La Mariée de corail

« Sous l’eau, elle semblait flotter. Maintenant, son vêtement lui colle à la peau comme une algue encombrante. Sous l’eau, elle aurait pu devenir du corail. On aurait fait des bijoux avec ses ossements. Mais elle a décidé de remonter vers la surface. » Quand Joaquin Moralès est appelé à enquêter sur la disparition d’une capitaine de homardier, il hésite : son fils vient tout juste de débarquer chez lui, soûl comme un homme qui a tout perdu. Mais lorsque le corps d’Angel Roberts est retrouvé, il ne tergiverse plus, car cette femme, c’est aussi la fille de quelqu’un. La mer, dans ce roman policier poétique, évoque la filiation et fait remonter à la surface les histoires de pêcheurs, véridiques ou réinventées, de Gaspé jusqu’au parc Forillon.

Je voulais lire Roxanne Bouchard depuis longtemps. Quand j’ai découvert Nous étions le sel de la terre, j’ai tout de suite su que c’était une auteure que j’allais aimer. La lecture de la seconde enquête de l’inspecteur Joaquin Moralès a confirmé ma première impression. J’adore la plume et la façon de raconter de l’auteure. Si j’avais adoré la première enquête, je crois que j’ai encore plus aimé celle-ci.

« Pour les pêcheurs, la richesse, c’est la mer. Les filets pleins, les cages lourdes, les reflets du soleil sur l’eau. Pour Clément Cyr, la mer était belle parce que, quand il levait la tête, parfois, il voyait le bateau de sa femme dans l’horizon. »

Dans la première enquête, nous faisions connaissance avec l’inspecteur Moralès, un Mexicain de Longueuil, exilé en Gaspésie après plusieurs années de travail en ville. Son couple bat de l’aile, rien ne va avec son épouse. Dans ce second livre, Moralès tente de s’adapter à son environnement. Il est un peu moins catalogué comme « le nouveau venu » et est moins maladroit. Il commence à se faire une place, sans la femme avec qui il a partagé presque toute sa vie. C’est alors que son fils Sébastien arrive à l’improviste, soûl et en colère. Il a quitté son chez-lui, son travail et sa blonde. Il n’a que ses casseroles de cuisinier et est accueillit par le silence d’un père qui ne sait pas lui parler. Sébastien bouille d’une colère contre son géniteur, à qui il attribue plusieurs de ses problèmes. Ces retrouvailles entre père et fils ne se feront pas sans flammèches.

C’est alors que Joaquin est mandaté pour s’occuper d’une nouvelle affaire. Le corps d’une capitaine de homardier est retrouvé. L’enquête s’immisce dans les histoires de familles de la région, fouille ce que les gens n’ont pas envie de laisser sortir au grand jour. Le monde de la pêche est difficile, les familles se battent pour survivre, malgré les quotas et les permis, malgré les rancunes et les jalousies passées. Tout le monde se connaît depuis toujours ce qui peut exacerber les l’animosité, mais aussi tisser la communauté de façon à ce que leur univers ne soit pas étalé sur la place publique. C’est une enquête difficile pour Moralès, qui doit aussi faire face à de nouveaux collègues difficiles.

La mariée de corail est un fabuleux roman policier sur la famille, sur ce qu’on lègue à ceux qui nous suivent et sur le désir de s’affranchir des erreurs passées. C’est un roman sur le silence et le bruit de la mer. Sur ce qu’on ne dit pas, par pudeur, par crainte, par maladresse. Comme avec la première enquête, la Gaspésie habite littéralement ce roman, elle enveloppe tout et s’incarne entre ce qu’un père et son fils ne se disent pas. J’ai trouvé ce livre encore plus profond que le premier, d’une façon différente. J’ai adoré la façon dont l’auteure décrit la relation entre Joaquin et Sébastien, ce qui les lie, l’idée qu’ils se font l’un de l’autre et la façon dont, tous les deux, vivent avec les racines mexicaines de Moralès. Cette seconde enquête est vraiment intéressante, les relations familiales étant au cœur de toute l’histoire, que ce soit dans la communauté de pêcheurs ou dans la vie privée de Moralès. Les liens entre les gens, les liens qui unissent les membres des différentes familles que l’on retrouvent dans le roman, sont au centre de l’intrigue et fournissent des points de vue différents sur la filiation.

