La fille qui a sauvé Noël

1840. La petite Amélia S. Perrance vit à Londres avec sa mère, très malade, et Capitaine Suie, son chat noir. Elle souhaite plus que tout que sa maman guérisse. Malheureusement, en cette veille de Noël, le Père Noël, à qui elle a écrit pour lui demander son aide, a bien d’autres chats à fouetter : les lutins sont en colère, les rennes tombent du ciel et les horribles trolls menacent de détruire Lutinbourg. Les efforts du Père Noël pour rétablir le calme semblent vains, et la magie de Noël risque de s’éteindre pour toujours…
Qui parviendra à sauver Noël ?

Il y a deux ans, j’avais lu Un garçon nommé Noël qui fait partie de la même série. J’avais bien aimé ce livre et je voulais poursuivre la série. Oui, ces histoires parlent de Noël, mais je trouve qu’elles peuvent se lire en tout temps, surtout à cause de l’aspect fantastique et du monde magique dans lequel l’auteur nous plonge. 

Les livres de cette série peuvent très bien être lus indépendamment. On comprend très bien l’histoire, même si on n’a pas lu le premier. C’est toutefois intéressant, pour qui le veut, de les lire dans l’ordre, puisqu’Un garçon nommé Noël relate l’histoire du père Noël et la façon dont la légende a pris vie, alors que La fille qui a sauvé Noël se déroule alors que Noël est déjà en place et doit s’occuper de la distribution des cadeaux. 

Celle qui va sauver la fête de Noël s’appelle Amélia et elle vit à Londres. Nous sommes en 1841. La vie est dure et les enfants doivent travailler. Quand sa mère meurt, Amélia reprend son travail comme ramoneuse de cheminée. Mais vu son jeune âge et parce qu’elle est orpheline, c’est plutôt la maison de correction qui la guette. Les orphelins pauvres de l’époque victorienne n’ont pas du tout la vie facile!

De son côté le père Noël doit gérer une attaque de trolls à Lutinbourg. Le travail pour Noël qui approche n’avance pas et le manque de magie a de lourdes conséquences: il fait même tomber les rennes du ciel. Le père Noël doit trouver une solution pour sauver Noël, mais laquelle? Il se tourne alors vers Amélia qui s’avère être un personnage très important de l’histoire de Noël car elle est « la première enfant ». Celle par qui tout a commencé…

« Savez-vous ce qui fait marcher la magie? La magie qui fait voler des rennes dans le ciel? Celle qui aide le père Noël à parcourir le monde entier en une seule nuit? Qui arrête le temps et réalise les rêves? L’espoir. »

Voilà un roman jeunesse amusant, rempli de fées, de lutins, de trolls et d’autres créatures loufoques. On y croise aussi des personnages de l’histoire comme la reine Victoria et l’écrivain Charles Dickens (le préféré d’Amélia d’ailleurs). C’est d’ailleurs le père Noël qui proposera au célèbre écrivain d’écrire une histoire… de Noël! On aime naturellement tous ces clins d’œil amusants!

Ce roman est un peu dans la même veine que les romans de David Walliams. Des histoires qui peuvent se lire en famille et qui sont abondamment illustrées par Chris Mould. C’est une histoire de Noël fantaisiste et pleine de rebondissements. Je crois même que j’ai préféré ce second tome au premier!

Vraiment cette petite série me plait beaucoup! Je compte bien lire le tome trois prochainement. Il existe aussi un quatrième tome, qui semble à première vue moins axé sur Noël.

Si vous aimez ce genre de livres jeunesse, illustré, plein d’humour et de personnages amusants, je vous le conseille. Un vrai plaisir, Noël ou pas!

La fille qui a sauvé Noël, Matt Haig, éditions Hélium, 336 pages, 2017

Ces montagnes à jamais

Le jeune Wendell n’est qu’un simple employé de ranch sur les terres qui appartenaient autrefois à sa famille. L’arrivée soudaine du petit Rowdy, fils de sa cousine incarcérée, illumine son modeste quotidien tourmenté par la disparition déjà lointaine de son père, devenu une légende pour les milices séparatistes du Montana. Un lien puissant se noue entre Wendell et le garçon de sept ans mutique et traumatisé. Wendell est prêt à tout pour épargner à Rowdy la violence qui se transmet de génération en génération, et qui ne tarde pas à embraser une fois de plus le cœur des Bull Mountains.

