Thornhill

ThornhillMary a habité là pendant des années. Entre ses murs, elle a vécu les pires moments de sa vie. Ella, elle, ne peut s’empêcher d’observer cet étrange endroit depuis sa chambre. La nuit, elle se demande ce qu’il cache. Certains ne voient en lui qu’un vieil orphelinat. D’autres sont au courant de son secret… Mais tout le monde connaît son nom. Thornhill.

Je ne connaissais rien de ce roman avant de mettre la main dessus. J’ai été tout de suite attirée par l’objet-livre: couverture rigide, pages noires et blanches, tranches du livre noires. Il y a quelque chose de très « halloweenesque » dans l’apparence de ce roman qui pousse à le découvrir. J’ai lu le résumé, qui me donnait l’impression que j’allais lire une histoire terrifiante, quelque chose d’un peu effrayant, de gothique ou en lien avec un lieu hanté. C’est très attirant. Sauf que ce livre n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais…

Il y a certaines choses que j’ai adoré dans ce roman, mais en général l’histoire ne m’a pas plu plus que cela. Commençons par les points positifs. L’objet en lui-même est magnifique, tout en noir et blanc. J’ai aussi beaucoup aimé la présentation, qui me rappelle les très beaux livres de Brian Selznick, en alternant le texte et l’image. Ici, l’image raconte une histoire, autant que les portions de texte, un peu comme le fait très bien Selznick.

Le roman nous présente deux fillettes. Mary, qui écrit son journal en 1982 et vit à Thornhill, un vieil orphelinat. Son histoire, ce sont les portions de texte. Et il y a Ella, qui vient d’aménager en face de Thornhill et qui découvre peu à peu l’histoire de Mary. Ella vit en 2017 et son histoire est uniquement racontée en images. Les chapitres alternent entre les deux. Le résumé, l’apparence du livre et même l’avertissement au début des données de publication (Ce livre peut provoquer des frissons de peur), me donnaient l’impression que j’allais ouvrir un roman d’horreur. C’est un peu le cas, mais pas au sens où je le comprenais.

Thornhill est l’histoire d’un harcèlement psychologique intense envers une fillette différente, coincée dans un orphelinat où chacun lui fait la vie dure. Même les intervenants se fichent d’elle et ne font rien. La manipulation, l’humiliation, les moqueries, sont le lot quotidien de Mary. Pour rester saine d’esprit, la fillette frappée de mutisme sélectif, construit des poupées et des figurines. Sa chambre de l’orphelinat en est remplie. Dans le livre, elle raconte ce qu’elle vit jour après jour, la façon dont Elle, la harcèle. La façon dont Mary vit avec ce fardeau, sa tristesse, son malheur. Le fait qu’elle n’en parle à personne et qu’elle continue de subir. Nuit et jour, Elle la harcèle. Elle c’est sa harceleuse, mais elle n’a pas de nom.

« Les coupures sur mes mains et mes pieds guérissent. Les signes extérieurs de ce qui m’est arrivé sont en train de s’effacer. Mais à l’intérieur, je suis brisée. »

De l’autre côté de la rue, des années plus tard, Ella part en exploration à Thornhill. Elle découvre l’histoire de Mary. Elle tombe sur des poupées, laissées ici et là dans les jardins et dans la demeure. Elle entreprend de les restaurer et de les retourner à sa propriétaire. Ella est aussi seule que pouvait l’être Mary.

La seule chose qui adoucit la vie de Mary, c’est d’avoir accès au jardin. Comme elle lit beaucoup, il y a plusieurs référence au livre Le jardin secret de Frances Hodgson Burnett. Mais même le jardin lui sera enlevé. C’est ce que j’ai trouvé lourd finalement dans l’histoire. Tout s’acharne continuellement sur Mary et elle ne fait que subir et subir.

