Celle que je suis t.2

Celle que je suis 2Tandis que Manase a compris qui elle est, Ayumi semble prête à tout pour séduire Masaki. Mais ce dernier, après une nuit de plaisir, lui fait une étonnante révélation… Pendant ce temps, Etsuko subit, plus que jamais, de la pression de la part de ses parents, qui souhaitent la voir se marier. La roue du destin est en marche, et semble ne devoir épargner les sentiments de personne…

J’attendais le tome deux de ce diptyque avec impatience puisque j’avais beaucoup aimé le premier tome. J’y avais trouvé quelque chose de presque poétique, une belle réflexion sur la transidentité et sur la façon pertinente utilisée par l’auteur pour nous parler du questionnement et des tourments de Yûji Manase, mal à l’aise avec son corps de garçon. J’ai donc commencé ce tome avec beaucoup d’attente.

Ce tome deux reprend les personnages rencontrés dans le premier tome. Étonnamment, même si mes lectures ont été rapprochées et même si l’auteur a écrit ces deux mangas la même année, j’ai senti un décalage entre les deux tomes. Le premier me semblait plus poétique et introspectif, ce qui me plaisait beaucoup, alors que le second est plus brut, avec des revirements amoureux qui m’ont beaucoup moins intéressée.

On retrouve Manase qui, avec l’aide d’un ami, rencontre Kaoru qui va l’aider à apprivoiser sa véritable nature. Il y a aussi sa visite à sa famille, où il ne se sent pas lui-même et j’aurais aimé que cette partie soit plus développée. J’ai eu un peu l’impression qu’on délaissait Manase pour se concentrer sur les déboires amoureux de Masaki, d’Ayumi, d’Etsuko… Il est question de relations difficiles et de mariage. Masaki fera une « fugue amoureuse » alors que lui et Manase se verront face à face pour une rare fois.

« Même si cet amour n’a pas d’avenir, je ne regrette pas de t’avoir connu… »

J’ai trouvé ce second tome un peu confus, entre toutes les relations amoureuses des uns et des autres, je trouve que le personnage de Manase, son questionnement, le but premier de ce manga, est laissé ici au second plan. J’ai l’impression que ce manga est inachevé et un peu expédié. C’est moins intéressant que le premier tome et beaucoup plus axé sur Masaki, qui ne m’intéresse au fond pas tant que ça.

On sent aussi que ce manga se déroule à une autre époque et dans une société plus fermée. La petite morale de la fin sur l’acceptation de soi m’a un peu agacée. Je comprends que les conditions et l’ouverture d’esprit de la société dans laquelle évolue Manase ne lui permet pas vraiment d’être la personne qu’il voudrait être. J’aurais cependant aimé un peu plus de poésie, de compréhension ou quelque chose dans le même style que le premier tome. Ça m’a manqué pour cette deuxième partie qui termine cette histoire.

Une bulle de fraîcheur dans cette histoire: le Tigre, un ami gentil et compréhensif qui ajoute un baume aux tourments de Manase. Heureusement qu’il est présent dans ce deuxième manga!

« Si tu te tracasses pour tout et pour rien, tu vas finir par suffoquer, non? Est-ce qu’il serait pas temps que tu t’occupes un peu de toi, et uniquement de toi? »

Un tome 1 qui avait été une belle surprise et un tome 2 un peu plus décevant. C’est dommage!

Mon avis sur le tome 1.

Celle que je suis t.2, Bingo Morihashi, Suwaru Koko, éditions Akata, 208 pages, 2019

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Celle que je suis t.1

celle que je suis 1Années quatre-vingt, Tokyo. Yûji Manase est étudiant. Mais il vit au quotidien avec deux secrets dont il n’a jamais parlé à personne : d’une part, les sentiments qu’il éprouve pour son ami de longue date Masaki Matsunaga, et de l’autre, le malaise qu’il ressent vis-à-vis de son corps. Un jour, Yûji pose la main sur une robe que sa sœur a laissée dans son appartement, sans savoir que cet acte allait bouleverser sa vie…

Ce manga a été une très belle surprise, à laquelle je ne m’attendais pas. L’histoire raconte le quotidien de Yûji, mal à l’aise avec son corps d’homme. Il est étudiant, membre d’un club littéraire et amoureux de son grand ami Masaki. Ce premier tome parle de Yûji au « il » puisqu’il débute alors que Yûji exprime au lecteur son mal de vivre et son grand malaise d’être ce qu’il n’est pas réellement.

Son amour pour Masaki est voué à l’échec et il le sait, sauf que Masaki n’est pas non plus un personnage très attachant. Il est plutôt déplacé, paresseux et heureusement que Yûji le connaît depuis longtemps et sait qu’il peut être plus sensible qu’il n’en a l’air, car il a une très mauvaise réputation. À la fin du manga, une courte histoire est présentée, racontant la façon dont Yûji et Masaki se sont rencontrés.

Ce manga, qui comportera deux tomes, aborde le thème de la transidentité et de tout ce que ça implique comme démarche personnelle, psychologique et relationnelle avec l’entourage. Ces moments « en famille » sont très pénibles pour Yûji, qui se sent constamment obligé de mentir sur ce qu’il est et sur ce qu’il ressent. L’auteur nous montre son isolement et sa façon de se détourner des autres. Il faut aussi noter que l’histoire se passe dans les années 80, alors que l’on ne parlait pas de transidentité et d’identité de genre. Ici, ce sujet est abordé tout d’abord avec Yûji, mais aussi avec un autre personnage secondaire, Ayumi, une étudiante qui évolue dans le même club littéraire que Yûji et Masaki et qui n’est pas comme la majorité des autres filles. Plus « rude » que les autres, elle est souvent blessée par les propos que certains tiennent à son égard et souffre de ne pas entrer dans le moule et dans les attentes de la société envers les femmes. Un thème qui me parle beaucoup. C’est un personnage secondaire, mais qui permet quand même d’aborder un sujet parallèle intéressant.

Celle que je suis a été une très belle surprise puisque le traitement qu’en fait l’auteur est délicat et pertinent. Il ne tombe pas dans les clichés et aborde, par le dessin et les images, les sentiments de perte et le trouble vécu par Yûji.

« La forêt brûlait, encore et encore, mais jamais elle ne se consumait… »

Le parallèle avec les flammes qui brûlent ou encore avec le papillon qui se découvre et prend son envol sont de belles images pour illustrer l’émotion qui étreint le personnage. Émotion que l’on retrouve aussi dans le texte, sans tomber dans le larmoyant. Ce manga reste sobre, racontant avec justesse le déchirement intérieur du personnage.

J’ai très hâte de découvrir le tome deux et la conclusion de cette histoire.

Celle que je suis t.1, Bingo Morihashi, Suwaru Koko, éditions Akata, 208 pages, 2019