C’est la très belle couverture du roman qui m’a d’abord attirée vers ce livre. J’avais lu vaguement le résumé, sans plus. Ce roman m’a en fait un peu surprise, surtout parce que je ne m’attendais pas à être émue à ce point en tournant la dernière page. Ça été une très bonne lecture et une belle découverte. J’espère que l’auteur écrira à nouveau car j’ai aimé sa plume et sa façon de raconter.

L’histoire nous parle du quotidien de Wendell, un jeune homme début vingtaine. Anciennement un excellent joueur de basketball, c’était un jeune homme qui adorait les livres et qui espérait un avenir plus rose que celui qu’il a au début du roman. Ayant perdu sa mère, il a une maison mobile à son nom et travaille dans un gros ranch pour joindre les deux bouts. Du jour au lendemain, il se voit confier la garde de Rowdy, l’enfant de sa cousine, qui a été arrêtée. Le jeune garçon a sept ans, il a vécu des traumatismes et il ne parle pas. Wendell le prend sous son aile et même si ce n’est pas facile, il veut donner au garçon ce qu’il n’a jamais connu: la stabilité, de l’affection et il tente de le tenir à l’abri de la violence qui gronde dans la montagne. Ému par cet enfant différent, mais qui s’attache à lui, Wendell le considère rapidement comme son fils.

Ce qui est intéressant avec ce roman c’est qu’il aborde deux grands thèmes principaux. Tout d’abord, il trace le portrait d’une région et tente de raconter les conditions de vie complexes dans les Bull Mountains: la pauvreté rurale, le manque d’instruction, le fondamentalisme religieux, la violence qui gronde. Toutes choses qui se transmettent de génération en génération et semblent aller de soi dans le mode de vie des gens de la région.

Le second thème que l’on retrouve dans ce roman, c’est la montée du mouvement wise-use. Il s’agit d’un mouvement social qui préconise la privatisation des terres sans intervention de l’état. Et donc la libre utilisation des ressources. C’est un mouvement radical, dont certains membres, comme certains personnages que l’on retrouve dans le livre, sont extrémistes. Avec pour toile de fond la réintroduction des loups qui ne fait pas l’unanimité. Ces conditions sont donc propices à l’éclatement d’une violence rude et sans compromis. 

« Ils ont relâché les loups à Yellowstone sans penser à nous. Sans penser à nous ici à ceux qui s’efforcent de faire vivre leurs vaches et leurs moutons et leur famille dans ces contrées. Il y avait un loup sur nos terres. Mes terres. Un loup te décime un troupeau d’agneaux jusqu’à ce qu’il en reste plus rien. Un loup nous aurait décimés et réduits à rien. Quelle importance que les loups avaient encore tué aucune bête? C’était une question de temps. »

Dans le roman, chaque chapitre met en relief un personnage. Plus on avance dans la lecture, plus on comprend mieux le lien entre eux. On suit naturellement Wendell et Rowdy, mais aussi Gillian la conseillère d’orientation et enseignante, qui se préoccupe de l’avenir des enfants de la région, même si elle se sent parfois débordée. On découvre aussi l’histoire de Verl, qui se cache dans les montagnes et écrit sur ce qu’il vit, ses pensées et ses idées. Cette façon de présenter les chapitres nous permet donc d’être confronté à différents points de vue sur la vie dans les Bull Mountains, de sentir la montée de la violence et la façon dont elle est vécue à travers les différents groupes et sur plusieurs générations.

« Elle en avait sa claque. À l’exception de Billings, ce territoire de l’est du Montana était un trou noir où s’engouffrait l’argent du contribuable, un tourbillon terrible de dégradation écologique, d’absence d’instruction, d’alcool, de méthamphétamines et de familles brisées. »

Dans cette région où les enjeux naturels et politiques peuvent être déclencheurs de vie ou de mort, chaque personnage est lié, chaque vie dépend de ce qui se déroule dans les montagnes. J’ai vraiment été très touchée par ce roman, qui m’a beaucoup émue par moments. J’ai trouvé les personnages très poignants, Wendell et Rowdy principalement, mais aussi Gillian et sa fille. Chacun d’eux tente d’avoir une vie normale, avec un bagage difficile et un passé qui laisse peu de place à l’imagination. Chaque personnage n’aspire qu’à ce qui est tout à fait légitime: un peu de paix et d’espoir.

Ces montagnes à jamais nous parle de la difficulté de s’affranchir de la violence perpétuée depuis des générations. Un auteur que j’aimerais bien relire un jour. Un excellent roman, que j’ai lu pratiquement d’une traite et qui m’a remuée. 

