Une histoire du monde sans sortir de chez moi

Une histoire du monde sans sortir de chez moiSi l’Américain Bill Bryson nous a déjà régalés de désopilantes chroniques sur ses compatriotes, c’est dans un vieux presbytère anglais qu’il a élu domicile. Mais au lieu de s’y reposer après avoir aussi exploré l’univers (Une histoire de tout, ou presque), il découvre que beaucoup d’événements qui se sont produits sur Terre depuis au moins deux siècles se retrouvent sous forme d’objets et de rituels dans notre intérieur. Il entreprend alors un Grand Tour à l’échelle d’une maison pour raconter de pièce en pièce l’aventure du génie humain.Au fil de cette histoire humoristique et sérieuse de l’envers du décor, vous croiserez des personnages aussi différents que Virginia Woolf (qui n’aimait pas sa bonne) et Karl Marx (qui couchait avec la sienne). Vous saurez tout sur l’invention de la tapette à souris et la construction de la tour Eiffel ; vous pénétrerez dans d’immenses châteaux, mais aussi dans votre matelas, que squattent deux millions d’acariens ; et puis vous comprendrez que sans les «water-closets à chasse d’eau» il n’y aurait pas eu de révolution industrielle.

Je voulais lire Bill Bryson depuis très longtemps. J’en ai entendu énormément de bien et tous ses livres sans exception m’intéressent beaucoup. Je compte d’ailleurs en lire un de temps en temps. J’ai donc choisi de commencer par Une histoire du monde sans sortir de chez moi. C’est un titre ambitieux pour un livre qui, finalement, ne se prend pas au sérieux et nous apprend une foule de choses. Rempli d’humour et d’anecdotes de toutes sortes, ce livre est plein de choses non essentielles qui deviennent finalement hyper essentielles à notre histoire et qui nous permettent de comprend pourquoi aujourd’hui on vit comme on le fait.

« …en fait c’est surtout cela, l’histoire: des quantités d’individus qui font des choses banales. »

Je crois que c’est d’ailleurs la grande force de ce livre: nous raconter la petite histoire, en passant par les gens plus ou moins connus qui ont, à leur façon, changé le monde. Le concept du livre est très intéressant. L’auteur entreprend de nous raconter le monde, en s’inspirant d’une maison, un vieux presbytère anglais où il vit. Chaque chapitre est en fait une pièce ou une composante de la maison: hall, cuisine, panneau électrique, cellier, cave, couloir, chambres, jardin, bureau, escalier, grenier, pour ne nommer que ceux-là. Chaque lieu est chargé d’histoire et c’est l’occasion pour l’auteur de nous raconter notre propre évolution et les petits gestes qui ont changé notre façon de vivre.

« L’histoire de la vie à la maison n’est pas seulement celle des lits, des canapés et des fourneaux, comme je me l’étais vaguement figuré; c’est aussi celle du scorbut et du guano, de la tour Eiffel et des punaises de lit, des déterreurs de cadavres et d’à peu près tout ce qui est arrivé un jour. La maison n’est pas un refuge contre l’histoire. C’est le lieu où l’histoire aboutit. »

Saviez-vous que le lieu le plus fréquenté de l’Exposition universelle de 1851 était les toilettes? Que les malles de voyage ont un couvercle bombé parce que ça permettait d’évacuer l’eau lors des traversées en bateau? Qu’avant le XVIIe siècle, le verre était si rare qu’une maison pouvait être léguée à quelqu’un… et ses fenêtres à une autre personne? Que Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’indépendance des États-Unis est aussi le père de la frite américaine? Que c’est la pollution qui rendit la brique populaire? Que jusqu’au XIXe siècle, il était courant dans les auberges de devoir partager son lit avec un autre voyageur? Qu’au Moyen-Âge, faire le vœu de ne pas se laver vous assurait la gloire éternelle? Qu’en Europe, les salles de bain ont longtemps été réservées aux domestiques, les nantis étant très réticents à les utiliser? Que beaucoup de femmes portant des crinolines sont mortes brûlées en s’approchant trop près d’une cheminée? Qu’en Grande-Bretagne, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux fut fondée soixante-ans avant son équivalent pour les enfants?

