Le sommeil des loutres

Jake a 21 ans, mais il a parfois l’impression d’en avoir cent. C’est ce qui arrive quand on grandit trop vite, sous le feu des projecteurs. Jeune acteur prodige, son succès est cependant de l’histoire ancienne, et ses récentes frasques l’ont fait tomber de son piédestal pour atterrir dans sa chambre d’enfant, chez ses parents. Jake mène une vie grise: il cherche des raisons de la poursuivre, mais elles se font aussi rares que le plaisir dans ses journées sans soleil. 
Émilie a 18 ans, elle entame sa dernière année de cégep. Ambitieuse, elle rêve de devenir médecin. Toutefois, elle a une faille de la grosseur du Grand Canyon au travers du corps depuis que son premier amour l’a laissée, au début de l’été. Mais derrière cette douleur s’en cache une autre, plus profonde encore: celle créée par son père, le jour où il a quitté sa famille pour refaire sa vie. Émilie aimerait se reconstruire, mais les morceaux sont petits et le casse-tête, interminable.
En apparence, Émilie et Jake n’ont rien en commun, sauf leurs blessures béantes au cœur et leur travail à la pizzéria du coin. Et pourtant, au fil de leurs soirées Sprite et placotage, une relation précieuse se tissera entre eux, empreinte de l’espoir que l’aube revient toujours, même après la plus sombre des nuits.

J’ai lu Le sommeil des loutres (quel joli titre, surtout quand on comprend ce qu’il représente!) de Marie-Christine Chartier, attirée par la jolie couverture et par le résumé. J’espérais ne pas lire un roman trop léger et finalement, cette lecture s’est avérée une très belle surprise. J’ai beaucoup aimé cette histoire. 

Le roman est présenté en alternant les voix de deux personnages. Tout d’abord celle de Jake, un ancien acteur qui a grandit sous les caméras et qui, suite à un deuil, sombre peu à peu… toujours sous l’œil attentif des journaux à potins. Il est difficile pour une personnalité de vivre constamment sous les projecteurs et les critiques des réseaux sociaux, surtout lorsqu’elle traverse des moments douloureux. C’est un peu cette facette publique et complexe qu’apporte le personnage de Jake.

« C’est ça, être connu. Les gens t’aiment jusqu’à ce que tu leur fournisses une meilleure raison encore de te haïr. »

Il y a aussi Émilie qui rêve de devenir médecin et qui ne se remet pas de sa rupture avec celui qu’elle pensait être son grand amour. Quand elle souffre, elle cuisine sans s’arrêter. C’est une façon pour elle de faire face à ce qu’elle ressent.

Jake et Émilie se rencontrent à la pizzéria où les deux travaillent. Jake y est pour oublier et se perdre dans une tâche routinière. Il essaie de retrouver qui il est. Émilie y travaille parce que la pizzéria appartient à son oncle. Elle essaie de survivre à sa peine.

Les deux ont l’âme écorchée, pour différentes raisons. Leur première rencontre n’est pas des plus agréables. Émilie juge vite Jake, qu’elle « connaît » grâce à la télé. Les premiers contacts sont maladroits, d’une part et de l’autre.

S’ils croient n’avoir rien en commun, ils découvrent chez l’un et l’autre une oreille attentive, beaucoup de douceur et une relation aussi précieuse qu’inattendue. Les deux se sont rencontrés alors qu’ils étaient au plus bas. Ils s’entraident à vaincre ce qui les ronge. Si leur relation semble en apparence être toute autre chose aux yeux des autres, ce qu’ils vivent est précieux. 

« … je songe maintenant à Émilie. Ça m’arrive de plus en plus souvent de me réfugier auprès d’elle dans ma tête, ça rend mes pensées plus douces, moins conflictuelles. »

J’ai aimé plusieurs aspects de leur amitié naissante, de l’écoute dont ils font preuve l’un envers l’autre, de ce qu’ils s’apprennent. Il y a de beaux moments et des instants plus intenses aussi dans leur relation. J’ai également aimé qu’il soit question de photographie dans le roman, un prétexte intéressant pour s’entraider et également, approfondir une relation qui se développe. 

Ce roman est vraiment beau. J’ai été surprise par le parcours des deux personnages et leur façon d’affronter les problèmes. L’histoire aborde plusieurs thèmes, comme l’abandon, le deuil, les peines d’amour, le rejet, le jugement, la mort, l’anxiété de performance, la dépendance à la drogue et à l’alcool. Pourtant, même si les problèmes de Jake et d’Émilie sont complexes, ce n’est pas non plus une histoire déprimante. C’est un livre qu’on lit avec plaisir, qui offre aussi une pointe d’humour dans les dialogues et la relation qui évolue doucement entre Jake et Émilie. C’est un roman qui parle de reconstruction et de confiance. Le côté psychologique est très développé ce qui en fait une histoire beaucoup plus profonde que ce qu’elle n’y paraît.

