Le cerveau et la musique

Un son, une note, une mélodie et voilà… le cerveau en effervescence. Mais pourquoi certains airs arrivent-ils à nous tirer des larmes, à nous donner la chair de poule, à nous enthousiasmer ou à nous faire danser ? Pourquoi sommes-nous touchés par les symphonies de Beethoven, par les performances vocales de Céline Dion, par les reels endiablés de Ti-Jean Carignan ou encore par les concerts d’Arcade Fire ? Bien sûr, tout commence par l’oreille. Les ondes sonores produites par un piano, une flûte ou un violon s’y engouffrent et sont transformées en influx nerveux pour rejoindre diverses régions du cerveau. Journaliste scientifique aguerri, Michel Rochon nous entraîne dans une exploration fascinante du cerveau musical. 

La musique a toujours été importante pour moi. J’achète autant de musique que j’achète de livres et je peux difficilement passer une journée sans en écouter. J’ai une photo de moi toute petite avec un énorme casque d’écoute sur la tête et Mozart qui jouait sur la table tournante. Ma passion pour les notes remonte à très loin. J’ai aussi joué de la clarinette et du violon, mais je préfère quand même écouter la musique que la jouer. J’aime aussi beaucoup la science et naturellement, ce livre de Michel Rochon s’imposait de lui-même puisqu’il mêle les deux domaines et répond à plusieurs questions. 

Cet essai est vraiment intéressant car il nous plonge dans l’étonnante odyssée des effets de la musique sur le cerveau. Le sujet est vaste, mais l’auteur aborde différents aspects totalement fascinants. Michel Rochon est journaliste scientifique et médical, très bon vulgarisateur, mais c’est aussi un musicien. Comme, d’ailleurs, un très grand nombre de médecins et de chercheurs, comme le démontre plusieurs orchestres de médecins, organisés un peu partout dans le monde. 

« …si certaines maladies nous ont permis de mieux comprendre la musique et vice versa, c’est peut-être parce que la médecine et la musique sont des univers imbriqués. »

Le cerveau est complexe et l’ouvrage nous en explique d’abord les bases en lien avec la musique. De quelle façon le cerveau réagit-il à la musique? Pourquoi les notes ont autant d’effet sur nous? Qu’est-ce qui nous amène à taper du pied lorsqu’on entend un rythme qui nous donne envie de bouger? Comment le cerveau réagit à la musique? On apprend une foule de choses, allant de l’aspect biologique de la musique (par exemple le son entendu par l’oreille et la façon dont le cerveau le transforme) jusqu’aux limites de la science et la richesse que nous apporte la musique en tant qu’humain.

« La musique nous transporte et nous fait réagir souvent de façon inattendue; elle puise dans nos structures de la perception, mais également dans nos souvenirs et nos plus intimes expériences. »

Cet ouvrage nous amène à comprendre ce qui se passe dans notre cerveau, alors que la musique est entendue par notre oreille. J’ai appris une foule de choses sur la linguistique, les mathématiques, l’amusie, les liens étroits entre la musique, la science et la médecine, l’audition, la plasticité du cerveau, l’apprentissage d’un instrument, la musicothérapie, la génétique, le rôle social de la musique, les animaux et la musique, l’intelligence artificielle, les jeux vidéo, pour ne nommer que ceux-là. Plusieurs histoires derrière les chercheurs et les découvertes sont vraiment incroyables. 

« Ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que la naissance de notre Univers, d’une complexité sans commune mesure et qui a donné lieu à un extraordinaire déploiement au-delà de l’entendement, s’est faite dans le silence. Pas un son… »

Chaque chapitre est complété par un encadré intitulé « De la nourriture pour le cerveau » avec des liens à visionner en ligne qui complètent le propos: musique, films, documentaires, vidéos et conférences. Il y a beaucoup de ressources à découvrir pour accompagner notre lecture et c’est vraiment très intéressant. À noter que quelques photos en couleurs sont ajoutées au centre de l’ouvrage afin de compléter le texte. 

Un ouvrage accessible, qui nous offre un tableau passionnant des liens entre le cerveau et la musique. J’ai beaucoup aimé cette lecture qui nous fait voir la musique, et ses effets, d’un tout autre œil.

Vraiment, ce livre est une très belle découverte!