« C’est ainsi qu’à cinquante-deux ans l’enquêteur Joaquin Moralès avait commencé à danser avec son fils, en pleine nuit, dans une cuisinette d’auberge. Il ignorait toujours ce que Sébastien fuyait ou venait chercher, mais n’était-il pas lui-même empli d’ombres tapies dans le silence? De désirs et de fuites? »

Ce qui est le plus beau avec cette série policière, c’est le texte. Un texte magnifique et poétique. La plume est belle sans bon sens, pleine d’images et de contemplation. La mer devient un personnage en soi qui prend une grande place dans le texte. Je suis d’ailleurs chaque fois étonnée, lorsque je lis les histoires de Moralès, d’être dans un roman policier. La plume est tellement différente des romans policiers auxquels nous sommes habitués. Ici, les mots et le texte ont autant d’importance que l’intrigue. Les lieux sont incarnés, profonds, vivants. Il y a toute une poésie qui habite les mots et les décors. L’atmosphère maritime nous suit bien longtemps après avoir tourné la dernière page.

« Depuis qu’il est en Gaspésie, la mer lui monte dans les veines. Froide et dure, boréale et spectaculaire. »

C’est le second roman de Roxanne Bouchard que je lis et encore une fois je me fais la réflexion que personne d’autre n’écrit comme elle. C’est un vrai plaisir de lecture, chaque fois. Une enquête aux effluves de bord de mer et d’eau salée. À lire! Assurément un beau coup de cœur!

Mon avis sur la première enquête de Joaquin Moralès:

La mariée de corail, Roxanne Bouchard, éditions Libre expression, 392 pages, 2020

Récits de naufrages

« Je n’ai jamais oublié l’horreur qui s’empara de nous lorsque nous reconnûmes que c’étaient des corps humains qui étaient mutilés de la sorte. Nos cheveux devinrent à pic sur nos têtes, et semblaient soulever nos casques… » Voilà ce que contait le père Giasson, vieux pêcheur Madelinot, à Placide Vigneau, célèbre mémorialiste de la Côte-Nord. Ce récit terrible, c’est celui du naufrage du voilier Granicus, et surtout de ses suites, qui virent l’île d’Anticosti être le théâtre d’un terrifiant épisode d’anthropophagie. Né en 1842 à Havre-aux-Maisons, Placide Vigneau a été pêcheur, capitaine de goélette et, plus tard, gardien du phare de l’île aux Perroquets, dans l’archipel de Mingan. C’est là qu’il a mis en forme ses Récits de naufrages, qui mettent en scène l’univers maritime de la Côte-Nord au XIXe siècle et, plus largement, la vie dans les territoires qui bordent le golfe du Saint-Laurent. Cet espace dynamique et complexe, peuplé par des pêcheurs et des chasseurs aux origines diverses, revit sous la plume attachante d’un autodidacte de génie. Ses textes, restés inédits jusqu’à ce jour, sont éclairés par les annotations et les présentations de l’Équipe de recherche Manuscrits de l’Université du Québec à Rimouski.

Récits de naufrages m’attirait beaucoup. J’aime les histoires maritimes, encore plus quand elles proviennent de notre histoire et permettent de ressortir des textes qui méritent d’être publiés. Les écrits de Placide Vigneau sont présentés et annotés par Amélie Blanchette, Guillaume Marsan, Billy Rioux et Jean-René Thuot. Le manuscrit historique a donc été écrit par Monsieur Vigneau, né en 1842, qui a été pêcheur, gardien de phare et capitaine. Cet ouvrage est un bel exemple d’histoire et de patrimoine maritime, accessible à tous.

Le fleuve Saint-Laurent avait une réputation légendaire à cet égard: avec des centaines d’îles représentant autant d’obstacles, de forts courants, de nombreux récifs et hauts-fonds, des marées puissantes, et de fréquents épisodes de brouillard et de tempêtes, il était l’un des plans d’eau les plus difficiles à naviguer. »

Cependant, le titre du livre peut porter à confusion. L’ouvrage n’est pas à proprement parlé un recueil d’histoires de naufrages. Il s’agit plutôt de l’histoire de ceux qui ont évolué de près ou de loin autour des naufrages, de la pêche et de la vie maritime. L’idée du livre est de mettre en valeur le patrimoine que ces gens nous ont laissé, pour mieux comprendre l’histoire de cette époque.

