La Montaison

Avez-vous déjà vu les saumons remonter une rivière? C’est quelque chose d’impressionnant! Autrefois, les saumons vivaient dans l’océan. Un printemps, il se passa quelque chose d’étrange qui allait changer le cours de l’histoire.

Une petite lecture qui se veut un clin d’œil à Michel Noël qui nous a quitté le 12 avril, un auteur que j’apprécie beaucoup. J’ai choisi ce livre parce qu’il était dans notre bibliothèque depuis un bon moment. J’avais très envie de le lire et avec le départ tout récent de Michel Noel, j’ai eu envie de lire un de ses textes pour lui rendre hommage. Ce court livre est classé pour la jeunesse, mais permet à tous de se plonger dans une légende innue.

Le livre raconte donc la vieille légende amérindienne de la montaison, soit la raison pour laquelle les saumons remontent la rivière. Une petite fille, Matak, impressionnée par les sauts des saumons dans la rivière, va chercher son grand-père pour lui montrer ce qui l’impressionne grandement. Les plus âgés se font un devoir de transmettre leurs légendes et leurs histoires, afin d’accompagner les enfants dans leur découverte de leur environnement. Le grand-père Nemesh va donc en profiter pour raconter aux enfants ce qui pousse les saumons à remonter la rivière.

« -Nemesh, suis-moi, j’ai quelque chose d’extraordinaire à te montrer.
Ils marchent tous les deux vers la rivière Mishrashipu qu’il connaît comme le fond de sa poche. Nemesh est un homme de rivière, ami de l’eau, des poissons, des canards et des outardes. »

Cette histoire narre la rencontre du chef spirituel innu avec le grand esprit du saumon afin de faciliter la pêche pour son peuple. L’auteur nous plonge dans les légendes des Premières Nations et dans leurs coutumes. C’est un joli texte très intéressant, qui nous apprend des choses sur ce voyage dans les rivières effectué par les saumons.

« La mélodie magique, envoûtante, enchante les humains, les animaux, la forêt tout entière. Le maître de tambour, soutenu et porté par son peuple et la puissance de son chant, ferme les yeux. Son esprit léger comme du duvet quitte son corps, vole comme un puissant oiseau. Le vent joue dans ses cheveux et glisse sur son visage. »

Un court ouvrage jeunesse complété par des cartes, des notes, de l’information documentaire et des jeux pour accompagner la lecture et même, d’une recette! L’ouvrage peut être un beau point de départ pour ouvrir la discussion avec les enfants et travailler le texte en s’aidant du dossier complémentaire à la fin. Le livre est illustré par Daniela Zekina, une illustratrice bulgare. Le texte est entièrement illustré en noir et blanc.

À lire avec plaisir, pour les jeunes et les plus grands!

La Montaison, Michel Noël, éditions Hurtubise, 70 pages, 1999

Créatures fantastiques t.5

La jeune Ziska, dernière d’une lignée de mages, apprend le métier de vétérinaire aux côtés de Nico. Un jour, elle entend parler d’une nouvelle créature qui aurait été aperçue en ville. Il s’agit d’un Tatzelwurm… Ce dernier, ainsi que ses compagnons, a dû fuir leur montagne d’origine. Tout comme le griffon blessé, une bête noire étrange et inconnue venue de l’est les en a expulsés, en tentant de se frayer un chemin vers la ville. “Qu’importe les progrès de civilisation, les hommes frémiront toujours face à ce qu’ils ne comprennent pas.”

J’ai lu le cinquième et dernier tome de la série de mangas Créatures fantastiques. Cette série m’a beaucoup plu de façon générale, tant au niveau du dessin que de la direction qu’a prit l’intrigue dans les derniers tomes, un peu plus axés sur les mythes et légendes. Cet aspect était des plus intéressants et je trouve même que les premiers tomes auraient aussi gagnés à s’en inspirer. Toutefois, de façon générale, Créatures fantastiques est une belle série en cinq tomes, dont j’ai beaucoup apprécié la lecture.

Qu’en est-il de ce dernier tome? L’histoire débute alors que Ziska et son amie Annie sont toutes deux retrouvées inconscientes. Une étrange créature serait liée à ce qu’on nomme « le mal aigu des montagnes ». Ziska est persuadée que cette créature a un lien avec l’affaire du griffon du tome précédent. Il y est aussi question de dragons. C’est alors que les journaux font état d’une bête noire étrange et inconnue qui se déplace comme une boue informe et sème la terreur…

« Je pense que les dragons sont l’incarnation de la nature. »

On retrouve les personnages fantastiques issus des mythes et légendes, un aspect qui me plait bien dans la tournure qu’a prit la série dans les derniers tomes. On retrouve donc Dame Holle, l’esprit des céréales et Jean, le Dieu des Montagnes, impertinent comme toujours. On y aborde plusieurs mythes en lien avec les montagnes.

