Le Baiser des Crazy Mountains

À la recherche d’inspiration dans un bungalow du Montana, le romancier Max Gallagher a la fâcheuse surprise de trouver sa cheminée bouchée. Il en retire un chiffon rouge : en fait, un bonnet de père Noël. Intrigué, et surtout frigorifié, il monte sur le toit jeter un coup d’oeil et découvre dans le conduit le cadavre d’une jeune femme. La victime s’appelle Cindy Huntington, une jeune star de rodéo disparue depuis des mois. A-t-elle voulu entrer dans le chalet par le conduit de cheminée, avant de se retrouver tragiquement coincée ? Ou a-t-elle été assassinée – mais quel serait le mobile de ce crime ? La shérif Martha Ettinger, aidée de Sean Stranahan, aquarelliste, pêcheur à la mouche et enquêteur à ses heures, se lance dans une investigation en terrain glissant. 

Voici la quatrième enquête de Sean et Martha: Le baiser des Crazy Mountains. J’adore cette série! Chaque fois que je découvre un nouveau titre, je sais que je vais passer un très bon moment de lecture. Sean est un ancien détective, reconverti en peintre, qui a reprit les enquêtes lors de son aménagement dans le Montana. On l’aime tout de suite! Martha est la chérif de la région, une femme qui ne s’en laisse pas imposer, mais qui gère parfois très mal ses aventures amoureuses. Elle est soupe au lait et grognon, mais c’est une bonne enquêtrice. Avec eux, il y a toute une équipe que l’on retrouve d’une enquête à l’autre et qu’on apprend à mieux connaître au fil du temps.

« Tu te prives d’un bonheur présent pour t’épargner de le perdre par la suite. Ce n’est pas une façon très courageuse de vivre. »

Dans les romans de Keith McCafferthy, les décors sont aussi importants que l’intrigue et ils nous amènent en pleine nature. On imagine très bien les lieux et souvent, les descriptions sont à la fois rudes et reposantes. La vraie nature sauvage du Montana! Les personnages sont attachants et souvent drôles, avec un petit côté décalé et des dialogues savoureux. Les enquêtes sont suffisamment complexes pour être captivantes, toujours dans un contexte de « nature writing » qui me plait particulièrement.

« Savourant à pleins poumons l’air des cimes, il laisse son regard se promener sur l’étang niché en contrebas du bungalow. Les berges sont frangées de glace, pas un brin de vent ne souffre, et la surface de l’eau reflète en taches lilas et fuchsia la voûte céleste de cette belle soirée printanière du Montana. »

Dans cette quatrième enquête, on retrouve le corps d’une jeune femme coincée dans la cheminée d’un chalet de location, avec un bonnet de père Noël. Cindy Huntington était portée disparue depuis des mois. Elle vivait dans un ranch un peu plus bas. Une adolescente comme tant d’autres. Cette affaire est intrigante surtout quand on découvre qu’il s’agit d’un meurtre, sans aucun mobile apparent. Sean est engagé par la mère de Cindy pour enquêter, pendant que Martha de son côté essaie de dénouer les fils de cette étrange et triste affaire, avec toute son équipe habituelle.

J’ai beaucoup apprécié cette enquête et j’aime énormément suivre les personnages d’une histoire à l’autre. Ici, l’auteur nous amène dans la vie sur un ranch. Parallèlement, nous découvrons certaines choses sur le chalet où elle est retrouvée, un lieu mis à la disposition de différentes personnes dans un contexte très particulier. L’enquête s’enlise et se complique, puisque plusieurs éléments qui semblent n’avoir aucun lien, se coupent et se recoupent. Il est intéressant de suivre Sean de son côté, pendant son enquête, alors qu’il devient très proche de la mère de Cindy; ainsi que Martha qui a un statut plus officiel en tant que shérif. 