Thornhill est en fait une histoire de grande solitude, de harcèlement physique et psychologique, de colère, de tristesse et d’injustice. Je m’attendais à lire quelque chose de fantastique (oui, il y a un brin de fantastique, mais encore là pas dans le sens où je m’y attendais) tout comme je ne m’attendais pas à une histoire de harcèlement. Je n’avais pas particulièrement envie de lire ça, des scènes d’agression qui se poursuivent jour après jour alors que Mary ne dit rien et que personne n’intervient. Même si c’est un problème dont on doit parler, un thème qu’il est essentiel de retrouver dans la littérature, j’ai eu un malaise avec cette histoire parce que ce n’est pas ce que je m’attendais à y trouver et pas particulièrement le genre d’histoire que j’avais envie de lire. Même chose pour les poupées. Je n’ai pas vraiment d’intérêt pour ces objets et je n’avais pas particulièrement envie de lire une histoire où elles sont au centre du roman.

Je m’attendais donc à toute autre chose en lisant ce livre, de là ma grande déception. En connaissant à l’avance les thèmes abordés, je ne l’aurais sans doute pas lu. J’ai peut-être mal interprété la quatrième de couverture, mais je m’attendais à une histoire de fantôme effrayante… J’ai tout de même aimé la fin, qui laisse un sous-entendu intéressant. Reste que Thornhill est un endroit terrifiant, surtout lorsqu’on lit les dernières pages. L’histoire, cependant, n’est pas vraiment ce que j’espérais.

Vous avez lu ce livre? Vous l’avez aimé? Est-ce que vous vous attendiez à autre chose en le lisant?

Thornhill, Pam Smy, éditions du Rouergue, 544 pages, 2019

Z comme Zacharie

Z comme ZacharieSur la terre ravagée par un cataclysme, Ann reste seule dans sa vallée miraculeusement épargnée. Avec quelques animaux, la petite ferme, elle redécouvre le travail danse la nature comme avant les machines. Mais il y avait un autre survivant… Est-ce la promesse d’une vie à deux où tout peut renaître ? Ou bien l’inconnu porte-t-il avec lui une menace plus redoutable que celle des radiations mortelles?

Robert Leslie Carroll Conly était journaliste pour National Geographic. Comme son contrat ne l’autorisait pas à publier pour un autre éditeur, il commença à écrire des livres sous le nom de Robert C. O’Brien. Principalement des livres jeunesse. À la base, Z comme Zacharie devait être un livre pour adulte, mais il a été publié sous l’étiquette « roman jeunesse ». Il est paru à titre posthume, un an après la mort de l’auteur. C’est sa femme et sa fille qui en ont terminé l’écriture d’après les notes qu’il avait laissé.

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Écrit au début des années 70, ce roman post-apocalyptique est plutôt intéressant, même s’il a un peu vieillit. Je m’y suis intéressée en tombant sur le film qui en a été adapté. Je ne l’ai pas encore vu car je souhaitais lire le roman en premier. Par contre, les premières images que j’en ai semblent assez différentes quant à la dynamique des personnages dans le film. Ils semblent être trois alors que dans le livre, il n’y a que deux personnages.

Dans le roman, écrit sous forme de journal, nous suivons Ann Burden, une jeune fille de seize ans. Le monde dans lequel elle vit est dévasté par la radioactivité. On ne sait pas grand chose de cette catastrophe, si ce n’est que ça se déroule après la guerre et que tout, ou presque, semble avoir subit des radiations. Ann se retrouve seule sur la ferme familiale, dans une vallée toujours verte et sensiblement encore viable et en bonne santé. Elle tente de survivre et son quotidien se partage entre les animaux de la ferme, les cultures, le magasin et le temple. Le reste est mort et il n’y a personne d’autre. Jusqu’à ce jour où elle aperçoit quelqu’un qui semble avancer tranquillement dans la vallée.