« Les « gentilles » créatures fantastiques sont peu nombreuses. En effet, beaucoup de créatures sont nées de la peur que les hommes ont face à l' »inconnu ». »

Même s’il a un côté fantastique et que l’imaginaire est très présent, ce tome n’est pas différent des autres. Il véhicule un message écologique sous-jacent et aborde ici la pollution minière et la coupe des arbres. Le côté fantastique quant à lui, s’attarde sur les légendes et sur le fait que l’humain ne perçoit plus les créatures fantastiques comme avant. La magie disparaît peu à peu. 

J’ai bien aimé la lecture de ce cinquième tome, même si je trouve la conclusion un peu abrupte. J’aurais apprécié avoir un peu plus de détails et d’informations pour conclure la série. Ce tome me donne une petite impression d’inachevé, même si dans l’ensemble, j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ces mangas.

Pour lire mon avis sur les autres tomes de la série:

Créatures fantastiques t.5, Kaziya, éditions Komikku, 208 pages, 2020

La Bête de Buckingham Palace

Alfred a 12 ans et il n’est rien de moins que l’héritier de la couronne d’Angleterre. Mais par malheur, l’époque qui l’a vu naître est celle de la nuit perpétuelle : désastre écologique, trahison et tyrannie… Nous sommes en 2120 et si la royauté a survécu à la disparition du soleil et à la quasi destruction de Londres, elle vit enfermée à Buckingham Palace, sous le joug d’un tyran qui prétend la protéger contre de soi-disant révolutionnaires. Lorsqu’Alfred voit sa mère la reine, accusée d’être leur complice, se faire arrêter par les gardes, il retrouve son cœur de Lion et décide avec ses faibles forces et peu d’alliés de révéler le vrai visage du Lord Protecteur…

J’avais beaucoup aimé Le Monstre des glaces du même auteur. C’était une lecture amusante et impertinente. J’avais donc bien hâte de découvrir La bête de Buckingham Palace qui me semblait dans le même esprit. Si l’histoire est très différente, les deux romans ont beaucoup de points en commun. Tous les deux mettent en scène un personnage différent. L’auteur leur fait vivre des aventures dans un cadre semblable: on côtoie la royauté et les codes de conduites qui y sont reliés. Si Le Monstre des glaces se déroulait à l’époque victorienne, La Bête de Buckingham Palace nous parle du futur. 

Alfred est prince. Maladif, assoiffé de lecture, il n’est jamais sorti du palais. Il faut dire que nous sommes en 2120, que Londres est à feu et à sang, et que la ville est en ruines. Il se passe de drôles de choses au palais. Alfred ne reconnaît pas son père qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Le conseiller du roi prend beaucoup (trop?) de place au royaume. Les révolutionnaires se battent pour tenter de survivre dans une ville qui n’en est plus une. Quand la reine est arrêtée, Alfred doit faire quelque chose. Et il ne s’attend certainement pas à vivre toutes les aventures qui l’attendent!

« Depuis les événements catastrophiques qui avaient plongé le royaume dans l’obscurité, le roi s’était énormément appuyé sur son grand conseiller pour gérer les problèmes de ce terrifiant nouveau monde. D’année en année, il était devenu de plus en plus effacé, comme s’il s’était retiré au fond de lui-même. »

La bête de Buckingham Palace est un roman jeunesse abondamment illustré par Tony Ross, avec une police de caractère qui change au fil des péripéties. Quand les personnages sont plongés dans le noir, les pages sont… noires! On suit le destin d’Alfred, bien inconscient de ce qui se déroule en dehors du palais. C’est une époque de guerres, de révolution, de courage et d’affrontements. Malgré tous les malheurs qui s’abattent sur Alfred, l’auteur amène certaines scènes loufoques, d’étranges robots qui s’occupent du palais et beaucoup d’action.

