Nelligan

Plusieurs artistes visuels contemporains unissent leurs talents et leurs efforts dans ce livre qui se veut un hommage visuel à l’œuvre d’Émile Nelligan. Le résultat de ces expériences est ici proposé alors que l’œuvre et la vie de Nelligan se confondent dans des images fortes ponctuées de symbolisme si cher à ce poète. Émile Nelligan n’a certainement pas fini de provoquer l’inspiration d’artistes… 

Nelligan est un collectif artistique sous la direction de Christian Quesnel. Il s’agit en fait d’un hommage de plusieurs artistes au poète extraordinaire qu’était Émile Nelligan. J’ai vu passer ce livre sur les réseaux sociaux et j’ai tout de suite eu envie de le lire. J’adore Émile Nelligan, sa poésie tout comme l’écrivain et son tragique destin, et je suis toujours preneuse de livres autour de son univers.

Comparé à Edgar Allan Poe, à l’univers parfois sombre, et ayant été affligé par la maladie mentale, Nelligan a été interné une grande partie de sa vie. C’est un peu à partir de ce comparatif entre le poète québécois et l’écrivain américain que le livre présente une foule de projets artistiques rendant hommage à Nelligan. Parfois en s’inspirant de sa poésie, parfois de certaines portions de sa vie ou alors en lui inventant un destin différent.

La poésie de Nelligan est à la fois touchante et mélancolique, ce que les artistes ont réussi avec brio à reproduire à travers leurs œuvres. Différentes techniques sont utilisées, allant des textes au collage, à la photo, au montage et à la peinture. Ouvrage multidisciplinaire, Nelligan propose différentes interprétations visuelles de l’œuvre du poète.

La maladie mentale, l’érotisme, la noirceur, la souffrance, la création et naturellement, la poésie, qu’elle soit en images ou à travers les mots, sont certains des thèmes abordés dans le collectif. J’adore Nelligan depuis l’adolescence. Ce poète m’a toujours fascinée. Ce collectif était donc une lecture étonnante et visuellement très forte, un hommage à l’univers sombre et complexe du poète. Ce fut une lecture bien intéressante.

À noter que le livre est édité chez Moelle Graphik alors que mon édition l’était chez Studio Premières lignes.

Nelligan, Collectif sous la direction de Christian Quesnel, éditions Studio Premières lignes, 110 pages, 2012

Sukkwan Island

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Lors de sa sortie, Sukkwan Island a fait beaucoup de bruit. Je ne me sentais pas prête à le lire tout de suite même s’il est dans ma pile à lire depuis longtemps. J’ai donc attendu. C’est le second roman que je lis de David Vann, le premier était Aquarium et ça avait été un vrai coup de poing. Vann a le don de créer des événement,s qui surviennent dans le quotidien de ses personnages, et qui ont le pouvoir dévastateur d’une tornade. 

Sukkwan Island est divisé en deux parties. La première partie raconte l’installation d’un père et son fils sur une île sauvage d’Alaska loin de tout. Jim décide d’amener son fils de treize ans, Roy, vivre une année en marge du monde dans une cabane pour apprendre une vie différente. La nature sauvage dans sa plus grande splendeur et une aventure à vivre pour tous les deux. Mais Jim est mal organisé, Roy le réalise assez vite. Surtout que le temps change, que l’hiver arrivera. Jim improvise, il ne respecte pas ce qu’il avait convenu avant le départ. Il avait promit à la mère de Roy de revenir pour des vacances sur le continent et un retour à la civilisation quelques fois pendant l’année. Il avait aussi assuré qu’il ferait l’école à distance pour son fils. On réalise rapidement – et en même temps que Roy – que Jim ne sais pas vraiment comment se débrouiller, qu’il n’a pas d’organisation. Il est instable et il fait des fixations sur certaines choses. Son comportement est souvent imprévisible. Jusqu’à ce qu’un drame terrible survienne. On sait que quelque chose va arriver, c’est inévitable tant on sent que le monde bascule tranquillement au fil des pages. L’atmosphère change. On se sent un peu oppressé. Puis, de plus en plus. Mais la surprise est si forte qu’on reçoit ces quelques mots qui racontent le drame, au milieu du roman, comme une claque.

