René Lévesque – Quelque chose comme un grand homme

René Lévesque est le Québécois à l’origine des plus grands changements économiques, politiques et sociaux survenus au Québec au 20e siècle. Pendant sa carrière, il a été démonisé par une partie de la presse anglophone et francophone, traité d’ami de Khrouchtchev, de communiste et de «Castro du nord» par les Libéraux et l’Union nationale. Que sait-on vraiment de lui ? Quels évènements ont façonnés ses convictions profondes ? Qui se rappelle des hauts faits de sa brillante carrière de journaliste ?

René Lévesque – Quelque chose comme un grand homme est un collectif regroupant de nombreux auteurs et dessinateurs, sous la direction de Marc Tessier. Ce projet, je l’attendais avec une grande impatience parce qu’on parle trop peu de René Lévesque aujourd’hui, alors qu’il s’est battu afin qu’on soit « maîtres chez nous ». Que notre langue soit reconnue et que notre économie soit plus indépendante. Ses idées, ce en quoi il croyait, ainsi que son passage dans la vie journalistique et politique a changé beaucoup de choses. Cette bande dessinée est un vrai petit bijou. C’est un ouvrage intéressant, qui offre par son format différent une vision originale de la vie de ce grand homme.  

René Lévesque a eu une vie bien remplie. Auteur de théâtre, il s’est ensuite enrôlé puisque c’était l’une des façons pour lui de devenir journaliste. Il a révolutionné la radio et la télévision par le contenu de ses reportages et sa façon d’aborder l’actualité. Puis il a connu les hauts et les bas du monde politique, ainsi que la carrière qu’on lui connaît. Mais au-delà de l’homme politique et du journaliste, c’est l’humain que l’on redécouvre dans ce livre. Un homme touché par les camps de la mort qu’il a visité comme journaliste, un homme qui croyait au peuple québécois, à notre langue, à nos réalisations et à nos perspectives d’avenir. Un homme à l’écoute des autres et passionné par ce qu’il faisait. 

« Être informé, c’est être libre. »

Cette bande dessinée est extraordinaire car elle nous offre treize moments marquants de la vie de René Lévesque, vus par des dessinateurs différents. Le tout est lié chronologiquement par chapitres, au fil de la carrière et des événements qui ont marqué sa vie. Le premier chapitre débute en 1944 et va jusqu’en 1987 pour le treizième chapitre. 

J’ai énormément aimé le format de cette bande dessinée. L’ouvrage se veut un très bel hommage et offre la parole également à des gens qui ont des souvenirs en lien avec Lévesque, en fin de volume. Des auteurs et dessinateurs qui ont participé au projet. J’apprécie également le choix éditorial d’avoir respecté les paroles et écrits de Lévesque, sans en changer la syntaxe. 

« On a été le peuple le plus patient de la terre. On ne doit pas s’excuser de vouloir maintenant occuper notre place. »

Un livre à mettre entre toutes les mains, assurément. Il y a des choses qu’il est essentiel de ne pas oublier, même si on ne les a pas personnellement vécues. Cet ouvrage est un hommage magnifique, pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur. Cette lecture m’a d’ailleurs fait vivre pas mal d’émotions!

Une bande dessinée à lire assurément sur celui qui voyait en nous, les québécois, « quelque chose comme un grand peuple ».

René Lévesque – Quelque chose comme un grand homme, collectif, éditions Moelle Graphik, 268 pages, 2021

L’automne de la disgrâce

— Vous voulez voir le corps ?
Quand l’inspecteur Whitford fait cette proposition à Leo Desroches, le journaliste hésite. Pourquoi diable ce policier d’Edmonton l’amènerait-il sous la tente érigée par les techniciens en scène de crime au beau milieu de ce champ agricole ? Mais quand il pose les yeux sur le corps frêle, Leo comprend : il s’agit d’une jeune Autochtone. À l’époque, fort d’un tel scoop, Leo aurait fait un détour par le casino avant de filer au journal. Mais comme il a déjà tout perdu – famille, boulot, maison, estime de soi… – et que Larry Maurizo, qui connaît son triste passé, vient tout juste de l’embaucher, Leo résiste à ses anciens démons.
Bien entendu, Larry est enchanté par la primeur, et quand Leo lui apprend que Grace – la police a entretemps identifié le corps – serait la plus récente d’une série de disparitions de femmes amérindiennes, le rédacteur en chef lui demande d’assurer le suivi de l’histoire, mais désormais à titre de « reporter aux affaires autochtones » du Edmonton Journal – après tout, Leo n’est-il pas, malgré la pâleur de sa peau et ses cheveux roux, à moitié d’origine crie ? Acceptant sans enthousiasme sa « promotion », Leo entend néanmoins mener à bien sa mission. Or, pour cela, il devra renouer avec ses racines… et assumer son passé. Pour le meilleur et pour le pire !