Ces montagnes à jamais, Joe Wilkins, éditions Gallmeister, 288 pages, 2021

Une seconde avant Noël

Chers lecteurs (et donc chers amis), vous qui, chaque année, découvrez, émerveillés, vos cadeaux au pied du sapin, vous êtes-vous jamais demandé qui était vraiment le père Noël ? En 1851, dans la cité minière de Cokecuttle, le petit Harold survit péniblement, vivant sous les ponts et ramonant des cheminées. Et pourtant… Harold ignore qu’il est promis à un destin fantastique. Guidé par un génie invisible, il va découvrir un monde peuplé d’arbres magiques, de lutins et de rennes volants. D’extraordinaires voyages l’attendent. Ce jeune orphelin va nous faire découvrir les débuts d’un personnage que nous connaissons bien… Au travers de mille péripéties joyeuses, nous allons assister à un formidable événement : le premier de tous les noëls ! Une seconde avant minuit, la question reste posée : le père Noël parviendra-t-il à livrer les jouets à temps ? Redonnera-t-il aux hommes le goût de l’impossible et du merveilleux ?

J’ai lu ce livre pour la première fois en 2005. J’en gardais un excellent souvenir et j’avais envie de le relire depuis longtemps. À l’époque, je l’avais emprunté, mais j’avais envie de l’avoir à moi, sauf qu’il était épuisé chez nous. Cette histoire, qui se rapproche du conte, est tout à fait le genre de livre qu’on a envie de relire dans la période des Fêtes. Cette réédition, avec l’illustration s’inspirant de Thomas Nast, est parue en Europe en 2020, mais n’a pas été disponible ici avant la fin 2021. Ça aura prit du temps avant que je puisse relire ce roman, mais l’attente aura value la peine! J’ai d’ailleurs vu sur la page de l’éditeur qu’il était indiqué que l’auteur signait une nouvelle version de son célèbre conte avec cette édition. Je suppose donc qu’elle a été remaniée depuis la toute première version. 

Cette histoire est tellement belle et intemporelle, tout à fait le genre de livre que j’aime avoir dans ma bibliothèque et relire au fil des ans. C’est ce livre qui m’a accompagnée tout le long des fêtes cette année. J’en lisais un chapitre de temps en temps. C’était un plaisir que de me replonger dedans après toutes ces années.

Une seconde avant Noël a des airs de conte de Dickens. Le rapprochement est indéniable, tant ce roman, qui est à la fois magique et plein d’aventures, se déroule en grande partie dans les bas-fonds de Londres, quelques années après la Révolution industrielle. L’histoire débute en 1851 dans la ville de Cokecuttle, une cité où le travail des enfants, la pollution et la pauvreté font partie du quotidien. Harold Gui, un jeune orphelin, se retrouve par un mauvais coup du sort dans une ferme de redressement. C’est là que, pour lui, tout va changer. Pour nous aussi. Car son histoire est intimement liée à celle de Noël. Promis à un destin plus grand que nature, il deviendra une légende. À ses côtés, nous découvrirons le premier de tous les Noëls!

 » « Savoir rêver » était selon lui le seul moyen tangible de fuir l’enfer noir de Cokecuttle en 1851. »

Le destin du petit Harold est vraiment unique. C’est un enfant vaillant, qui a connu son lot de misères et d’injustices. Il est aussi très particulier. Les gens qu’il rencontre dans sa vie, qu’ils soient bons ou mauvais, vont contribuer à forger la légende qu’il deviendra.

J’ai adoré les personnages de ce roman. Harold est un garçon adorable, mais je pense aussi à son ami Le Falou, un vieil homme cultivé, qui s’était installé à proximité des quais pour être présent lorsque les caisses de bois, calées avec de vieux journaux, étaient débarquées. Ainsi, il trouvait de la lecture gratuite!

« Le Falou lui avait expliqué qu’un homme qui avait de la mémoire et connaissait beaucoup d’histoires à raconter était riche de biens inestimables. »

À travers son histoire, c’est à la fois son passé et son futur que le lecteur découvre. Harold aura pour mission de redonner un peu de magie à ce monde gris et maussade, à faire briller les yeux des enfants comme ceux des adultes. Ce qui est une mission bien difficile, surtout chez les adultes! Les croyances et la magie s’évanouissent. Les personnages fabuleux et les légendes ont laissé la place à un morne quotidien bien gris et bien difficile…

« Harold appartenait désormais à ce monde où l’impossible a toujours toutes les chances d’être vrai. »

J’ai adoré ce roman, tout autant qu’à ma première lecture. C’est le genre de conte qui fait du bien, un peu comme Un chant de Noël de Dickens. On y retrouve la pauvreté des bas fonds londoniens, on imagine sans mal la pollution du charbon et les usines qui fument jour et nuit. Puis, l’étincelle qui apporte un peu de magie pour illuminer ce monde si sombre. C’est ce que j’aime dans ce genre d’histoire: l’idée que l’émerveillement peut rendre le quotidien plus doux. 