C’est à l’arrivée de cet homme que tout change pour Ann. Ce qu’elle attendait de la présence d’un autre être humain, ce qui avait nourri ses rêves d’adolescente de ne pas terminer sa vie seule au monde, semble se concrétiser. Cependant, elle se retrouve vite à devoir s’occuper de l’homme surgit de nulle part et leur relation prend une tournure inattendue, voire inquiétante…

« Je vis dans la peur constante d’être repérée et pourchassée. »

L’idée derrière le roman est vraiment intéressante et l’auteur réussit à nous faire vivre plusieurs émotions aux côtés d’Ann. On voit rapidement que ce roman a été écrit à une autre époque et que les rêves qui animent Ann – fonder une famille, devenir enseignante, s’occuper d’enfants, se marier ainsi que l’aspect religieux – a un petit côté suranné, tant dans les dialogues que dans l’apparente docilité de la jeune fille. Ça peut sembler agaçant au début, mais en replaçant le roman dans son contexte, Ann se révèle assez forte et décidée. Elle sait ce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas accepter. C’est aussi pour son petit côté un peu vieillot que le roman se lit aujourd’hui avec plaisir.

L’histoire est racontée par Ann, sous forme de journal personnel. Les entrées sont datées, mais sans année. Le roman laisse donc penser que l’auteur souhaitait conserver un flou quant au moment exact des événements. Ils pourraient se passer à n’importe quelle époque. Dans son journal, Ann parle de l’inconnu, John, un chercheur spécialiste de la contamination radioactive. Elle parle de son arrivée et de la grande solitude qu’elle ressentait à l’idée de se croire seule au monde. Elle parle des solutions qu’elle tente de mettre en place pour survivre et améliorer son quotidien sans épuiser les ressources qu’elle a sous la main.

« Même après tout ce temps, j’ai encore du mal à admettre que je ne serai rien du tout, que je n’aurai jamais aucun métier, que je n’irai nulle part et ne ferai rien, sinon ce que je fais ici. »

Z comme Zacharie est un roman que j’ai trouvé intéressant à lire, surtout parce que l’auteur réussit à garder un certain suspense quant à ce qui va se passer entre Ann et le nouveau venu. Sa vie sur la ferme va changer du tout au tout et pourtant, elle demeure forte et n’est pas amère. Elle croit qu’il y a quelque chose de beau au-delà des difficultés qu’ils peuvent traverser, même quand la vie semble anéantie partout autour d’elle. C’est un personnage plein de gentillesse, qui pense bien souvent aux autres avant elle-même.

J’ai hâte de voir l’adaptation du film car je crois qu’avec la vision d’aujourd’hui, il y a sûrement une idée intéressante à en tirer. De mon côté, ce livre m’a beaucoup plu. Il semble introuvable aujourd’hui et n’a jamais vraiment été réédité. C’est pourtant une histoire plutôt captivante, qui aborde l’écologie, la survie, la vie quotidienne sur la ferme quand les ressources sont très limitées. C’est également un beau portrait de jeune femme, surtout pour son époque, qui met en lumière de belles qualités: la gentillesse, le don de soi et la débrouillardise.

Une belle lecture.

Z comme Zacharie, Robert C. O’Brien, éditions Le livre de poche, 317 pages, 1986

Le journal d’Alphonse

journal d'alphonseAlphonse Béliveau est âgé de 24 ans lorsqu’il s’engage dans l’aviation. Le jour de son départ pour l’Angleterre, le 3 mai 1942, il entreprend la rédaction d’un journal qu’il destine à sa mère au cas où il perdrait la vie. Peu de militaires ont eu le loisir — ou la persévérance — de s’adonner à la rédaction d’un journal. On y lit donc, non sans émotions, les états d’âme d’Alphonse Béliveau, son quotidien, sa traversée en mer, ses appréhensions de la mort et bien d’autres détails d’une grande valeur historique.

