Comment survivre dans le monde de Stranger Things

Comment survivre dans le monde de Stranger ThingsLe meilleur de la série Stranger Things est réuni dans ce guide idéal pour accompagner ses errances, que ce soit à l’école, dans sa vie sociale, ou dans une dimension parallèle…

Je suis une grande fan de la série Stranger Things. C’est d’ailleurs ma série préférée. Je suis donc portée à m’intéresser à tout ce qui paraît autour de l’univers de la série. J’ai lu les romans (ici et ici) inspirés de la série (sauf un qui est dans ma pile à lire), les bandes dessinées et le fabuleux livre compagnon publié chez Mana Books.

Les éditions Hachette ont publié quelques documentaires jeunesse autour de la série. Comme je n’étais pas certaine d’aimer, je les ai emprunté. J’avais choisi de commencer par cet étrange ouvrage: Comment survivre dans le monde de Stranger Things.

Publié dans la série des « premières encyclopédies » ce livre m’a semblé cibler un public très jeune… sans doute même trop jeune pour visionner la série. Le livre rassemble des photos de la série, accompagnées de « conseils de vie » en se basant sur les particularités du monde de Stranger Things et sur les personnages. On conseille donc de « soigner son look pour s’intégrer » en faisant référence à Steve et ses cheveux ou de « manger des gaufres à toute heure » pour faire comme Eleven.

J’ai lu cet ouvrage en une ou deux minutes à peine, juste le temps de tourner les pages. Des photos, une courte phrase écrite en gras. En fermant le livre, j’ai eu l’impression d’un objet très commercial qui profite de la popularité de la série. En fait, c’est un ouvrage qui n’apporte rien du tout. J’avoue que je n’en ai même pas compris l’intérêt, tant c’est vide de sens. Se détaillant tout de même seize dollars, j’aurais été très triste de débourser une telle somme pour un livre si peu pertinent.

Vite lu, vite oublié, je ne le conseille pas. Si vous êtes curieux, empruntez-le à la bibliothèque, c’est bien suffisant!

Comment survivre dans le monde de Stranger Things, Matthew J. Gilbert, Éditions Hachette Jeunesse, 96 pages, 2019

Fauna

Comment expliquer l’innombrable variété des formes de vie animale ? Pourquoi les oiseaux ont-ils des ailes ? Comment les antennes des abeilles ont-elles pu se développer ? Quel est le rôle des couleurs éclatantes de certaines grenouilles ? Pourquoi les loups, comme bien des mammifères, ont-ils un pelage ? Assorti de photographies époustouflantes et riche de multiples anecdotes sur la communication, la prédation, la migration ou la séduction, Fauna révèle la beauté sauvage d’un monde animal incroyablement diversifié, des plus petits insectes aux majestueux éléphants.

Fauna est un beau-livre que j’ai adoré. Il est époustouflant tant au niveau du texte et des aspects du monde animal qui sont abordés, que des photos tout simplement magnifiques. C’est un livre qui traite de tous les aspects du règne animal, qui commence avec les dinosaures jusqu’à l’évolution des différentes espèces. On y apprend la façon dont l’animal a développé ses caractéristiques propres. On y apprend toutes sortes de choses sur les animaux, la biologie, l’anatomie, le fonctionnement de chaque partie du corps d’un animal et ses caractéristiques. On découvre beaucoup de choses également sur le comportement des animaux. Il y est aussi question de la théorie de l’évolution et certaines espèces sont aussi présentées « sous la loupe » afin d’en connaître davantage sur leurs caractéristiques. 

Le livre a une façon intéressante d’aborder le monde animal. On y retrouve autant des photos d’animaux que les radiographies de certaines parties du corps comme les ailes, les plumes, les cornes, les œufs, les nageoires, les dents, les pattes. les yeux, le pelage par exemple. On y apprend que la forme de l’œil d’un animal variera, en fonction du rôle de l’animal, qu’il soit un prédateur ou une proie. Les pupilles sont différentes selon l’animal. On découvre également le mouvement des ailes chez les oiseaux et quel est le rôle des couleurs selon l’espèce. La couleur est très importante dans le monde animal. Il y a des avantages qui y sont reliés, tout comme la toxicité qui peut être révélée grâce à la couleur, ce qui prévient les autres bêtes qui voudraient, par malheur, s’y attaquer.