Le livre est divisé en trois grandes parties. La première raconte l’histoire du naufrage du Granicus, un épisode tragique de l’île d’Anticosti. Il s’agit d’une histoire de massacre et de cannibalisme. Cette terrible histoire a marqué l’imaginaire du monde maritime et avait fait couler beaucoup d’encre à cette époque, à travers le monde. Elle a toutefois été quelque peu étouffée au fil des ans, passée dans le domaine folklorique, sans doute à cause de son aspect morbide. 

La seconde partie du livre est un portrait de la vie des communautés nord-côtières. On apprend toutes sortes de choses sur la façon dont les communautés vivaient au quotidien. L’importance des liens entre les pêcheurs et leurs familles, l’entraide aussi qui était primordiale. La vie des côtiers, ce qu’était un « beau naufrage » (un naufrage sans mortalité où le travail des villageois et de l’équipage permettait de sauver la marchandise, en la vendant ou en l’offrant). La vie y était rude et parfois bien dangereuse. J’ai bien apprécié, entre autres, le chapitre consacré aux ruines du fort de la Baie des Châteaux. 

Finalement la troisième partie reprend les carnets personnels de Placide Vigneau. Il s’agit d’un collage de toutes sortes de réflexions, d’anecdotes, de listes et d’informations en lien avec la vie et le travail de l’auteur. Vigneau était un grand observateur et partageait beaucoup sur ce qui l’entourait. Ses notes sont aujourd’hui une riche source d’informations sur le patrimoine de l’époque, les bâtiments, la famille, les lieux, la façon de s’éclairer, les objets du quotidien, les outils, les vêtements. Ce chapitre est complété par des informations sur les animaux de ferme, les expressions linguistiques, quelques recettes de remèdes et des notes sur la chasse.

« La rareté du bois de construction explique en bonne partie les faibles dimensions de la majorité des maisons aux Îles-de-la-Madeleine. »

Il s’agit d’un ouvrage intéressant qui nous offre un tableau varié de la vie de cette époque, du quotidien des pêcheurs et de ceux qui vivaient sur la Côte-Nord. C’est aussi une mine d’informations sur le langage utilisé, les naufrages, le passage des saisons, les lieux et la façon de vivre des communautés. Naturellement, comme il s’agit d’un carnet, même s’il est annoté et commenté, l’ensemble n’est pas linéaire. On découvre cet ouvrage un peu comme un collage d’informations diverses, qui finissent par dresser un portrait historique et maritime d’une région et des gens qui y ont vécu. L’aspect « carnet » est justement ce qui est intéressant.

Mon seul bémol toutefois: que les articles de journaux et informations en anglais qui accompagnent le texte, en lien avec le naufrage du Granicus, n’aient pas été traduits en français. Je trouve que c’est vraiment dommage. J’aurai apprécié une traduction de ces textes. Malgré cela, c’est un ouvrage intéressant pour plonger dans les années 1800 et découvrir un peu de l’histoire maritime de chez nous.

Le livre est agrémenté d’images des carnets originaux, de cartes et de photographies d’époque, ainsi que d’un lexique et d’un glossaire.

Récits de naufrages, Placide Vigneau, éditions VLB, 264 pages, 2021

L’Erebus: vie, mort et résurrection d’un navire

ErebusEn septembre 2014, au fond des eaux glacées de l’Arctique canadien, la poupe brisée d’un vaisseau fut découverte. Il s’agissait d’un bateau mythique : l’Erebus. Michael Palin – pilier des Monty Python et réalisateur de documentaires pour la BBC – redonne vie à cet extraordinaire navire, depuis sa mise à l’eau en 1826 jusqu’à ses voyages d’exploration en Antarctique qui ont conduit à sa gloire, puis à son ultime catastrophe en Arctique. Il revisite les parcours entremêlés des hommes qui ont partagé son chemin : le fougueux James Clark Ross, qui cartographia une grande partie des régions australes et supervisa les premières expérimentations scientifiques menées sur place ; mais aussi John Franklin, homme tourmenté qui, à l’âge de 60 ans et après une carrière en dents de scie, prit le commandement du bateau. Il décrit avec brio le quotidien des hommes à bord qui, les premiers, débarquèrent sur la terre Victoria antarctique et ceux qui, à peine quelques années plus tard, finirent gelés jusqu’à en mourir dans les eaux du grand Nord, tandis que des missions de sauvetage tentaient désespérément de les atteindre.