Le dénouement est intrigant et l’auteur nous offre une galerie de personnages intéressants dont on veut connaître les faits et gestes afin de dénouer, nous aussi, toute cette étrange affaire. Le baiser des Crazy Mountains est un roman d’enquête en pleine nature, qui offre des dénouements inattendus et débusque de nombreux secrets… Même si cette enquête est la quatrième de la série, il est possible à mon avis de lire les livres séparément si on le souhaite. De mon côté, j’aime beaucoup suivre l’évolution des personnages d’un livre à l’autre, mais les enquêtes sont indépendantes et donc, se suffisent à elles-mêmes.

J’aime énormément Keith McCafferthy, qui me rappelle un peu les romans de William G. Tapply, trop tôt disparu. C’est toujours un plaisir de retrouver Martha et Sean. J’ai déjà hâte à la traduction de la prochaine enquête!

Mon avis sur les autres livres de la série:

Le Baiser des Crazy Mountains, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 496 pages, 2021

La Vénus de Botticelli Creek

Dans la vallée de la Madison, une femme s’est volatilisée, et, cette nuit-là, le hurlement des loups en a réveillé plus d’un. Nanika Martinelli, surnommée “la Vénus de Botticelli Creek”, est une jeune guide de rivière aux cheveux roux qui attire les clients comme les mouches attirent les truites. Lancée à sa recherche dans les montagnes enneigées, le shérif Martha Ettinger découvre avec effroi le corps d’un homme empalé sur les bois d’un cerf géant. Accident ou meurtre ? Serait-ce une piste pour retrouver la disparue que tout le monde croit dévorée par un loup ? Aidée de son ami peintre, pêcheur et privé occasionnel, Sean Stranahan, Martha devra se confronter à un groupe fanatique de défense des animaux, le Clan du Loup à trois griffes, et à leur meneur au charisme destructeur. Dans leur enquête la plus dangereuse à ce jour, Martha Ettinger et Sean Stranahan jouent les agents doubles face à des humains qui masquent mal leur sauvagerie.

J’adore cette série et j’étais plus que ravie de pouvoir lire la troisième aventure de Martha et Sean, découverts dans Meurtres sur la Madison puis dans Les Morts de Bear Creek. Avant toute chose, sachez que ce genre de série peut se lire dans l’ordre ou dans le désordre. Ce ne sont pas des tomes qui se suivent forcément, mis à part que, comme bien souvent dans ce genre de série, les personnages évoluent d’un livre à l’autre. Il est donc encore plus agréable de découvrir toutes les aventures dans l’ordre, mais on peut aussi choisir une histoire qui nous interpelle plus et la lire sans problème. 

Dans cette troisième histoire, nous retrouvons nos personnages habituels: la shérif Martha, Sean le beau pêcheur/peintre/détective, Harold le pisteur et Sam le guide de pêche. On croise aussi rapidement quelques membres du Club des menteurs et monteur de mouches, rencontrés dans l’enquête précédente.

Cette fois, Martha est appelée sur les lieux d’une disparition. Une naturaliste et guide de pêche manque à l’appel. Elle ne s’est pas présentée à une réunion de travail et même si elle avait prolongé la randonnée qu’elle avait décidé de faire, elle aurait dû être rentrée depuis longtemps. C’est lorsque Martha tombe sur le cadavre d’un cow-boy empalé sur des bois de cerf que les choses se compliquent dangereusement pour elle et son équipe.

Ce roman est très intéressant car, outre l’enquête autour de la disparition de la jeune femme et le cadavre de l’homme empalé, il aborde la question de la réintroduction des loups dans les Rocheuses. Il y est question des clans écologistes qui sont pour, de ceux qui veulent protégé leur bétail et qui sont contre, ainsi que tous ceux qui évoluent entre les deux, selon leur pensée et leur mode de vie. Les loups sont au centre du roman de plusieurs façons. Ils sont au cœur de l’enquête, puisqu’ils semblent y avoir eu des contacts rapprochés entre eux et les victimes. Ils représentent aussi une image très forte dans l’imaginaire et la mythologie. 