 » Autrefois, le palais était un sanctuaire. Aujourd’hui, c’était une forteresse. »

Si j’ai préféré Le monstre des glaces, à cause de l’époque victorienne et des clins d’œil amusants concernant les conventions de l’époque que le personnage principal s’amuse à confronter, La Bête de Buckingham Palace est intéressant pour sa mise en place d’un monde futuriste où les robots côtoient la pauvreté et la révolte du peuple. Cette histoire se lit avec plaisir. Le côté mythologique, avec certaines créatures dont la bête du titre, est très présent dans ce roman. C’est un roman sur la tyrannie, la résistance, la justice et la rébellion. On se retrouve dans le futur, alors que le pays est plongé dans un hiver éternel, dans une Angleterre fort différente de celle que nous connaissons. 

La Bête de Buckingham Palace, David Walliams, éditions Albin Michel, 480 pages, 2020

Croire aux fauves

«Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C’est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l’actuel ; le rêve qui rejoint l’incarné.»

Ce livre m’attirait beaucoup, tant à cause de sa couverture que de son résumé. C’est un récit que j’ai vraiment apprécié, où l’auteure, une jeune anthropologue, nous raconte ce qu’elle a subi le 25 août 2015, alors qu’elle est attaquée par un ours dans les montagnes du Kamtchatka. Je n’étais pas certain en commençant ce récit qu’il s’agissait de l’histoire de l’auteure, mais après quelques recherches, il s’agit bien d’une histoire vraie et donc, d’un récit autobiographique. Croire aux fauves est l’histoire de son tragique accident alors qu’elle se retrouve face à un ours et à tout ce qui en a découlé par la suite. C’est son histoire personnelle que Nastassja Martin nous raconte.

Cette rencontre brutale a naturellement changé sa vie. Son parcours est semé d’embûches, afin déjà de guérir, physiquement, puis de se libérer de ce tragique événement et de comprendre ce qui lui est arrivé. Elle va puiser de la force et de l’aide non pas dans notre monde « moderne » et urbain, mais plutôt dans la culture d’un peuple, les Évènes, qui va l’aider à y voir plus clair.

Le récit se déroule sur une année et chacun des chapitres porte le nom d’une saison. Tout le récit est en lien direct avec la nature, ce qui m’a évidemment beaucoup plu. Le travail d’anthropologue de l’auteure la pousse à aller dans les régions éloignées. Elle a un intérêt marqué pour les peuples qui y vivent et leur culture. Ici, il est surtout question des Évènes: leurs croyances, leur façon de se nourrir, de chasser, leurs mythes, leur regard sur la vie qui est différent du nôtre. Depuis qu’elle est toute petite, l’auteure a toujours eu une attirance et une soif de connaître ces modes de vie et d’en savoir plus sur la relation unique que ces peuples entretiennent avec la nature. C’est ce qui l’amène vers le métier qu’elle pratique. 

Pour les Évènes, les rêves ont une signification et leur perception des choses est différente de la nôtre. L’ours a une présence significative dans le récit. Il est à la base de l’accident, mais il est aussi perçu différemment de notre façon moderne de voir cet incident. L’ours devient une part de l’auteure. Une part de ce qu’elle est. Sa compréhension de cet incident la poussera à trouver le moyen de se reconstruire.

« Je pense à mon histoire. À mon nom évène, matukha. Au baiser de l’ours sur mon visage, à ses dents qui se ferment sur ma face, à ma mâchoire qui craque, à mon crâne qui craque, au noir qu’il fait dans sa bouche, à sa chaleur moite et à son haleine chargée, à l’emprise de ses dents qui se relâchent, à mon ours qui brusquement inexplicablement change d’avis, ses dents ne seront pas les instruments de ma mort, il ne m’avalera pas. »

Après l’accident, elle est soignée en Russie puis elle retourne en France. Mais son parcours médical est rempli de difficultés: sa présence en Russie est considérée comme suspecte et son retour en France est difficile, avec sa blessure, mal perçue par la société. Elle a besoin de prendre du recul face au regard des autres, de tout le système médical. Elle a besoin de s’éloigner de tout cela pour revivre, pour être elle-même. Elle n’arrive pas à se sentir chez elle et elle retourne en Russie pour apprendre à vivre avec les conséquences de son accident et guérir, peu à peu. Retourner là-bas est une façon de retrouver une partie d’elle-même.