J’étais vraiment contente de découvrir le premier tome de la trilogie Les Saisons de Leo Desroches. Celui-ci se déroule à l’automne. Les prochains, à paraître en français en 2022, s’attarderont sur l’hiver et l’été. Le parcours de l’auteur est intéressant. Né d’une mère canadienne-française et d’un père cri, il n’a découvert ses origines que sur le tard. Son personnage vit un parcours similaire en ce qui concerne ses origines. L’automne de la disgrâce a été une très belle surprise pour moi.

Leo Desroches est journaliste. Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Il a été détenu, a vécu dans la rue, a des problèmes de jeu, et il combat ses démons par… d’autres démons. Il se bat contre sa dépendance au jeu et essaie de garder la tête hors de l’eau. Il tente très fort de redresser ce qui ne fonctionne pas dans sa vie. Il a des racines à moitié canadiennes-françaises, à moitié autochtones, mais passe généralement pour un blanc, ce qui lui donne parfois l’impression de ne pas être à sa place. Leo est un bon journaliste. Quand il arrive par hasard le premier sur les lieux d’un crime et qu’on lui fait la faveur d’entrer dans la tente de scène de crime, Leo constate que la victime est une jeune prostituée autochtone. La plus récente d’une série de disparitions. Personne n’enquête vraiment sur ces filles. Personne ne s’y intéresse vraiment. Sauf Leo. Il décide alors d’en faire une affaire personnelle et de donner un visage à ces filles dont tout le monde se fout.

« C’est une blague, ai-je répondu avec un rire cruel. Vous voulez vous racheter de m’avoir montré un cadavre en m’offrant de me montrer un autre cadavre? Je pensais que c’était moi, le gars avec des problèmes métaux, mais vous vous montrez à la hauteur. »

Ce qui est passionnant avec ce roman, outre le fait qu’il aborde un sujet troublant, c’est son personnage assez atypique qui a un lourd vécu et qui raconte lui-même son histoire. On s’attache à lui et à son combat pour mener une meilleure vie. Leo sait faire preuve de lucidité et d’humilité sur son état et le roman est parfois teinté d’un peu d’humour. J’ai également beaucoup apprécié de plonger dans l’univers du journalisme. J’ai aimé suivre l’enquête, pas par l’entremise d’un policier comme on le voit généralement, mais plutôt d’un point de vue journalistique. On apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement du journal, des lois, de la corruption, de la politique. L’histoire se déroule à Edmonton. On y parle des différents quartiers, du mode de vie des gens quand le froid arrive, du hockey. C’est un roman qui prend le temps d’aborder en parallèle différents sujets. L’enquête est intéressante et Leo donne de la couleur au roman. Et que dire de la fin du livre! J’aime définitivement le ton de ce roman et les réflexions de Leo. Lui qui a été si longtemps à l’écart de sa propre vie, commence à se prendre en main (du moins il essaie) et découvre aussi un pan de son héritage autochtone.

L’automne de la disgrâce aborde la question des disparitions des femmes autochtones et la difficile condition des gens qui vivent avec une dépendance. C’est aussi un roman sur la quête de soi et de ses origines pour apprendre à mieux se connaître. Même si Leo est un antihéros dont la vie va mal la plupart du temps, il fait tout pour redresser les choses et on s’attache à lui. Il nous donne l’impression d’être proche de lui. Un très bon roman, que j’ai pris grand plaisir à lire. J’ai vraiment hâte au prochain pour retrouver Leo.

La suite, Un hiver meurtrier, devrait paraître au printemps 2022. Je l’attends avec impatience!

L’automne de la disgrâce, Wayne Arthurson, éditions Alire, 386 pages, 2021

Le code de Katharina

Cela fait vingt-quatre ans que Katharina Haugen a disparu. Depuis, Wisting explore obstinément les archives de ce dossier non élucidé. Et personne n’a jamais pu déchiffrer ce qu’on appelle le code de Katharina : des chiffres, des lignes et une croix que la jeune femme avait griffonnés sur une feuille trouvée dans sa cuisine.
L’ouverture d’une enquête sur son mari, Martin, suspecté d’avoir jadis été impliqué dans l’enlèvement de la fille d’un industriel milliardaire, laisse envisager un lien entre les deux affaires. Mais tout cela remonte à si longtemps… Wisting sera t-il capable d’arracher des aveux à un homme avec qui, sans être tout à fait son ami, il pratique parfois la pêche au lancer et à la foëne ?