L’expédition de Sir John Franklin est un événement historique qui m’intéresse et me fascine depuis de nombreuses années. C’est une expédition qui a rapidement tourné au cauchemar et qui a marqué les esprits. Quand on a découvert en 2014 l’épave de l’Erebus, c’est avec fascination que j’ai suivi les événements.

Dès l’annonce de la publication du livre de Michael Palin, il était assuré que je souhaitais le lire. Chinouk m’a proposé d’en faire une lecture commune et c’est avec elle que j’ai lu l’histoire passionnante de ce célèbre bateau.

Tout d’abord, l’ouvrage s’ouvre sur une carte retraçant les voyages de l’Erebus. Vaisseau de guerre, l’Erebus commença sa première journée de service le 21 février 1828. Ce bateau, d’abord construit pour la guerre, vit sa carrière s’arrêter avec la fin des guerres napoléoniennes. La constante recherche de nouvelles voies maritimes lui permet d’avoir une « vie » bien remplie, jusqu’à son ultime voyage dans l’Arctique.

« Il s’appelait l’Erebus. Ce n’était pas un nom très gai, mais le navire avait été construit pour intimider, non pour amuser la galerie. Et il n’avait pas été baptisé au hasard: dans la mythologie grecque, Érèbe, fils de Chaos, est associé au cœur obscur des enfers, un lieu synonyme de dislocation et de destruction. »

Avec Michael Palin, on suit la construction de l’Erebus puis sa mise à l’eau, avant de le voir patrouiller en Méditerrannée, avant d’être utilisé pour sa première expédition en Antarctique avec James Clark Ross. À l’époque, les Pôles sont perçus comme le summum de l’aventure et fascinent les population. Aujourd’hui, même si notre relation aux Pôles est un peu différente puisque tant de gens y sont allés et les ont explorés, la fascination n’en demeure pas moins, que ce soit pour les voyages passés ou ceux qui se déroulent en ce moment.

« …non seulement l’Erebus et le Terror étaient devenus les premiers voiliers à traverser la banquise, mais ils étaient parmi les premiers à prouver de manière irréfutable l’existence d’un continent antarctique. »

L’Erebus sera converti en navire polaire avant de se voir confier différentes expéditions, dont celle menée par Franklin. Il est intéressant de découvrir à travers ce récit, la façon dont était vécue la vie sur le bateau. On apprend beaucoup de choses sur la tenue des livres de bord, les lettres envoyées par l’équipage, les arrêts nombreux pour relever des informations, découvrir la faune et la flore, recueillir des données sur le magnétisme de la Terre ou sur les lieux visités et nommés pour les futures cartes. J’ai adoré découvrir comment vivaient les hommes qui devaient souvent partager des années de leur vie sur le bateau, ce qu’ils mangeaient, leur façon de faire face au scorbut, de fêter Noël, d’affronter le froid, les corvées sur le bateau, l’inspection quotidienne de l’hygiène et de la santé de l’équipage. On apprend aussi comment les moments de l’expédition étaient immortalisés – par l’art – jusqu’à l’arrivée de la photographie pour documenter les voyages.

Puis, il y a le départ de Franklin. On retrace son voyage jusqu’à la disparition des bateaux et la mise en place d’expéditions de secours qui arrivèrent, comme on le sait, beaucoup trop tard. Cette portion du livre est très intéressante. On apprend pourquoi certains personnages ont été oubliés, pourquoi certaines informations ont épouvanté la bonne société anglaise de l’époque et de quelle façon l’équipage a laissé des traces de son passage en Arctique. À la découverte de tombes creusées dans le sol glacé du grand nord, jusqu’à la note de Victory Point, toutes les découvertes sont fascinantes et troublantes. Elles ont aussi mené à l’élaboration de plusieurs théories quant à ce qui a pu se passer réellement sur l’Erebus et le Terror.