Le livre débute par un avant-propos qui parle d’Alphonse Béliveau qui s’est enrôlé en 1940. Il s’est entraîné au Canada avant d’être envoyé en Angleterre. L’historien Jean Thibault qui annote le journal d’Alphonse, relate la guerre en Europe de 1939 à 1942, la façon dont les Allemands avancent dans leur conquête. Suit une courte biographie d’Alphonse Béliveau, son apprentissage des rudiments militaires.

Alphonse débute son journal au moment où il part pour l’Europe. C’est un document rare, étant donné le peu de temps alloué aux militaires pour leurs loisirs, la censure qui est en place en ce qui concerne le courrier et les journaux, ainsi que les moments de pratique et la guerre. Les écrits d’Alphonse ont traversés le temps et se sont rendus jusqu’à nous. Il écrivait ce journal pour sa mère, au cas où il ne reviendrait pas. Très catholique, Alphonse fait de plus en plus allusion à sa mort et au fait qu’il pourrait ne pas revenir, priant et demandant la paix à Dieu.

Ce journal, conçu comme un véritable carnet et en ayant l’apparence, nous apprend énormément de choses sur le quotidien des militaires, sur la vie à cette époque et sur la façon dont la guerre était vécue par quelqu’un comme Alphonse. Le livre reproduit l’écriture manuscrite d’Alphonse et l’historien Jean Thibault ajoute des notes à la fin de certains paragraphes, nous éclairant sur différents aspects abordés par Alphonse ou sur la période historique où son journal se déroulait.

Alphonse Béliveau œuvrait dans l’aviation. Il avait donc un bon poste, mangeait mieux que ses compatriotes militaires surtout lors de la traversée en bateau, était souvent mieux logé, plus instruit. Il a étudié la théologie et a été professeur de mathématiques. Cette instruction se ressent dans son journal. À travers la lecture de ce carnet, on remarque rapidement qu’Alphonse ne percevait peut-être pas la pleine réalité de la guerre, puisque ses conditions de vie pour la traversée par exemple, ressemble beaucoup plus à des vacances. C’est quand il sera confronté aux bombardements qu’il prendra conscience de toute l’ampleur de ce qui se joue autour de lui.

« À minuit moins quart j’allais sur le pont; il faisait très noir; à peine une couple d’étoiles perçant les nuages, et la lune rouge et flamboyante. Flamboyante est le mot, car les nuages et le brouillard lui donnaient une apparence d’un immense incendie dans le lointain. »

Cet ouvrage a été une fabuleuse lecture pour moi. C’est un coup de cœur, tant au niveau du contenu que de l’objet, qui nous donne l’impression de tenir entre nos mains un véritable carnet. L’ouvrage se lit d’ailleurs comme tel. L’écriture est sympathique, on s’y sent très proche, puisque l’auteur nous fait vivre à travers son histoire ce qui s’est réellement passé à ce moment, dans sa vie. Les entraînements en aviation, ses pratiques, la découverte de l’Angleterre, les différentes cultures, la religion, sa fiancée, les rationnements, les conditions de vie et son environnement. Nous avons l’impression d’être à ses côtés. Alphonse est très attachant et son carnet est touchant surtout parce qu’on sait qu’il ne reviendra jamais de la guerre.

Ce document d’exception est le journal d’un homme ayant vécu pendant cette période clé de l’histoire. Les notes de l’historien nous aide à avoir une meilleure compréhension du texte et de ce qu’Alphonse pouvait vivre à ce moment-là comme militaire et aviateur.

Un ouvrage que je conseille fortement. C’est un des livres que j’ai aimé le plus découvrir. Un véritable plaisir de lecture, en plus d’être un ouvrage précieux comme témoignage de toute une époque. À lire absolument!