« « Lire le livre blanc » était une expression qu’Harold tenait de son grand-père, lequel lui avait appris à lire les traces laissées sur les premiers escarpements de la chaîne de montagnes bordant la réserve Blackfeet. « Lire le livre blanc » permettait de déchiffrer les histoires gravées dans la neige, les pages tournées par chaque animal qui vaquait à ses occupations quotidiennes. Qui est venu ici, quel est son nom, qui craint-il, entre les dents de qui est-il mort? Au début de l’automne, le livre comportait de nombreuses pages vierges, tandis que d’autres étaient écrites d’une encre qui s’effaçait, la neige tombant puis disparaissant, souvent au cours de la même journée. »

Le travail de Martha et de son équipe se complique beaucoup car la disparition de la jeune femme est plutôt étrange. Sean remonte la piste jusque chez le père de la disparue, alors que Martha suit les traces que la jeune femme a laissé ici et là, dans les différents emplois qu’elle a occupé. Des histoires issues du passé refont surface et des lettres anonymes écrites avec du sang sont envoyées à certains groupes bien ciblés…

L’enquête devient complexe car Sean et Martha marchent sur un chemin miné. C’est une enquête dangereuse que de tenter de retracer la jeune femme et d’enquêter sur ceux qui l’ont côtoyée et la connaissent bien. Plus les recherches avancent, plus les fils se nouent et se compliquent. D’autant plus que la sœur de la disparue est dans les parages et qu’elle décide d’engager Sean pour la retrouver… Il se retrouve rapidement coincé entre deux feux.

« Tu n’as pas de portable. Tu n’as pas de montre. Ta boîte aux lettres est sous un rocher et tu sens le chat mort. Ah, et les toilettes sont au bout du sentier. J’ai l’impression que tu t’engages à nouveau dans des années de perdition. »

Comme à l’habitude, les personnages apportent un plus à cette histoire. Certains dialogues sont assez drôles et Martha est une femme revêche qui ne s’en laisse pas imposer. On dirait par moments une ourse grognonne et elle me plaît beaucoup. Sean, toujours égal à lui-même, tombe facilement amoureux et essaie de ménager tous et chacun, tout en menant sa petite enquête de son côté, à la demande de Martha. Elle et Sean sont d’ailleurs tellement différents, que leur duo est aussi improbable qu’il fonctionne finalement à merveille. C’est ce que j’aime de ces personnages. Ils ont leurs qualités et leurs défauts, mais s’apportent énormément l’un l’autre, malgré (ou avec) leurs différences. On croise Walt, l’aide de Martha et Sam qui a le don de se mettre les pieds dans les plats.

« Elle entendit un bruit de chasse d’eau. Sam apparut à la porte du dortoir. Il était en caleçon et grattait les poils sur sa poitrine, tel un chasseur néandertalien se réveillant un matin dans un Starbuck. »

J’aime aussi beaucoup le contexte des enquêtes créées par Keith McCafferthy. La Madison, lieu de pêche par excellence, les montagnes, les bêtes sauvages qui ne sont jamais très loin, les petits détails également concernant l’environnement et la nature. J’ai vraiment aimé cette lecture et j’étais très contente de retrouver Sean et Martha. Ce sont des personnages très intéressants qu’il est bon de retrouver d’une enquête à l’autre. D’autant plus que c’est la période idéale pour lire ce livre qui se déroule à l’automne, à l’aube des premières neiges. Un excellent roman! 

Mon avis sur les autres aventures de Sean et Martha:

  1. Meurtres sur la Madison
  2. Les Morts de Bear Creek

La Vénus de Botticelli Creek, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 384 pages, 2020

Les Morts de Bear Creek

morts de bear creekSean Stranahan, peintre amateur, guide de pêche et détective privé à ses heures perdues, se sent de plus en plus chez lui dans le Montana dont il connaît désormais les rivières comme sa poche. Mais les âpres paysages des Montagnes Rocheuses livrent parfois de macabres trouvailles – comme les cadavres de ces deux hommes exhumés par un grizzly affamé. Le shérif Martha Ettinger fait appel aux talents d’enquêteur de Sean, décidément très convoités : le même jour, il est embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver une précieuse mouche de pêche volée. Les deux affaires vont se téléscoper sur une piste escarpée menant vers quelques-unes des personnes les plus puissantes de la vallée de la Madison.