Bien plus qu’un simple ouvrage sur le parcours d’un bateau, L’Erebus: vie, mort et résurrection d’un navire est un véritable portrait d’une époque, d’une mentalité et de la société dans laquelle le navire a vu le jour. Tout restait encore à découvrir. Le monde s’ouvrait aux hommes avides d’expéditions et de nouveautés. La nature était au service des humains et leur offrait matière à étude. C’était aussi l’occasion pour eux de tenter d’introduire de nouvelles espèces sur des territoires vierges, le sentiment de conquête étant bien ancré dans les mentalités. Conquérir les territoires, les glaces, les animaux. Chaque homme est le produit de son époque et on le perçoit totalement dans l’ouvrage de Palin, avec les mentalités qui avaient cours lors de l’équipage de Franklin et même avant, ainsi que la façon dont l’homme utilisait la nature.

« Intelligents, remplis de curiosité, ils étaient animés par l’esprit des Lumières: il leur fallait chercher à découvrir, repousser les frontières de la connaissance car ils étaient persuadés que plus ils mesuraient, traçaient, calculaient et empilaient les observations, plus l’Humanité en bénéficierait. »

Ce qui est intéressant avec le livre de Michael Palin, c’est le ton qui est employé. Palin est fasciné par ce bateau et il nous transmet très bien cette passion. Il nous raconte l’histoire de ce « navire de guerre » qui ne servira jamais vraiment à combattre, de sa conception jusqu’à sa découverte dans les eaux canadiennes. Il complète son récit par ses propres réflexions et voyages. L’auteur s’est effectivement rendu sur place pour effectuer ses recherches et il nous offre des comparaisons très intéressantes sur les lieux visités par les différents équipages de l’Erebus. Ce qu’il voit aujourd’hui de lieux mythiques, versus ce qu’ils étaient à l’époque de l’Erebus.

« De nos jours, à Greenhithe, au bord de la Tamise, il existe un pub nommé Sir John Franklin où l’on peut boire une pinte de bière et manger un steak frites à l’endroit précis où la famille du navigateur l’aperçut pour la dernière fois. »

Le livre contient de nombreuses cartes en début de chapitres ainsi qu’un cahier de photos au centre de l’ouvrage. Les cartes tout comme les photos, sont passionnantes à regarder. On a l’impression de « vivre » un peu plus ce voyage particulier qu’a dû être celui de l’Erebus, surtout lors de l’expédition de Franklin. L’ouvrage est complété par une chronologie des événements entourant le bateau ainsi qu’une bibliographie.

En complément de cette lecture, je vous invite à découvrir la capsule vidéo créée par Parcs Canada concernant l’exploration, le travail d’archéologie sous-marine et la découverte d’artefacts sur l’épave de l’Erebus. Vous trouverez d’autres vidéos passionnantes sur le compte de Parcs Canada.

Si le sujet vous intéresse, le livre de Michael Palin est à lire assurément. Son ton est agréable, les informations qu’il partage sont accessibles et passionnantes. C’est un ouvrage qui vaut vraiment la peine d’être lu. On le dévore comme on lirait un roman d’aventures!

L’Erebus: vie, mort et résurrection d’un navire, Michael Palin, éditions Paulsen, 391 pages, 2020

Robot sauvage

Robot SauvageUn cargo fait naufrage. Rozzoum unité 7134, alias Roz, échoue sur une île déserte. Pourra-t-elle survivre dans la vie sauvage?
Une splendide et captivante aventure, pleine de dangers et d’émotion. Un hymne à la nature et à l’amitié.

Ce livre jeunesse est un hommage à la nature, à ses bienfaits et à ce qu’elle nous apporte, en plus d’y coupler une extraordinaire aventure de robot. L’auteur, fasciné par le contraste entre la nature sauvage et la technologie de l’intelligence artificielle nous offre un roman sous forme de conte. Il nous parle de l’étrange naufrage d’un bateau transportant des robots dont un seul est toujours fonctionnel: Roz.

