Hiver: cinq fenêtres sur une saison

Hiver cinq fenêtres sur une saisonCinq fenêtres grand ouvertes sur la plus austère des saisons, comme autant de façons d’en proposer une histoire sociale et culturelle. Cet essai, poétique et abondamment documenté, puise dans l’art, le sport, l’urbanisme et l’histoire pour décrire les mille facettes de l’hiver: le chauffage au charbon, le patin, l’art romantique, les grandes explorations polaires, les fêtes de fin d’année, la littérature russe, l’art pictural japonais, le hockey ou la retraite de Russie de Napoléon. Avec élégance et érudition, Adam Gopnik sonde aussi les sentiments et attitudes qu’inspire l’hiver et montre comment ceux-ci changent avec le temps et la distance, donnant ainsi à lire une représentation commune et humaine du froid et de la neige. L’hiver, qu’on ne trouve jamais aussi beau qu’à travers les fenêtres givrées d’une demeure chaude et protectrice, évoque aussi une grande vérité anthropologique: c’est toujours de l’intérieur que nous appréhendons le mieux le monde extérieur.

J’aime passionnément l’hiver, tout comme Adam Gopnik. Ce livre avait donc tout pour m’attirer et je n’ai vraiment pas été déçue. C’est même un gros coup de cœur! Hiver: cinq fenêtres sur une saison, porte merveilleusement bien son titre. Choisir d’écrire un livre sur cette saison souvent perçue comme austère, à une époque où une grande majorité des gens préfèrent l’été, c’est un beau défi… qui a été parfaitement relevé par l’auteur.

Tout d’abord, cet ouvrage aborde l’hiver avec un regard nouveau, d’un point de vue différent. À travers cinq grands thèmes – les cinq fenêtres – l’auteur entreprend de nous offrir un nouveau regard sur cette saison autrefois perçue comme froide, mortelle, très peu invitante. C’est lorsque l’hiver ne devient plus seulement une histoire de survie, mais aussi un moment pour profiter des joies de la neige tout en chérissant la chaleur d’un foyer bien chauffé, que la perception de l’hiver s’est mise à changer.

Les cinq chapitres de cet ouvrage nous présentent l’hiver sous différents aspects. La première fenêtre, L’hiver romantique, s’attarde sur la perception au fil des ans de cette saison froide. L’auteur nous parle des romantiques, de la perception de l’hiver dans la littérature, des changements qui sont survenus au fil des ans sur notre façon de vivre l’hiver. Avec le chauffage central et des moments pour relaxer, l’hiver passe de saison dure et austère à une saison où il fait bon mettre le nez dehors.

« La conquête de l’hiver, en tant qu’acte à la fois physique et imaginaire, est l’un des grands chapitres de la renégociation des frontières du monde, des lignes que nous tirons entre la nature et les sentiments qu’elle nous inspire, qui caractérise l’ère moderne. »

De William Cowper à Vivaldi, en passant par Krieghoff, Schubert, Debussy, Andersen et même Wilson Bentley le premier photographe connu de flocons de neige, l’auteur nous fait visualiser la façon dont la perception de l’hiver a modifié la musique, les arts, la littérature, la culture. Ma plus belle découverte via cet ouvrage a été Fanny Hensel et sa série d’œuvres saisonnières pour piano. C’était la petite sœur de Mendelssohn.

La seconde fenêtre est celle de L’hiver radical. On y parle de Frankenstein, de Glenn Gould, d’Harry Somers, un compositeur canadien et d’Edgar Allan Poe. Pourquoi? Parce qu’il y est question du deuxième thème de ce livre: les expéditions polaires. Pôle Sud, Pôle Nord, qu’est-ce qui a poussé l’homme à vouloir sans cesse explorer et tenter sa chance dans des déserts de glace où il n’y avait bien souvent rien? Qu’est-ce qui nous pousse encore à lire aujourd’hui ces récits d’aventure en rêvassant? Ce chapitre parle de John Ross, Sir John Franklin, E.K. Kane, Apsley Cherry-Garrard, Sir Falcon Scott, Frederick Cook, Robert Peary, Robert Scott, Roald Amundsen, Ernest Shackleton. Un chapitre sur la folie et le courage, sur l’attrait des grands espaces glacés et vierges. Un chapitre totalement passionnant qui nous donne envie de lire tous ces récits d’explorateurs téméraires.

