Le code de Katharina

Cela fait vingt-quatre ans que Katharina Haugen a disparu. Depuis, Wisting explore obstinément les archives de ce dossier non élucidé. Et personne n’a jamais pu déchiffrer ce qu’on appelle le code de Katharina : des chiffres, des lignes et une croix que la jeune femme avait griffonnés sur une feuille trouvée dans sa cuisine.
L’ouverture d’une enquête sur son mari, Martin, suspecté d’avoir jadis été impliqué dans l’enlèvement de la fille d’un industriel milliardaire, laisse envisager un lien entre les deux affaires. Mais tout cela remonte à si longtemps… Wisting sera t-il capable d’arracher des aveux à un homme avec qui, sans être tout à fait son ami, il pratique parfois la pêche au lancer et à la foëne ?

Jørn Lier Horst, un auteur norvégien que j’adore. Sa série d’enquêtes met en scène l’inspecteur William Wisting et sa fille journaliste, Line. C’est un duo dont j’aime beaucoup suivre les aventures. J’ai lu tous les livres et j’attends toujours le prochain avec impatience. Ce qui est intéressant, c’est la relation entre le père et la fille, qui ont des métiers connexes, mais qui ne sont pas toujours compatibles. Si William doit tenter d’enquêter en gardant des informations secrètes afin de ne pas compromettre l’opération policière, sa fille quant à elle, est à la recherche de la nouvelle qui fera la première page du journal.

Cette fois, certaines choses changent. Même si on peut lire sans problème les enquêtes dans l’ordre ou dans le désordre, les personnages évoluent tout de même d’un tome à l’autre. Personnellement, je n’ai pas lu la série dans l’ordre et ça ne m’a pas dérangée du tout dans ma lecture. On suit très bien l’évolution et on comprend les enquêtes, qui sont indépendantes. D’ailleurs, les publications en français ne suivent pas forcément la fréquence de publication des romans en norvégiens. Ils ne sont pas tous traduits. On peut donc choisir de lire un seul titre et comprendre tout de même le contexte. 

Dans cette nouvelle enquête, deux vieux dossiers de disparitions refont surface. Celui de Katharina, disparue vingt-quatre ans plus tôt, en laissant un drôle de message codé indéchiffrable sur la table de la cuisine. Wisting a enquêté sur cette affaire non résolue et il est devenu ami avec le mari de Katharina. Les deux hommes avaient le même âge et Wisting éprouvait de la compassion pour ce mari affligé. Parce qu’il n’a jamais pu trouver de réponses à cette disparition, cette affaire le hante. Chaque année à la date anniversaire, il regarde les dossiers de cette affaire en espérant qu’un nouveau détail refasse surface.

« Le mensonge était une composante de toute enquête. Tout le monde racontait des mensonges. Rarement des mensonges directs, mais la vaste majorité des gens contournaient la vérité d’une manière ou d’une autre. On était ambigu, on taisait certains éléments, on exagérait, on arrangeait la vérité pour se rendre plus intéressant, on passait sous silence des informations nous plaçant sous un mauvais jour. »

Une autre ancienne affaire de disparition, celle de Nadia, la fille d’un industriel milliardaire, est réouverte par le groupe d’enquêteurs de crimes non résolus. C’est à cause de cette affaire que Line est convoquée à son journal, même si elle est officiellement en congé. Line est maintenant maman et elle remet en question son travail de journaliste d’enquête. Elle se demande s’il n’est pas temps de changer. Toutefois, son journal lui demande de travailler sur l’affaire de la disparition de Nadia. Des articles papier, des articles en ligne et même un balado sont prévus, ce qui est nouveau pour Line et l’intéresse beaucoup. Le côté plus technologique de son travail est abordé en arrière-plan de l’intrigue.  

On sent également les tensions et les secrets entre les différents corps de police. Certains plus hauts gradés conservent des informations pour eux, afin de ne pas trop en dévoiler. Une certaine manipulation se fait, dans l’ombre, afin de réussir à ce que chacun travaille dans la même direction, mais sans trop ébruiter l’affaire. Même chose pour les médias qui travaillent à la course aux nouvelles et donc, se font concurrence. Les choses changent aussi pour Wisting qui doit travailler à une restructuration au sein de son département, pour laquelle il n’est pas très enthousiasme. On sent un air de changement à venir, peut-être dans les prochains tomes?