Jørn Lier Horst, un auteur norvégien que j’adore. Sa série d’enquêtes met en scène l’inspecteur William Wisting et sa fille journaliste, Line. C’est un duo dont j’aime beaucoup suivre les aventures. J’ai lu tous les livres et j’attends toujours le prochain avec impatience. Ce qui est intéressant, c’est la relation entre le père et la fille, qui ont des métiers connexes, mais qui ne sont pas toujours compatibles. Si William doit tenter d’enquêter en gardant des informations secrètes afin de ne pas compromettre l’opération policière, sa fille quant à elle, est à la recherche de la nouvelle qui fera la première page du journal.

Cette fois, certaines choses changent. Même si on peut lire sans problème les enquêtes dans l’ordre ou dans le désordre, les personnages évoluent tout de même d’un tome à l’autre. Personnellement, je n’ai pas lu la série dans l’ordre et ça ne m’a pas dérangée du tout dans ma lecture. On suit très bien l’évolution et on comprend les enquêtes, qui sont indépendantes. D’ailleurs, les publications en français ne suivent pas forcément la fréquence de publication des romans en norvégiens. Ils ne sont pas tous traduits. On peut donc choisir de lire un seul titre et comprendre tout de même le contexte. 

Dans cette nouvelle enquête, deux vieux dossiers de disparitions refont surface. Celui de Katharina, disparue vingt-quatre ans plus tôt, en laissant un drôle de message codé indéchiffrable sur la table de la cuisine. Wisting a enquêté sur cette affaire non résolue et il est devenu ami avec le mari de Katharina. Les deux hommes avaient le même âge et Wisting éprouvait de la compassion pour ce mari affligé. Parce qu’il n’a jamais pu trouver de réponses à cette disparition, cette affaire le hante. Chaque année à la date anniversaire, il regarde les dossiers de cette affaire en espérant qu’un nouveau détail refasse surface.

« Le mensonge était une composante de toute enquête. Tout le monde racontait des mensonges. Rarement des mensonges directs, mais la vaste majorité des gens contournaient la vérité d’une manière ou d’une autre. On était ambigu, on taisait certains éléments, on exagérait, on arrangeait la vérité pour se rendre plus intéressant, on passait sous silence des informations nous plaçant sous un mauvais jour. »

Une autre ancienne affaire de disparition, celle de Nadia, la fille d’un industriel milliardaire, est réouverte par le groupe d’enquêteurs de crimes non résolus. C’est à cause de cette affaire que Line est convoquée à son journal, même si elle est officiellement en congé. Line est maintenant maman et elle remet en question son travail de journaliste d’enquête. Elle se demande s’il n’est pas temps de changer. Toutefois, son journal lui demande de travailler sur l’affaire de la disparition de Nadia. Des articles papier, des articles en ligne et même un balado sont prévus, ce qui est nouveau pour Line et l’intéresse beaucoup. Le côté plus technologique de son travail est abordé en arrière-plan de l’intrigue.  

On sent également les tensions et les secrets entre les différents corps de police. Certains plus hauts gradés conservent des informations pour eux, afin de ne pas trop en dévoiler. Une certaine manipulation se fait, dans l’ombre, afin de réussir à ce que chacun travaille dans la même direction, mais sans trop ébruiter l’affaire. Même chose pour les médias qui travaillent à la course aux nouvelles et donc, se font concurrence. Les choses changent aussi pour Wisting qui doit travailler à une restructuration au sein de son département, pour laquelle il n’est pas très enthousiasme. On sent un air de changement à venir, peut-être dans les prochains tomes?