La troisième fenêtre est celle de L’hiver réparateur. L’hiver des célébrations. Noël comme fête hivernale par excellence et sans doute l’une des célébrations les plus importantes à travers le monde. De quelle façon l’hiver a pu devenir l’hôte d’une fête lumineuse et pleine de promesses? De quelle façon Noël est maintenant ce qu’elle est, une fête axée sur les présents, la neige, les amis et la famille? Il y est question des saturnales et des calendes, du solstice d’hiver et de Yule, de Charles Dickens, de la Trève de Noël, de la poésie, de l’époque victorienne où tout a changé, de la laïcité, du message de Noël, des cantiques, du caricaturiste Thomas Nast et de la façon dont Noël s’est peu à peu transformée en commerce. Passionnant portrait social, ce chapitre nous éclaire sur la façon dont nous célébrons en plein cœur de la saison froide.

« Si la planète a mondialisé Noël, Noël a étendu l’hiver au monde entier. La fête d’hiver a conquis désormais l’ensemble du continent: la neige artificielle, les faux glaçons, le givre tant prisé par Goethe vaporisé sur des fenêtres californiennes en l’honneur d’une déité germanique que Goethe n’aurait pas pu imaginer: le père Noël. »

La quatrième fenêtre est celle de L’hiver récréatif. Les sports d’hiver en général et le hockey plus précisément. On y parle de musique qui rend hommage au patinage et de tableaux qui ont été créés avec le même but. Lorsque les plaisirs des sports d’hiver ont été découverts, ils ont fait de la saison froide une saison de jeux et de vitesse. Une saison qui bouge. Les ponts de glace permettaient des déplacements impossibles pendant la saison chaude. Les patinoires offraient des lieux de rencontres inestimables. On en apprend plus sur la création du hockey et sur les sports d’équipes qui se sont développés. L’invention du week-end a contribué à nous offrir plus de moments de loisirs. Un chapitre où l’on croise Samuel Pepys tout autant que Maurice Richard.

La cinquième et dernière fenêtre est celle de L’hiver remémoré. On y parle d’urbanisme, de villes d’été et de villes d’hiver, de la ville souterraine, de la voiture en hiver, de la littérature et de la musique. On y parle de l’hiver comme lieu de mémoire et de souvenirs.

« L’hiver ajoute de la profondeur et de l’obscurité à la vie ainsi qu’à la littérature, et dans l’été sans fin des tropiques ni la pauvreté ni la poésie […] ne semblent capables de profondeur: la nature y est trop exultante, trop résolument extatique, comme sa musique. Une culture centrée sur la joie est forcément superficielle. » – Walcott

Poèmes polaires et cinéma se côtoient dans ce chapitre, au son d’une musique pleine de souvenirs. Ce chapitre nous parle également d’écologie. De cette perte du froid, de ce droit au froid. De la disparition des neiges d’antan comme souvenir collectif et de l’hiver dans notre imaginaire. De l’hiver comme saison en voie de disparition…

« L’hiver, la saison qu’il fallait endurer, est désormais la saison qu’il faut préserver. »

Ce livre a été un gros coup de cœur. Quand je l’ai terminé, mon livre avait des airs d’arc-en-ciel avec des post-it à toutes les pages. J’avais envie de noter toutes sortes de passages qui me plaisaient ou me parlaient. J’avais envie de partager des réflexions autour de moi. J’ai lu ce livre en accompagnant ma lecture des tableaux mentionnés dans l’ouvrage, en écoutant la musique dont on fait mention, en faisant également quelques recherches sur ce qui m’était moins familier, tout au long de ma lecture. L’ouvrage présente plusieurs poèmes et aborde toujours l’hiver d’un point de vue social et culturel, ce qui en fait un essai particulièrement parlant. C’est un ouvrage dont la forme donne envie d’aller plus loin, de faire des découvertes. Les références aux peintres, aux compositeurs, aux musiciens, aux écrivains, sont nombreuses et passionnantes. On retrouve du bien beau monde entre les pages de ce livre et des gens qui ont façonné la façon dont l’hiver a été perçu et vécu à leurs époques respectives.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison est un livre qui se lit avec grand plaisir et qui permet un autre regard sur la saison froide. Ce que nous raconte Gopnik nous permet également de mieux réaliser à quel point l’hiver est important, voire essentiel.

