Petits fruits nordiques

Écrire un haïku parce qu’il est nourriture, tel un fruit s’offrant à la cueillette et à la dégustation. Parler de l’Innu, de l’enfant, des bruants, des graines rouges, du grand vent, des traînées de soleil, de la neige à gros flocons… le haïku a pour assise le quotidien, mais se veut porteur d’éternité.

Petits fruits nordiques est un recueil de haïkus qui dépeint la beauté d’une région nordique, jetant un éclairage coloré sur la vie d’une région qui charme tout de suite le lecteur.

Le recueil est conçu en quatre grands chapitres, qui débutent tous par une photo et une plus longue poésie, suivie par quelques magnifiques haïkus. Voici un petit tour rapide des différentes sections:

Retour des bruants
On y parle de la neige qui s’en vient, de l’arrivé des bruants, des enfants le nez dans les fenêtres, des pluies abondantes et du retour du printemps.

Pour une plaquebière
Les pissenlits qui annoncent l’approche des vacances, la rosée, le parfum des lilas, la plaquebière (fruit), le soleil de la plaine dans la cuisine.

Dans mon panier
La mer, les fleurs, les fruits nordiques, les chenilles, les ballot de foin, l’automne, la plage, les Innus.

Refrain d’hiver
La neige, le rire des enfants, les paysages, la glace, le verglas, l’ombre des pins sur la neige blanche ensoleillée.

À travers sa poésie, l’auteure cherche à nous émerveiller face à chaque petit plaisir de la vie. Les poèmes visent à élargir la vision poétique du lecteur en lui rappelant que chaque forme de vie peut être sublime lorsqu’on prend le temps de la regarder, tel un enfant qui s’émerveille en observant à travers les carreaux d’une vitrine.

L’auteure transmet l’élégance et la beauté de tout ce qui l’entoure dans sa région de Sept-Îles. La nature est omniprésente, partout dans sa poésie. L’écriture est lumineuse et j’ai presque envie de dire « automnale » tant pour moi, sa façon de raconter ce qui l’entoure est associée à cette belle saison. Le texte donne envie de profiter de chaque saison, de chaque petit moment qui marque le temps et le passage de l’été, à l’automne, puis à l’hiver, avant de revenir vers le renouveau du printemps. Pour moi, Petits fruits nordiques représente tout cela. C’est une lecture tellement propice à cette période de l’année.

Le recueil ajoute luminosité et soleil à tout ce que l’auteure voit et nous relate. On s’attarde sur les petits bonheurs qui se découvrent au fil des saisons. Beaucoup de thèmes sont abordés. On y parle aussi de territoire innu, des ancêtres, des tâches et petits plaisirs, du temps. C’est un recueil sur la beauté qui rythme les saisons, offrant même aux pissenlits – cette fleur mal aimée – l’élégance d’annoncer les vacances.

Les mots d’Hélène Bouchard créent une poésie lumineuse et solaire. Ils agissent comme un réconfort pour l’âme. Les mots de l’auteure font du bien, tellement ce qu’elle décrit est simple et beau. Elle donne à chacune des saisons, qu’elles soient pluvieuses ou glaciales, une lumière poétique qui rend agréable chaque instant. Ses mots nous incitent à prendre le temps de profiter de toutes les petites choses qui nous entourent et à vivre pleinement chacune des saisons. L’émerveillement n’est jamais bien loin, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Petit fait amusant, cette lecture m’aura permis de découvrir un petit fruit que je ne connaissais pas du tout, qu’on retrouve surtout au Nord, la chicoutai ou plaquebière.

Un recueil que je ne peux que vous conseiller.

Petits fruits nordiques, Hélène Bouchard, éditions David, 94 pages, 2011

Brume

La fumée recouvrit tout comme de la brume. Après un violent orage, la ville de Bridgton se retrouve encerclée par un bloc de brume opaque et menaçant. Piégés dans un supermarché Billy et son père vont vite comprendre que l’horreur qui se cache dans le brouillard n’est que le reflet de celle qui vit dans le cœur des hommes… Brume montre au lecteur une autre facette de King, celui qui joue avec les frontières du réel, faisant appel à nos peurs les plus ancestrales : le monstre caché dans le brouillard, ou derrière le sourire de notre voisin…

Brume est un court roman (ou une longue nouvelle), paru précédemment dans le recueil du même nom. L’éditeur Albin Michel en a fait une réédition comprenant uniquement la nouvelle, dans la belle collection Wiz pour faire découvrir l’œuvre de Stephen King aux jeunes. Il s’agit du texte intégral. J’avoue adorer les rééditions des livres de King dans cette collection à l’apparence très reconnaissable, avec son croquis en blanc sur la couverture. J’ai lu récemment Le corps dans la même collection. 