« L’île grouillait de vie. Et maintenant, elle abritait une nouvelle forme de vie. D’un genre étrange: une vie artificielle. »

Ce robot tente d’apprendre à vivre et à se débrouiller dans la nature, que ce soit pour se déplacer ou se faire des amis. Elle se familiarise avec son environnement et apprend à observer ce qui se passe autour d’elle. Elle est différente de toute espèce animale qui vit sur l’île et son acceptation par les autres est difficile. Jusqu’à ce qu’elle détruise un nid par mégarde…

Sa vie changera alors complètement et sa façon de se comporter avec les animaux de l’île aussi. L’auteur, à travers l’histoire de Roz, nous invite à percevoir la nature différemment, au fil des saisons et d’apprivoiser ceux qui y vivent. Son roman est un bel hommage à l’amitié et aux liens qui unissent les membres d’une famille, même si ce n’est pas une famille comme les autres. L’émotion et le sentiment d’appartenance est aussi fort. C’est une très belle histoire.

J’ai aussi aimé que l’auteur n’en fasse pas un roman-bonbon. La nature peut être cruelle, la difficulté d’y survivre aussi et ce n’est pas tout le monde qui en sort vivant. Idem pour la chaîne alimentaire, qui est à la base des relations entre les animaux de l’île. Certains ne reviennent pas. L’histoire est donc à la fois réaliste et anthropomorphique en donnant des caractéristiques humaines aux animaux et aux robots. Du moins à Roz qui n’est définitivement pas un robot comme les autres.

Robot sauvage est à la fois une grande aventure, une histoire de robot et de nature, ainsi qu’un hommage aux différences, à l’acceptation et à l’unicité. L’auteur est talentueux, aussi doué pour l’écriture que pour le dessin. Le roman contient énormément d’illustrations qui sont toutes plus belles les unes des autres. J’adore son travail, surtout quand il met en scène le contraste entre le robot et la faune sauvage. C’est tout simplement magnifique!

« Après plusieurs semaines à étudier les oiseaux à la manière des robots, Roz connaissait le chant de chacun d’eux, savait quand il chanterait et pourquoi. Elle commençait à comprendre les oiseaux. Mais Roz commençait également à comprendre les porcs-épics, les salamandres et les scarabées. Elle découvrit que tous les animaux avaient un langage commun; simplement ils le parlaient chacun d’une manière différente. On aurait pu dire que chaque espèce le parlait avec l’accent qui lui était propre. »

Le roman nous offre une belle aventure, qui laisse de la place à une possible seconde aventure. C’est la raison pour laquelle l’auteur a écrit un autre roman. Il existe une suite à ce livre, en anglais, intitulée The Wild Robot Escape. J’espère vraiment qu’il sera traduit. J’aimerais beaucoup connaître la suite des aventures de Roz et retrouver Joli-Bec, les ours, les castors et tous les autres. Vivement une traduction pour cette suite!

En attendant celui-ci est une très bonne lecture, qui m’a vaguement fait penser à Pax et le petit soldat. Pas à cause de l’histoire mais plutôt à cause de sa forme, une sorte de conte, qui peut plaire autant aux jeunes qu’aux adultes.

Une bien jolie découverte!

Robot sauvage, Peter Brown, éditions Gallimard Jeunesse, 284 pages, 2017

La maison des merveilles

la maison des merveillesTout commence par un voyage en mer en 1766 sur le Kraken où se joue une pièce de théâtre… Entrez dans cette histoire en images et suivez une grande famille de comédiens, les Marvels, de génération en génération, jusqu’en 1900. Puis, découvrez, un siècle plus tard, l’histoire de Joseph, échappé d’un austère pensionnat. Le garçon vient chercher refuge à Londres chez son oncle Albert Nightingale. Ce dernier vit dans une étrange maison comme sortie d’un autre monde… Qui vit entre les murs ? Qui sont ces Marvels dont les portraits fleurissent partout ? Joseph décide de percer le mystère des lieux…

J’aime passionnément le travail de Brian Selznick qui a en quelque sorte redonné ses lettres de noblesses aux romans illustrés. Dans ses livres, l’illustration n’accompagne pas l’histoire, elle EST l’histoire. Après L’invention de Hugo Cabret et Après la foudre, voilà qu’il nous offre La maison des merveilles. Un livre qui porte fabuleusement bien son titre. Il s’intitule The Marvels en anglais et a été traduit en France sous le titre Les Marvels, mais je trouve la traduction de Scholastic au Canada beaucoup plus éloquente.