« Privée du souvenir de l’hiver, du Nord, de la neige, du cycle des saisons, notre civilisation perdra également au change, et cette perte sera aussi lourde, à sa manière, que celle subie par les Inuits. »

Gopnik aime l’hiver. Moi aussi. Ce livre est un brillant essai sur le bonheur du froid, sur le droit au froid, sur l’évolution de sa perception à travers le temps.

À découvrir, assurément! À noter au passage la traduction impeccable de Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison, Adam Gopnik, Lux éditeur, 296 pages, 2019

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein

Mary Shelley au-delà de FrankensteinPendant deux siècles, on a imprimé, traduit, lu, adapté Frankenstein sans se préoccuper de l’existence de son auteure. Le nom de celle qui l’avait écrit à 16 ans, publié à 18 était pourtant là, sur la couverture, à portée de regard. Mais Mary Shelley semblait comme invisible. Bien que femme de lettres reconnue, elle est longtemps restée pour la postérité l’obscure épouse du grand poète romantique Percy B. Shelley. À pied, en malle-poste, en charrette, à dos d’âne ou de mule, par les fleuves ou par mer, elle a parcouru l’Europe avec lui en compagnie de leurs amis, femmes et hommes alliés dans la même recherche de beauté. Ce n’est pourtant pas son seul exploit.
Dans son œuvre novatrice, elle s’est dressée de toutes les forces de son esprit contre les idées mortifères d’une Angleterre en plein essor industriel qui cherchait à normaliser ses citoyens (et plus encore, ses citoyennes) comme des produits à perfectionner. Avec son intrépide sagesse, elle a entrevu les dangers d’une société s’adonnant sans repères ni limites à l’ivresse du progrès scientifique. Et elle a imaginé le destin du monstre que cette société allait produire. Un être anonyme, meurtrier, sentimental et raisonneur, poursuivi par la haine du savant fou qui l’avait mis au monde.
Une histoire familière ? En effet, ce couple maudit hante toujours les cauchemars de nos contemporains. Du fond de ses temps éloignés, Mary Shelley nous lance un message qu’il est urgent de décrypter encore et encore.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein est à la fois une biographie et un essai. L’auteure nous partage la vie de cette toute jeune femme qu’était Mary Shelley qui a écrit à l’âge de seize ans le roman qui traversera le temps et les générations: Frankenstein. Ce roman est d’ailleurs l’un de mes préférés. Lu et relu, j’ai vu également de nombreuses adaptations cinématographiques de cette histoire. Mary Shelley est une source de fascination et d’admiration également.

Ses choix de vie, pour une si jeune femme, vont déjà à contre-courant de ce qui est bien vu dans la société où elle vit. C’est elle qui va déclarer en premier son amour pour le poète Percy B. Shelley, alors toujours marié. Elle quitte la maison paternelle en pleine nuit pour aller vivre sa vie avec lui, écrivant et lisant énormément d’ouvrages. Mary détonne dans une société qui trace à l’avance le parcours de ses femmes. Elles ne sont bonnes qu’à faire la conversation, mettre au monde des enfants et faire quelques travaux d’aiguille. Les choix de vie demeurent restreints. Mary et Percy vont à l’encontre de ce qui est moralement accepté dans leur univers. Ils mènent une vie d’errance sur les routes. Percy n’hésite pas à publier un traité d’athéisme qui fait scandale, alors que Mary attire les ragots tant par sa façon de se comporter que par le choix de leur cercle social (l’amitié avec Lord Byron par exemple). Leur vie est une véritable aventure littéraire, avec tout ce que ça implique: manque d’argent, fuite, faim, accouchements dans des conditions difficiles, etc.