« Il s’extirpa de son sac de couchage, s’assit sur le lit. Il faisait froid dans la chambre. Il enfila des chaussettes, un pantalon, une chemise, un pull. Puis il alluma le poêle de la cuisine avant de prendre le seau pour le remplir au ruisseau. Ses pas dans l’herbe, le murmure du ruisseau, quelques gazouillis d’oiseaux, et le silence, un silence qui n’était pas l’absence de bruit, mais des bruits qui ne dérangeaient pas. Ce qui dérangeait, c’était la rumeur de la civilisation, créée par l’homme. Le silence d’ici affûtait les sens, clarifiait les idées. »

Comme toujours chez Jørn Lier Horst, un ancien inspecteur de police, ce sont les rouages des enquêtes et le travail des policiers qui sont au premier plan. Ses livres sont de très bons romans d’enquête, axés sur les procédures, les recherches, le travail de filature, la surveillance électronique, le travail quotidien policier et journalistique. Ce que personnellement j’adore, bien plus qu’un thriller par exemple. De voir évoluer l’équipe de policiers et parallèlement celle de journalistes nous permet de percevoir les affaires policières qui se déroulent devant nos yeux d’une autre façon. C’est intéressant et on sait à l’avance que l’on passera un bon moment. L’auteur a un don pour créer des enquêtes étranges, sur lesquelles on se pose beaucoup de questions. Surtout quand les deux affaires de disparitions, celle de Nadia et celle de Katharina, semblent se recouper étrangement…

Le code de Katharina m’a beaucoup plu. C’est un roman qu’on a de la difficulté à lâcher tant cette histoire de disparition et de code secret est intrigante. C’était également un grand plaisir de retrouver William et Line à nouveau. Vivement la prochaine enquête!

Mon avis sur les autres romans de l’auteur mettant en scène William Wisting et sa fille Line:

Le code de Katharina, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 464 pages, 2021

Fermé pour l’hiver

fermé pour l'hiverUn cambrioleur cagoulé est retrouvé assassiné dans un chalet du comté de Vestfold, au sud de la Norvège. William Wisting, inspecteur de la police criminelle de Larvik, une ville moyenne située à une centaine de kilomètres d’Oslo, est chargé de l’enquête. Très vite, la situation se complique. Le propriétaire du chalet, un célèbre présentateur de télévision, reste étrangement injoignable. Un homme mystérieux agresse Wisting en pleine nuit et lui vole sa voiture alors qu’il quitte la scène du crime. Pire, le cadavre du cambrioleur est dérobé à la morgue avant d’avoir pu être autopsié et l’incendie d’un appartement détruit des indices essentiels à l’investigation. Pour corser le tout, la propre fille de Wisting se voit mêlée à l’enquête quand elle découvre un second corps à la dérive dans une barque. Et pendant ce temps, des oiseaux morts tombent du ciel comme des mouches, dans ce comté bien tranquille…

J’avais adoré ma lecture de L’usurpateur, ma première découverte de l’auteur Jørn Lier Horst. Ses livres mettent en scène l’inspecteur William Wisting ainsi que sa fille Line qui est journaliste. Les enquêtes du premier se confondent bien souvent avec celles de sa fille et finissent par se rejoindre. C’est ce que je trouve intéressant dans les personnages de Horst. Le duo d’enquêteurs est donc assez original et l’aspect familial est très présent. William Wisting est un homme sensible, soucieux de son travail, de ses collègues, des victimes et de ceux qui sont mit à l’écart de la société. Sa fille est tout aussi humaine que lui et le journalisme d’investigation est, pour elle, un véritable mode de vie, plutôt qu’un simple travail.

Fermé pour l’hiver se déroule en automne, au moment où les gens ferment leurs chalets pour l’hiver, avant la tombée de la neige. C’est une époque où la nature est belle et où les gens vont en profiter encore un peu avant la fermeture.

« Il aimait cette époque de l’année, avant la chute des feuilles. Le dernier séjour au chalet de Stavern, pour clouer les panneaux devant les fenêtres, remonter le bateau et fermer pour l’hiver. C’était une perspective à laquelle il se réjouissait pendant tout l’été. »

De nombreux cambriolages dans des chalets d’un même secteur et la découverte d’un corps déclenche une grande enquête. Le propriétaire connu du chalet est introuvable, Wisting se fait agresser et voler sa voiture, d’autres cadavres et scènes de crimes sont découverts et l’enquête s’alourdie de plus en plus. En plus, il y a cette histoire étonnante d’oiseaux qui tombent du ciel…

L’enquête est difficile puisque plus les policiers découvrent de choses, plus l’enquête devient floue. Des corps, différentes armes du crime, des déplacements particuliers que les enquêteurs doivent pister, beaucoup de questions qui ne trouvent que peu de réponses. Les corps disparaissent et les éléments de l’enquête sont de plus en plus difficile à assembler. Line se retrouve bien malgré elle impliquée, alors qu’elle choisi de vivre pendant un moment au chalet qui appartient maintenant à son père. L’enquête semble complexe et c’est ce que j’aime chez Horst: les fils finissent par se dénouer doucement et tout se met en place. J’ai aimé l’atmosphère générale du roman dont la première partie se déroule beaucoup dans l’univers des chalets et dans une nature plus sauvage, au bord de l’eau.