Le journal d’Alphonse, Alphonse Béliveau, Jean Thibault, Société d’histoire de Drummondville, 124 Pages, 2011

Les Bleed

Les Bleed (2)À Mahbad, la famille Bleed règne depuis trois générations. Le dernier-né, Vadim Bleed, sollicite un second mandat lors d’une élection présidentielle aux allures de spectacle à grand déploiement. Ce n’est qu’une formalité, après tout : la journée est réglée au quart de tour, et si quelques bulletins de vote disparaissent, ce ne sera pas la fin du monde. Mais les événements tournent mal. Sur la Place de la Révolution et dans les rues de Qala Phratteh, de violents affrontements éclatent alors que la population réclame un nouveau gouvernement. Les résultats du scrutin se font attendre, les forces de l’ordre fourbissent leurs armes, et Vadim Bleed manque à l’appel. Son père, Mustafa Bleed, éminence grise ou pantin désarticulé, croyait pourtant avoir les choses en main.

Je trouve intéressant, parfois, de sortir de sa zone de confort en lisant autre chose que ce qu’on a l’habitude de lire. C’est pourquoi, lorsque j’ai reçu Les Bleed, j’ai décidé de le lire même si je n’avais pas choisi ce livre. Je ne connais pas du tout l’auteur, mais j’aime ce que publie La Peuplade en général. Cet éditeur est au centre de beaucoup de mes lectures « coups de cœur ».

Présenté comme un thriller politique, Les Bleed raconte la longue déchéance d’une dynastie politique, perpétuée de père en fils depuis trois générations. À la tête du pays, le clan Bleed, dont les femmes sont les grandes absentes, dirige tout (ou manipule tout). Mais le dernier né, Vadim, en quête d’un second mandat, n’est pas à la hauteur de l’héritage familial.

« C’est une chose d’être dirigé par un farouche dictateur, c’en est une autre de l’être par l’ombre absente de son héritier. »

Le roman de Dimitri Nasrallah est un récit à deux voix, en alternance: d’un côté Vadim, qui brille la plupart du temps par son absence et son je-m’en-foutisme de la machine électorale (alors qu’officiellement c’est lui qui doit être réélu) et son père Mustafa, qui tire les ficelles du jeu politique et magouille pour redonner à nouveau à la famille Bleed son prestige.  On réalise vite en lisant le roman que sous les apparences, l’empire politique n’est qu’une vaste supercherie en train de couler et ce, même si les Bleed dirigent tout, changent les livres d’histoire à leur convenance et n’hésitent pas à perdre quelques boîtes de vote ou à faire tomber des têtes qui dérangent.

Le père, Mustafa, dirige dans l’ombre avec le souvenir de son propre père comme ayant grandement accompli pour le pays alors que la population demande la fin du règne de la famille Bleed. Vadim, lui, est un adulte qui n’a pas grandi. Toujours partant pour faire la fête, il voyage en avion comme on prend le métro, baigne dans la drogue et est grisé par la vitesse. En parallèle de leurs doléances mutuelles, le roman est entrecoupé d’extraits de blogues, de journaux, d’articles d’opinion. C’est à travers le cri du peuple que se dessine la révolte qui tournera à la guerre civile. Cette construction permet d’être dans la tête des personnages principaux et de vivre avec la population, le déchirement d’une élection qui ne semble pas avoir de fin.

« Je connais ce pays depuis sa construction, j’ai traversé son histoire à travers six déclarations d’état d’urgence, une guerre civile et d’innombrables défilés de la victoire. Les jeunes d’aujourd’hui sont incapables de se souvenir de ce qui s’est passé le mois dernier. Et, si vous voulez le savoir, c’est la raison pour laquelle nous avons nos problèmes actuels, selon moi. »

Je dois l’avouer, je m’attendais à plus de thriller et un peu moins de politique avec ce roman . Je ne vais pas d’emblée vers des ouvrages de politique, même de fiction. C’est sans doute l’un de sujets qui me passionne le moins. Le roman se lit bien, c’est accessible, même pour ceux qui ne sont pas férus de politique. On assiste aux coulisses du pouvoir, à la mise en place d’une dictature, aux dessous d’une élection qui vire à la guerre civile. Ça reste tout de même intéressant, mais ça ne m’a pas passionnée plus que ça. Ce n’est pas vraiment un sujet pour moi.