Je suis tombée sous le charme de Sean Stranahan et de Martha Ettinger avec la première enquête de la série, Meurtres sur la Madison. C’était un très bon roman, à la fois intrigue policière et nature writing qui me rappelait un peu les romans de C. J. Box et de William G. Tapply.

Cette seconde aventure campée dans la vallée de la Madison, une rivière réputée pour la pêche, est tout aussi intéressante que la première. Je dirais même plus! Les personnages n’en sont plus à une première présentation. Nous retrouvons Sean, Martha, Harold, Rainbow Sam et toute l’équipe rencontrée dans le premier roman. Au fil des romans, on apprend à mieux les connaître. Petite précision avant toute chose: il est possible de lire les enquêtes dans l’ordre ou dans le désordre et même, de ne lire que celle-ci par exemple. Les romans ne sont pas des suites officielles, chaque enquête se suffit à elle-même. Seulement, de mon côté, j’aime découvrir un enquêteur en lisant toute la série dans l’ordre. Je trouve ça plaisant de voir les personnages évoluer.

Le roman débute alors qu’un premier cadavre est retrouvé en haut de la montagne, puis un second, après une attaque de grizzly qui aurait pu coûter la vie à l’un des membres de l’équipe. Les restes retrouvés sont intrigants, surtout qu’en ce moment, il n’y a pas de recherches en cours pour une personne portée disparue. Encore moins pour deux. Ces morts sont dérangeantes, suspectes et laissent place à beaucoup d’hypothèses. L’enquête est bien ficelée, passionnante et assez particulière. Ça m’a énormément plu!

De son côté, Sean Stranahan, reconverti comme peintre et guide de pêche pour arrondir ses fins de mois et éventuellement s’acheter un bout de terrain et un chalet plutôt que de vivre sur un canapé, est appelé pour enquêter sur la disparition de mouches de pêche. Il a suivi, entre les deux romans, des cours de pistage donnés par Harold, le pisteur Blackfeet.

« Comme la plupart des transplantés du Montana, il avait découvert que, si un boulot était suffisant pour manger, deux autres étaient nécessaires pour payer le loyer et remplir le réservoir de son 4X4… »

Des mouches de valeur, qui ont disparues d’un club de pêche nommé Le club des menteurs et monteurs de mouches de la Madison. Un nom assez humoristique et réjouissant pour ce club regroupant de vieux amis amoureux de la pêche, reconnus pour certaines de leurs mouches particulièrement recherchées par les collectionneurs.

« Ce Sean Stranahan semble un jeune homme très bien. Il m’appelle « monsieur ». Et il est si beau que j’ai le sentiment d’être un cactus. »

D’ailleurs, dans les romans de McCafferty, il y a beaucoup d’humour. Que ce soit pour le choix des noms de ses chapitres, pour certaines particularités des personnages, les dialogues, il y a toujours une pointe d’humour quelque part. L’écriture et la traduction sont très agréables à lire à ce niveau. J’apprécie énormément ce côté amusant dans les enquêtes. L’horreur des crimes passe toujours mieux avec une pointe d’humour bien placée.

« C’est ainsi que Sean Stranahan bénéficia d’une coupe de cheveux à cent dollars exécutée par une homme dont la carte de visite proclamait: DES MAINS DE FEU, assis sur le siège pivotant du cadre de rames d’un canot d’occasion dans le cours supérieur de la Madison. Si quelqu’un lui avait annoncé que ce serait le programme de l’après-midi, il l’aurait pris pour un fou. »

L’intrigue se met en place doucement, dans des décors de rêve au bord de la Madison et sur les montagnes avoisinantes. La nature est au cœur de l’histoire, avec de très beaux passages sur ce que représente la vie dans la nature, l’immensité du territoire, la beauté des animaux et de l’environnement, sorte de trésor caché. Cet aspect de l’écriture me parle énormément.