La seconde partie nous raconte la vie après ce drame. Jim est un personnage troublant, difficile à aimer, dur, malade, souffrant lui-même aussi sans doute. Il est confus et particulièrement marquant. Il se déresponsabilise, idéalise les choses, gère sa vie sur les lubies qui lui passent par la tête et échoue à peu près tout ce qu’il fait. Son personnage de père complètement démuni et perturbant est aussi fort – quoique bien différent – que le personnage de la mère dans Aquarium

« Il s’asseyait sous les arbres à une centaine de pas de là et se demandait comment il pourrait raconter tout cela. Il n’était pas sûr que son histoire soit compréhensible. Chaque événement rendait le suivant inévitable, mais l’ensemble ne faisait pas bonne impression. »

En plus du drame, ce roman aborde beaucoup de thèmes chers à l’auteur. Il parle de la relation père/fils, de la difficulté pour un enfant d’avoir un parent malade, irresponsable et perturbé. Mais le livre parle aussi d’un des grands combats de David Vann, la banalisation des armes à feu. Sukkwan Island est aussi un livre de nature writing qui nous raconte la vie loin de tout, la survie au quotidien, pour des gens mal équipés et mal préparés. Une nature magnifiquement cruelle.

Sukkwan Island est assurément un livre qu’on ne peut oublier. On vit une foule d’émotions en le lisant. C’est un roman qui porte à la réflexion et auquel on ne peut s’empêcher de penser après avoir tourné la dernière page… 

Sukkwan Island, David Vann, éditions Gallmeister, 208 pages, 2011

Traverser l’hiver

Certains événements font parfois dérailler le cours de nos jours. À notre grand désarroi, un hiver symbolique s’installe alors dans notre vie. Cependant, cette période de latence peut être bénéfique pour nous comme elle l’est pour les animaux qui hibernent pendant de longs mois. En évoquant la rude beauté des froids mordants, Katherine May fait rayonner chaleur et lumière dans nos cœurs transis. Son ouvrage est une invitation pleine de douceur à changer notre perception des temps gris, à accepter la mélancolie et le désenchantement qui les accompagnent parfois, afin de profiter pleinement d’une retraite apaisante… et d’un renouveau foisonnant.

Traverser l’hiver est un livre que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, mais qui s’avère différent de la première idée que je m’en faisais. Je l’ai trouvé intéressant, à différents points de vue, même si j’aurais aimé que l’auteure pousse un peu plus loin les aspects de l’hiver liés à la saison, aux rythmes hivernaux, plutôt qu’à son expérience personnelle. Il est peut-être moins lumineux que ce à quoi je m’attendais, mais ça ne m’a pas empêchée de l’apprécier. Principalement pour sa réflexion autour des deux hivers: la saison en elle-même et l’hiver qui s’invite dans nos vies.

« La neige vous rapproche de votre famille, vous oblige à trouver des moments de loisirs collectifs dans un espace restreint. L’été disperse. En hiver, on trouve un langage commun basé sur le réconfort. »

Cet ouvrage est en fait très difficile à qualifier. Il regroupe des anecdotes, des expériences personnelles liées aux choix de vie et à la maladie, à l’hiver. Ce livre parle de la manière dont on vit l’hiver, au sens propre comme au figuré. Le parallèle est constamment fait entre les deux: l’hiver réel, comme saison glacée, et l’hiver intime, quand les événements qui se produisent affectent notre routine et ce que nous sommes.

L’hiver est aussi décrite comme une saison froide, qui ouvre l’esprit, qui permet le repos et qui peut, jusqu’à un certain point, guérir si on s’accorde le temps de l’apprivoiser. C’est une saison de réflexion et cette saison représente aussi l’hiver de nos vies, soit les moments difficiles, les épreuves, les changements qui peuvent survenir dans notre existence. Apprendre à traverser l’hiver, c’est se donner de l’espace pour se reposer et reprendre pied. Pour faire de la place au renouveau et affronter les épreuves.

« Ces moments de désynchronisation et de décalages existentiels sont tabous. On ne nous a pas appris à reconnaître l’imminence ni à déceler l’inéluctabilité d’un passage en hivernage. »

« Apprenons à accueillir l’hivernage en soi, chez soi. Si nous ne choisissons pas les instants où ces hivers font incursion dans notre vie, nous pouvons choisir comment en faire la traversée. »

À travers ses expériences personnelles – démission, maladie, problèmes familiaux – l’auteure jette un regard sur l’hiver, toujours en abordant autant la saison froide que l’hiver métaphorique de nos vies. Elle aborde toutes sortes de sujets hivernaux, des voyages à la température, des fêtes et des rituels liés aux mois de l’hiver en passant par la littérature (dont les exemples sont nombreux), les animaux, les mythes, les activités hivernales, la perception de la froide saison et son passage dans nos vies. Elle nous invite à accepter le passage de l’hiver et prendre soin de nous quand il arrive.