Le cerveau et la musique, Michel Rochon, éditions Multimondes, 192 pages, 2018

Le beau mystère

Caché au creux d’une forêt sauvage du Québec, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups n’admet aucun étranger. Vingt-quatre moines y vivent cloîtrés. Ils cultivent des légumes, élèvent des poules, fabriquent du chocolat et prient… Ironiquement, la communauté qui a fait vœu de silence est devenue mondialement célèbre pour ses chants grégoriens, dont l’effet est si puissant qu’on le nomme « le beau mystère ». L’harmonie est rompue par l’assassinat du chef de chœur et l’intrusion de l’inspecteur Gamache et de son adjoint Jean-Guy Beauvoir. Les enquêteurs cherchent l’accroc dans ces vies consacrées à l’amour de Dieu, mais cette retraite forcée les place aussi face à leurs propres failles. Pour trouver le coupable, Gamache devra d’abord contempler le divin, l’humain, et la distance qui les sépare.

Le beau mystère de Louise Penny était le livre d’avril pour le défi Un Penny par mois. Ce livre est un peu différent des autres de la série car il ne se déroule pas à Three Pines comme la plupart des enquêtes d’Armand Gamache. L’intrigue se déroule dans un monastère à l’écart de tout, où des moines vivent de leur jardin, fabriquent des bleuets enrobés de chocolat et chantent des chants grégoriens si beaux et puissants, qu’ils envoûtent ceux qui les entendent.

« La paix et la tranquillité étaient-elles devenues si rares que, lorsqu’on les trouvait, on pouvait les prendre pour quelque chose de grotesque et d’anormal? »

Gamache et Beauvoir sont dépêchés sur les lieux car on a retrouvé le corps d’un moine dans un jardin privé du monastère. Le monastère est loin de tout et les enquêteurs doivent y passer du temps s’ils veulent essayer de résoudre cette affaire. Dans ce lieu cloîtré où les moines ont fait vœu de silence, l’enquête avance très lentement. Quand Francœur, le grand patron de Gamache dont on entend parler dans d’autres livres, arrive lui aussi sur les lieux, le fragile équilibre entre les enquêteurs et les suspects est rompu.

Ce livre est, jusqu’à maintenant, celui qui est le plus différent de la série. On ne retrouve pas le charmant village habituel et ses habitants. On est beaucoup plus dans un huis-clos, en pleine nature et accessible uniquement par bateau ou avion. Gamache et Beauvoir dorment dans de minuscules cellules de moines. Si Gamache apprécie le calme de l’endroit et est sensible aux chants grégoriens, Beauvoir n’en peut plus et est persuadé qu’il deviendra cinglé avant la fin de l’enquête. Mais Gamache et Beauvoir doivent aussi affronter la solitude des lieux et les vieux démons des enquêtes précédentes qui ont laissés de profondes cicatrices…

Le beau mystère est un roman qui parle beaucoup du pouvoir de la musique, de son envoûtement et des effets qu’elle peut avoir chez les gens qui y sont sensibles. J’ai adoré cet aspect de l’histoire, la musique étant essentielle à ma vie. Tout l’aspect historique et musical du monastère et du travail des moines m’a énormément plu. L’atmosphère y est très contemplative, ce qui distingue ce roman des autres. Les lieux y sont propices, naturellement, et cet aspect agit de façon bien différente sur Gamache et sur Beauvoir.

« Plus tôt, pour s’amuser un peu, Beauvoir s’était demandé si le prieur ne s’était pas fait ça lui-même, s’il ne s’était pas tué à coups de pierre plutôt que de devoir assister à encore une autre messe ennuyeuse à mourir. »

Le beau mystère parle aussi de choix et de croyances. Des choix de vie. Des chemins que les personnages empruntent. De certains choix déchirants. De ce que l’on croit et de ce que l’on peut faire pour protéger nos croyances. Le personnage de Beauvoir a une grande place dans ce livre, une place centrale même et ce qu’il vit m’a touchée. J’aime beaucoup ce personnage qui évolue énormément d’un tome à l’autre et qui vit des choses qui sont difficiles. J’ai hâte de voir de quelle façon son histoire évoluera. L’enquête, quant à elle, est intéressante même si elle diffère beaucoup des autres livres. On entre dans un thème nouveau et des lieux inhabituels. Je n’ai pu m’empêcher de penser à l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac en lisant ce roman.