« Il s’extirpa de son sac de couchage, s’assit sur le lit. Il faisait froid dans la chambre. Il enfila des chaussettes, un pantalon, une chemise, un pull. Puis il alluma le poêle de la cuisine avant de prendre le seau pour le remplir au ruisseau. Ses pas dans l’herbe, le murmure du ruisseau, quelques gazouillis d’oiseaux, et le silence, un silence qui n’était pas l’absence de bruit, mais des bruits qui ne dérangeaient pas. Ce qui dérangeait, c’était la rumeur de la civilisation, créée par l’homme. Le silence d’ici affûtait les sens, clarifiait les idées. »

Comme toujours chez Jørn Lier Horst, un ancien inspecteur de police, ce sont les rouages des enquêtes et le travail des policiers qui sont au premier plan. Ses livres sont de très bons romans d’enquête, axés sur les procédures, les recherches, le travail de filature, la surveillance électronique, le travail quotidien policier et journalistique. Ce que personnellement j’adore, bien plus qu’un thriller par exemple. De voir évoluer l’équipe de policiers et parallèlement celle de journalistes nous permet de percevoir les affaires policières qui se déroulent devant nos yeux d’une autre façon. C’est intéressant et on sait à l’avance que l’on passera un bon moment. L’auteur a un don pour créer des enquêtes étranges, sur lesquelles on se pose beaucoup de questions. Surtout quand les deux affaires de disparitions, celle de Nadia et celle de Katharina, semblent se recouper étrangement…

Le code de Katharina m’a beaucoup plu. C’est un roman qu’on a de la difficulté à lâcher tant cette histoire de disparition et de code secret est intrigante. C’était également un grand plaisir de retrouver William et Line à nouveau. Vivement la prochaine enquête!

Mon avis sur les autres romans de l’auteur mettant en scène William Wisting et sa fille Line:

Le code de Katharina, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 464 pages, 2021

Le disparu de Larvik

À Larvik, l’été est là. Six mois se sont écoulés depuis la disparition de Jens Hummel et son taxi sans qu’aucun indice n’ait permis de faire avancer l’enquête de Wisting. Sa fille, Line, est revenue s’installer dans cette jolie ville côtière, à deux pas de chez lui, et elle profite de son congé maternité pour retaper la maison qu’elle vient d’acheter. Coup sur coup, deux événements surviennent qui offrent à Wisting une nouvelle piste à suivre. Mais les fils que son équipe et lui tirent viennent fragiliser une autre affaire dont le procès doit commencer sous peu. Affrontant les réticences de sa hiérarchie, et malgré l’imminence de l’accouchement de Line, Wisting suit jusqu’au bout son instinct de flic.

C’est toujours un grand plaisir de voir une nouvelle enquête de William Wisting être publiée. J’avais très hâte de me plonger dans Le disparu de Larvik. Et ça été un excellent moment de lecture. Je trouve les romans de Jørn Lier Horst très intéressants en général au niveau de l’enquête et de la façon qu’a l’auteur d’amener ses intrigues. L’enquête donne toujours l’impression de partir dans tous les sens et d’être vraiment étrange, sans queue ni tête, avant que tout se mette en place. On n’en comprend les ramifications et les rouages qu’à la fin.

Il y a souvent plusieurs enquêtes qui s’entremêlent et c’est ce qui me plaît chez cet auteur. Les coïncidences et les intrigues qui se croisent et se nouent de plus en plus… avant que Wisting n’en comprenne toute la profondeur. Jørn Lier Horst crée des univers qui me plaisent et il construit ses histoires avec des éléments vraiment intrigants. Ici, la disparition d’un chauffeur de taxi qui s’est volatilisé tout d’un coup sans laisser de traces et un énorme coffre-fort boulonné au plancher, fermé à clé, dans une maison récemment acquise par une amie de Line Wisting. Les deux événements, qui ne semblent pas être liés, recèlent plusieurs mystères.

