Stranger Things et Dungeons & Dragons

Asseyez-vous à la table des quatre garçons de Hawkins tandis qu’ils découvrent ensemble les monstres légendaires et les aventures épiques du jeu de rôle Dungeons & Dragons. Bien avant que le terrifiant Démogorgon n’emmène l’un d’entre eux dans le Monde à l’Envers, Mike, Lucas et Will se lient avec Dustin pour la première fois, au cours du jeu qui définira leur enfance. Le groupe va se souder à travers une histoire commune et des quêtes périlleuses, qui leur apprendront des leçons importantes sur l’amitié et les aideront à trouver le courage de résister aux petites frappes qui empoisonnent leur quotidien.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle bande dessinée inspirée de l’univers de Stranger Things. Dungeons & Dragons est une histoire très geek, qui met l’emphase sur le plaisir du jeu et sur ce que les passions peuvent apporter. Je crois même que cette histoire est l’une de mes préférées jusqu’à maintenant, parce que je m’y suis retrouvée. 

L’histoire est racontée en plusieurs chapitres qui représentent des moments différents dans la vie des garçons, au fil des saisons de la série. Les moments qui nous sont racontés sont toujours en lien avec leur passion pour Dungeons & Dragons. Au tout début, bien avant la premier épisode de la série, Mike, Lucas et Will sont un trio. On apprend comment ils découvrent le jeu dans une vieille librairie, puis de quelle façon ils ont ensuite rencontré Dustin. C’est une sorte de prémisse à ce qui deviendra une belle amitié.

La bande dessinée est vraiment axée sur le jeu Dungeons & Dragons, mais le message qui y est véhiculé pourrait s’accorder à n’importe quelle autre passion. Les auteurs nous montrent ce que ça peut représenter dans la vie des garçons et de quelle façon une passion peut les lier et leur permettre d’affronter leurs peurs dans la vie réelle. Ils reviennent toujours au jeu, qu’ils soient trois, quatre, que d’autres joueurs se greffent à eux ou qu’ils doivent aborder de nouvelles étapes dans leur vie personnelle.

« Donjons et Dragons devient une vraie source d’excitation, un puzzle en perpétuel changement que les garçons peuvent résoudre. Le jeu devient également un moyen pour eux de déchiffrer le monde qui les entoure… »

J’ai aussi trouvé les dessins très beau, surtout les pages complètes qui nous plongent dans le jeu alors que chaque enfant est représenté par son personnage. Il y a un beau travail visuel qui a été fait avec cette histoire et le fait que le monde soit imaginaire permet l’utilisation de belles couleurs et de scènes fantastiques. C’est un plaisir pour les yeux. On retrouve également à la fin la feuille de personnage de chacun des garçons. 

Stranger Things et Dungeons & Dragons est une bd très geek, qui rend hommage au célèbre jeu de rôle et à tout ce que nos passions peuvent nous apporter. Une histoire qui devrait parler aux amateurs de jeux et aux fans de la série Stranger Things.

Stranger Things et Dungeons & Dragons, Jody Houser, éditions Mana Books, 96 pages, 2021

Nuit couleur larme

Dans une ville théâtre d’une vague de disparitions soudaines et inexpliquées, Teresa est libraire spécialisée en fantastique, occultisme, horreur. Une de ses clientes régulières est Matilde, jeune fille timide habillée comme une otaku. Une nuit, dans la forêt, Teresa lance une incantation trouvée dans un livre et fait apparaître Laura, une démone dont le pouvoir est de réaliser le vœu de qui l’a appelée. Mais Teresa ne sait pas quoi demander ! Or, Laura ne peut repartir sans réaliser sa mission. Commence alors une cohabitation des plus étranges, souvent drôle, toujours décalée…

Nuit couleur larme de Borja González est un roman graphique très très particulier, qui mêle disparition, sorcière, démon et… otaku. Les personnages sont issues du milieu geek: une libraire-sorcière, une jeune otaku et une démone férue de mangas. Le contexte est étonnant et très particulier. On est tout de suite plongé dans quelque chose d’inconnu et de peu familier.