« La forme de la pupille est un bon indicateur non seulement de la position de l’animal dans la chaîne alimentaire, mais aussi de sa technique de chasse dans le cas des prédateurs, ou, si c’est une proie potentielle, de ce qu’il mange, quand et où. Certaines pupilles sont difficiles à catégoriser, mais la plupart sont de trois types: horizontale, circulaire ou verticale. »

Ce que j’ai bien aimé aussi c’est que les auteurs abordent des thèmes vraiment variés, comme par exemple, l’évolution animale qui a menée les animaux à être ce qu’ils sont aujourd’hui. Ou alors la représentation des animaux dans l’art ancien, l’importance des animaux pour certains peuples et l’histoire qui y est reliée. On réalise que ces peuples ont aussi étudié les animaux qui les entouraient, ils en avaient une très bonne connaissance. Le livre aborde également les tentatives de domestications, comme avec le perroquet. 

« La richesse et la puissance des Moghols, qui régnèrent sur l’Inde et l’Asie du Sud au XVIe au XVIIIe siècle, n’avaient d’égal que leur amour de l’art. Les miniatures, qui dépeignaient légendes, batailles, portraits et scènes de chasse, étaient très prisées à la cour. Jahângîr, quatrième empereur, assouvissaient ainsi sa passion pour l’histoire naturelle en commandant des peintures réalistes de flore et de faune, considérées de nos jours comme la fine fleur de l’art. »

L’ouvrage couvre une très large portion du monde animal, allant des caractéristiques entre les espèces en passant par la biologie et la vie au quotidien. Le livre touche aussi toutes les espèces, allant des animaux aux poissons, en passant par les méduses, les hippocampes, les insectes, les papillons, les batraciens. Il y a même un chapitre sur les animaux fantastiques, sur la perception qu’avaient les voyageurs de l’époque face à des animaux inconnus et à l’image qu’ils en rapportaient de retour chez eux. Une image parfois assez éloignée de la vérité. Ces rencontres sont peut-être à la base de certains mythes comme la rencontre avec des licornes ou d’autres animaux peuplant notre imaginaire. Ces « découvertes » ont peuplé les bestiaires de l’époque médiévale, qui frappaient l’imagination des gens, souvent illettrés. On attribuait alors à ces animaux des pouvoirs magiques. Un crocodile pouvait alors avoir le même statut qu’une licorne.

Fauna est définitivement un ouvrage vraiment fascinant et passionnant par sa façon originale d’aborder le règne animal. Visuellement, c’est un ouvrage époustouflant. Un vrai plaisir pour les amateurs d’histoire, de biologie et même d’art. On y apprend une foule de choses passionnantes qui nous font voir la vie animale d’un autre œil. J’ai passé un très beau moment avec ce livre car en plus d’être très accessible, c’est un ouvrage parfait si on est sensible au monde animal et qu’on souhaite en apprendre plus. Un livre que je conseille assurément!

Fauna, Un fascinant voyage au cœur du monde animal, Collectif, éditions Multimondes, 336 pages, 2020

Meurtres avec vue

À la suite d’une enquête non résolue qui a culminé avec la mort de certains de ses proches, Thumps DreadfulWater a quitté la police et la frénésie californienne. Décidé à gagner – tant bien que mal – sa vie comme photographe, il a opté pour la tranquillité des montagnes du Montana. Or, tout n’est pas si calme dans la ville de Chinook et la réserve voisine. De fait, à quelques jours de l’inauguration d’un casino et d’un complexe d’habitation dont les profits assureront un revenu substantiel à la communauté amérindienne, un corps est découvert dans une des luxueuses unités. Dès l’identification du cadavre – un employé de la compagnie responsable de l’installation du système de gestion informatique du casino –, l’intérêt des policiers locaux se porte sur Stanley Merchant. À leurs yeux, son rôle au sein des Aigles rouges, un groupe férocement opposé au projet, le désigne comme le suspect numéro un. DreadfulWater, qui ne croit pas un seul instant à la culpabilité du fils de la cheffe de bande, se sent dès lors obligé de s’impliquer. Il mènera donc discrètement sa propre enquête en suivant plutôt la piste informatique… bien que ce domaine de connaissances soit aux antipodes de ses champs de compétence !

Thomas King est surtout connu pour ses essais, romans et nouvelles. Auteur issu des Premières Nations, il a remporté de nombreux prix. J’ai découvert il y a quelques années qu’il avait écrit une série policière, dont le premier tome a été publié en 2002. Quand j’ai appris la publication de ce livre chez les éditions Alire, j’ai tout de suite voulu le lire. J’étais bien contente qu’on traduise enfin cette série! 