« Si de nos jours les enfants ne se font pas mordre par des truies, ce n’est pas parce qu’ils sont mieux surveillés. C’est parce qu’on n’élève plus de truies dans les cuisines. »

Avec toutes sortes d’histoires et d’anecdotes parfois très drôles, Bill Bryson brosse le portrait des hommes et des femmes et de ce qu’ils sont devenus au fil du temps, afin que leur monde devienne celui que l’on connaît aujourd’hui. Il répond en parallèle à une foule de questions, sur les débuts de l’évolution humaine, sur la raison pour laquelle nous vivons dans des maisons, sur les grands changements qui ont eu lieu dans le monde. Il nous parle d’évolution, de biologie, de nature, d’archéologie, d’art, de construction, d’invention, de gastronomie, de la vie domestique, de religion, d’innovation, d’industrie et de jardins.

« Nous sommes tellement habitués à jouir du plus grand confort – à avoir chaud, à être propres et bien nourris – que nous oublions à quel point tout cela est récent. En réalité, il nous a fallu une éternité pour y parvenir, et dès lors tout est allé très vite. »

Un ouvrage que j’ai adoré, qui m’a souvent fait sourire et qui m’a permis d’apprendre énormément de choses sur notre monde et notre façon de vivre. Bill Bryson donne également, à travers son ouvrage, une place à tous ces gens tombés dans l’oubli, dont le nom ne s’est pas vraiment retrouvé dans les livres d’histoire et qui, pourtant, ont participé à changer la face du monde.

Un livre à découvrir, fascinant, passionnant, humoristique et merveilleusement essentiel. Un auteur que je relirai assurément tant j’ai adoré sa plume et son regard plein d’humour sur ceux qui nous ont précédés.

Une excellente lecture!

Une histoire du monde sans sortir de chez moi, Bill Bryson, Éditions Payot, 608 pages, 2014

Des réguines et des hommes

Des réguines et des hommes est un roman en pièces détachées, à l’image de ce qui traîne dans la remise d’un gars.  «Chérie» a quitté la ville pour rejoindre son chum à la campagne. Elle nous raconte ses observations du quotidien, teintées de l’ambitieuse réorientation de carrière de son homme, qui a décidé de gagner sa vie en faisant pousser des légumes. Chérie accompagne donc son amoureux dans le démarrage de sa production maraîchère bio. Elle le suit ainsi à travers ses réguines, ses visites à la quincaillerie, son amour pour Kijiji et ses plans un peu boiteux, tout en espérant intensément des rénovations qui ne se feront sûrement jamais. Dans ce livre, les gars s’organisent à leur façon. Et les filles en font à leur tête. En essayant de concilier le tout au jour le jour. Des scènes écrites avec humour et amour: juste assez d’humour pour sourire malgré tout, juste assez d’amour pour ne pas prendre ses jambes à son cou et retourner en ville.

J’ai découvert Des réguines et des hommes de Julie Myre Bisaillon un peu par hasard. Et ça été une belle surprise! J’ai passé un très bon moment avec ce livre. C’est drôle, mais sans en faire trop. J’ai parfois tendance à fuir les romans qui semblent trop légers. Parfois la barre est mince entre les deux et on ne sait pas trop quoi en penser avant de l’avoir lu. Mais ici on est vraiment dans autre chose. J’ai lu ce roman d’une traite. Les dialogues sont vivants et on s’attache aux personnages.