Brume est une histoire de brouillard et d’horreur, qui se déroule principalement dans un supermarché. Mais l’auteur instille le mystère bien avant cela. David vit dans une maison au bord d’un lac avec sa femme Steff et leur petit garçon Billy. Nous sommes en plein mois de juillet caniculaire. Le temps est à la tempête, un cyclone s’élève sur le lac et rapidement, la petite famille s’installe au sous-sol pour essayer de faire passer ce moment le mieux possible. Les dégâts, le lendemain matin, frôlent l’horreur.

Des arbres tombés, des fils électriques dénudés qui crépitent, des voitures et des hangars à bateaux défoncés. Et il y a ce brouillard, sur le lac. Étrange, qui semble avancer doucement, comme découpé au couteau. Si nette que ça semble irréel.

« J’avais la forte impression de n’avoir encore jamais vu de brume exactement comme celle-là. En partie à cause de l’aspect parfaitement rectiligne de son front. Rien n’est jamais aussi régulier dans la nature; c’est l’homme qui a inventé les lignes droites. »

Les personnages froncent les sourcils, trouvent ce brouillard étrange, mais passent rapidement à autre chose. Les dégâts de la tempête sont importants, il faut s’activer.

David n’entretient pas la meilleure relation du monde avec son voisin, Norton, mais en période difficile, les voisins doivent se serrer les coudes non? David, Norton et le petit Billy partent donc en ville chercher quelques provisions le temps que les choses se calment un peu dans le coin et que les secours prennent les choses en main pour dégager les fils et les routes. 

Comme souvent chez King, c’est à partir d’un événement banal, du quotidien, que les choses commencent à déraper. Ces quelques mots de David, lancés nonchalamment entre deux paragraphes, nous glacent littéralement le sang:

« Depuis lors, je n’ai plus revu ma femme. »

L’essentiel de l’histoire se déroulera ensuite au supermarché. On n’a pas idée de ce que la brume, insidieuse et opaque, peut cacher. Encore moins lorsqu’un groupe de gens est coincé dans un endroit clos et que chacun tente de gérer ce qu’il voit à sa façon. La menace est omniprésente, elle vient de l’extérieur tout comme de l’intérieur. 

« Quand les machines font faillite, quand la technologie et les systèmes religieux conventionnels font faillite, les gens ont besoin de s’accrocher à quelque chose. »

J’ai aussi aimé que l’on ne détienne pas forcément toutes les clés de l’intrigue et qu’on nous laisse en imaginer une partie. La fin est ouverte, apportant certains éléments de réponse, mais pas tous. L’imagination du lecteur est sollicitée et c’est ce qui donne, à mon avis, une atmosphère effrayante particulièrement propice à laisser s’affoler ses idées.

Comme toujours, j’aime l’imagination particulièrement féconde de Stephen King qui nous amène dans un monde effrayant… en ayant comme point de départ un lieu aussi anodin qu’une épicerie. Une note à la fin du roman explique l’inspiration qu’a eu l’auteur et de quelle façon lui est venu l’idée de cette histoire. J’aime quand les écrivains nous racontent la génèse de leurs écrits!

Brume a été aussi adapté à l’écran. Au cinéma en 2007 et en série en 2017, qui a par la suite été annulée. Je n’en ai vu aucun des deux, mais je serais curieuse de voir ce que ça donne! C’est une histoire qui a beaucoup de potentiel cinématographique.

De mon côté, je ne peux que vous conseiller de découvrir le livre. Brume est une histoire effrayante, qui joue sur notre peur naturelle des créatures monstrueuses, mais également sur le dérapage effrayant que peut connaître l’humain lorsqu’il est confronté à une situation qu’il ne maîtrise pas.