Depuis la dernière enquête, les personnages ont beaucoup évolués. Line est sur le point de devenir maman et ne travaille plus vraiment au journal, même si elle poursuit ses investigations comme pigiste et aussi, par curiosité. Elle ne peut s’empêcher de suivre l’actualité et de mettre son nez dans les affaires de son père. Surtout depuis ses retrouvailles avec Sofie, une ancienne amie d’école, qui se retrouve impliquée dans l’enquête en cours, entraînant Line avec elle. Toutefois, une belle amitié se développe entre les deux femmes, ce qui est salutaire pour chacune. 

William Wisting pour sa part, piétine depuis des mois à résoudre une disparition mystérieuse. L’enquête est au point mort et on reproche beaucoup à son service de police la lenteur à offrir un dénouement. Jusqu’à ce que viennent s’entremêler les fils d’une autre enquête, dont le procès est sur le point de commencer. C’est l’occasion pour Wisting de se remettre en question. Il se demande s’il n’a pas fait son temps, s’il n’est pas trop vieux et si certaines choses ne commencent pas à lui échapper…

« Wisting avait l’habitude de la critique et, d’ordinaire, cela le laissait froid, mais cette fois, il l’avait vécue différemment. C’était un rappel de leur échec. Très tôt, l’affaire Hummel avait suscité un trouble en lui, un sentiment insidieux de ne pas être à la hauteur. »

On essaie toutefois de lui mettre rapidement des bâtons dans les roues car sa droiture et sa soif de vérité, dérangent. Outre l’enquête qui prend tout son temps, il est sur le point de devenir grand-père, avec tous les sentiments que ça éveille en lui depuis le décès de sa femme. 

J’ai trouvé l’enquête de ce roman vraiment passionnante. Il y a plusieurs éléments mystérieux qui nous donnent matière à réflexion et qui apparaissent comme illogiques tant qu’ils ne sont pas dénoués. Comme bien souvent, l’auteur s’attarde sur ce qui se passe « en coulisses », qu’on parle de criminels ou de policier. Il y a tout le travail de recherche en amont avant l’accusation, l’enquête qui avance à tâtons, les découvertes et les manières d’entrecouper les différentes preuves pour construire un solide dossier. La fin est un peu brusque, mais les ramifications de l’enquête compensent beaucoup.

Il y est beaucoup question de justice et de la psychologie des témoins, ainsi que du travail d’enquête et de filature. On sent bien souvent derrière le personnage de William Wisting, l’ombre de Jørn Lier Horst qui a été dans le passé, un ancien inspecteur de police. Je trouve ces enquêtes à la fois passionnantes et intrigantes, ce qui fait de ce roman un livre qu’on ne veut pas lâcher pour connaître enfin le dénouement. 

« En trente-deux ans, la criminalité s’était transformée. L’attitude générale aussi. Globalement, par le passé, les gens venaient toujours relater à la police ce qu’ils avaient vu et entendu. Désormais, la police se heurtait de plus en plus fréquemment à un mur de silence, même quand les renseignements qu’elle recherchait étaient largement en périphérie d’un crime. »

Toute la série des enquêtes de William Wisting n’a pas été traduite. Les premiers livres ne le sont pas. Peut-être un jour! En attendant, pour suivre l’évolution du personnage dans ce qui a déjà été traduit, l’ordre est le suivant:

Il est toutefois possible de les lire dans le désordre ou alors de choisir l’enquête qui nous interpelle le plus. Je n’ai pas tout lu dans l’ordre et j’y ai quand même trouvé beaucoup de plaisir. 

En ce qui concerne Le disparu de Larvik, c’est une enquête que je ne peux que vous conseiller et Horst est un auteur à découvrir, surtout si vous aimez les inspecteurs récurrents. Le duo père et fille est original et me plaît définitivement beaucoup! J’ai bien hâte à la prochaine enquête.

Le disparu de Larvik, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 480 pages, 2020

Les chiens de chasse

Les chiens de chasseDix-sept ans après son incarcération pour enlèvement et meurtre, Rudolf Haglund retrouve la liberté. Son avocat affirme qu’il a été condamné sur la base de preuves falsifiées. William Wisting, à l’époque jeune inspecteur chargé de l’enquête, est devenu une figure exemplaire et respectée de la police. Au cœur du scandale, suspendu de ses fonctions, Wisting décide de reprendre le dossier. Les policiers auraient-ils succombé au syndrome des «chiens de chasse», suivant par instinct la première piste, au risque d’en négliger d’autres, et s’acharnant à prouver la culpabilité supposée de leur proie? Ou l’enquête aurait-elle été manipulée? 