« Les plantes et les animaux ne luttent pas contre l’hiver. Ils n’en ignorent pas l’imminence ni ne s’efforcent de le vivre comme ils vivent en été. Simplement, ils se préparent, s’adaptent. 

L’auteure étant anglaise, elle se rapproche souvent de l’hiver, glacial et enneigé, en passant par les pays scandinaves. Il y est donc aussi question de sauna, de baignades dans l’eau glacée, du froid, des cycles solaires et des célébrations qui y sont associées.

Cet ouvrage est à la fois un récit autobiographique et un essai. Il combine un peu les deux, en nous racontant toutes sortes d’anecdotes et de faits. C’est un méli-mélo de thèmes qui sont liés à des expériences personnelles. Ce n’est pas un livre de croissance personnelle, mais plutôt une réflexion sur la place de l’hiver dans notre existence, sur l’hivernage et sur la façon de faire face aux événements qui apportent avec eux l’hiver dans nos vies. Les moments où nous nous retrouvons à l’écart du reste du monde, parce qu’on vit un deuil, un changement, une convalescence, toutes sortes de choses qui reviennent plusieurs fois dans une vie et auxquelles on doit apprendre à faire face pour mieux les vivre.

« L’hiver, c’est la saison des bibliothèques, de la tranquillité feutrée des rayonnages, de leur odeur de papier et de poussière. »

J’ai aimé la forme du livre. Il est divisé en grandes sections qui représentent un mois de la saison hivernale, de l’été indien jusqu’au dégel de la fin mars. À chaque mois, nous retrouvons des chapitres abordant différents thèmes en lien avec l’hiver. Le livre est agréable à feuilleter et nous permet de suivre la saison hivernale mois par mois. Une mention aussi pour la couverture que je trouve magnifiquement douce et reposante!

J’ai noté de très nombreux passages dans ce livre, des citations ou des réflexions qui m’ont interpellée. L’auteure aborde énormément de sujets, en filigrane de ses épreuves personnelles. Il y a des passages qui m’ont vraiment parlé, que j’ai trouvé passionnants, d’autres un peu moins, mais j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir le parcours et les réflexions de l’auteure sur l’hiver.

Traverser l’hiver, Katherine May, éditions de l’Homme, 240 pages, 2021

Heartstopper t.4: Choses sérieuses

Charlie était persuadé que Nick ne partagerait jamais ses sentiments. Pourtant, les voilà officiellement en couple, et Charlie se sent de plus en plus prêt à dire « je t’aime ». Nick partage ses sentiments, mais il a plein de choses en tête, notamment faire son coming-out à son père et les possibles troubles alimentaires de Charlie. Alors que l’été devient automne et que la rentrée approche, Charlie et Nick vont en apprendre beaucoup sur l’amour, le vrai, et tout ce qu’il implique. Heartstopper est un livre qui aborde des sujets forts tel que l’amour, l’amitié, la loyauté, et les maladies mentales. Il réunit les tranches de vie de Charlie et Nick pour créer quelque chose de plus grand, qui peut parler à toutes et tous.

Choses sérieuses est le quatrième tome de la série Heartstopper. Ce tome sera l’avant-dernier de la série. C’est mon tome préféré jusqu’à maintenant. Je le trouve plus abouti et plus intéressant à différents niveaux.

Dans ce roman graphique, on retrouve Charlie et Nick, après leur voyage à Paris. Ils sont en vacances et passent un moment sur la plage avec leurs amis. Charlie a envie de glisser les mots « je t’aime » à son amoureux, des mots si difficiles à dire quand tout ce que l’on fait est une première fois. Nick pour sa part s’inquiète beaucoup pour Charlie, depuis qu’il a découvert ses problèmes alimentaires. Il aimerait aborder le sujet et voudrait lui offrir son aide et l’épauler, mais il ne sait pas comment amener le sujet. D’autant plus que c’est la période de l’année où Nick part en vacances avec sa famille. Lui et Charlie devront apprendre à vivre une première vraie séparation.

