Jackaby

JackabyAbigail Rook, 17 ans, débarque en Amérique. La tête pleine de rêves d’ailleurs, elle espère vivre l’aventure avec un grand A. Elle fait la connaissance d’un étrange personnage, Jackaby, qui lui offre un emploi. Détective doué de facultés de médium, il est capable de voir les phénomènes surnaturels. Pour sa première mission, Abigail accompagne son nouveau patron sur les lieux d’un crime particulièrement sanglant. Jackaby soupçonne l’assassin de ne pas être humain, ce que la police refuse de croire. Mais les meurtres s’enchaînent et confirment les soupçons du détective…

Jackaby est le premier tome d’une série qui compte trois aventures pour le moment. Le livre peut cependant se suffire à lui-même puisque l’histoire qu’il raconte, est prenante. Nous sommes en 1892 en Nouvelle-Angleterre à la fin janvier, dans la petite ville de New Fiddleham. Abigail Rook vient de débarquer d’Angleterre. C’est un personnage féminin fort, qui ne veut pas se contenter d’observer ce qui se passe autour d’elle. Elle veut plutôt en faire partie. Fascinée par l’aventure, elle s’est enfuie de chez elle pour participer à des fouilles sur les dinosaures. Projet qui n’a pas fonctionné. Au lieu de reprendre une vie normale, celle qu’on attend d’elle, elle s’embarque pour l’Amérique. C’est là qu’elle fait la connaissance de Jackaby, un enquêteur pour le moins… particulier.

C’est en répondant à une petite annonce pour avoir du travail (et accessoirement pouvoir avoir un toit au-dessus de la tête) que le destin d’Abigail croise celui de Jackaby. Sa petite annonce pour pourvoir un poste d’assistant est aussi étrange que le personnage. L’univers de Jackaby est vraiment spécial et baigne en permanence dans le spectaculaire. Si Abigail est un peu sceptique au début, elle se passionne rapidement pour tout ce qui touche aux affaires dont s’occupe de détective. Elle veut de l’aventure, elle ne veut plus s’ennuyer en restant tranquillement chez elle. Jackaby lui offre en quelque sorte tout ce qu’elle a toujours voulu. De l’original et de l’inattendu.

« Jackaby, je le découvrais rapidement, avait la capacité d’ouvrir ce recoin de mon cerveau. Un recoin petit et calme, à l’intérieur duquel j’avais vécu quand j’étais plus jeune. Là, tout était possible; la magie n’était pas une improbable rêverie diurne, mais un fait concret et évident… qui était simplement hors de portée. »

Jackaby trimbale toutes sortes de choses étranges dans ses poches, vit dans une grande maison avec un canard et un fantôme. Il a un ordre de classement particulier pour ses livres, voit les auras colorées des gens et sait reconnaître les ombres, les monstres et la mort dans le monde dans lequel nous vivons. Ce que le commun des mortels ne peut déceler.

« J’ai cessé de me préoccuper de la façon dont les autres voient les choses. Je vous suggère de faire de même. L’expérience m’a appris que les autres ont tort le plus souvent. »

Jackaby n’est pas très apprécié par la majorité des gens. Il dérange les policiers, les gens le croient fou. On se moque de ses « visions » et de ce qu’il peut voir. Il est souvent perçu comme un intrus qui ne se soucie pas des lois, comme quelqu’un qui ne comprend rien au monde dans lequel il vit. C’est un marginal et un original. C’est sans doute la raison pour laquelle je l’ai tout de suite aimé. Abigail découvre en même temps que nous ce personnage haut en couleurs et les descriptions qu’elle en fait son souvent loufoques et amusantes, mais aussi touchantes. La jeune femme est sensible à ce que peut vivre Jackaby, avec ses capacités hors du commun.

