J’avais du mal à le lâcher, parce que c’est un roman à la fois passionnant et intelligent, une belle histoire sur l’adolescence et la difficulté de faire face aux changements. Le livre est beau, c’est plein de tendresse et c’est parfois même très drôle.

Miles est un adolescent de presque quatorze ans, qui n’en parait même pas dix. Il est petit, minuscule pour son âge et tout le monde le lui dit. Y compris son père qui le mesure avec acharnement tous les mois avec la hantise de ne jamais le voir grandir. Miles est différent, passionné par le monde marin. Lecteur acharné, il souffre d’insomnie. Quand il ne dort pas, il lit ou part en kayak dans la baie pour explorer. Sa meilleure amie est une vieille dame, une ancienne médium de qui il prend soin. Il fantasme sur son ancienne gardienne, une fille plus âgée que lui. Et il a une fascination et une admiration sans frontières pour Rachel Carson, une biologiste marine et écologiste, décédée bien avant la naissance de Miles.

Le jour où Miles découvre quelque chose qui ne devrait théoriquement pas se trouver dans la baie, sa vie commence à changer. Parce que Miles passe beaucoup de temps au bord de l’eau et il découvre beaucoup de choses… Bientôt, les journalistes, les chaînes de télé, les sectes et les profiteurs, débarquent dans sa baie pour le voir, l’interroger, le suivre. Il y a des passages vraiment très drôles, quand Miles est exaspéré par la bêtise des gens et qu’il les mène un peu en bateau. D’ailleurs, l’auteur réussit bien à doser l’émotion, l’humour, la tendresse dans ce livre, avec un jeune personnage intelligent et terriblement attachant. J’ai ris et j’ai été émue.

Avec Les grandes marées, Jim Lynch nous offre une belle histoire sur l’adolescence, sur le fait de grandir et de changer, mais aussi une réflexion écologique sur la vie des fonds marins, sur la nature dont ne s’occupe pas toujours bien l’homme, sur les petites choses qui enflamment les gens et peuvent faire tourner un grain de sable en un vrai raz-de-marée médiatique.

Les adultes dans le roman, je pense aux parents de Miles, ne sont pas toujours équilibrés. Les O’Malley sont sur le point de divorcer et ils sont loin d’être des modèles parentaux parfaits. Ils ne comprennent absolument pas leur fils et ne prennent pas le temps de le faire. D’autres adultes sont plus ouverts et accueillent la présence de Miles comme une bénédiction.

« Voilà à quoi se résumait la paternité à mes yeux: intervenir de temps à autre, juste pour mettre en garde vos enfants contre des choses qu’ils maîtrisent mieux que vous. »

Miles a peur de perdre sa baie, de devoir partir, de la voir se modifier et être envahie par les riches, les curieux, des gens qui ne savent pas en profiter. On sent un véritable amour de la nature dans ce livre, une certaine poésie pour la beauté de la mer et les secrets qu’elle recèle, que la majorité des gens ne remarque même pas.

« Ce que j’avais observé n’était qu’une infime partie de la vie nouvelle qui bouillonnait dans nos eaux, et si j’en avais vu plus que la plupart des gens, c’était uniquement parce que j’étais le seul à regarder. »

La science et les fonds marins ne sont jamais très loin dans le livre, puisque c’est la grande passion de Miles. Le livre sent la mer, l’eau salée et les berges qui grouillent de vie.

J’ai aimé à peu près tout de ce roman. Les personnages sont beaux, même Phelps l’obsédé, ou Angie la musicienne bipolaire dont Miles est amoureux. La vieille Florence est touchante et même si elle et Miles ont une grande différence d’âge, ils sont de grands amis. Malgré elle, la vieille femme fait peser sur Miles beaucoup de responsabilités, mais le jeune garçon les endosse et leur relation est belle et pleine de tendresse.

« Rien de tout cela ne me faisait douter de Florence. Il me suffisait d’observer ses yeux. Ils reflétaient la lumière selon une multitude d’angles, si bien qu’il était impossible de dire si c’était vous, derrière vous ou à l’intérieur de vous qu’elle regardait. De plus, elle me perçait à jour mieux que quiconque. En sa présence, je prenais garde à ne pas penser trop fort. »

Je me suis sentie proche du personnage de Miles dans ce roman. Je comprenais sa solitude d’être différent et de s’intéresser à des choses qui n’intéressent personne. Je suis née au bord du Fleuve. Quand j’étais petite, je voulais devenir océanographe. La majorité des gens à qui je le disais, me regardait bizarrement. L’autre moitié ne savait pas de quoi je parlais. Le roman m’a donc vraiment passionnée, toutes ces informations sur les bêtes marines, leurs modes de vie, leurs particularités. J’aurais pu « écouter » Miles me raconter tout ça pendant des heures. L’auteur a donc créé un petit personnage plus que crédible et particulièrement attachant. On comprend pourquoi les gens dans le livre boivent littéralement ses paroles!