« Dis, sans vouloir t’offenser… Tu m’as l’air un peu perdue, non? Tu vas dans une forêt déguisée en sorcière, avec une épée et un livre écrit dans une langue morte pour invoquer un démon. »

L’histoire met en scène Teresa qui est libraire spécialisée dans la littérature fantastique, de magie et d’occultisme. Elle tient sa boutique, s’ennuie souvent et elle est un peu sorcière sur les bords. Elle écrit un fanzine et l’une de ses jeunes clientes, Matilde, est une grande fan. Teresa semble la tolérer avec une sorte d’ennui résigné. Un soir après le travail, Teresa va dans la forêt faire une incantation et elle fait apparaître une démone, Laura, qui lui propose de réaliser un de ses vœux.

Cette bande dessinée est vraiment très spéciale et un peu déroutante. L’atmosphère y est particulière. On entre dans ce texte comme dans un nuage, un peu brumeux, sans trop savoir où l’on va. C’est à la fois poétique, mélancolique et un peu onirique. Tout se joue sur les perceptions du lecteur face aux personnages et aux situations. L’histoire est difficile à décrire puisqu’elle mise principalement sur l’ambiance que l’on ressent à la lecture, plutôt que sur l’intrigue. 

L’histoire se déroule dans « la ville bleue » qui est décrite dans le livre comme une ville dortoir où normalement, la vie est assez calme. Toutefois, au moment de l’histoire, cette ville est aux prises avec une vague de disparitions de jeunes femmes. Les nouvelles sont annoncées à la radio, ce qui ponctuent les chapitres de la bande dessinée. Pendant ce temps, Teresa, Laura et Matilde passent du temps ensemble et commencent à développer une étrange amitié.

Il est difficile de décrire cette histoire tant elle est singulière. Elle met en scènes trois jeunes femmes geeks, qui sont différentes à leur façon, dans un monde un peu mystérieux, sombre et parfois inquiétant. Les dessins sont vraiment magnifiques et ont une particularité de taille: les personnages n’ont pas de visage. Libre à nous d’imaginer leurs réactions, même si le dessin est suffisamment intéressant pour réussir à rendre l’émotion de ses personnages sans montrer leurs faciès. Visuellement, ce roman graphique est particulièrement beau. 

Nuit couleur larme est un livre dont j’ai beaucoup de mal à parler, mais dont j’ai apprécié l’expérience de lecture. La fin, par exemple, ou le déroulement de certaines scènes peut nous sembler un peu hermétiques et laissent clairement sujet à plusieurs interprétations. Ce n’est donc pas une bande dessinée « facile », mais plutôt une histoire dont il faut s’imprégner de l’atmosphère plutôt que d’en faire une lecture linéaire en espérant une intrigue claire et un dénouement franc.

Nuit couleur larme est le genre d’histoire qu’il faut relire assurément pour en comprendre toutes les subtilités. Une étrange découverte!

Nuit couleur larme, Borja Gonzalez, éditions Dargaud, 144 pages, 2021

Minuit ou presque

Minuit ou presqueLove Actually, version Rainbow Rowell. Deux nouvelles inédites, parfaites pour un cadeau de fin d’année.
Mags et Noel se sont rencontrés à une soirée du nouvel an. Depuis, ils tombent chaque année un peu plus amoureux…
Grande fan de Star Wars, Elena décide de camper devant le cinéma pour la sortie du nouveau film. Mais l’expérience s’avère décevante… du moins, jusqu’à sa rencontre avec Gabe…

J’adore l’auteure Rainbow Rowell et c’est lorsque je la relis que je réalise à quel point son univers me plaît. Elle met souvent en scène des geeks et donne une bonne place à la culture populaire dans ses romans. Ça me rejoint beaucoup!

Minuit ou presque est en fait un court recueil de deux nouvelles. Rowell excelle autant dans l’écriture de romans que d’histoires plus courtes. J’aimerais bien lire un recueil de nouvelles complet comprenant plusieurs histoires d’elle. Il me semble que ce serait excellent!