Cependant, je crois qu’il existe assez peu de romans qui tourne autour de l’univers politique, d’une dynastie politique comme celle qui nous est racontée dans Les Bleed. C’est donc un livre que je pourrais suggérer à quelqu’un qui s’intéresse à la politique. Moi, je suis plutôt passée à côté.

Les Bleed, Dimitri Nasrallah, éditions La Peuplade, 272 pages, 2018

Les Rêveries du promeneur solitaire

reveries promeneur solitaireÀ l’automne 1776, Rousseau, alors au crépuscule de sa vie, trouve refuge loin du « torrent du monde », dans une bienheureuse solitude magnifiée par la beauté de la nature. Au gré de ses promenades, le philosophe marche à la rencontre de lui-même, dans une introspection lyrique, admirablement sensible : entre souvenirs et méditations, il y embrasse le plaisir de la mémoire et de l’écriture, dans la pure conscience d’exister.

C’est à cause de la couverture du livre que j’ai eu envie d’aborder ce classique, qui reprend le tableau de Caspar David Friedrich, Le Promeneur au-dessus de la mer de brouillard. C’est une lecture qui n’est pas forcément légère. C’est dense et philosphique. Il faut prendre le temps de s’y arrêter. De manière générale j’ai apprécié ce livre, je suis content de l’avoir lu, même si je ne pense pas lire ses autres ouvrages. Il y a certaines promenades qui m’ont plus interpellé que d’autres.

Au début du livre, l’auteur est fâché contre les gens et le monde qui l’entoure. Les premières promenades sont beaucoup moins accrocheuses. L’auteur donne l’impression de se plaindre et d’être amer face aux gens. Il se sent persécuté. Puis, quand il se retrouve dans la nature, qu’il s’y plonge, ses propos sont plus allégés, plus calmes et le ton change. Ça devient vraiment de la belle lecture.

Il parle beaucoup de la botanique, des plantes et de la nature qui représente le lieu où tu peux prendre le temps de te reposer, de te laisser aller aux rêveries. Il préfère la nature aux gens. Il parle beaucoup du fait que les hommes ne sont pas foncièrement bons, qu’ils cherchent à rabaisser les autres, à mentir.

Les Rêveries, c’est un peu comme un journal de sa vie, de ses pensées. Ses pensées qui le tourmentent, qui le hantent sans cesse. Il a l’impression d’être tombé d’une autre planète. Il ne comprend pas que les gens ne voient pas les choses pour lesquelles lui, il éprouve une grande sensibilité. Il ne comprend pas comment les gens fonctionnent. Le côté religieux est très fort à son époque. Pour lui c’est une image qui cache une forme d’hypocrisie dans laquelle il ne souhaite pas être enrôlé. Il se retrouve donc plutôt seul. Il est toutefois heureux dans sa solitude, il essuie les moqueries des gens, mais pour lui, c’est une façon d’affirmer que son impression face au monde est bonne.

Écrit sous forme de journal à lui-même, nous découvrons assez rapidement dans la lecture des premiers chapitres, les raisons de sa solitude et de ses rêveries tourmentées dûes à l’incompréhension des gens autour de lui. Ces gens qui attisent la haine et s’attaquent à la sensibilité de son âme. Ce journal des rêveries d’un solitaire nous laisse entrevoir toutes les visions de l’état mental du personnage, nous apportant une piste de réponse quant à son retrait du monde.

J’adore l’idée de l’auteur d’écrire, non pas des chapitres, mais plutôt des promenades. Chaque chapitre est une nouvelle promenade qui nous téléporte vers une rêverie différente où la philosophie, racontée sous forme de journal de vie, nous mène à de nouveaux questionnements. Des raisonnement remplis de sagesse qui permettent à l’auteur de se questionner sur les individus, la société et sur sa propre personne.