Brume, Stephen King, éditions Albin Michel, 288 pages, 2019

La fenêtre au sud

Quelque part en Islande, au bord de la mer, un village de maisons noires fait face à l’infini de l’eau. Dans son repaire, un romancier peine, sur sa vieille Olivetti, à écrire la vérité d’un couple parti en vacances pour se retrouver. Qui s’amuse ? se demande-t-il, déposant les feuilles dactylographiées sous la fenêtre sud claire. La radio, pendant ce temps-là, donne des nouvelles d’un autre monde : le séisme de Fukushima, l’assassinat de Ben Laden, la guerre en Syrie. Au rythme des quatre saisons de l’année, comme un contrepoint nordique aux célèbres concertos de Vivaldi, La fenêtre au sud transforme cette histoire simple d’amour et de fantômes en un livre immense sur les crépuscules de la création. L’encre s’épuise, l’écrivain tapera bientôt blanc sur blanc, traversant la page comme on marche dans la neige.

J’adore Gyrðir Elíasson. Tout ce que je lis de cet écrivain islandais est un coup de cœur. J’avais beaucoup aimé Les excursions de l’écureuil mais c’est avec Au bord de la Sandá que j’ai vraiment eu le sentiment de trouver un auteur qui me correspond. Gyrðir Elíasson a une plume particulièrement magnifique et des thèmes qui reviennent d’un livre à l’autre. C’est surtout vrai pour Au bord de la Sandá et La fenêtre au sud, puisque ces deux titres font partie d’un triptyque en lien avec la solitude. C’est un thème qui me rejoint beaucoup. J’ai donc pris beaucoup de plaisir avec ces deux livres, qui mettent en scène des ermites, qui aiment se promener dans la nature, lire et observer ce qui se passe autour d’eux. Il y a quelque chose de beau et de grave dans la plume de Gyrðir Elíasson. Ses livres me font l’effet d’être de petits bijoux dans lesquels je me sens bien. 

Quant à La fenêtre au sud, c’est un roman fabuleux. L’auteur a une plume à la fois concise et évocatrice, délicate et particulièrement belle. Le roman raconte le processus d’écriture d’un auteur, Jónas, au fil des quatre saisons. Il vit temporairement dans la maison d’un de ses amis, pour être un peu à l’écart de la vie en ville et pour tenter d’écrire son roman, qu’il tape à la machine à écrire. Un roman qu’il ne trouve pas très bon et qui ne semble pas l’inspirer plus que cela. Tous les prétextes sont donc bons pour faire autre chose.

Il lit beaucoup. On croise dans ce livre Oscar Wilde, Tove Jansson, Edgar Allan Poe, Albert Camus, Paul Auster, Georges Perec, Thomas Mann, Yukio Mishima, Pablo Neruda, Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson, Orhan Pamuk. Des bouts de ce qu’il lit, découvre. Il en parle peu, mais suffisamment pour que ce soit agréable à un lecteur qui aime les livres, de retrouver d’autres auteurs entre les pages.

Quand il ne lit pas, Jónas sort se promener. Il va au café du coin, tenu par une vieille dame renfrognée. Il essaie d’écrire. Il met souvent son travail de côté, tiraillé par l’angoisse de la page blanche. Il écrit quand même, se force à le faire et souvent, ce sont des poèmes qu’il couche sur le papier. 

« Les caractères imprimés par la machine à écrire s’estompent continuellement. Quelqu’un a dit que les artistes peintres produisaient leurs meilleures œuvres quand ils étaient sur le point de devenir aveugles. Il se peut que les écrivains soient au pinacle quand leurs mots deviennent presque invisibles. »

Le roman est divisé en quatre chapitres: un pour chacune des saisons. Les lieux où vit l’écrivain sont à l’écart, rarement occupés. L’achalandage varie d’une saison à l’autre. L’été, il y a plus de vie. Le reste de l’année, Jónas peut replonger dans sa solitude et sa contemplation, les autres retournent en ville, à leurs occupations. La fin de l’automne est marqué par des journées plus courtes et des soirées plus sombres. Le café ferme ses portes. L’herbe jaunit. Les montagnes au loin se voilent de blanc. On sent le passage des saisons.