« C’est une drôle d’affaire, les voisins. En ville, on ne veille pas sur le perron, à moins de vouloir scèner chez les voisins. On veille en arrière de la maison, à l’abri, entouré d’une haie de cèdres. Je ne comprends donc pas encore les voisins qui veillent en avant de leur maison sur des chaises de parterre vintage en aluminium pliantes, genre tressées turquoise, quand ils ont 20 acres de terrain, en arrière de la maison, avec une vue de malade. »

Dans de courts chapitres qui abordent des sujets divers, l’auteure raconte l’histoire de « Chérie » qui a quitté la ville pour aller vivre sur la ferme de son chum qui démarre une production maraîchère biologique. Elle a deux enfants, Enfant fille 1 et Enfant fille 2. Les personnage n’ont pas de nom, ce qui ajoute un peu d’humour au texte. Quant au chum, il adore aussi les réguines, même s’il n’a pas toujours le temps de les réparer. Alors on peut retrouver trois weed eater en bordure de la remise qui ne fonctionnent plus et ne servent à personne… Le chum adore aussi Kijiji où il trouve toutes sortes de deals boiteux. La maison aurait aussi besoin de beaucoup de rénos… entre la porte qui traîne dans le salon et le patio qui vient de sacrer le camp par terre. Sauf que les légumes occupent tout son temps. Même l’hiver, quand il n’y a pas de légumes à faire pousser et que « Chérie » et son chum partent en voyage, il leur arrive toutes sortes de mésaventures. 

On lit ce roman le sourire aux lèvres. Entre les légumes, les outils qui ne fonctionnent pas, les voisins, la vie à la campagne, les soirées jeux vidéo en bobettes et les visites à la quincaillerie, c’est dans le quotidien que se cachent les moments les plus drôles et aussi, un peu de tendresse. Julie Myre Bisaillon brosse le portrait d’un couple attachant mais imparfait, qui tente de concilier le travail dans les jardins au quotidien un peu bancal. C’est rafraîchissant et ça m’a fait du bien. Il y a des passages qui sont épiques et tellement bien décrits! Comme le dit l’auteure:

« L’important, c’est que la vie, faut que ça reste drôle! »

J’ai vraiment passé une belle soirée avec ce roman, et je suis très heureuse d’avoir sous la main son second livre, sorti tout récemment. L’humour reste quand même assez rare en littérature et ça fait du bien à lire.

Une bien belle découverte que la plume de Julie Myre Bisaillon. J’espère qu’il y aura d’autres romans à venir!

Des réguines et des hommes, Julie Myre Bisaillon, éditions Hurtubise, 220 pages, 2018

Des bestioles et des plantes

Les insectes représentent le moyen écologique par excellence pour favoriser la biodiversité dans nos jardins et potagers. Si certaines espèces peuvent causer des ravages dans les plates-bandes, d’autres sont nécessaires à leur bonne santé. Comment faire la différence?

Cet ouvrage a été un très beau coup de cœur pour moi. Il s’agit d’un des livres les plus utiles que j’ai pu lire pour mieux comprendre la dynamique entre les insectes et les plantes de mon jardin. C’est un livre qui, à la base, avait tout pour me plaire. Je suis passionné par les plantes, les fleurs, les jardins, les insectes. La couverture est lumineuse, très attrayante et a contribué à me donner envie de lire le livre. J’ai eu un plaisir fou à tourner chaque page et à découvrir le texte.

On apprend énormément sur les pollinisateurs: comment les reconnaître et quel est le rôle de chacun; qui sont les insectes ravageurs et quels dommages ils font au jardin. On apprend aussi comment faire pour les éloigner sans pour autant utiliser des insecticides. Il existe de nombreux moyens biologiques pour la gestion des bestioles au jardin et c’est ce que les auteurs mettent en lumière. Ce qui est très intéressant aussi, c’est d’apprendre à connaître chaque chenille et le genre d’insectes qu’elles deviendront plus tard. Le livre regorge d’informations et nous apprend aussi que beaucoup d’insectes qui semblent nuisibles ne le sont pas du tout. 