 » Tout ce qui m’est extérieur m’est étranger désormais. Je n’ai plus en ce monde ni prochain, ni semblables, ni frère. Je suis sur la terre comme dans une planète étrangère, où je serais tombé de celle que j’habitais.  »

Dans son recueil, l’auteur se questionne beaucoup sur son passé, son présent et ce qu’il va devenir, ainsi que sur l’expérience acquise au cours de sa vie. Pourquoi d’ailleurs avoir toutes ces réponses vers la fin de sa vie alors qu’on en aurait eu encore plus besoin au départ? On le sent continuellement tourmenté sur la question de son existence, sur les démons qui le hantent et sur la méchanceté de l’être humain dans l’unique but de faire du mal à autrui.

Il fait beaucoup référence dans une certaine partie de son carnet au questionnement du mensonge et de la vérité. Qu’est-ce qu’un vrai mensonge? Un bon mensonge? Une vérité bonne à dire ou non? Y a t-il des mensonges qui sont « bien »? Son questionnement est entremêlé de philosophie qui nous amène à aborder son univers à la fois complexe et intéressant.

Un fait qui retient l’attention au cours de cette lecture: lors d’une de ses promenades, l’auteur fait plusieurs fois allusion à Plutarque. Il parle du fait qu’il fut la première lecture de son enfance et qu’il sera la dernière de sa vieillesse. Il est toujours intéressant de découvrir ce qui a pu donner un certain goût à la lecture à un auteur et surtout, le fait qu’en fin de vie il revient à ses premières lectures.

 » Dans le petit nombre de livres que je lis quelquefois encore, Plutarque est celui qui m’attache et me profite le plus. Ce fut la première lecture de mon enfance, ce sera la dernière de ma vieillesse. »

De toutes les habitations qu’a eu Rousseau dans sa vie, celle de l’Île St-Pierre est celle qui lui a donné le plus de bonheur. Il parle beaucoup de tout le bien que la nature lui procure et la place que la flore a dans sa vie, lui amenant des espaces de paix et des moments propices à la rêverie.

 » Je m’enfonce dans les vallons, dans les bois , pour me dérober autant qu’il est possible au souvenir des hommes et aux atteintes des méchants. Il me semble que sous les ombrages d’une forêt, je suis oublié, libre et paisible comme si je n’avais plus d’ennemis, ou que le feuillage des bois dût me garantir de leurs atteintes comme il les éloigne de mon souvenir. »

Dans ses Rêveries, Rousseau aborde de nombreux thèmes associés à la morale. Par exemple, la générosité, le fait d’offrir de bon coeur. Il en parle comme d’un grand bonheur lorsqu’on offre à l’autre avec son coeur et de ce que ça peut nous apporter. Les enfants et les animaux lui rendent bien cette appréciation tandis que l’humain (l’homme adulte) va, pour lui, se servir de cette belle sensibilité pour blesser celui qui offre un moment de bonheur.

Lors de sa dernière et courte promenade, Rousseau nous amène marcher sur le sentier qui l’a conduit vers madame Warens et les sentiments d’amour qu’il a éprouvé pour elle. Toutefois l’auteur n’aura pas eu la chance de terminer cette ultime promenade. Il est décédé d’une crise d’apoplexie, nous laissant dans une certaine confusion face à ce dernier chapitre non terminé. Il nous oblige, tout comme lui l’aurait fait, à rêvasser et imaginer une fin pour son autobiographie personnelle.

Les Rêveries du promeneur solitaire est un livre qui m’a bien plu, il aborde la philosophie et la réflexion, à travers la vie et le point de vue personnel de Rousseau. Un classique qui ne plaira pas forcément à tout le monde mais qui ira chercher les lecteurs un peu rêveurs, qui ont un penchant pour la philosophie, la nature (il en parle magnifiquement bien), même si certains passages sont un peu longs.

Les Rêveries du promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau, éditions Pocket, 176 pages, 2018