La première histoire s’intitule Minuits. J’ai déjà lu cette histoire dans un autre recueil de nouvelles: Minuit! 12 histoires d’amour à Noël. Elle s’intitulait toutefois Trois, deux, un. Je l’avais adoré et j’étais contente de la relire. Elle commence au réveillon du Nouvel an, en 2014. Mags et Noel se rencontrent pour la première fois. Ils deviennent amis. Ils sont toujours très proches et ils s’adorent. Noel est le meilleur ami de Mags, mais cette dernière a l’impression que Noel est ami avec tout le monde. À chaque Nouvel An, Mags a l’impression de perdre un peu plus Noel. Elle ne sait pas qu’il n’a en fait absolument pas envie qu’elle s’éloigne de lui. Alors qu’ils font des études dans des villes différentes, Mags fuit le décompte de l’année pour éviter de voir Noel avec quelqu’un d’autre. Mais si ce Nouvel An s’avérait différent? Il y a plusieurs aspects intéressants dans cette nouvelle. J’adore les personnages qui sont particuliers, avec leurs forces et leurs faiblesse. Mags et Noel se rencontrent parce que Noel est allergique à tout. Noel aime dire haut et fort que Mags lui a sauvé la vie plus d’une fois. Noel aime danser, Mags est timide et réservée.

« -Je ne comprends pas pourquoi c’est tellement important pour toi. De danser.
-Je ne comprends pas pourquoi c’est tellement important pour toi. De ne pas danser avec moi. »

Ils sont différents et se complètent pourtant à merveille. Ils leur faut juste un peu de temps pour le découvrir. Cette histoire se déroule sur quelques années, chaque fois au réveillon du Nouvel An quand le décompte est éminent. Les histoires de Nouvel an sont assez rares, je l’apprécie encore plus!

La seconde nouvelle s’intitule Âmes sœurs. Elle porte très bien son titre. Elle met en scène essentiellement trois personnages: Elena, Gabe et Troy. Les trois sont de grands fans de Star Wars. Un nouveau film vient de prendre l’affiche et les trois se rencontrent alors qu’ils ont décidé de camper devant le cinéma pour être les premiers à entrer. Avant ce jour-là, ils ne se connaissent pas. Il fait froid, on est en décembre. Ils se réchauffent à coup de café et de bouillottes que la mère d’Elena apporte, horrifiée de voir sa fille camper dehors pendant quatre jours. Troy est plus âgé et c’est un boute-en-train. Il a l’expérience des campements sur le trottoir pour des sorties culturelles. Gabe et Elena ont à peu près le même âge et c’est leur première fois. Elena et Gabe ont l’impression qu’ils n’ont rien en commun. Elena a l’air d’avoir douze ans, elle est introvertie et passionnée. Gabe est asocial, ne parle pas beaucoup et passe son temps le nez plongé dans un bouquin. Elena imaginait le camping devant le cinéma comme un gros rassemblement de fans en délire qui chanteraient des chansons et se costumeraient. À la place, elle a Gabe qui ne dit pas un mot et Troy qui pianote sur son téléphone. Le temps s’annonce long!

« Même si ça n’était pas la démonstration collective, amicale et festive à laquelle elle s’était attendue, ça pouvait néanmoins être quelque chose. Un moment particulier et mémorable. Elle, Elena, le rendrait mémorable. »

Âmes sœurs est une nouvelle plus joyeuse et moins mélancolique que Minuits, mais les deux s’avèrent d’excellents moments de lecture. Minuits est un texte plus intime, même s’il se déroule dans une fête. C’est la rencontre de deux personnages qui se retrouvent années après années, avec des émotions de plus en plus fortes. Quant à Âmes sœurs, cette nouvelle est plus drôle et pleine de légèreté. Elle reprend l’idée de mettre en avant un fandom – ici Star Wars – et trois fans avec leur façon différente d’en être passionnés.

Ce court recueil me donne envie de lire à nouveau Rainbow Rowell pour les rares titres que je ne connais pas encore et de relire les autres que j’adore. J’aime chaque fois ses personnages un peu décalés et les univers qu’elle créent. J’aime aussi la place qu’elle donne toujours aux geeks et aux passionnés de culture populaire. Ses livres me plaisent beaucoup et Minuit ou presque n’y a pas fait exception, même si c’est assez court.

Vivement son prochain livre!

Minuit ou presque, Rainbow Rowell, éditions Pocket Jeunesse, 112 pages, 2019