J’ai bien aimé cette lecture, principalement pour la place que prend le personnage de Jean-Guy Beauvoir. J’ai hâte de poursuivre avec le prochain tome!

Le beau mystère, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 480 pages, 2014

Sur les origines d’une génération

Qu’est-ce qu’être « Beat » ? À travers ses thèmes de prédilection – la littérature, le jazz, le voyage, la route, le bouddhisme, le zen… – l’auteur de Sur la route nous entraîne vers la réponse à un rythme hypnotique.

En 2022, c’est le Centenaire de naissance de Jack Kerouac. J’ai donc eu envie de souligner cet événement, puisque cet écrivain me fascine depuis l’adolescence. Si vous souhaitez lire ou découvrir des œuvres autour de son univers, je vous invite à participer à l’événement. Allez lire mon billet sur le sujet. 

J’ai donc choisi de lire ce petit opuscule comme première lecture de Kerouac de l’année. Sur les origines d’une génération regroupe deux textes, extraits du recueil Vraie blonde, et autres. Je trouvais le format parfait pour renouer avec Jack, ses écrits et ses idées. 

Le premier texte, Sur les origines d’une génération, celui qui donne son titre à ce recueil, tente de répondre à la question: « Qu’est-ce que la Beat Generation ». Kerouac parle de cette expression dont il est l’auteur et de la façon dont les artistes et les écrivains issus de ce mouvement sont perçus.

« Voilà le Beat. Vivez vos vies à fond. Non, aimez vos vies à fond. »

Le second texte, Le dernier mot, est en fait divisé en dix courts chapitres. Kerouac y parle de toutes sortes de sujets: du jazz, des voyages, de la presse américaine, de la littérature, de l’histoire et de la spiritualité.

« Ces lignes sont les fondations d’un grand dessein. »

Les deux textes proposent en fait une vision de ce qu’est la Beat Generation et la façon dont Kerouac l’a vécue. Le livre fait un peu plus de cent pages, ce qui est assez court, mais permet d’avoir une idée d’ensemble de ce à quoi croyait Kerouac. J’ai bien aimé!

Sur les origines d’une génération suivi de Le dernier mot, Jack Kerouac, éditions Folio, 112 pages, 2012

Requiem

Jónas entend de la musique en toute chose. Le sifflement de la bouilloire devient pour lui une sérénade, le ronronnement du congélateur une symphonie. Il note tout au fur et à mesure dans son fidèle carnet moleskine. Fuyant sa vie de publicitaire et l’impasse de son couple, il quitte Reykjavík pour un village de l’est de l’Islande afin d’y composer une œuvre décisive, une Marche funèbre (pour débutants) dictée par le crépitement d’un feu, ou peut-être une Étude pour violoncelle, scie et marteau. Mais une fois là-bas, il égare le précieux carnet contenant ses partitions et tous ses repères lui échappent. Plus que jamais, il va devoir être à l’écoute des mélodies qui l’entourent.

J’aime vraiment beaucoup Gyrðir Elíasson. Chaque livre est un moment parfait de lecture. J’adore cet auteur qui parle beaucoup des petites choses du quotidien et de l’art sous toutes ses formes. Au bord de la Sandá reste mon préféré jusqu’à maintenant. Il aborde principalement la peinture. La fenêtre au sud était superbe aussi et parle de l’écriture. Avec Requiem, c’est la musique qui est au centre du roman. Ces trois livres forment un triptyque. On sent la continuité entre ces textes. Alors que son autre roman, Les excursions de l’écureuil, est vraiment dans un registre à part. Une sorte d’ovni littéraire.

Dans Requiem, on suit le personnage de Jónas qui quitte la ville et son appartement qu’il partage avec sa conjointe, pour le chalet de l’oncle de cette dernière. Il a besoin de prendre du temps pour lui et écrire. Jónas compose de la musique qu’il ne joue pas lui-même et que personne ne voit ni n’entend jamais. Il garde ça pour lui. Il se qualifie de « compositeur de tiroir ». C’est le quotidien qui l’inspire. Il écrit une Sérénade pour piano et bouilloire et aussi une Étude pour violoncelle, scie et marteau. Quand l’inspiration s’absente, il s’occupe de la maison et va faire quelques emplettes au magasin du village. Son quotidien est fait de ces toutes petites choses, où vibre néanmoins presque continuellement des notes de musique.