King met en scène un ancien policier reconverti en photographe, Thumps DreadfulWater, un Cherokee curieux et paresseux, qui tente de faire la paix avec certaines blessures de son passé de policier. Suite à un drame qu’il a vécu, dont on apprendra certaines choses au fil du roman, DreadfulWater a déménagé, s’est refait une vie et essaie tant bien que mal de gagner un peu d’argent avec ses photos. Mais la flamme de la justice en lui ne s’est pas éteinte quand il a remisé son uniforme de policier. Le personnage devrait normalement être étoffé au fil des tomes et on devrait connaître un peu plus de choses sur lui dans les prochains livres.

« De toute façon, les souvenirs, une fois libérés, ne pouvaient pas être remis dans la boîte. Pas avant d’avoir causé un maximum de dommages. »

Meurtres avec vue raconte la découverte d’un cadavre dans une unité, alors que la réserve a donné son accord à la construction d’un casino et d’un luxueux complexe d’habitation. Le Buffalo Mountain Resort était un enjeu politique tribal et n’était pas forcément perçu d’un bon œil par les groupes militants. L’inauguration est proche et le cadavre complique un peu les choses tant pour les entrepreneurs que pour la réserve. Naturellement, DreadfulWater ne peut rester à l’écart et y pointe le bout de son nez pour « prendre des photos » et fouiner un peu. Quand les soupçons se portent sur Stanley, le fils de la cheffe de bande (et amante de DreadfulWater), l’ancien policier décide d’enquêter de son côté…

« Les cadavres ne font pas toujours des histoires. Mais en ouvrant la porte, Thumps eut le net pressentiment que celui du Buffalo Mountain Resort en ferait, le net pressentiment aussi que la situation serait embrouillée. Le net pressentiment que ce cadavre-ci allait gâcher autre chose que son début de journée. »

Si l’intrigue est assez intéressante, quoique plutôt classique, c’est vraiment dans les dialogues et dans la créations de personnages si caractéristiques que King excelle. DreadfulWater est un personnage très intéressant, tant par sa façon d’être, son côté un peu paresseux (il aime faire la grasse matinée), sa passion pour le golf, son incompétence en matière d’informatique et ses réparties souvent drôles. C’est la même chose pour plusieurs personnages du roman: Stanley le principal suspect, Claire la cheffe de bande, Ora Mae qui vend des appartements, Beth la médecin légiste, pour ne nommer que ceux-là. Le roman se lit aisément, avec beaucoup de plaisir, puisque suivre DreadfulWater n’est pas forcément un long fleuve tranquille. Mêlé à toutes les étapes de l’enquête, puisqu’il fouine partout, l’ancien policier apporte une dose d’humour à l’histoire. 

« -Je viens de terminer l’estomac. Tu veux voir?
-Non.

-Il ne va pas te mordre.
-Les Navajos n’aiment pas les cadavres.
-Tu n’es pas navajo.
-Non, mais j’ai une sensibilité de Navajo.
-Tu es cherokee, dit Beth. Si ma mémoire est exacte, les Cherokees aiment créer des alphabets et soumettre à la Cour suprême des affaires relatives à la souveraineté. »

Ce qui est intéressant avec Thomas King, c’est qu’il construit une littérature autochtone ouverte et accessible, en disant les choses comme elles le sont. Il est capable d’autodérision, que ce soit par l’entremise de ses personnages ou en jouant avec les idées préconçues sur les autochtones. Il le fait avec beaucoup d’humour et peut aborder sans mal tous les sujets. À notre époque frileuse où l’on doit sans cesse peser nos mots, je trouve qu’il est très rafraîchissant de le lire. Son écriture et sa façon d’amener les situations me plaisent beaucoup. J’ai vraiment adoré ce roman et j’attends la seconde enquête avec grande impatience!

J’ai plusieurs titres de l’auteur dans ma bibliothèque que j’aimerais bien vous présenter au fil du temps, en attendant la traduction de la prochaine enquête de DreadfulWater, prévue pour l’automne 2021. Par la suite, chacune des traduction devraient suivre le calendrier printemps/automne quant aux parutions à venir. Le troisième tome devrait donc paraître au printemps 2022, le quatrième à l’automne 2022 et le dernier tome au printemps 2023. Un calendrier de parutions qui promet de très belles lectures à venir! 