Avec ce tome, l’auteure aborde le problème de santé mentale et l’anorexie chez les garçons, avec plus de profondeur que dans les autres tomes. Ce sont des sujets dont on a beaucoup parlé chez les filles, mais très peu chez les garçons. C’est donc intéressant de voir un roman graphique accessible et romantique, s’y intéresser. L’histoire est pleine de tendresse, mais démontre aussi que l’amour ne soigne pas la maladie mentale et que la personne malade doit trouver son chemin par elle-même, aussi bien entourée et épaulée soit-elle. 

En bonus, on a droit à quelques planches sur l’histoire entre M. Ajayi et M. Farouk, les deux professeurs qu’on a pu voir un peu plus dans le troisième tome, lors du voyage à Paris. Ce sont de petites scènes dans leur univers. C’est charmant. Alice Oseman offre d’ailleurs dans tous ses tomes des compléments aux histoires principales. Un petit plus agréable pour ceux qui aiment la série et ses personnages.

J’ai beaucoup apprécié ce tome qui me semble plus intimiste et plus poussé que les autres. L’histoire est bien amenée et la relation entre les deux adolescents demeure belle et pleine de douceur, même si ce que vit Charlie est très difficile. Il est heureusement bien entouré, ce qui lui apporte l’aide dont il a besoin. Dans cette histoire, la famille occupe aussi une grande place, que ce soit du côté de Charlie ou du côté de Nick, ce que j’ai trouvé pour ma part très intéressant.

Si vous ne le saviez pas encore, les droits de Heartstopper ont été achetés par Netflix pour en faire une série. Le tournage a prit fin cette année. J’ai hâte de voir de quelle façon cette série sera portée à l’écran. Je regarderai assurément. J’attends également avec impatience le cinquième et dernier tome de ce roman graphique qui m’a fait passer de très beaux moments! 

Voici mon avis sur les autres tomes de la série:

Heartstopper t.4: Choses sérieuses, Alice Oseman, éditions Hachette, 320 pages, 2021

Marie-Lumière

Née de mère mohawk, la Dre Marie-Jeanne Richard est exaspérée. Après trente ans de thérapie et d’antidépresseurs, elle ne se sent toujours pas libérée de sa honte d’elle- même, ni du traumatisme de ses seize ans. Son mari, Louis, et son amie Sofia, ostéopathe, la convainquent d’essayer une plante médicinale ancestrale de l’Amazonie. Marie-Jeanne participera donc à une cérémonie d’ayahuasca offerte par des chamans du Brésil et d’Afrique du Sud, sur le territoire mohawk de Kanehsatake. C’est alors qu’elle verra la lumière et entreprendra de construire un pont entre les plantes médicinales autochtones et la médecine occidentale.

J’aime énormément tout ce qui touche aux cultures ancestrales, aux savoirs de ces communautés et aux façons qu’ils ont de communiquer. Leur rapport à la terre et aux esprits, ainsi que leur spiritualité m’interpellent énormément. J’avais donc de grandes attentes face au livre de Lucie Pagé et j’avais une grande hâte de découvrir ce roman. Cette lecture a été au-delà de mes attentes. J’ai adoré ce roman. C’est un très gros coup de cœur pour moi. C’est, de plus, une histoire construite sur des faits réels et s’inspirant de choses vécues par des gens de l’entourage de l’auteure. 

Le roman nous raconte la vie de Marie-Jeanne, qui va devenir Marie-Lumière, ainsi que le quotidien des gens qui l’entourent. Les personnages sont très attachants, avec chacun un côté intéressant. Marie-Jeanne est athée, elle a été élevée dans un univers scientifique où les preuves sont primordiales. Elle est médecin, voit un psychiatre car elle est sujette aux dépressions et à l’anxiété. C’est au moment où elle réalise que les médicaments ne font que masquer son mal, qu’elle cherchera à s’ouvrir à d’autres méthodes. Elle n’en peut plus de vivre de cette façon, avec l’impression que son mal de vivre n’est que masqué et jamais vraiment soigné. C’est grâce à une amie qu’elle va découvrir les cérémonies d’ayahuasca. De sceptique à conquise, elle va découvrir un univers en marge de tout ce qu’elle a connu. Elle revoit par le même fait ses positions et va apprendre qu’il n’y a pas que le tangible qui est réel.