J’ai envie de lire à nouveau Jim Lynch. Si tous ses livres sont comme celui-là, j’en veux encore et encore. Un beau coup de cœur pour moi que ces Grandes marées. Un livre parfait pour l’été, à découvrir.

Ce livre est paru précédemment aux éditions Fides (pour le Québec) et aux éditions Les deux terres (pour l’Europe) en 2008 sous le titre À marée basse.

Les grandes marées, Jim Lynch, éditions Gallmeister, 288 pages, 2018

Aquarium

IMG_0534Caitlin, douze ans, vit avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle. Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin, qui la fascine. Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident. Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes les deux à cet homme.

Ce livre est une claque. C’est un livre qu’on ne devine pas, qu’on ne s’attend pas à lire. J’ai entendu toutes sortes de choses sur les romans de David Vann. J’en ai plusieurs dans ma pile et Aquarium est le premier que je lis, en lecture commune avec Félicie lit aussi et My books my wonderland. Je les remercie tout d’abord pour tous les échanges pendant notre lecture. Ce fut vraiment intéressant.

Alors, qu’est-ce que j’ai pensé de cette première rencontre avec la plume de David Vann? J’ai encore le souffle un peu coupé. Je commence ce billet en ne sachant pas où je m’en vais ni comment je vais expliquer ce que j’ai pu ressentir en lisant ce livre. Je suis passée par une grande gamme d’émotions et quand j’ai franchit la moitié du livre, là où tout bascule, j’ai lu le reste presque d’une traite. C’est un livre impossible à mettre de côté.

Tout d’abord, j’ai ressentis une sorte de félicité en lisant les passages qui se déroulent à l’aquarium. Dans une autre vie, quand j’étais petite, je voulais étudier les poissons et les fonds marins. Cet aspect « nature » m’a vraiment plu et en même temps, il donne une profondeur à l’histoire, quelque chose de plus complet. Le parallèle est constant entre l’aquarium, la vie marine et le quotidien de la petite Caitlin. Sans les poissons, l’histoire ne serait qu’une histoire de violence et de cruauté. Il y a de belles descriptions des poissons, avec des croquis associés à chaque moment passé à l’aquarium à découvrir une espèce différente. Les croquis sont vraiment beau. Je ne m’y attendais pas et j’ai adoré qu’on les reproduise dans les pages du livre.

C’est à l’aquarium que Caitlin rencontre le vieil homme. On sent tout de suite qu’il y a quelque chose d’étrange, qu’il y aura un point de non retour. Quand la mère de Caitlin apprend la présence du vieil homme, les choses dégénèrent. C’est à ce moment que l’histoire se transforme en cauchemar, en crise familiale, là où ne vit que la rancune, la noirceur et la violence. Sheri se transforme en un personnage détestable, une bombe à retardement qui couve et devient d’une profonde cruauté. Caitlin, qui n’avait presque rien, perd alors tout: le vieil homme, son amour avec Shalini et l’aquarium.

« Et Caitlin t’aimera toujours, plus que n’importe qui. Elle t’observe à chaque instant, et ta conduite actuelle détermine à ses yeux si le monde tourne rond ou s’il est sur le point de s’écrouler. C’est ta fille. »

Il y a des passages de ce livre qui sont difficiles à lire. Qui sont cruels. Durs. Poignants. C’est avec horreur que je regardais les mots se former sur la page en me disant que ça ne se pouvait pas. La différence entre l’amour, la haine et la folie n’est jamais très loin dans le cœur de Sheri et c’est profondément perturbant pour le lecteur. Plusieurs fois je me suis fais la réflexion que je lisais en retenant mon souffle. En ayant l’impression de marcher sur un fil tendu très haut et de finalement perdre pied sans savoir où j’allais atterrir.

« Parfois, les pires moments mènent aux meilleurs. »

Juste pour cette façon très troublante de jouer avec le lecteur, le livre mérite d’être lu. Mais il y a aussi la plume de David Vann, les dialogues particuliers intégrés au texte, sans ponctuation particulière et toute cette histoire de poissons et d’aquarium qui est passionnante. Avec ce livre (et avec ses autres livres aussi d’après ce que j’en ai compris), David Vann maîtrise l’art de nous faire sombrer peu à peu avec ses personnages. Et ça, c’est très fort!

Aquarium, David Vann, éditions Gallmeister, collection Totem, 240 pages, 2018