Plus je découvre les roman de Jørn Lier Horst, plus j’aime vraiment son univers. J’ai lu plusieurs auteurs de polars scandinaves au fil du temps et quand j’ai découvert L’usurpateur, puis par la suite Fermé pour l’hiver il y avait bien longtemps que je n’en avais pas lu. J’ai accroché immédiatement à l’intrigue, mais aussi aux personnages. William Wisting est enquêteur, sa fille Line est journaliste d’investigation. Dans les romans, leurs enquêtes finissent toujours par se croiser, même quand, à la base, on croit qu’il n’y a pas vraiment de lien. La construction des romans est géniale et sait nous garder en haleine. Et un gros plus: la nature fait partie du cadre de chaque roman. Que ce soit dans des chalets, des boisés, des lieux magnifiques ou isolés, il y a toujours des allusions à la nature, aux arbres, aux oiseaux, ce qui me plaît par-dessus tout. La température et les éléments ont aussi une place importante. Je réalise d’ailleurs avec le temps que les romans d’enquête, les polars et les thrillers, me plaisent réellement quand ils se déroulent dans la nature. Et ce, beaucoup plus que les histoires urbaines.

« Wisting aimait la pluie. Il n’aurait su dire pourquoi, mais c’était comme si elle mettait la vie en sourdine. Elle lui faisait relâcher les muscles de ses épaules, et son pouls battait un peu moins vite. »

Qu’en est-il de ce roman, Les chiens de chasse? Eh bien j’ai passé un excellent moment de lecture avec cette histoire. L’expression « chiens de chasse » est l’idée de suivre, lors d’une enquête policière, la première piste, la plus évidente et de s’y accrocher, plutôt que de croire que le suspect pourrait être innocent. C’est lorsqu’une très vieille enquête est à nouveau ouverte que cette expression prend tout son sens.

Wisting avait enquêté, lorsqu’il débutait dans la police, sur une histoire de disparition. Une jeune fille s’était volatilisée pendant son jogging. L’accusé a fait son temps derrière les barreaux et à sa sortie, il demande la réouverture de l’enquête. Selon son avocat, son client est innocent et a été accusé à tors. Il demande réparation. Dans la ligne de mire de la police des polices, Wisting arrive au premier rang. Responsable de l’enquête à l’époque, il est maintenant accusé d’entrave à la justice et d’avoir falsifié des preuves pour faire accuser celui qui était tout en haut de leur liste de suspects. A-t-il fauté? Il est d’abord accusé dans les journaux avant d’être suspendu.

D’abord sous le choc, Wisting remet ensuite en question son enquête passée. Il tente de mettre le doigt sur ce qui aurait pu se passer. C’est le moment pour lui de replonger dans le passé, d’éplucher les anciens rapports de police et tenter de voir plus clair dans cette affaire. Dix-sept ans se sont écoulées depuis et c’est dans un tout autre monde – fait de nouvelles technologies qui n’existaient pas alors – que Wisting revient, en examinant à nouveau les preuves.

« Avaient-ils, dix-sept ans plus tôt, négligé quelque chose? Quelque chose que lui-même aurait minimisé pour préserver la cohérence de sa théorie? »

Pendant ce temps sa fille Line tente de changer la une du journal où elle travaille pour diminuer les conséquences sur son père. Elle se retrouve au cœur d’une enquête pour meurtre, lorsqu’on découvre le corps d’un homme qui promenait son chien. C’est intéressant parce que le travail de Line est amplement décrit. On suit ses recherches, son travail d’investigation et de filature avec son équipe, ses questionnements. Elle remonte doucement le fil du corps retrouvé, en passant par son chien jusqu’à l’univers des collectionneurs.

En plus de mettre en scène des personnages intéressants, Jørn Lier Horst nous offre une enquête assez complexe pour être passionnante et suffisamment ficelée pour ne pas que l’on découvre tout de suite la vérité. Peu à peu, les fils commencent à se dévoiler et on comprend mieux ce qui lie tel ou tel personnage. Les événements, passés et présents, sont aussi mis en relief pendant l’enquête, afin de tenter de sauver la carrière de William. D’autant plus que le duo père-fille apporte toujours beaucoup aux romans, parce que les deux évoluent dans des sphères qui se recoupent bien souvent et que chacun a beaucoup de respect pour le travail de l’autre. Quand ils peuvent s’entraider, ils en profitent pour le faire. Dans Les chiens de chasse, le lien entre les deux est essentiel puisque William est livré en pâture aux journalistes.

