Bandit: Mémoires d’une fille de braqueur

En 1994, l’été de de ses treize ans, le père de Molly Brodak braque onze banques. Surnommé « Super Mario le Bandit », La police finit par l’arrêter dans un bar, en train de siroter une bière. il passe sept années en prison. Quelques temps d’une vie normale pour sa fille… Après sa libération, il recommence. Molly raconte une enfance en eaux troubles. D’une part, la vie aux côtés de ce père normal, employé de l’usine General Motors, parfait père poule. De l’autre, la face sombre, la double vie, les crises de rage, la disparition soudaine de voitures pour payer des dettes, ou l’apparition de cadeaux extravagants sortis de nulle part. Sobre et envoûtant, Bandit est un récit sur la famille et la mémoire, sur la vulnérabilité tragique des histoires qu’on se raconte et la responsabilité des parents vis-à-vis de leurs enfants.

Bandit est le récit de Molly dont le père, travailleur chez General Motors, a braqué onze banques, avant d’être emprisonné, de faire sept ans derrière les barreaux, de sortir… puis de recommencer. C’est une histoire étonnante, à l’écriture totalement maîtrisée. La lecture s’avère en fait très prenante. On plonge littéralement dans le livre, en revenant sur le passé, afin de mieux saisir le présent. Molly nous raconte l’enfant qu’elle était, sa façon de gérer ce qui se passait dans sa famille et de vivre au quotidien. C’est un récit sur la confiance et les relations que l’on développe au sein d’une famille. 

« En l’écoutant, j’ai senti ma confiance, quelque chose que j’ignorais éprouver avant de la sentir vaciller, se détourner de lui jusqu’à disparaître, et il n’y avait plus que moi, qui opinais en souriant. »

Bandit c’est avant tout l’histoire d’une famille. L’enfance d’un père qui est né dans un camp de réfugiés de survivants de l’holocauste. La rencontre d’un homme et d’une femme, l’histoire d’un mariage, qui a souvent été rythmé par le mensonge, l’angoisse et la solitude. C’est aussi et surtout l’histoire de deux fillettes et de la difficulté de grandir dans l’ombre d’un père braqueur de banques, qui mène une double vie et qui engloutit tout au jeu. C’est l’histoire de toutes les conséquences qui en découlent, pour tous les membres de la famille. Ces choix qu’elles n’ont pas faits, mais avec lesquels elles doivent apprendre à vivre. 

« Je n’ai plus lu de fiction cette année-là. La poésie m’a accompagnée, d’abord Whitman, puis Dickinson, puis le reste du modeste rayon. Elle me révélait un accès meilleur au monde – une approche plus honnête, plus directe, plus précise. »

En filigrane, l’auteure aborde la maladie mentale. Celle de sa mère, souffrant de trouble bipolaire, ce qui angoisse l’adolescente qu’est Molly, incertaine et précaire, en craignant toujours que sa vie déraille. Et il y a aussi les difficultés à faire face aux débordements d’un père compliqué à cerner. 

« On dit que les traits caractéristiques de la sociopathie sont une malhonnêteté constante, parfois gratuite, une impulsivité incontrôlable et l’absence de remords, à quoi s’ajoutent le charme, le narcissisme et une attitude délibérément manipulatrice. »

Ce livre se lit comme un roman et est particulièrement bien écrit. Ce n’est pas larmoyant ou mélodramatique. Molly cherche simplement à comprendre, à cerner ce qui a pu se passer dans sa famille. Elle fait un travail de mémoire et de recherche, afin de mieux appréhender ce père difficile. Elle recherche les lieux qui l’ont vu vivre, avant que tout dérape. Son récit est porté par une plume sobre et authentique pour une histoire aussi flamboyante que touchante.

« Mais la famille ne vous quitte jamais vraiment, même pas, ou surtout, non, surtout pas, si vous, vous la quittez. »

Molly est malheureusement décédée en mars dernier, à l’âge de 39 ans. Ça m’a beaucoup touchée d’apprendre sa disparition, lorsque j’ai terminé ce livre. C’est une lecture que j’ai vraiment beaucoup aimé, que j’ai trouvé bien écrite. Le regard que Molly pose sur sa famille et son travail pour essayer de retracer le passé de son père afin de mieux le comprendre, est émouvant. Elle met en lumière les liens entre les membres d’une famille et les conséquences désastreuses que la maladie mentale et les mauvais choix de vie peuvent avoir sur eux.

C’est une excellente lecture, qui me fait apprécier de plus en plus la collection Non-fiction des éditions du Sous-sol. 

Bandit: Mémoires d’une fille de braqueur, Molly Brodak, Éditions du Sous-sol, 272 pages, 2020