Jónas raconte ses préoccupations quotidienne: acheter à manger, ses rares rencontres au café ou à l’épicerie, la température qui change, les appels de son ami pour savoir si tout va bien dans la maison. Jónas espère secrètement que l’homme ne reviendra pas. Il cultive sa solitude.

« Celui qui est seul est toujours seul, infiniment seul et nulle compagnie ne peut rien y changer. Je suis un type comme ça. J’avance seul à travers tout. »

Le personnage est proche de la nature. Il apprécie d’être à l’écart, même s’il est là pour travailler et que ça n’avance pas comme il le voudrait. Les échos du monde autour de lui se font sentir. Le roman est entrecoupé d’extraits de nouvelles, de ce qui vient de l’extérieur et qui fini par rythmer le quotidien bien malgré lui.

« Tous les peuples sont égaux en bêtise mais certains sont plus égaux que d’autres. »

Des nouvelles du monde qu’il n’a pas forcément envie de connaître, mais que les gens croient être importantes. 

Gyrðir Elíasson écrit avec poésie. Il raconte les petites choses du quotidien avec beauté, mélancolie et contemplation. J’aime ses mots. Ses livres me donnent l’impression de retrouver un vieil ami.

« Le nombre de pages empilées sur la table, devant la fenêtre sud, augmente lentement. Je continue d’en déchirer plus que celles qui s’ajoutent à la pile. Le soir, je les mets dans le poêle pour allumer le feu. C’est qu’elles flambent drôlement bien, ces feuilles mortes de la machine à écrire. »

Si vous ne connaissez pas encore cet écrivain, il est à découvrir. De mon côté, j’attends chaque fois une nouvelle parution avec impatience. Je suis très heureuse que les éditions La Peuplade traduisent peu à peu son œuvre. 

La fenêtre au sud, Gyrðir Elíasson, éditions La Peuplade, 168 pages, 2020

Le corps

J’allais sur mes treize ans quand j’ai vu un mort pour la première fois. Parfois, il me semble que ce n’est pas si lointain. Surtout les nuits où je me réveille de ce rêve où la grêle tombe dans ses yeux ouverts. Été 1962, quatre adolescents un peu fous s’élancent le long de la voie ferrée, à la recherche d’aventure, de frisson… de danger ?

Je voulais lire cette histoire depuis longtemps et la réédition de plusieurs longues nouvelles de Stephen King chez Albin Michel dernièrement, dans cette belle collection Wiz, était le moment parfait pour m’y plonger.

Le corps est donc une novella, une longue nouvelle, presqu’un roman, qui raconte la fin de l’été de quatre adolescents: Vern, Chris, Teddy et Gordon. L’histoire se déroule à la Fête du travail, avant le retour à l’école. Les jeunes partent en « camping » mais le but de cette étrange promenade le long de la voie ferrée qui sillonne la forêt, est de retrouver le corps d’un jeune garçon de leur âge, porté disparu alors qu’il cueillait des mûres, dont ils entendaient parler dans les journaux.

Cette nouvelle qui se déroule en 1960, raconte en fait le passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est un thème cher à Stephen King qui revient dans plusieurs romans. L’histoire parle de courage, des peurs et du fait de les affronter. Des amitiés qui s’étiolent avec le temps. Des vacances, des nouveaux défis qui s’annoncent pour les garçons à la rentrée scolaire et du fait de partir à l’aventure « une dernière fois » avant d’être tous séparés. Les années 60, vécues par de jeunes garçons téméraires, sont particulièrement bien racontées. C’est un monde dur, où l’éducation ne se fait pas toujours avec douceur. C’est le moment pour les quatre amis de faire face également à quelques désillusions et à affronter des choses qu’ils ne voulaient pas forcément affronter. Du moins, pas réellement. Mais grandir, c’est aussi cela. 

J’ai beaucoup aimé cette histoire, que l’on peut qualifier de « roman d’initiation ». L’histoire se déroule à Castle Rock, ville fictive que l’on retrouve très souvent chez Stephen King dans plusieurs de ses romans: Dead zone, Cujo, Bazaar, Elevation, Brume, entre autres. 