« Dès mon réveil, le matin, ces fragments musicaux me parviennent de temps à autre au fil de la journée, et je fais de mon mieux pour les attraper et les consigner dans le carnet que je porte toujours sur moi. »

C’est le genre de livre où l’on pourrait dire qu’il ne se passe rien. Ça semble être un reproche, dit de cette façon, mais ce n’en est pas un. Les petites choses banales deviennent bien souvent pour moi, et pour la lectrice que je suis, tout ce qui fait la saveur de la vie. Ici, la musique qui se crée continuellement dans la tête du personnage enchante le texte où s’écoule les journées et les petits détails quotidiens. L’auteur a une plume délicate, contemplative. Ça me plaît vraiment beaucoup. Dans ses livres, le temps s’écoule lentement, doucement. Quelque part entre la poésie et la mélancolie. C’est toujours un plaisir de le lire. J’attends chaque fois la sortie d’un nouveau livre. C’est alors, pour moi, un événement. 

Dans ses derniers livres, les mêmes thèmes reviennent sans cesse, ce que j’aime particulièrement. Il excelle dans la description de ce qui est contemplatif et de l’art qui fait vibrer nos journées, peu importe la forme qu’il prend. L’art, la nature, la fuite, l’isolement, la solitude. Des gens qui s’installent quelque part, à l’écart du monde, pour lire, écrire, peindre. Ça a quelque chose de réconfortant et de reposant.

« Ne dit-on pas que lorsque quelqu’un ne veut pas être ailleurs que là où il est, on peut le qualifier d’heureux? »

Un auteur assurément à découvrir si vous ne le connaissez pas encore.

Requiem, Gyrðir Elíasson, Éditions La Peuplade, 184 pages, 2022

Jack Kerouac: centenaire de naissance

2022 marque le centenaire de naissance de l’écrivain Jack Kerouac. Né le 12 mars 1922, de parents québécois, Jean-Louis Kérouac est devenu l’une des figures phare de la Beat Generation et a contribué à la révolution culturelle et sociale.

En 2022, pour souligner le centenaire de sa naissance, je vous propose donc de partir à la découverte des œuvres autour de l’univers de Jack Kerouac et ce, de mars à décembre. Il peut s’agir de livres, musique, films, balados, ou autres.

📖 Livres de Jack Kerouac
(De Sur la route son plus connu à Pic son dernier roman moins connu, sa poésie, ses textes en français, etc.)

📖 Livres autour de l’univers de Kerouac (essais, voyages, Beat Generation, analyses, biographies, etc.)

🎥 Films s’inspirant de Jack Kerouac ou de la Beat Generation (Sur la route, Big Sur, Kill your Darlings, etc.) Notez que le film d’Herménégilde Chiasson, Le grand Jack, peut être visionné gratuitement sur le site de l’ONF.

🎧Musique s’inspirant de Kerouac ou de la Beat Generation (Richard Séguin, Zachary Richard, Pierre Flynn, etc)

📱Tout ce qui parle de Jack Kerouac et qui vous semble être intéressant!

De mon côté je vous propose le superbe balado Sur les traces de Kerouac qui nous amène sur les pas de l’écrivain, du Québec à Lowell en passant par New York. Cette émission en quatre épisode vient aussi avec un livre numérique que l’on peut télécharger gratuitement.

Dans le cadre du Mois de la francophonie, le 15 mars 2022 prochain, le Centre de la francophonie des Amériques propose un panel dont l’inscription est gratuite: Jack Kerouac : 100 ans, toujours vivant! Différents aspects de l’héritage de Kerouac vous seront présentés, en compagnie d’intervenants vraiment intéressants. 

Je vous propose d’utiliser le mot-clic #centenairekerouac2022 pour toutes vos publications au cours de l’année, principalement sur Instagram. Vous pouvez aussi utiliser le logo en tête de cet article pour accompagner vos publications. Il s’agit de faire connaître Kerouac et de découvrir les traces qu’il a laissé dans la culture, tout en soulignant le centième anniversaire de sa naissance.

Au plaisir d’échanger avec vous autour de Jack Kerouac pendant cette année 2022!