Le roman amène aussi une réflexion sur la vie, la pauvreté, les choix que les citoyens font quand ils n’en ont plus de choix justement. C’est ce que je trouve intéressant dans ce livre. Le personnage de Wisting ne se contente pas de rendre justice, il essaie aussi de mieux comprendre l’humain et les agissements des criminels. Ça ne veut pas dire qu’il les approuve. Mais il amène une forme de sensibilité à son enquête qui me plaît bien. Celle-ci est d’ailleurs bien menée et parfois des éléments étonnent, surtout quand on en comprend les rouages. C’était la même chose avec L’usurpateur.

Je dois préciser que les livres de Horst ne sont pas traduits dans l’ordre, comme ça arrive bien souvent avec les séries policières. Ça ne m’a pas particulièrement dérangée jusqu’à maintenant avec cette deuxième lecture (qui a été publiée avant L’usurpateur). J’ai toutefois appris plus de choses sur la famille Wisting, sur la vie privée de William et sur le travail et la vie de Line. Je dirais que de façon générale, on peut lire les livres dans l’ordre ou dans le désordre, le plaisir de lecture est toujours au rendez-vous.

J’aime la façon dont l’auteur amène son sujet et les différents revirements de situations qu’il sait donner à son histoire. Si L’usurpateur m’a un peu plus surprise et que jusqu’à maintenant, il reste mon préféré, j’ai passé un bon moment de lecture avec Fermé pour l’hiver. L’ambiance nature et chalet est très agréable, même si à la moitié du livre de nouvelles découvertes amène Wisting à sortir des frontières de la Norvège et à s’interroger sur des problèmes de société qui vont bien au-delà de son enquête.

« Où serions-nous si nous savions tout ce qui va venir? interrogea-t-il. Il ne resterait plus rien. Espoir, foi et rêves n’auraient plus de sens. »

Cette seconde lecture d’un livre de Jørn Lier Horst confirme mon plaisir de lire cet auteur. J’apprécie la façon dont il mène son histoire. C’est divertissant, ça nous porte à réfléchir et le lieu de ses histoires, la Norvège, me plait particulièrement. Si vous aimez les séries policières, je vous conseille vraiment de découvrir cet auteur.

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En complément 
L’univers de l’inspecteur William Wisting a été adapté en série par les producteurs de Millénium et de Wallander. J’avais beaucoup aimé cette dernière série, même si Wallander est un personnage beaucoup plus torturé. J’espère que Wisting se rendra jusqu’à nous en français, j’aimerais beaucoup pouvoir la voir un de ces jours! Si vous avez pu la visionner (je sais qu’elle est passée en France par exemple), dites-moi ce que vous en avez pensé! Je serais très curieuse de retrouver les Wisting, père et fille, à l’écran!

En attendant, je vais me concentrer sur les livres. J’ai un troisième titre de la série William Wisting dans ma pile et je compte bien le lire bientôt!

Fermé pour l’hiver, Jørn Lier Horst, éditions Folio, 448 pages, 2018

L’usurpateur

l'usurpateurUn homme mort depuis quatre mois retrouvé devant sa télé allumée ; un autre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un prospectus sur lequel la police retrouve les empreintes d’un tueur en série américain, c’est bien plus qu’il n’en faut pour lancer Line Wisting, journaliste à VG, et son père William, inspecteur de la police de Larvik, dans des enquêtes dont ils ne peuvent mesurer les conséquences…
À quelques jours de Noël, par moins quinze et sous la neige, va s’engager une des plus incroyables chasses à l’homme que la Norvège ait connues.

L’usurpateur est un roman policier très intéressant que j’ai lu avec un plaisir grandissant à mesure que l’enquête avancait. Il y a quelque chose de fascinant dans cette histoire, de terrifiant aussi. Nous sommes en Norvège, en plein hiver. Il fait froid et la neige recouvre tout. Alors qu’on découvre un voisin des Wisting décédé depuis quatre mois et pratiquement momifié dans son fauteuil, Line qui est journaliste décide de faire un papier sur l’extrême solitude du vieil homme. Il est inconcevable pour elle qu’un homme puisse mourir sans que quiconque ne s’en préoccupe. Elle réussit à obtenir l’autorisation nécessaire et les clés de la maison de l’homme pour faire sa petite enquête sur ce qu’a été sa vie et éventuellement, un long article pour son journal. À l’approche des Fêtes, la tristesse de cette solitude et de cette mort ignorée de tous la peine profondément.