Meurtres avec vue, Thomas King, éditions Alire, 347 pages, 2021

Orignal : Roi des forêts du Nord

Doté d’un impressionnant panache, l’orignal est le plus majestueux des grands mammifères d’Amérique du Nord. Pesant jusqu’à 800 kg (1800 lb), il peut courir à 55 km/h (35 mi/h), nager longtemps sans le moindre effort, plonger à 5,5 m (18 pi) de profondeur et rester immergé pendant une minute. Malgré ces incroyables performances, l’orignal n’est pas à l’abri de tout danger. Le roi des forêts du Nord doit faire face aux activités humaines qui diminuent son territoire et au réchauffement climatique qui l’incite à se déplacer vers des contrées plus fraîches. À l’heure actuelle, la population de ce mastodonte est estimée à un million de spécimens en Amérique du Nord, où vivent quatre des sept sous-espèces d’orignaux.

Orignal: roi des forêts du Nord est un livre magnifique. J’ai tout de suite eu envie de le lire lors de sa parution. Les orignaux comptent parmi mes animaux préférés. Ils sont magnifiques et intelligents. En rencontrer un, à quelques mètres de nous, est une expérience vraiment impressionnante. Ma première rencontre avec deux d’entre eux restera toujours un souvenir très puissant pour moi. C’était un moment particulièrement magique.

Ce livre, écrit par le biologiste et photographe Mark Raycroft, est aussi beau qu’intéressant. On apprend beaucoup de choses sur l’orignal et les photos sont un vrai plaisir pour les yeux! L’ouvrage est vraiment très beau. J’ai adoré la façon dont le livre est conçu. Entre les pages dédiées aux photographies, le texte est présenté en deux parties, avec des polices d’écriture différentes. Une portion du texte est consacrée aux histoires personnelles de l’auteur lors de belles rencontres avec des orignaux, alors que l’autre portion est consacrée aux informations biologiques de l’animal.

« J’ai suivi ces géants depuis les marécages du nord de Terre-Neuve, à travers l’Amérique du Nord et jusqu’aux montagnes enneigées de l’Alaska. Je vous offre aujourd’hui des images et des histoires qui vous transporteront au royaume de l’orignal et vous permettront de l’observer de près. »

C’est intéressant d’apprendre une foule de choses sur cet imposant mammifère (l’orignal d’Alaska est le plus grand animal à panache du monde), tout en accompagnant l’auteur lors de ses excursions d’observations. On a l’impression d’y être aussi un peu. C’est une belle approche pour livrer de nombreux renseignements tout en gardant un aspect très convivial au livre. 

L’ouvrage permet d’aborder différents aspects de l’orignal: l’écologie, les quatre sous-espèces de l’Amérique du Nord, le cycle du panache, le rut, la conservation et l’avenir de l’original à l’époque des changements climatiques. Un chapitre est aussi consacré à la photographie de l’orignal. Une carte et une bibliographie complètent l’ouvrage. 

J’ai appris une foule de choses intéressantes sur l’orignal dans cet ouvrage. Saviez-vous par exemple qu’en langue algonquine, on appelle l’orignal « mooswa » (ce qui a donné « moose » en anglais) ? Mooswa signifie « l’animal qui enlève l’écorce des arbres« . Que l’orignal se déplace parfaitement à la nage et va plus vite qu’un pagayeur dans un canot? Ou qu’un mâle adulte peut consommer plus de 18 kilos de végétation par jour? 

Les photographies sont à couper le souffle. Les couleurs et les décors naturels privilégiés par le photographe mettent tellement en valeur l’animal que c’est un véritable plaisir pour les yeux. Certaines images sont impressionnantes, comme celles entourant la transformation du panache au fil des saisons. 

Avec Orignal: roi des forêts du Nord, Mark Raycroft nous présente en détail et en photos ce superbe animal. C’est un ouvrage qui célèbre la magnificence et les comportements secrets du géant de nos forêts.

À découvrir! Un très beau livre à s’offrir ou à offrir aux amoureux de la nature.

Orignal : Roi des forêts du Nord, Mark Raycroft, Éditions Modus Vivendi, 164 pages, 2020

Le Molosse surgi du soleil

Castle Rock, le 15 septembre. Kevin Delevan fête son anniversaire. Pour ses quinze ans, il reçoit un appareil photo, un Soleil 660. Ravi, il l’essaie sans attendre… et sans savoir que parfois, quand on tente de capturer l’instant, c’est lui qui vous saute à la gorge.

Depuis quelques temps, les éditions Albin Michel publient certains textes de Stephen King plus accessibles aux adolescents et jeunes adultes. J’ai lu Le corps et Brume dans la même collection. Les livres sont vraiment très beaux, avec leurs couvertures caractéristiques. J’ai beaucoup aimé les deux précédents et j’avais très hâte de lire Le Molosse surgi du soleil, surtout quand j’ai compris que ça parlait de photographie.