Cette enquête est passionnante. J’ai adoré ce roman. Il s’agit de ma troisième lecture d’un roman de Jørn Lier Horst et ce ne sera pas la dernière. Je surveille d’ailleurs la sortie de ses romans maintenant que j’ai découvert William et Line Wisting. Les enquêtes sont intelligentes et les personnages sont vraiment attachants. Les chiens de chasse est un excellent roman d’enquête qui nous amène également dans les archives d’une ancienne affaire. À découvrir!

Les chiens de chasse, Jørn Lier Horst, éditions Folio, 464 pages, 2019

Fermé pour l’hiver

fermé pour l'hiverUn cambrioleur cagoulé est retrouvé assassiné dans un chalet du comté de Vestfold, au sud de la Norvège. William Wisting, inspecteur de la police criminelle de Larvik, une ville moyenne située à une centaine de kilomètres d’Oslo, est chargé de l’enquête. Très vite, la situation se complique. Le propriétaire du chalet, un célèbre présentateur de télévision, reste étrangement injoignable. Un homme mystérieux agresse Wisting en pleine nuit et lui vole sa voiture alors qu’il quitte la scène du crime. Pire, le cadavre du cambrioleur est dérobé à la morgue avant d’avoir pu être autopsié et l’incendie d’un appartement détruit des indices essentiels à l’investigation. Pour corser le tout, la propre fille de Wisting se voit mêlée à l’enquête quand elle découvre un second corps à la dérive dans une barque. Et pendant ce temps, des oiseaux morts tombent du ciel comme des mouches, dans ce comté bien tranquille…

J’avais adoré ma lecture de L’usurpateur, ma première découverte de l’auteur Jørn Lier Horst. Ses livres mettent en scène l’inspecteur William Wisting ainsi que sa fille Line qui est journaliste. Les enquêtes du premier se confondent bien souvent avec celles de sa fille et finissent par se rejoindre. C’est ce que je trouve intéressant dans les personnages de Horst. Le duo d’enquêteurs est donc assez original et l’aspect familial est très présent. William Wisting est un homme sensible, soucieux de son travail, de ses collègues, des victimes et de ceux qui sont mit à l’écart de la société. Sa fille est tout aussi humaine que lui et le journalisme d’investigation est, pour elle, un véritable mode de vie, plutôt qu’un simple travail.

Fermé pour l’hiver se déroule en automne, au moment où les gens ferment leurs chalets pour l’hiver, avant la tombée de la neige. C’est une époque où la nature est belle et où les gens vont en profiter encore un peu avant la fermeture.

« Il aimait cette époque de l’année, avant la chute des feuilles. Le dernier séjour au chalet de Stavern, pour clouer les panneaux devant les fenêtres, remonter le bateau et fermer pour l’hiver. C’était une perspective à laquelle il se réjouissait pendant tout l’été. »

De nombreux cambriolages dans des chalets d’un même secteur et la découverte d’un corps déclenche une grande enquête. Le propriétaire connu du chalet est introuvable, Wisting se fait agresser et voler sa voiture, d’autres cadavres et scènes de crimes sont découverts et l’enquête s’alourdie de plus en plus. En plus, il y a cette histoire étonnante d’oiseaux qui tombent du ciel…

L’enquête est difficile puisque plus les policiers découvrent de choses, plus l’enquête devient floue. Des corps, différentes armes du crime, des déplacements particuliers que les enquêteurs doivent pister, beaucoup de questions qui ne trouvent que peu de réponses. Les corps disparaissent et les éléments de l’enquête sont de plus en plus difficile à assembler. Line se retrouve bien malgré elle impliquée, alors qu’elle choisi de vivre pendant un moment au chalet qui appartient maintenant à son père. L’enquête semble complexe et c’est ce que j’aime chez Horst: les fils finissent par se dénouer doucement et tout se met en place. J’ai aimé l’atmosphère générale du roman dont la première partie se déroule beaucoup dans l’univers des chalets et dans une nature plus sauvage, au bord de l’eau.