« Les araignées sont également des animaux très utiles qui se nourrissent d’une foule d’insectes nuisibles tels que les moustiques et certaines mouches. Une araignée peut manger jusqu’à 2 kg d’insectes en une seule année. »

Le livre débute en abordant le rôle de l’abeille, l’insecte pollinisateur par excellence. J’ai trouvé très intéressant cette portion qui nous apprend énormément sur le fonctionnement des ruches, sur la vie des abeilles, sur leur rôle dans la nature. Il y est aussi beaucoup question des papillons et des fameux hôtels à insectes que l’on voit de plus en plus. L’ouvrage offre aussi plusieurs modèles de plates-bandes fleuries, potagères ou fruitières, afin d’attirer les pollinisateurs. On en retrouve à plusieurs endroits dans le livre, au fil des thèmes qui sont abordés, afin de donner de bonnes idées pour mieux attirer au jardin ceux qui nous sont bénéfiques. Même chose pour les fleurs qu’on peut préférer au jardin pour attirer les insectes qui sont bénéfiques.

Vers la fin du livre, les auteurs abordent aussi l’élevage d’insectes, qui est une industrie encore jeune, mais dont il est intéressant de découvrir les enjeux, que ce soit pour la création de farines, la consommation autant animale que humaine. L’ouvrage aborde la biologie des insectes en général et donne beaucoup d’idées pour nous aider à mieux comprendre le rôle des insectes et à mieux les intégrer à nos jardins.  

« Certaines plantes dont la pollinisation dépend des insectes ont su par ailleurs développer des dispositifs ingénieux pour assurer le transport de leur pollen. Celui des sauges est spectaculaire: les fleurs de certaines espèces de sauge possèdent des étamines mobiles grâce à un système de bascule. Lorsqu’un insecte butine ces fleurs, sa tête percute le système, et les étamines se déplacent et déposent leur pollen sur le dos du visiteur. L’insecte déposera ensuite, à son insu, ce pollen sur l’organe femelle de la prochaine fleur de sauge qu’il visitera. »

L’ouvrage est aussi très bien illustré. Des bestioles et des plantes est un guide vraiment complet, très illustré et détaillé. Les auteurs nous expliquent comment attirer les insectes bénéfiques, donnent des idées d’aménagements, de plantes à utiliser et de trucs pour mieux s’occuper du jardin et connaître les bestioles qui y vivent.  Si vous aimez jardiner et que vous voulez en apprendre plus sur ceux qui peuplent nos jardins, c’est un très bel ouvrage à découvrir. On y apprend comment repousser les ravageurs tout en respectant la nature.

Un livre qui deviendra vite un incontournable chez nous et qui a désormais une belle place dans ma bibliothèque! Un coup de cœur!

Des bestioles et des plantes. Comment attirer les insectes bénéfiques et éloigner les ravageurs, Albert Mondor, Daniel Gingras, éditions du Journal, 240 pages, 2021

Le jardinier autonome

Engagez-vous sans plus tarder dans une démarche d’autonomie alimentaire viable, durable et gratifiante ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, le premier endroit pour vous approvisionner en graines ou en tubercules, c’est votre cuisine. Les aliments périmés, tels que les pommes de terre germées ou les pois secs, peuvent être facilement utilisés pour produire de nouvelles récoltes. Dans cet ouvrage, l’auteur partage avec vous son expérience et tous les conseils pratiques dont vous aurez besoin pour planter, entretenir et recueillir vos propres légumes et fruits bio. Il vous guide au cours d’une période d’un an pour créer un potager autonome et économique : les composteurs commerciaux sont au-dessus de vos moyens ? Fabriquez le vôtre ! Vous n’avez pas assez d’espace à la maison pour faire pousser vos légumes et vos fruits ? Inscrivez-vous dans un jardin communautaire et échangez des informations, des astuces ou encore des outils avec les gens de votre quartier ! Que vous soyez un jardinier novice ou chevronné, n’hésitez pas à mettre les mains à la terre !