« Toutes ces thérapies, ces milliers d’heures passées assise face à un professionnel ne l’avaient toujours pas soulagée de son mal profond. On ne lui apprenait qu’à le gérer, pas à le guérir. Son cinquantième anniversaire avait réveillé en elle un désir de véritable guérison. »

Ce roman est très intéressants à plusieurs points de vue puisqu’il démystifie certaines pratiques et offre un nouveau regard sur les croyances et la spiritualité. On découvre les cérémonies d’ayahuasca, une plante thérapeutique que les chamans utilisent traditionnellement pour la guérison. Ces cérémonies amènent aussi les gens qui y participent à un grand voyage spirituel. Le lecteur vit donc auprès de Marie-Lumière une cérémonie complète d’ayahuasca. Le roman propose aussi une ouverture face aux pratiques de la médecine traditionnelle, versus la médecine contemporaine. Un livre qui véhicule donc plusieurs messages et qui offre des rebondissements, en lien avec des interventions policières par exemple, qui garde le lecteur en haleine.

« L’ayahuasca permet d’élargir cette gamme, d’agrandir le champ d’énergie et de vibrations perçues. Il nous amène à voir ce qui est là, mais que nos cinq sens ne parviennent pas à capter, ou percevoir, ou sentir, ou voir, ou entendre. Et c’est pourquoi on ne qualifie pas ces visions d’hallucinations, puisqu’il s’agit de la réalité qui nous entoure, mais une réalité qui reste inaccessible à nos sens limités de terriens dans des corps humains de basses vibrations, comme les chaises. »

L’auteure aborde également le statut des nations autochtones, d’ici mais aussi d’ailleurs. La façon méprisante dont les premières peuples ont été traités à cause de leur façon différente de vivre ou de percevoir leur environnement. On banalise trop souvent leur présence et leurs croyances. Je pense qu’on devrait les écouter davantage. La cérémonie est une façon d’unifier les peuples et de mettre en commun les connaissances. Un thème qui revient beaucoup dans le livre, soit celui de l’importance de laisser une place à ces connaissances ancestrales qui sont en train de se perdre et qui sont rarement valorisées dans nos sociétés. 

« La société colonisatrice avait imposé un modèle fondé sur l’autorité des hommes dans tous les domaines. En fait, les femmes autochtones détenaient plus de pouvoir au sein de leur communautés que les femmes blanches. Au fil du temps, les femmes autochtones ont été infantilisées, ont perdu leur droit de parole et leur pouvoir de décision, le gouvernement ayant même adopté des règlements interdisant les rôles décisionnels des femmes au sein des conseils de bande. »

L’auteure fait un parallèle avec le mal de vivre qu’on voit énormément aujourd’hui. Notre société nourrie aux antidépresseurs, où l’anxiété, le stress et la dépression sont devenues monnaie courante. Notre société est tristement malade. L’auteure parle de l’importance de l’équilibre entre les hommes et les femmes, de la Mère-Terre, de notre environnement qui dépéri, par manque d’équilibre. La nature est très présente, chaque être vivant est utile et important. Le livre nous sensibilise aux liens qui existent entre tous les vivants. Le personnage principal deviendra d’ailleurs une sorte de pont entre la médecine contemporaine et la médecine ancestrale

Marie-Lumière est un livre que je trouve très beau, qui nous ouvre des horizons sur un savoir ancestral que la société d’aujourd’hui a mis de côté. J’aime relire mes livres et Marie-Lumière est le genre de livre que je relirais de temps en temps. C’est une lecture que j’ai grandement apprécié, autant par la qualité de l’écriture que par son histoire et son message. L’auteure véhicule un message très prenant. J’ai trouvé le thème passionnant. Aussitôt refermé, j’avais envie de le relire!

Je recommande fortement ce roman pour tous ceux qui ont un intérêt ou une curiosité envers les peuples autochtones et leurs connaissances. C’est un véritable coup de cœur et une découverte pour moi que la plume de Lucie Pagé. Le roman est captivant, on veut toujours en savoir plus et c’est un livre qui est venu beaucoup me chercher, tant par ses sujets que par le dénouement de l’histoire. Chaque chapitre débute d’ailleurs par une citation très inspirante qui se marie bien avec le texte qui suivra. 

Marie-Lumière est un livre qui fait du bien. Qui nous pousse à lâcher prise, à mieux vivre. C’est un très beau roman, lumineux et passionnant. Je l’ai d’ailleurs déjà conseillé autour de moi.

Un livre qui sera précieux dans ma bibliothèque. 

Marie-Lumière, Lucie Pagé, éditions Libre Expression, 288 pages, 2021