Le roman amène aussi une réflexion sur la vie, la pauvreté, les choix que les citoyens font quand ils n’en ont plus de choix justement. C’est ce que je trouve intéressant dans ce livre. Le personnage de Wisting ne se contente pas de rendre justice, il essaie aussi de mieux comprendre l’humain et les agissements des criminels. Ça ne veut pas dire qu’il les approuve. Mais il amène une forme de sensibilité à son enquête qui me plaît bien. Celle-ci est d’ailleurs bien menée et parfois des éléments étonnent, surtout quand on en comprend les rouages. C’était la même chose avec L’usurpateur.

Je dois préciser que les livres de Horst ne sont pas traduits dans l’ordre, comme ça arrive bien souvent avec les séries policières. Ça ne m’a pas particulièrement dérangée jusqu’à maintenant avec cette deuxième lecture (qui a été publiée avant L’usurpateur). J’ai toutefois appris plus de choses sur la famille Wisting, sur la vie privée de William et sur le travail et la vie de Line. Je dirais que de façon générale, on peut lire les livres dans l’ordre ou dans le désordre, le plaisir de lecture est toujours au rendez-vous.

J’aime la façon dont l’auteur amène son sujet et les différents revirements de situations qu’il sait donner à son histoire. Si L’usurpateur m’a un peu plus surprise et que jusqu’à maintenant, il reste mon préféré, j’ai passé un bon moment de lecture avec Fermé pour l’hiver. L’ambiance nature et chalet est très agréable, même si à la moitié du livre de nouvelles découvertes amène Wisting à sortir des frontières de la Norvège et à s’interroger sur des problèmes de société qui vont bien au-delà de son enquête.

« Où serions-nous si nous savions tout ce qui va venir? interrogea-t-il. Il ne resterait plus rien. Espoir, foi et rêves n’auraient plus de sens. »

Cette seconde lecture d’un livre de Jørn Lier Horst confirme mon plaisir de lire cet auteur. J’apprécie la façon dont il mène son histoire. C’est divertissant, ça nous porte à réfléchir et le lieu de ses histoires, la Norvège, me plait particulièrement. Si vous aimez les séries policières, je vous conseille vraiment de découvrir cet auteur.

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En complément 
L’univers de l’inspecteur William Wisting a été adapté en série par les producteurs de Millénium et de Wallander. J’avais beaucoup aimé cette dernière série, même si Wallander est un personnage beaucoup plus torturé. J’espère que Wisting se rendra jusqu’à nous en français, j’aimerais beaucoup pouvoir la voir un de ces jours! Si vous avez pu la visionner (je sais qu’elle est passée en France par exemple), dites-moi ce que vous en avez pensé! Je serais très curieuse de retrouver les Wisting, père et fille, à l’écran!

En attendant, je vais me concentrer sur les livres. J’ai un troisième titre de la série William Wisting dans ma pile et je compte bien le lire bientôt!

Fermé pour l’hiver, Jørn Lier Horst, éditions Folio, 448 pages, 2018

L’usurpateur

l'usurpateurUn homme mort depuis quatre mois retrouvé devant sa télé allumée ; un autre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un prospectus sur lequel la police retrouve les empreintes d’un tueur en série américain, c’est bien plus qu’il n’en faut pour lancer Line Wisting, journaliste à VG, et son père William, inspecteur de la police de Larvik, dans des enquêtes dont ils ne peuvent mesurer les conséquences…
À quelques jours de Noël, par moins quinze et sous la neige, va s’engager une des plus incroyables chasses à l’homme que la Norvège ait connues.

L’usurpateur est un roman policier très intéressant que j’ai lu avec un plaisir grandissant à mesure que l’enquête avancait. Il y a quelque chose de fascinant dans cette histoire, de terrifiant aussi. Nous sommes en Norvège, en plein hiver. Il fait froid et la neige recouvre tout. Alors qu’on découvre un voisin des Wisting décédé depuis quatre mois et pratiquement momifié dans son fauteuil, Line qui est journaliste décide de faire un papier sur l’extrême solitude du vieil homme. Il est inconcevable pour elle qu’un homme puisse mourir sans que quiconque ne s’en préoccupe. Elle réussit à obtenir l’autorisation nécessaire et les clés de la maison de l’homme pour faire sa petite enquête sur ce qu’a été sa vie et éventuellement, un long article pour son journal. À l’approche des Fêtes, la tristesse de cette solitude et de cette mort ignorée de tous la peine profondément.