Dans cet ouvrage qui comporte beaucoup d’illustrations, Huw Richards nous partage ses idées et son expérience personnelle pour nous aider à produire un jardin peu coûteux et très productif. La construction du livre est bien faite et d’une grande simplicité. Le livre aborde autant le jardinage en ville, sur un balcon, que le jardinage avec de grands espaces. On y apprend, entre autres, comment construire son jardin, récolter ses semences, fabriquer son propre compost, se débarrasser des insectes nuisibles et des limaces, faire ses semis, doser les arrosages, le rôle primordial des fleurs et des insectes pollinisateurs, la récupération de l’eau, entre autres sujets.

« De la fin de l’hiver à l’été, il est tout à fait judicieux d’exploiter les rebords de vos fenêtres pour les semis jusqu’au moment où ils seront prêts à être transplantés à l’extérieur. La saison de croissance commencera plus tôt, les plantes seront plus résistantes, tandis que la période entre l’ensemencement et la récolte sera plus courte et vos rendements plus abondants. »

À la maison, nous avons un jardin et chaque année, nous tentons de l’améliorer, de lui donner plus d’ampleur, de le rendre plus productif et d’éloigner ces parasites nuisibles qui cherchent à se régaler de notre travail, tout en demeurant le plus écologiques possible. Ce livre m’a donc beaucoup plu. Il m’a apporté de nombreuses idées et m’a aussi appris plusieurs choses sur le monde du jardinage. Ce qui est intéressant chez l’auteur, c’est qu’il met en avant l’idée qu’un jardin, peut aussi être une source d’échanges, de troc, de récupération. Il y a de très belles idées à explorer dans cet ouvrage. 

« Les tubes de papier toilette ou d’essuie-tout présentent deux avantages essentiels: ils sont faciles à trouver et entièrement biodégradables. Lorsque les jeunes plants sont prêts à être repiqués, il suffit de planter le contenant et son contenu. »

Le jardinier autonome est un livre très utile pour quiconque souhaite devenir plus autonome au niveau du jardinage et de la culture de son potager, tout en recyclant et en utilisant ce qu’il a sous la main. C’est un livre qui propose des idées abordables et concrètes. Il est donc facile de suivre étape par étape les conseils. Visuellement, l’ouvrage est coloré et très illustré. À la fin, un calendrier mois par mois explique en résumé ce dont l’auteur parle.

Même si l’auteur vient du Pays de Galles, son livre est très adaptable ici. On ne sent pas du tout la différence de climat entre nous et lui, sauf pour quelques petites notes concernant l’hiver et les plantations en décembre ou janvier. De façon générale, c’est un livre qui rend l’idée du jardinage la plus simple possible, avec ce qu’on a sous la main, pour devenir le plus autonome possible, à moindre coût. C’est donc un ouvrage emballant pour toutes ses belles idées et ses trucs simplifiés, qui donne envie de se lancer dans plusieurs beaux projets au jardin. 

Une lecture rafraîchissante et très accessible, qui m’a beaucoup plu. Je garderai assurément ce livre à portée de main. Il me sera très utile dans mon jardin, ayant un grand intérêt pour les plantes, les fleurs et les potagers. L’approche simple de l’auteur, qui priorise la réutilisation et le recyclage, en fait un outil parfait pour les jardiniers amateurs.

Le jardinier autonome, Huw Richards, éditions Multimondes, 224 pages, 2021

L’avenir

Dans une version imaginée du Detroit que l’on connaît, Gloria s’installe dans une maison à demi morte. Étrangère dans une ville qui a connu toutes les fins du monde, elle cherche à découvrir la vérité sur le crime qui a avalé sa famille. Petit à petit, elle prend la mesure de la désolation et de la violence qui l’entourent, mais aussi de la beauté d’une nature qui reprend ses droits et de la résilience des humains qui tiennent bon. Au sein d’une communauté têtue et généreuse, elle s’éprend de la complexité de ce lieu où les rivières guérissent et empoisonnent, où les enfants fondent des royaumes dans les arbres, où les maisons brûlent pour mieux repousser, où la jeunesse arrache sa vie à l’ancien monde, et où passé et futur sont confondus dans un même mouvement libérateur.