Vern débarque à bout de souffle dans la cabane où flânent ses amis avec une question: 

« Vous voulez voir un mort, les gars? »

Naturellement, les garçons sont fascinés et préparent une expédition pour partir à l’aventure, à pied, tout le long de la voie ferrée, afin de voir le corps. C’est Gordon, doué pour inventer des histoires et les raconter, qui nous fait le récit de cet été où, avec ses amis, ils ont vu le corps. Gordon est maintenant adulte et il est devenu écrivain. Il raconte leur amitié, leur expédition, les dangers auxquels ils ont fait face pendant cette aventure loin des parents, dans la nature. 

« Quand on est de la ville, les ténèbres qui envahissent les bois ressemblent plutôt à une calamité naturelle qu’à un phénomène naturel, comme les crues de printemps de la rivière Castle. »

Au fil des pages, nous découvrons les différentes personnalités des quatre garçons, ce qu’ils sont devenus par la suite et la façon dont ils ont fait face aux événements de l’été où ils ont été confrontés à la mort. Les personnages sont tous différents, mais deux se démarquent un peu plus du groupe. Gordon est intéressant, par sa façon de voir et de raconter les choses. C’est l’écrivain du groupe. On retrouve certaines de ses histoires dans le texte. Même si c’est lui le narrateur, j’avoue avoir aussi beaucoup aimé le personnage de Chris, catalogué dès l’enfance comme étant un fauteur de troubles comme sa famille, alors qu’il s’avère être d’une compagnie précieuse pour les membres du groupe. C’est une vieille âme qui parle avec une lucidité effrayante de la vie. 

Le corps est une histoire qui donne le frisson. Pas au sens premier comme on pourrait l’imaginer, mais plutôt parce que le texte nous pousse à revisiter les peurs et les craintes enfantines. Comme par exemple, l’aventure qui est à la fois grisante et effrayante; les adultes qui peuvent nous faire peur surtout quand leur réputation est exagérée; les conséquences de ce que l’on fait et de ce que l’on appréhende. On peut aussi percevoir de nombreuses métaphores dans l’expédition des quatre garçons, qui seront finalement confrontés à leur plus grand défi: eux-mêmes.

stand-by-meEn 1986, il y a eu une adaptation de cette histoire au cinéma: Stand by me (ou Compte sur moi pour la traduction). Étonnamment je ne l’avais jamais vu, même si on y retrouve River Phoenix, trop tôt disparu, un acteur que j’adorais quand j’étais adolescente. Après avoir terminé le livre, j’ai tout suite regardé le film, qui s’avère être une très bonne surprise. Il n’a pas du tout vieilli et est encore très actuel. J’y ai retrouvé pratiquement ligne par ligne tout le texte de Stephen King, tant cette adaptation est fidèle au livre. Visuellement, c’est un film qui nous plonge totalement dans l’histoire. Les jeunes acteurs étaient parfaits pour leurs rôles. Le film m’a semblé peut-être un peu moins effrayant que le livre, mais tout aussi intéressant. 

J’ai passé un excellent moment de lecture et de visionnement avec ce classique de Stephen King, qui est une métaphore du long chemin vers l’âge adulte. C’est une œuvre puissante, encore aujourd’hui, qu’il est vraiment agréable de (re)découvrir. Je vous en suggère la lecture, si vous ne connaissez pas encore ce texte. 

Le corps, Stephen King, éditions Albin Michel, 320 pages, 2019

L’été de Summerlost

L'été de SummerlostUn an déjà que le père et le plus jeune frère de Cedar ont disparu dans un accident de voiture. Ce premier été après le drame, l’adolescente, sa mère et son frère s’installent dans leur nouvelle maison de vacances, dans la petite ville d’Iron Creek, et tentent de se reconstruire. Très vite, les mystères se succèdent: qui est le garçon bizarrement costumé qui passe chaque jour à vélo devant la maison? Qui peut bien déposer des objets sur le rebord de la fenêtre sans explication? Dans les coulisses de Summerlost, un festival de théâtre, Cedar se laisse entraîner par Leo sur les traces d’une actrice disparue dans d’étranges circonstances…

C’est la sublime couverture qui m’attirée vers ce livre. On a toute suite l’impression qu’on ouvrira un livre estival et ensoleillé. Plein de la magie des petites soirées d’été et des promenades à vélo. C’est du moins l’impression que me donnait ce roman avant de l’ouvrir.