« Je voudrais faire un papier sur comment une chose pareille a pu arriver. Comment il est possible d’être si seul et oublié de tous qu’il faut quatre mois pour que quelqu’un s’aperçoive par hasard qu’on est mort. »

De son côté, son père, inspecteur, se retrouve à enquêter sur la découverte d’un corps dans une plantation de sapins. Les circonstances de son décès – le lieu où reposait le corps et les indices retrouvés près de lui – amènent l’équipe de William Wisting à faire de nombreuses recherches pour réussir à mettre un nom sur l’homme décédé. L’homme, surtout, avait été poussé sous un sapin et portait des vêtements d’été. Il était là depuis des mois.

« C’est curieux qu’il ne figure pas sur la liste des disparus. S’il est sous ce sapin depuis l’été dernier, on aurait dû s’apercevoir de sa disparition, non? »

Les deux hommes sont morts à peu près au même moment. Personne ne se souciait suffisamment d’eux pour déclarer leur disparition. C’est l’élément déclencheur qui poussera William et Line à enquêter chacun de leur côté pour des raisons différentes. Il suffira d’une découverte, puis d’une autre pour étoffer l’enquête et mettre à jour des éléments étonnants qui amèneront différents pays à collaborer ensemble pour arrêter un criminel qui sévit depuis beaucoup trop longtemps.

« Sa pensée suivante lui donna une sensation rampante de froid. Quelque part dehors se promenait un tueur en série. »

Jørn Lier Horst met en scène dans ses romans policier, un duo père-fille très attachant. Les deux vivent seuls chacun de leur côté. Line est une bonne journaliste, qui s’intéresse à des sujets différents qui détonnent un peu. Elle tente toujours de donner un angle particulier à ses papiers, pour faire réfléchir les lecteurs et apporter un éclairage nouveau sur des sujets de société. Elle adore la photographie qu’elle pratique depuis qu’elle est enfant.

William, son père, est un enquêteur soucieux, avec une bonne équipe de travail. Il tente de faire du monde un lieu plus sécuritaire et de rendre justice aux victimes. Il est secondé par une équipe solide où chacun se spécialise dans un domaine en particulier. J’ai beaucoup aimé ce duo improbable, inspecteur et journaliste, qui nous permet de voir les deux côtés d’une médaille, soit le travail policier versus le travail de terrain pour publier une nouvelle intéressante. Line par exemple, ne le fait pas à tout prix et a une bonne éthique de travail.

Dans L’usurpateur, la solitude est un sujet qui revient souvent, que ce soit à travers les différents corps qui ont été retrouvés ou par les personnages, William et Line, qui mènent des vies solitaires rythmées par le travail. La solitude est aussi un thème récurrent dans la façon dont le criminel profite de ses victimes et réussit à passer inaperçu. La solitude peut être une bénédiction ou un fléau, tout dépend de la façon dont elle est vécue. Ou dans ce cas-ci, utilisée.

Un roman policier d’enquête que j’ai beaucoup aimé, tant pour son cadre – la Norvège en hiver – que pour ses personnages attachants. La trame de l’enquête est passionnante, faite de recherches généalogiques et historiques. L’histoire permet de découvrir le concept « d’homme de caverne » et de suivre l’évolution et la pensée d’inspecteurs qui tentent de démystifier les faits et gestes d’un tueur aguerri qui sait comment passer inaperçu. Une enquête fascinante qui se développe tranquillement au fil des découvertes que font les enquêteurs. Découvertes qui tardent à arriver par moments, puisque dès qu’ils avancent un peu, les résultats étonnent et ne correspondent pas forcément à ce qu’ils attendaient.

« Cette affaire avait un côté effrayant. Qu’il n’avait pas connu par le passé, qui le faisait se sentir comme un enfant qui ne voyait rien dans le noir, mais qui savait qu’il y avait quelque chose. »

J’ai très envie de lire les deux autres titres de Jørn Lier Horst qui sont disponibles en français. J’espère que les autres enquêtes de William Wisting seront éventuellement traduites également. Une belle découverte!

L’usurpateur, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 448 pages, 2019