« Le cabriolet cahote sur le pavé de cette rue londonienne et les emporte vers la mer. Ici commence l’une des aventures littéraires les plus curieuses de notre culture. Un périple extravagant pendant lequel deux êtres vont effectuer ensemble, à travers l’Europe, une course affolée et sans répit pour gagner sur terre leur part de paradis. »

L’ouvrage est également un essai, car l’auteure aborde le sujet complexe de l’écriture, de la société à l’époque de Mary Shelley, du féminisme, des progrès reliés à la science et en lien avec la création du monstre mythique développé par Frankenstein. Oui, car si vous ne le savez pas encore, Frankenstein est le nom du créateur et non pas du monstre… Mais il y a également plus que son célèbre livre. Mary Shelley est également l’auteure du livre Le dernier homme, un ouvrage dans lequel on retrouve beaucoup d’extraits en lien avec sa propre vie. Il est intéressant de découvrir les liens que fait Cathy Bernheim entre la vie quotidienne de Mary, ses chagrins, ses deuils, ses questionnements sur son époque et la science, et ses écrits.

J’ai trouvé passionnante cette lecture, qui aborde quantité de sujets tout en nous offrant un portrait intéressant de Mary Shelley et de son univers. Accablée par la perte de presque tous ses enfants, veuve bien avant le temps, Mary aura eu malgré tout un parcours passionnant. Elle aura écrit l’un des romans les plus marquants de sa génération, toujours lu aujourd’hui. L’ouvrage de Cathy Bernheim apporte une réflexion des plus intéressante sur cette oeuvre et sur son auteure, abordant également la façon dont la vision de Mary Shelley du futur, via la création du monstre, trouve ses répercussions aujourd’hui, avec les progrès de la science. Traductrice, Cathy Bernheim offre aussi une réflexion sur la traduction des œuvres littéraires à travers les époques.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein est proposé comme une biographie, mais l’auteure va beaucoup plus loin en offrant une réflexion féministe et scientifique. C’est ce qui en fait une lecture fort plaisante et qui donne envie de poursuivre plus loin la découverte des œuvres et du monde de Mary Shelley. On en apprend également beaucoup sur ses lectures, au fil de sa vie et de ses errances. Mary Shelley était une femme cultivée et avide de culture.

« Les livres lui parlent d’un temps qui n’est plus, avec des voix qui depuis longtemps se sont tues. Elle apprend d’eux que, pour s’enraciner au monde, paradoxalement, il faut semer des mots dans l’esprit de ses contemporains afin que leur écho parvienne aux temps futurs. »

À noter qu’on retrouve dans le livre de Cathy Bernheim, plusieurs annexes intéressantes, dont une chronologie qui replace Mary Shelley dans son contexte social et artistique, avec un accent important sur la science, qui est un pilier de Frankenstein. On y retrouve également un petit guide des termes scientifiques inconnus à l’époque de Mary Shelley, un arbre généalogique et de nombreuses citations au fil des pages.

Un ouvrage passionnant et accessible, que je vous conseille assurément! Et pourquoi ne pas en profiter pour (re)lire Frankenstein? Un classique qui mérite d’être lu, surtout aujourd’hui.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein, Cathy Bernheim, éditions du Félin, 273 pages, 2018

Solitude volontaire

solitude volontaireVoici un livre qui se propose de parler de la solitude en parlant de la société ; un livre qui précise ce que signifie le fait d’aimer être seul ; un livre qui s’adresse au voyageur qui est en nous et sollicite notre sens de la justice ; un livre, enfin, qui nous invite à repenser la solitude volontaire pour y voir d’abord, et avant tout, une expérience de liberté et un ressort critique. On ne donne aucune recette de bonheur. On ne conseille pas non plus de choisir entre la contemplation et l’action, la sagesse et la politique. Pour définir un bon usage de la solitude, on se demande plutôt : que fuyons-nous dans le voyage ? Que trouvons-nous dans la solitude ? Que veut dire être à soi ? La société nous suffit-elle ? Quel genre de citoyen est le solitaire ? Peut-on se rendre solidaire quand on est solitaire ? Pourquoi faut-il croire en la nature ?