Une belle découverte! 

Le sommeil des loutres, Marie-Christine Chartier, éditions Hurtubise, 200 pages, 2020

Tout comme les tortues

tout comme les tortuesSamuel et Ariane sont amis depuis leur enfance, amoureux depuis presque aussi longtemps. Cependant, certaines décisions déchirantes peuvent ébranler la fondation d’un couple, même le plus solide. Malgré toute leur volonté, leur amour n’a pu faire oublier des blessures trop profondes. Bouleversée, Ariane a fui en Amérique du Sud, où elle a tenté tant bien que mal d’oublier Samuel. Un an plus tard, Samuel s’est refait une vie du mieux qu’il a pu avec Anaïs, une fille douce, aimante et, surtout, à l’opposé de son ancienne blonde. Il sait bien qu’elle ne remplacera jamais Ariane, mais il essaie tout de même de se convaincre que ça lui suffit. Anaïs aime Samuel. Sûrement trop, en fait. Au fond d’elle, elle sent que leur relation a une date de péremption, mais elle choisit de vivre sur ce temps emprunté. Comme chaque cours d’eau finit par rejoindre l’océan, Ariane revient de son périple. Et son retour chamboulera leur vie à tous les trois.

Tout comme les tortues a été une très belle lecture. C’est un roman qui parle d’amour et de triangle amoureux, de fuite et de douleur, ce qui normalement ne m’attirerait pas trop. Toutefois, celui-ci me semblait différent et j’ai eu envie de le lire. Je suis vraiment très heureux d’avoir choisi cette lecture. C’est un roman bien écrit, qui m’a captivé, tant par l’histoire que la façon de la raconter.

Au début du roman, le personnage d’Ariane revient de voyage. Le roman se concentre par la suite sur elle, Samuel et Anaïs. Théo a cependant une très grande place dans l’histoire puisque c’est le frère jumeau d’Ariane et le meilleur ami de Samuel. Chaque chapitre donne la parole à un personnage différent qui nous raconte la dynamique du trio et Théo, même s’il n’a pas de chapitre à lui, est présent partout au fil de l’histoire. C’est même mon personnage préféré, même si ce n’est pas un des personnages principaux à proprement parler.

« Par les chaudes nuits de juillet, on se couchait les trois dans une tente installée dans la cour, bien enfouis dans nos sacs de couchage des Tortues Ninja, et on se contait des histoires de peur, qui ne faisaient pas vraiment peur, jusqu’à ce qu’on s’endorme.
Les choses seraient restées simples si nous n’avions pas grandi; si, dans l’année de notre cinquième secondaire, Sam et moi ne nous étions pas rendu compte que le lien qui nous unissait était différent. Qu’il y avait plus entre nous. Le genre de sentiment aussi envoûtant que l’étaient les feux de camp dans ma cour ces étés-là. Aussi dangereux, quand on ne fait pas attention. »

Le roman de Marie-Christine Chartier nous apporte beaucoup d’émotions, de moment touchants, douloureux, mais également très beaux. Le livre nous transporte dans les pensées et l’imaginaire de chaque personnage, nous plongeant littéralement dans l’émotion vécue par chacun d’eux. L’auteure nous attache solidement à ses personnages, qui sont intéressants et très entiers. C’est le destin des personnages qui nous happe dans ce roman, puisqu’ils forment une sorte de triangle amoureux qui n’est pas viable.

J’ai apprécié retrouver des personnages de chez nous, représentatifs par leur façon de parler et les dialogues. Sans aborder complètement le sujet pour ne pas dévoiler une partie de l’histoire, je trouve que l’auteure aborde avec son roman un sujet qui reste encore « tabou » et qui revient dans l’actualité régulièrement. Son personnage d’Ariane, ce qu’elle a vécu et sa façon d’y faire face, nous montre que c’est encore quelque chose de difficile dont on ne parle pas forcément facilement.

Le roman nous permet de voir évoluer les personnages lors du retour d’Ariane qui bouleverse le quotidien de tout le monde. Son retour est marqué par les questionnements, les mises au point et les remises en question. On ne revient pas « comme ça » dans la vie des gens après un long silence, sans bousculer un peu ceux qui nous aiment.

Quand j’ai choisi ce livre, je me doutais que l’histoire me plairait. Cependant, j’ai été agréablement surpris par ma lecture. Je me suis attaché aux personnages, j’ai découvert une nouvelle auteure et j’aimerais éventuellement la relire. Pour moi, Tout comme les tortues a été un très beau coup de cœur. Et je dois dire, aussi, que j’aime énormément la couverture! Une histoire à découvrir.

Tout comme les tortues, Marie-Christine Chartier, éditions Hurtubise, 232 pages, 2019