L’histoire est à la fois une aventure de pêche, avec la disparition des mouches, et une histoire de chasse, avec les coups de fusil qui résonnent dans la montagne et la découverte de deux cadavres. J’ai d’ailleurs été très surprise en lisant cette histoire. Tout récemment, mon coblogueur a lu Zaroff et on y retrouve la mention de cette histoire dans le roman de Keith McCafferty. C’est d’ailleurs un aspect important du roman. Les hasards littéraires comme celui-là sont toujours de bonnes surprises. J’ai également appris plusieurs choses sur la fièvre de la vallée, une maladie causée par un champignon.

Dans Meurtres sur la Madison, Sean tombe violemment amoureux d’une femme rencontrée au début de l’enquête. Ce n’est pas l’intrigue principale, mais ça complète le personnage. Ici, dans cette seconde enquête, il rencontre Martinique, une étudiante vétérinaire qui est beaucoup plus attachante que son ancien amour. Même certains autres personnages lui en font la remarque! Elle est gentille et déconstruit certains préjugés en rapport avec son travail. Ce que j’aime chez Keith McCafferty c’est que parallèlement à son enquête principale, il y a encore une fois une seconde enquête plus ou moins reliée, ainsi que des personnages consistants qui ont des hauts et des bas, font des choix de vie qui influencent les livres à venir. L’univers qu’il crée petit à petit au gré des enquêtes est très intéressant.

« Stranahan fonctionnait à l’instinct, il avançait à tâtons avant de prendre une décision et il trouvait que l’eau l’aidait à peser le pour et le contre, le courant faisant pencher la balance de façon mystérieuse, si bien que la décision semblait naître dans ses tripes sans qu’il sache pourquoi ou comment la balance avait penché. »

Les Morts de Bear Creek est le second roman de Keith McCafferty que je lis. C’est aussi le second publié en français. La série comporte de nombreux autres romans qui, je l’espère, seront bientôt traduits. J’ai énormément de plaisir à retrouver les personnages, tous intéressants avec leurs personnalités bien différentes, et j’espère pouvoir lire une troisième enquête bientôt!

Un excellent roman qui mêle habilement nature writing et enquête policière. Je ne peux que vous conseiller ce livre!

Les Morts de Bear Creek, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 384 pages, 2019

Meurtres sur la Madison

Meurtres sur la MadisonLa Madison River a beau être le Graal des rivières à truites du Montana, lorsqu’on y pêche un cadavre, c’est à l’intrépide shérif Martha Ettinger que la prise revient. L’homicide semble évident, et la Royal Wulff plantée dans la lèvre boursouflée de la victime a tout d’une macabre signature. Alors qu’elle mène son enquête, Martha croise la route de Sean Stranahan, lui-même pêcheur, peintre et ex-enquêteur privé venu s’installer dans les Rocheuses à la suite d’une douloureuse séparation. Lui aussi est impliqué dans une affaire : la jeune et mystérieuse sirène du Sud, Velvet Lafayette, est venue troubler le paysage et l’a persuadé de partir à la recherche de son jeune frère disparu dans le coin. Ensemble, Martha et Sean vont remonter une piste glissante qui débouchera sur les zones d’ombre du “big business” du Montana : la pêche à la mouche.

Meurtres sur la Madison est la première aventure de Sean Stranahan et de Martha Ettinger. En faisant un petit tour sur internet, j’ai été consternée par certaines critiques négatives de ce livre lui reprochant de « parler trop de pêche ». Meurtres sur la Madison est un nature writing couplé d’une enquête, dont la pêche est le sujet principal. Juste avec le résumé, ça me paraît évident. Je ne pêche pas pour ma part et j’ai trouvé ce livre passionnant. J’ai appris plein de choses dont certains aspects écologiques liés à la pêche et à la maladie du tournis chez les poissons.