Solitude volontaire a été une très belle découverte. Je ne m’attendais pas à cette voie littéraire qu’emprunte ici Olivier Remaud et ce fut une belle surprise. Entre ces pages, qui se veulent une réflexion sur la solitude, on croise une belle brochette d’auteurs, de voyageurs, d’explorateurs et d’objecteurs de conscience: Henry David Thoreau, Christopher McCandless, Jean-Jacques Rousseau, Jack London, Edward Abbey, Jack Kerouac, Glenn Gould, et bien d’autres. C’est un vrai plaisir de retrouver tous ces auteurs et voyageurs à travers les pages et le propos d’Olivier Remaud. Qu’est-ce que la solitude volontaire et pourquoi avoir envie de solitude?

« Loin du vacarme, l’individu acquiert un savoir des choses qui dépendent de sa volonté. »

Dans cet essai, Remaud étudie plusieurs aspect de la solitude voulue. Tantôt à travers les écrits d’explorateurs qui ont bravé la nature hostile pour vivre pendant un moment à l’écart de tout; tantôt à travers des auteurs qui ont peu voyagé, comme Thoreau, et sa cabane en retrait. L’essai aborde plusieurs réflexions autour de la solitude. Pourquoi la rechercher? Il est presque suspect de souhaiter être seul, de vouloir cultiver la solitude.

« Quand on dialogue avec soi-même, on prend des risques. »

L’auteur donne des exemple concrets, puisés dans la littérature, de personnages qui ont recherché cette solitude. Est-ce une fuite? Est-ce une forme de rébellion face à la société? Il aborde le thème de la liberté à travers la solitude, le besoin de se ressourcer, la spiritualité et la religion, les voyages, la solitude intérieure, la politique et les convictions, la mythologie des cabanes et la communauté.

« L’ermite américain s’échappe dans la nature. Ce comportement n’est pas antisocial. Son désir de solitude est politique. Le paradoxe est qu’il s’élabore dans la privation. »

Pour ceux qui s’intéressent à Henry David Thoreau, l’auteur apporte une piste d’analyse pour mieux aborder ses écrits et propose quelques réflexions sur son oeuvre. Thoreau n’est pas le centre de cet essai, mais sa contribution littéraire en fait un personnage récurrent intéressant et un point de départ pour une réflexion enrichissante. Il préconise d’ailleurs de vivre chez soi comme un voyageur. J’aime cette idée.

La nature n’est pas absente de cet essai. Elle en est le cœur même. C’est bien souvent dans la nature que l’on puise cette solitude recherchée. À défaut, on peut retrouver une forme de solitude intérieure pour mieux vivre. Mais à mon avis, rien ne vaut la nature. L’auteur et plusieurs écrivains cités sont aussi de cet avis.

« La nature convient à la solitude. La volonté épouse le rythme des saisons. Elle respire avec les arbres. La pensée américaine est fascinée par les forêts. Dans les bois, l’individu change de peau. Il commence une nouvelle vie tout en remontant vers son enfance. »

L’ouvrage est complété par une « petite bibliothèque de la solitude volontaire », de jolies lectures à découvrir pour compléter sa propre réflexion sur le sujet. J’y ai retrouvé des références qui m’ont beaucoup parlées. Je pense entre autres à ma lecture récente de Désert solitaire d’Edward Abbey ou à celle, plus ancienne, du livre de Bernie Krause, Le grand orchestre animal. J’ai aussi noté le livre de Aldo Leopold, L’almanach d’un comté des sables, que je compte bien me procurer!

J’ai passé un excellent moment avec Solitude volontaire, un thème qui m’est très cher. Je me suis retrouvée dans les réflexions amorcées par l’auteur et j’ai pris plaisir à découvrir certains extraits de textes qui illustrent bien le propos. C’est une très bonne lecture, que je vous conseille assurément!