Avec ce roman, nous plongeons dans une histoire pleine de magie et de personnages fantastiques. C’est une histoire sur l’espoir et le bonheur de croire. Ce conte fait appel à notre cœur d’enfant. J’adore définitivement ce roman! Voilà une histoire que je ne peux que vous conseiller. Un peu de magie fait toujours du bien.

Une seconde avant Noël, Romain Sardou, XO éditions, 288 pages, 2020

J’parle tout seul quand Jean Narrache

Jean Narrache, c’est le poète canadien qui a chanté à la manière de Jehan Rictus, nos us, nos coutumes, nos défauts, voire nos vices, mais toujours en un style mordant, alerte, subtil et de bon aloi. La publication de ce volume le sort encore une fois de l’ombre où il se terre depuis quelques années, pour rappeler à la génération nouvelle que nous avons des poètes authentiques et que nos valeurs canadiennes sont toujours là.

J’ai trouvé ce livre dans une vente d’occasion. Le titre et la couverture m’ont tout de suite attirés alors je l’ai acheté. Mon édition a été publiée en 1961. À noter le prix d’époque, un dollar, qu’on aperçoit sur la couverture qui apparaît en bas à droite. Quand on va dans une vente de livres, on souhaite toujours faire de belles trouvailles et parfois, un petit bijou se révèle à nous. Celui-ci en faisait partie. Maintenant que je l’ai lu, je peux dire que le texte m’a énormément séduit et j’ai passé un excellent moment de lecture à découvrir Émile Coderre.

L’auteur nous transporte au cœur du quotidien du personnage de Jean Narrache qui, à travers plusieurs petits contes poétiques, nous raconte sa vie de gueux et la misère qu’il voit autour de lui. Tantôt humoristiques, tantôt touchants, les textes de ce recueil sont un vrai plaisir à découvrir aujourd’hui.

La langue utilisée est savoureuse, d’époque et c’est intéressant de voir le regard de Jean Narrache sur la vie quotidienne et la pauvreté qui sévit dans la ville. Il fait aussi une critique de la société et des richesses inaccessibles au commun des mortels. Déjà, il faisait le constat des inégalités sociales, des gens très riches qui s’enrichissent sur le dos des plus pauvres et de ceux qui peinent à joindre les deux bouts. Ses poèmes brossent un portrait social de son époque et de la difficulté pour bien du monde à se loger, se nourrir ou à trouver suffisamment d’argent pour vivre.

L’auteur écrit avec modestie, il prévient même ses lecteurs, s’il en a (ce qu’il met même en doute), qu’il ne peut pas écrire de plus beaux vers que ce qu’il offre dans son recueil. J’ai trouvé sa poésie vraiment belle. Il vient nous chercher à travers toute une gamme d’émotions. Il écrit avec humour, mais aussi avec une grande sensibilité. Certains textes sont profondément touchants et émouvants. L’écriture captive énormément, surtout à cause du rythme des poèmes et du langage utilisé. La lecture est très prenante. On s’accroche à ces textes pour découvrir à la fois l’originalité de ses poèmes et la façon dont il dresse le portrait de son époque.

« C’est moi, bon Saint François d’Assise,
M’sembl’ qu’on peut s’comprendr’ tous les deux,
T’étais pauvr’ puis poèt’, à c’qu’ils disent;
Tu vois, moi, j’rim’ puis j’suis quêteux.

C’est pourtant vrai, t’étais poète!
Pauvr’ mais l’coeur toujours su’ la main;
T’aimais les oiseaux puis les bêtes…
Qui sont moins bèt’s que l’genre humain. »

Il aborde la société et la pauvreté à travers de nombreux sujets, allant de la politique, du partage, de la douleur et de la religion. C’est en lisant ces poèmes qu’on réalise que la mentalité humaine n’a pas vraiment changée au fil des époques. C’est un portrait intéressant et encore tellement actuel de l’humain. On passe du rire aux larmes. Un poème nous fait sourire, le suivant nous tire les larmes aux yeux. Quand un auteur réussit à nous présenter le monde dont il parle et qu’il suscite autant d’émotions, c’est signe d’un grand talent. Je crois qu’il avait pour but de toucher le lecteur pour sensibiliser les gens à la pauvreté et à leur comportement face aux gens moins nantis qu’eux.