Stephen King a eu l’idée de cette histoire quand sa femme Tabitha a commencé à se passionner pour la photographie. Dans une note au début du livre, l’auteur explique un peu d’où lui est venue l’idée. Il parle également un peu de son travail. Puis, l’histoire commence.

Kevin fête son anniversaire et il reçoit un appareil-photo, un Soleil 660, un polaroïd dont on peut voir instantanément les photos. Ce type d’appareil a fait un retour ces dernières années, mais ça m’a rappelé des souvenirs puisque ce cadeau a aussi été l’un de mes cadeaux d’anniversaire à l’époque. D’ailleurs, l’histoire a été originalement publiée en 1990 et c’est un peu cette époque que j’ai eu l’impression de retrouver dans ce livre.

Kevin teste donc son appareil-photo en capturant un portrait de famille. Cependant, la photo qui apparaît n’est pas tout à fait celle d’une famille joyeuse autour d’un gâteau d’anniversaire. Ce qui apparaît sur la pellicule est très étrange. Avec son père, Kevin va prendre plusieurs clichés et ils vont étudier cette bizarrerie sans ne rien comprendre. Il y a quelque chose de vraiment étrange, presque effrayant, dans ces photos.

On propose alors d’échanger le cadeau d’anniversaire. Le choix final revient à l’adolescent. Intrigué, Kevin ne veut pas l’échanger. Du moins, pas tout de suite. Il cherche à comprendre ce que fait son appareil et pourquoi les photos sont si étranges. Il est alors mis en contact avec Pop Merrill, le propriétaire d’une boutique où l’on retrouve tout et n’importe quoi. Un brocanteur qui offre aussi ses services pour réparer certains mécanismes et qui fait office de prêteur contre intérêts dans la ville de Castle Rock. Ce n’est pas le personnage le plus recommandable. C’est à partir de cette rencontre que les choses vont peu à peu déraper…

« Ce qui clochait, avec cette photo, était l’impression qu’elle donnait de clocher quelque part. Kevin n’avait pas oublié cette étrange sensation de malaise, éprouvée lorsqu’il avait fait poser sa famille, non plus que l’onde de chair de poule qui lui avait remonté le dos quand, pris dans l’éclair aveuglant du flash, il avait pensé: Il est à moi. »

L’histoire suit les réflexions et les démarches de Kevin, John et Pop Merrill, afin de comprendre ce qu’est cet étrange appareil-photo. Ils analysent les photos, tentent de saisir ce qu’on y voit et de trouver des indices qui pourraient expliquer ce qui s’y trouve. Si Kevin et John développent une certaine complicité, Pop Merrill est un personnage inquiétant et très bizarre de qui on ne peut que se méfier.

Dans ce roman, on retrouve une belle histoire père-fils qui évolue énormément au fil de l’intrigue. Kevin et son père sont très différents. John est raisonnable, plus cartésien. Kevin lui, est beaucoup plus intuitif et ouvert d’esprit. Ouvert à des choses… incompréhensibles. Ce qu’ils vont vivre va beaucoup les rapprocher et un sentiment de confiance va naître de part et d’autre. C’est un aspect sous-jacent à l’intrigue, mais j’ai trouvé que c’était très intéressant et que ça apportait beaucoup à la relation des personnages entre eux.

Ce roman est très visuel. Je ne cessais de me dire que ce Molosse ferait sans doute un superbe film, très intrigant et frissonnant, tellement le texte nous semble tangible. Peut-être aussi est-ce le sujet qui donne cette impression, vu qu’un appareil-photo est au centre de tout. L’image est donc très importante. Plusieurs passages de l’histoire constituent des moments clés dans la compréhension des événements par les personnages.

« … il y avait ce vent glacial auquel il aurait aimé réfléchir. Ce vent qui ne semblait pas souffler sur les photos mais en provenir directement, en dépit de leur trompeuse platitude, de leur surface trompeusement brillante. »

Le Molosse surgi du soleil est une histoire qui donne vraiment le frisson. King joue avec son lecteur, laissant le suspense et les faits inquiétants prendre de plus en plus de place. Tout se joue dans les petits détails. Comme souvent chez King, ce n’est pas tant le « monstre » qui fait peur que les réactions humaines tout autour. C’était vrai pour Le corps et aussi pour Brume.

J’ai trouvé l’intrigue particulièrement bien ficelée. Et quelle fin! Je crois que, dans les histoires de Stephen King publiées dans la collection Wiz, celle-ci est ma préférée.

Le Molosse surgi du soleil, Stephen King, éditions Albin Michel, 336 pages, 2020