Avant toute chose, avant même d’ouvrir le livre, j’ai été conquise par la couverture. Bleue et dorée, elle est cartonnée et elle brille de partout tout en mettant en scène toute la fantaisie de l’histoire. On retrouve sur la couverture, en haut du mât, la devise qui reviendra tout au long du livre: Ou bien on voit, ou bien on ne voit pas.

Le temps est aussi un élément important dans les livres de Selznick et celui-ci n’y fait pas exception. La maison des merveilles, le temps qui passe (ou qui ne passe pas), la montre arrêtée à 11h16 et les indices de temps dans les pièces de Shakespeare.

« Peut-être que le temps de l’oncle Albert aussi était resté figé. Peut-être était-ce pour cette raison que la maison, et tout ce qu’il y avait à l’intérieur, avait un aspect si ancien. Peut-être que sa famille avait des problèmes avec le temps. »

Selznick excelle pour mettre en image et en texte des histoires magiques singulières, inspirées d’anecdotes historiques particulièrement intéressantes. J’ai lu ce roman en deux soirées, le traînant partout avec moi. Il est de la grosseur d’un dictionnaire, donc pas des plus pratiques, mais j’avais chaque fois l’impression d’ouvrir un grimoire magique, quelque chose qui nous amène ailleurs, là où l’imagination est possible et où l’on peut s’émerveiller. Brian Selznick est un magicien des temps modernes, rien de moins!

L’histoire est étonnante. Tout commence en 1766 par un naufrage. Qui nous mène à un ange, puis à un théâtre, puis à de nombreuses références à Shakespeare. Toute cette partie historique est illustrée. Pas de mots, sauf un article de journal ou deux. Le reste est raconté par l’image. C’est addictif et intrigant.

Puis vient le texte et avec lui, les années 1990 et cette fois, l’histoire de Joseph. Un jeune garçon curieux, qui s’intéresse aux livres et qui cherche à en savoir plus sur sa famille. Ses parents le délaissent, ne s’intéressent pas à lui. Il s’accroche à son oncle qui ne veut pas vraiment de lui. Jusqu’à ce qu’il commence à fouiller dans la maison des merveilles, une maison remplie de toutes sortes d’objets du passé et figée dans le temps. Aidé par Frankie qui vit à côté, les deux enfants cherchent à comprendre leur histoire familiale. Joseph veut reconstituer le passé de sa famille et comprendre pourquoi cet oncle Albert est toujours resté à l’écart de la famille. Frankie souhaite pour sa part retrouver une partie de son frère disparu trop jeune.

Quand Joseph s’approche trop de la vérité, Albert est contraint de lui donner quelques explications. Qui ne sont absolument pas celles que le jeune garçon attendait – et nous non plus! L’histoire prend une tournure étonnante et très émouvante. Une histoire dans l’histoire.

La maison des merveilles est un hommage à la beauté de l’imagination, aux gens marginaux et à ceux qui croient que s’émerveiller reste l’une des plus belles choses de ce monde. C’est aussi un hommage au théâtre, à Shakespeare, à Dickens et à Yeats. C’est une histoire captivante et émouvante, qui m’a à la fois touchée et fait vibrer. Je me suis laissée embarquée dans l’histoire des Marvels et dans celle de Joseph et son oncle. C’est à la fois merveilleux et élégant, magique et tragique.

À la fin du roman, l’auteur explique d’où lui est venu son inspiration. Je n’élaborerai pas plus même si ce n’est pas l’envie qui manque de partager des liens et des idées sur ce livre, puisque le grand plaisir de cette histoire demeure dans son mystère. Il ne faut pas en savoir trop avant d’en commencer la lecture. Si vous le lisez et avez envie d’en discuter, n’hésitez pas!

Un roman qui a été un vrai coup de cœur pour moi! Je l’ai littéralement dévoré et je regrette de ne pas l’avoir acheté. C’est mon préféré des trois romans de Selznick et je le relirai éventuellement.

À la fin, il y a une citation qui résume bien tout le livre:

« Est-ce une histoire vraie?
-J’ai dit: Elle l’est maintenant. »

Wim Wenders, The Act of Seeing

La maison des merveilles, Brian Selznick, éditions Scholastic, 672 pages, 2017