Le roman se déroule dans le Montana aux bords de la Madison, une rivière reconnue pour la pêche. C’est un lieu très couru des passionnés. Le roman met en scène Sean Stranahan, un ancien détective privé beau comme tout, reconverti en peintre, sa deuxième passion après la pêche. Trois mois avant le début du livre, Sean venait de quitter le Vermont pour s’installer dans le Montana. Une rupture difficile l’a amené à se lancer véritablement comme artiste-peintre. C’est lorsqu’une belle femme réclame ses services en lui demandant de pêcher la truite pour elle que Sean se retrouve au cœur de l’enquête sur la mort d’un jeune pêcheur retrouvé dans la Madison.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman, c’est le personnage de Martha Ettinger, une femme shérif, bien aimée dans sa communauté. Elle s’occupe de chevaux et d’animaux sur sa terre. Ce personnage est vraiment intéressant parce qu’il met en scène pour une fois une femme « réelle » et crédible, pas de celles que l’on voit dans les séries policières qui interceptent les criminels en talons aiguilles. Elle est sympathique, a de l’humour, est brillante et solide. Son travail est important pour elle, mais elle apprécie aussi son cadre de vie. C’est un personnage différent et agréable à retrouver parce que justement, ça nous change des shérifs alcooliques que l’on voit à profusion dans les romans policiers.

« Martha, se dit-elle, tu es un cœur solitaire. Tu nourris des poulets le matin et le soir tu brosses tes chattes et tu vas te coucher toute seule. La seule façon d’attraper un homme aussi beau que celui-là, c’est de l’arrêter.
Ce n’était pas une mauvaise idée. Arrête-le, songea-t-elle, puis saute-lui dessus et tire-lui les vers du nez. Demande-lui, par exemple, pourquoi, parmi tous les pêcheurs auxquels elle et Walt avaient parlé, il était le seul à avoir une Royal Wulff nouée à l’extrémité de son bas de ligne. »

Étonnamment, Sean croise le chemin de Martha à quelques reprises et elle l’invite à lui donner un coup de main, ce qu’il accepte. Ce n’est pas vraiment officiel, mais comme elle le dit si bien elle-même, elle est shérif et fait ce qu’elle veut. Elle a besoin de Sean et leur relation se modifie au cours du roman. Ils deviennent des alliés.

« Vous croyez que c’est facile d’être une femme shérif dans cet État? Si je n’étais pas exigeante avec moi-même, je ne porterais pas l’insigne. »

J’ai aussi beaucoup apprécié la présence d’Harold Little Feather, un pisteur blackfeet, qui est un personnage important pour l’enquête, mais très discret. J’espère qu’on le reverra dans les prochains romans, je trouve que c’est un personnage avec beaucoup de potentiel à développer. Il a un don et de la prestance, c’est indéniable. Même Martha n’est pas insensible à sa présence.

Avant tout, ce roman est écrit par un passionné de la pêche et ça se sent. Il tente de transmettre sa passion et nous offre de beaux paysages à travers son roman, ainsi que de belles descriptions de la nature et du bonheur d’être pêcheur. Le roman est aussi une vaste enquête qui prend des proportions démesurées et implique plusieurs acteurs du monde de la pêche à mesure que l’histoire avance. Il y a aussi toute la question touristique d’un lieu populaire envahit par les pêcheurs, de l’inflation des terres et des chalets qui bordent la rivière, en plus d’aborder certaines questions écologiques et éthiques par rapport aux poissons.

« Ce qu’il y a avec la pêche, c’est que ça donne de l’espoir. Chaque lancer apporte un peu d’espoir et si l’on peut se perdre dans cet espoir, alors les soucis et le chagrin s’évanouissent à l’arrière-plan. La tempête intérieure se calme pour un moment. »

L’univers de Keith McCafferty m’a rappelé un peu les romans de William G. Tapply et de C.J. Box, deux auteurs qui offrent aussi à leurs lecteurs des enquêtes dans des cadres naturels magnifiques. Ce premier tome d’une série qui en compte déjà plusieurs en anglais, vaut le détour. J’ai adoré cette histoire, qui est à la fois un roman un brin contemplatif sur la pêche à la mouche et une enquête policière menée par une femme qui ne s’en laisse pas imposer. J’ai le second tome dans ma pile à lire et j’espère vivement la traduction des autres livres de la série!

Meurtres sur la Madison, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 384 pages, 2018