Dans le récit, le lecteur va vivre l’attaque de l’ours aux côtés de l’auteure, les hôpitaux et les chirurgies, ainsi que tous les questionnements relatifs à son état. Par la suite, l’auteure va tenter de comprendre la façon de penser des Évènes afin de guérir. Elle cherche le juste milieu, entre les croyances du monde moderne et les croyances ancestrales de ce peuple. Psychologiquement, juste avec le côté urbain et moderne d’aujourd’hui, il lui manque des réponses. Alors que ces peuples ont des connaissances qui permettent à une personne blessée ou souffrante, et ne retrouvant plus ses repères, de reprendre le cours d’une vie plus riche, d’élever son âme afin de se reconstruire.

« Maman, je dois redevenir matukha qui descend dans sa tanière pour passer l’hiver et reprendre ses forces vitales. Et puis, il y a des mystères que je n’ai pas fini de comprendre. J’ai besoin de retourner auprès de ceux qui connaissent les problèmes d’ours; qui leur parlent encore dans leurs rêves; qui savent que rien n’arrive par hasard et que les trajectoires de vie se croisent toujours pour des raisons bien précises. »

Un récit où la nature est omniprésente, un véritable parcours psychologique et spirituel, passionnant. C’est le récit d’une guérison et de l’apprentissage d’être à nouveau bien avec soi-même après une grande épreuve. C’est la recherche du juste milieu entre la part brutale de la bête et l’âme humaine. J’ai adoré ce livre. Je sais que l’auteure a écrit un autre livre avant celui-ci, qui aborde la résistance d’un peuple d’Alaska. Il me tente beaucoup.

Croire aux fauves est tout à fait le genre d’ouvrage que je relirais dans quelques années. Le côté psychologique est très intéressant car bien développé, entre les croyances ancestrales et le monde plus moderne de l’homme d’aujourd’hui. La plume est très belle. Je relirai bien cette auteure à nouveau, dont le travail d’anthropologue m’interpelle particulièrement. 

Croire aux fauves, Nastassja Martin, éditions Gallimard, 152 pages, 2019

Créatures fantastiques t.4

La science a remplacé la magie dans le cœur des hommes. Elle est sur le point de faire basculer le monde dans une nouvelle ère, entraînant les créatures fantastiques dans l’oubli. Un jour, un homme du nom de Jean demande à Ziska de le suivre, afin d’examiner un animal blessé. Ce dernier est en réalité un griffon qui s’en est pris à des humains. Il semblerait qu’une “chose gigantesque” ait causé sa blessure. Pour le meilleur ou pour le pire, la jeune fille est incapable d’abandonner une créature qui souffre devant elle.

J’avais bien hâte de lire le quatrième tome de Créatures fantastiques, surtout après la fin du troisième tome. L’histoire reprend ici exactement là où on l’avait laissée, avec la disparition de Ziska. Son maître part à sa recherche à l’aide d’Annie, la seule à avoir vu l’enlèvement. Ils sont rapidement accompagnés par une femme bien étrange…

Avec ce tome, l’intrigue prend une tournure bien intéressante: les créatures fantastiques ne sont plus uniquement des bêtes à soigner… On tombe dans le mythe et les légendes. Ici, il est question de Rübezahl, un être fantastique issu du folklore allemand et d’un personnage de contes de fées. Cette nouvelle thématique, qui va plus loin que le soin aux créatures, apporte un plus à la série. En combinant les deux, l’auteure en fait un univers unique et vraiment intéressant. 

La première partie du manga est une véritable aventure: enlèvement, tempête de neige dévastatrice, animaux inquiétants.

« Mais quelque chose approche depuis l’Est… Depuis une terre que je ne connais pas. Cette chose se dirige vers mon territoire. »

Comme les autres tomes, il y a un message écologique sous-jacent. Même si l’histoire est ancrée dans un monde fantastique, le thème de la nature est souvent abordé ainsi que le destin réservé aux animaux par les hommes. L’univers de Ziska s’enrichit d’étranges compagnons et elle apprend de nouvelles choses. On découvre également certaines choses sur de nouvelles créatures fantastiques, comme le griffon que Ziska doit soigner, cet étrange coq qu’elle doit voir dans une ferme accompagnée de son maître ou le Tatzelwurm, créature provenant du folklore alpin. 

J’aime vraiment beaucoup cette série, que je trouve originale et où le fantastique et l’imaginaire sont très importants. J’apprécie également le dessin, qui est assez représentatif du genre de manga qu’est Créatures fantastiques. Plus cette série avance, plus elle devient intéressante. Vivement le sortie du tome 5!  

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Créatures fantastiques t.4, Kaziya, Komikku éditions, 208 pages, 2020