Solitude volontaire, Olivier Remaud, éditions Albin Michel, 224 pages, 2017

La littérature – Les grands concepts expliqués

la littérature les grands concepts expliquésQu’est-ce qui fait de Madame Bovary un chef-d’oeuvre ? Qu’ont en commun À la recherche du temps perdu et Ulysse ? Qu’est-ce que l’écriture automatique ? Que symbolise la baleine blanche dans Moby Dick ? Découvrez les réponses dans ce livre qui explore les principaux courants et genres littéraires à travers plus de 250 œuvres incontournables.

C’est en faisant une recherche au catalogue de la bibliothèque autour de Moby Dick, que je suis tombée sur cet ouvrage. Comme un chapitre lui était consacré, j’ai décidé de l’emprunter pour le lire. Je me suis aussi laissée portée par de nombreux chapitres bien intéressants qui abordent entre autres des œuvres comme Guerre et paix de Tolstoï, Feuilles d’herbe de Waltman, 1984 d’Orwell, Crime et châtiment de Dostoïevski, De sang froid de Capote, Sur la route de Kerouac, et tant d’autres.

Le texte sur Moby Dick, la raison principale de ma lecture, m’a bien plu. C’est assez concis et très très accessible. Si on recherche quelque chose de très détaillé, ce n’est peut-être pas le livre qu’il vous faut. Il s’agit en fait d’un survol de certaines œuvres choisies. Je trouve que ça peut être une belle façon de compléter une lecture en lisant et en comprenant son interprétation d’un point de vue littéraire.

Moby Dick (1)

Le livre est très imagé, avec plusieurs illustrations colorées et historiques. L’emphase est mis sur certaines œuvres plus que d’autres et c’est un point qui m’a moins plu. J’aurais préféré que certaines œuvres ne soient pas abordées, pour laisser plus de place à celles dont on aura voulu se consacrer pour la peine. Par exemple, 8 pages sont consacrées à Moby Dick. C’est bien. Alice au pays des merveilles, Beloved, Guerre et paix, Crime et châtiment, Jane Eyre ont de bons dossiers comportant plusieurs pages. J’ai été déçue par exemple de voir qu’une seule page était consacrée à Frankenstein, au Chien des Baskerville et au Maître des illusions. C’est trop peu élaboré pour être intéressant alors qu’il y aurait sans doute eu beaucoup à dire. J’ai préféré, et de loin, les dossiers beaucoup plus long. Vu que le texte est très accessible, consacrer plusieurs pages à une oeucre donne un peu de profondeur au texte alors que les titres dont on ne parle que pendant une seule page sont tellement survolés qu’on retrouve facilement sur internet les grandes lignes de ce qui composent « l’analyse ».

J’ai aimé que les œuvres soient classées par catégories: de 3000 av. J-C (Héros et légendes) jusqu’à de nos jours (la littérature contemporaine). J’ai plutôt choisi de survoler la littérature ancienne qui m’interpelle moins. Je me suis attardée un peu plus autour de 1700 en montant. On y retrouve donc une grande variété d’œuvres. À la fin de chacune des parties, on retrouve un choix de livres « pour aller plus loin » et approfondir nos lectures. Un glossaire complète le livre, ainsi qu’un index. J’aurais apprécié une liste des livres abordés dans chaque section pour faciliter la recherche. L’index regroupe pêle-mêle des auteurs et des titres d’œuvres.

Il y a donc du bon et du moins bon. C’est un ouvrage qui peut être intéressant à consulter si on veut connaître rapidement la façon dont certaines grandes œuvres sont perçues. Plusieurs chapitres sont suffisamment longs pour qu’on y trouve notre compte. D’autres cependant sont beaucoup trop courts. C’est peut-être un bon titre pour quelqu’un qui souhaite aborder les grandes œuvres classiques et qui ne sait pas par quoi commencer.

Une lecture intéressante, même si je suis un peu déçue de la concision de certaines analyses. Le concept cependant, et le graphisme du livre, en font un ouvrage agréable à feuilleter.

La littérature – Les grands concepts expliqués, Collectif, Les éditions MD, 352 pages, 2016