L’avenir m’attirait énormément lorsque j’ai lu la quatrième de couverture. Je l’avoue, je m’étais d’abord fait une idée de ce roman post-apocalyptique avant de le commencer. La couverture est mystérieuse et attirante à la fois. On a envie de découvrir ce que peut bien cacher L’avenir. J’ai donc ouvert ce roman avec plein d’idées en tête. Et j’ai été totalement déstabilisée. 

« Une ville déserte en plein jour est une chose. La nuit, le vide est imparable. »

Après quelques pages, je savais que je sortais grandement de mes habitudes de lecture avec le livre de Catherine Leroux. Il s’agit d’ailleurs d’une découverte pour moi que la plume de cette auteure. J’étais bien loin de ce que j’avais imaginé en ouvrant cette histoire au parfum de fin du monde, dans un Détroit désolé et violent. C’était une expérience de lecture nouvelle pour moi et je n’étais plus si certaine de savoir l’apprécier. Puis, la magie a opéré. J’ai lu cinquante pages, puis cent et j’étais totalement embarquée.

L’écriture est vraiment belle. J’ai été surprise par la forme que prend l’histoire. Il y a plusieurs parties différentes, où l’on suit les nombreux personnages. J’avoue que par moment, surtout en ce qui concernait les enfants, je ne savais plus trop qui était qui. On suit tout d’abord Gloria, la grand-mère, qui vient reprendre la maison de sa fille décédée. Elle espère retrouver ses petites-filles. La ville étant dévastée et les gens, laissés à eux-mêmes, ce n’est pas toujours évident de continuer à survivre dans ce monde mal aimé, fait de vols, de violence et d’incendies.

« Les vies sont courtes et magiques, dures et pleines, et elles sont toutes gouvernées par Fidji. Elle se répète son mantra, ils sont en sécurité, ils sont invisibles, elle s’y agrippe car après tout ce temps à la tête du camp deux choses la tiennent toujours avec toute la rectitude d’une épine dorsale: l’omnipotence et la responsabilité, et plus la seconde pèse, plus la première grandit, comme deux charges s’égalisent pour éviter qu’un bateau chavire. »

Malgré tout, il n’y a rien de dramatique dans l’écriture de l’auteure, même si ce qu’elle raconte est dur. Le ton est surtout celui de l’espoir. Les personnages avancent, essaient de trouver des solutions et des raisons de continuer. Les adultes se regroupent autour de jardins et s’entraident pour réussir à avoir une vie à peu près normale. J’ai beaucoup aimé tout ce qui abordait la création du jardin potager et la façon dont on tente de transmettre cet héritage qui en est aussi un de gratification et de survie.

« Le sel de la terre. Ça finit par fleurir. Ça peut pas s’en empêcher. C’est comme l’amour. Comme les enfants. »

Les enfants eux, vivent dans le « ravin », un lieu compliqué où la « reine » tente de garder en vie tous ces jeunes laissés à eux-mêmes. Si l’écriture de ce roman m’a beaucoup plu, j’ai surtout adoré les différents niveaux de langage utilisés par l’auteure. Je trouve que ça donne beaucoup de relief aux personnages. 

L’atmosphère un peu inquiétante et mystérieuse, qui oscille entre l’entraide et la violence, apporte aussi beaucoup de plaisir à la lecture. On veut savoir ce qui va se passer et qui sont tous ces personnages. L’avenir est un roman qui parle de résilience et de renaissance. D’une vie après la catastrophe, qu’elle soit humaine ou écologique. L’écriture de ce roman date d’avant la pandémie qui nous touche actuellement et pourtant, on peut y voir un message d’espoir et de renouveau, après une catastrophe. Il est facile de faire le lien avec ce que le monde vit actuellement. 

L’avenir est un roman particulier, que j’ai aimé, mais qui m’a fait sortir grandement de mes habitudes de lecture. J’ai dans ma pile un autre roman de Catherine Leroux, La marche en forêt, que je compte bien lire en 2021.

L’avenir, Catherine Leroux, éditions Alto, 380 pages, 2020