« Je voudrais faire un papier sur comment une chose pareille a pu arriver. Comment il est possible d’être si seul et oublié de tous qu’il faut quatre mois pour que quelqu’un s’aperçoive par hasard qu’on est mort. »

De son côté, son père, inspecteur, se retrouve à enquêter sur la découverte d’un corps dans une plantation de sapins. Les circonstances de son décès – le lieu où reposait le corps et les indices retrouvés près de lui – amènent l’équipe de William Wisting à faire de nombreuses recherches pour réussir à mettre un nom sur l’homme décédé. L’homme, surtout, avait été poussé sous un sapin et portait des vêtements d’été. Il était là depuis des mois.

« C’est curieux qu’il ne figure pas sur la liste des disparus. S’il est sous ce sapin depuis l’été dernier, on aurait dû s’apercevoir de sa disparition, non? »

Les deux hommes sont morts à peu près au même moment. Personne ne se souciait suffisamment d’eux pour déclarer leur disparition. C’est l’élément déclencheur qui poussera William et Line à enquêter chacun de leur côté pour des raisons différentes. Il suffira d’une découverte, puis d’une autre pour étoffer l’enquête et mettre à jour des éléments étonnants qui amèneront différents pays à collaborer ensemble pour arrêter un criminel qui sévit depuis beaucoup trop longtemps.

« Sa pensée suivante lui donna une sensation rampante de froid. Quelque part dehors se promenait un tueur en série. »

Jørn Lier Horst met en scène dans ses romans policier, un duo père-fille très attachant. Les deux vivent seuls chacun de leur côté. Line est une bonne journaliste, qui s’intéresse à des sujets différents qui détonnent un peu. Elle tente toujours de donner un angle particulier à ses papiers, pour faire réfléchir les lecteurs et apporter un éclairage nouveau sur des sujets de société. Elle adore la photographie qu’elle pratique depuis qu’elle est enfant.

William, son père, est un enquêteur soucieux, avec une bonne équipe de travail. Il tente de faire du monde un lieu plus sécuritaire et de rendre justice aux victimes. Il est secondé par une équipe solide où chacun se spécialise dans un domaine en particulier. J’ai beaucoup aimé ce duo improbable, inspecteur et journaliste, qui nous permet de voir les deux côtés d’une médaille, soit le travail policier versus le travail de terrain pour publier une nouvelle intéressante. Line par exemple, ne le fait pas à tout prix et a une bonne éthique de travail.

Dans L’usurpateur, la solitude est un sujet qui revient souvent, que ce soit à travers les différents corps qui ont été retrouvés ou par les personnages, William et Line, qui mènent des vies solitaires rythmées par le travail. La solitude est aussi un thème récurrent dans la façon dont le criminel profite de ses victimes et réussit à passer inaperçu. La solitude peut être une bénédiction ou un fléau, tout dépend de la façon dont elle est vécue. Ou dans ce cas-ci, utilisée.

Un roman policier d’enquête que j’ai beaucoup aimé, tant pour son cadre – la Norvège en hiver – que pour ses personnages attachants. La trame de l’enquête est passionnante, faite de recherches généalogiques et historiques. L’histoire permet de découvrir le concept « d’homme de caverne » et de suivre l’évolution et la pensée d’inspecteurs qui tentent de démystifier les faits et gestes d’un tueur aguerri qui sait comment passer inaperçu. Une enquête fascinante qui se développe tranquillement au fil des découvertes que font les enquêteurs. Découvertes qui tardent à arriver par moments, puisque dès qu’ils avancent un peu, les résultats étonnent et ne correspondent pas forcément à ce qu’ils attendaient.

« Cette affaire avait un côté effrayant. Qu’il n’avait pas connu par le passé, qui le faisait se sentir comme un enfant qui ne voyait rien dans le noir, mais qui savait qu’il y avait quelque chose. »

J’ai très envie de lire les deux autres titres de Jørn Lier Horst qui sont disponibles en français. J’espère que les autres enquêtes de William Wisting seront éventuellement traduites également. Une belle découverte!

L’usurpateur, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 448 pages, 2019