 » Un frisson glacé me parcourut l’échine. Au-delà de l’étrangeté même du spectacle, il y avait quelque chose de profondément perturbant dans les cris muets de cette femme. Un indéfinissable spasme de chagrin et de terreur me traversa. Était-ce cela, la vie que menait Jackaby? La mort, la folie et le désespoir qui l’attendaient derrière chaque porte? »

Quand des décès particulièrement étranges commencent à se produire dans la petite ville de New Fiddleham, Jackaby apparaît sur les lieux en traînant dans son sillage Abigail. Elle se retrouve alors plongée dans une enquête pour meurtre qui prend des proportions vraiment particulières, surtout quand elle commence à réaliser que le monde ne se limite peut-être pas à ce que l’on perçoit…

« Je me sentais toujours un peu stupide de parler de légendes populaires délirantes et de meurtres dans le même souffle. »

L’enquête est intéressante et il y a un petit suspense, mais ce n’est pas tant pour l’enquête que pour l’ambiance et les particularités du monde de Jackaby que j’ai pris plaisir à cette lecture. On y croise toutes sortes de créatures issues des légendes, fascinantes et impressionnantes. Quant à Jackaby, c’est une sorte de Sherlock Holmes du fantastique et il me plaît beaucoup! Il est intéressant que ce soit une personne extérieure, Abigael, qui raconte l’histoire de Jackaby, un peu comme c’était le cas entre Sherlock Holmes et le Docteur Watson.

Un roman jeunesse bien plaisant à lire et que je vous conseille si le genre vous intéresse. C’est un premier tome qui me donne vraiment envie de découvrir les autres!

Jackaby, William Ritter, éditions Bayard, 352 pages, 2018

L’étrange bibliothèque

L'Étrange BibliothèqueEntre rêve et cauchemar, Haruki Murakami nous livre une nouvelle inédite, hypnotique, grinçante, superbement mise en image par la talentueuse illustratrice allemande Kat Menschik, qui restitue à merveille l’inquiétante étrangeté de l’univers du maître.

Après avoir beaucoup aimé Birthday Girl, illustré par la même illustratrice, j’ai eu envie de lire un autre livre de Haruki Murakami dans la même collection. Si Birthday girl était une très bonne lecture, l’histoire de L’étrange bibliothèque est encore plus prenante et passionnante. Son petit côté fantastique et son ambiance sombre m’ont beaucoup plu.

L’histoire est celle d’un jeune garçon qui va à la bibliothèque. Il retourne ses livres au comptoir de prêt et tout ce qui se déroule autour de lui est plutôt étrange. Le jeune garçon a une question à poser au personnel de la bibliothèque et la dame de l’accueil l’envoie au sous-sol. C’est à partir de là que l’histoire singulière du garçon débute.

« Le vieillard se tourna  vers moi et se redressa de toute sa taille. Subitement, il était très grand. Sous ses longs sourcils blancs, ses yeux luisaient comme ceux d’une chèvre à l’approche de la nuit. »

Cette nouvelle est magnifiquement illustrée et les images s’intègrent pleinement à l’histoire. Elles représentent à merveille l’esprit du livre. Elles sont soignées et réalisées avec soin. Elles collent à l’atmosphère qui se dégage de cette nouvelle.

J’aime beaucoup l’écriture de Haruki Murakami et je dois dire qu’ici, la traduction est impeccable. L’étrange bibliothèque est une histoire fantastique et sombre où tout est un peu étrange et inquiétant. Le côté fantastique est original avec des personnages particuliers.

C’est une lecture courte, mais très plaisante à lire. Malgré le côté mystérieux et noir, le livre est très accessible, même à des adolescents. Surtout que le personnage principal de l’histoire est un jeune lui-même qui vivra une aventure pour le moins très spéciale. Le choix d’illustrer cette histoire est une excellente idée puisqu’on plonge totalement dans l’esprit du livre et des lieux.

Une lecture que j’ai apprécié et que je recommande. En tant que lecteur, les histoire de bibliothèques sont attirantes, surtout quand elles nous mènent dans des salles et des couloirs mystérieux. Ici, Murakami nous propose un voyage très étrange et particulier. C’est donc une très bonne lecture!

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami, illustrations de Kat Menschik, éditions Belfond, 58 pages, 2015