« Nos députés, c’est des lumières
qui m’font penser aux mouch’s à feu.
Y’ont tout leur éclat dans l’derrière
et ça éclair’ rien qu’les suiveux. »

J’aimerais beaucoup trouver d’autres livres d’Émile Coderre. J’ai adoré sa plume, j’espère pouvoir en lire d’autres un jour. Je trouve que c’est un auteur qui devrait grandement être réédité. Je considère ces textes comme des classiques qu’on devrait redécouvrir aujourd’hui. Il serait même intéressant de rééditer ses textes avec des mises en contexte et des notes. C’est un auteur qu’on devrait lire assurément.

Un livre qui sera très précieux dans ma bibliothèque que je relirai assurément.

J’parle tout seul quand Jean Narrache, Émile Coderre, éditions de l’Homme, 143 pages, 1961

Bootblack t.1

Sur le front allemand, au printemps 1945 : la guerre ne laisse que mort et destruction dans son sillage. Pour échapper à l’horreur du présent, Al, soldat américain, seul rescapé de son unité, se plonge dans les souvenirs de sa vie new-yorkaise. Fils d’immigrés allemands, né aux États Unis, il n’a pas dix ans quand, en une nuit, sous l’œil satisfait de ces Américains anti-étrangers, il perd ses parents et son foyer dans un terrible incendie. Tournant le dos à ses origines, Al n’a pas d’autre choix que de vivre dans la rue ; il devient Bootblack, un « cireur de chaussures ». 

Bootblack est une bande dessinée en deux parties. La première partie se déroule essentiellement dans les ruelles de New York et s’attarde sur l’enfance de Al, jusqu’à l’âge adulte. Le second tome se concentre sur sa vie d’adulte. Les deux tomes forment une histoire complète, bien menée, captivante et touchante. Al vit une succession d’épreuves qui ne sont pas faciles pour un jeune garçon. Il devra apprendre à se construire, en ayant peu d’outils à portée de main. 

« Cette vie. Celle d’un cireur de souliers de la monstrueuse cité. Un Bootblack. Je n’avais pas dix ans, la rue était devenue mon seul foyer… et Shiny, ma seule famille. »

Le premier tome débute en 1945, sur le front. Al est le seul survivant de son unité. Plongé dans les profondeurs de sa mémoire, il nous raconte sa vie alors qu’il est un jeune garçon de 10 ans qui sillonne les ruelles de New York, cirant des chaussures pour sa survie. 

Transporté à l’époque de l’entre-deux guerres, le lecteur est plongé dans cette dure réalité de la rue, où Al et ses compagnons essaient de s’élever de leur condition difficile. Il y est beaucoup question des classes sociales et de la différence marquée entre les jeunes travailleurs de la rue et les riches messieurs qui utilisent ses services de cireur de chaussures. Al réalise bien vite que sa condition est précaire. Il est sujet à l’influence d’un monde dans lequel il cherche sa place. Il veut aussi démontrer qu’il n’est pas un moins que rien. Il va tenter de se sortir de la misère en n’ayant pas forcément fait les bons choix. 

Bootblack aborde de nombreux thèmes, relatifs à la guerre, à la survie, à la pauvreté, mais également à l’identité. Fils d’immigrant allemand, Al a longtemps renié ses racines, afin de devenir un « vrai américain ». Désireux de se démarquer des valeurs reliées au vieux continent, il souhaite devenir lui-même quelqu’un, sans l’influence de sa famille. Alors qu’il perd tout ce qui le retient à ses parents, il doit chercher de nouvelles bases à une vie difficile. 

Le dessin est vraiment très beau. J’ai adoré le coup de crayon, très représentatif de l’époque où se déroule la bande dessinée. L’auteur réussi à bien transmettre les émotions vécues par son personnage. 

La bande dessinée se termine par un cahier de croquis et de dessins.

Bootblack est une belle découverte et j’ai tout de suite enchaîné avec le second tome que je vous présenterai bientôt. Le contexte entourant les guerres mondiales, ses effets et ses conséquences m’ont toujours intéressé. Je lirais bien à nouveau d’autres histoires de Mikaël. 

Bootblack t.1, Mikaël, éditions Dargaud, 64 pages, 2019