Il y a des choses que j’ai adorées dans ce roman et d’autres, beaucoup moins. Autant le roman de Dan Gemeinhart traitait de sujets difficiles d’une façon lumineuse et émouvante, autant L’été de Summerlost m’a semblé très plat à côté. Ce n’est pas un mauvais roman. Cependant, c’est un roman que j’ai trouvé étonnamment assez long, dans lequel on n’a pas l’impression d’avancer.

L’été de Summerlost raconte l’histoire de Cedar qui aménage dans une maison pour l’été, avec son frère et sa mère. Son père et son petit frère Ben sont décédés dans un accident. Le reste de la famille tente de faire son deuil. Ce qui n’est pas chose facile. Les réflexions, les craintes et les pensées de Cedar sonnent justes et sont universelles, toutefois je n’ai pas trouvé ce roman touchant du tout. Un peu à la fin, sans plus. Cedar pose des réflexions assez graves sur la mort. Sujet omniprésent dans le roman. Cedar et Miles se passionnent pour un vieux feuilleton très mal fait où il y est question d’une femme enterrée vivante. Pendant l’été, Cedar découvre également la vie de Lisette Chamberlain, une actrice morte tragiquement et dont on fête le vingtième anniversaire de.

« Tu passes trop de temps dans les cimetières. Tu participes à trop de visites sur des personnes disparues. Et tu regardes trop de feuilletons sur des personnes enterrées vivantes. »

J’ai cependant trouvé que le texte manquait d’émotions. Est-ce dû à la traduction? C’est possible. J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à Cedar, Leo et Miles.

Toutefois, ce que j’ai trouvé de vraiment intéressant dans le roman et qui est rarement mit en valeur dans un roman jeunesse, c’est tout ce qui entoure le festival de Summerlost. Les chapitres sont divisés en actes, comme au théâtre. Cedar et son nouvel ami Leo en qui elle découvre un véritable complice, y ont trouvé un petit emploi d’été. Leo se passionne pour une actrice de la région, Lisette Chamberlain, qui a fait une belle carrière et il entraîne Cedar dans sa passion. Leur été sera sous le signe du théâtre, du festival mettant Shakeaspeare à l’honneur et d’un mystère entourant la disparition de Lisette Chamberlain. Pour recueillir plus d’informations et aider son ami, Cedar fera du bénévolat auprès de la costumière du théâtre.

Tous les aspects entourant Shakespeare, le théâtre, le travail en coulisse et la présence des deux enfants est sans doute ce qui est le plus passionnant dans le roman. C’est ce que j’ai trouvé qui différenciait l’histoire des autres romans, justement parce que c’est peu abordé comme thématique. Leo est un personnage passionné et peut-être le plus intéressant du roman à mon avis.

Au fil des pages, on apprend beaucoup de choses sur la famille de Cedar, sa façon d’aborder le deuil, la relation qu’elle avait avec son frère décédé, qui était un garçon différent. Ce n’était pas facile tous les jours et par moments, la culpabilité étouffe Cedar qui a du mal à vivre avec la perte de la moitié de sa famille.

« Mon père disait souvent que la vie, c’était comme tourner les pages d’un livre. « Oh, regardez, disait-il en faisant semblant de tourner une page quand un coup dur nous arrivait. Pas de bol page quatre-vingt-dix-sept. Et quatre-vingt-dix-huit. Mais ça s’arrange pages quatre-vingt-dix-neuf! Tout ce qu’il fallait faire, c’était continuer à lire! » »

L’été de Summerlost est un roman qui avait beaucoup de potentiel, mais que j’ai trouvé assez long et peu touchant, malgré la gravité des sujets abordés. Certaines tentatives d’humour retombent assez vite et il manque vraiment quelque chose au texte pour en faire un roman marquant ou touchant. Le mystère entourant Lisette Chambelain est assez pauvre également.

C’est vraiment dommage parce que c’est un roman que j’aurais aimé adorer. Il y a de très belles trouvailles de la part de l’auteur. Cependant, je n’y ai pas trouvé ce que je m’attendais à lire. Je me demande si le texte original semble aussi peu vivant que l’est la traduction? J’ai beaucoup de mal à mettre le doigt sur ce qui manque à cette histoire, mais définitivement, le texte est plat et plutôt linéaire, même s’il y aurait eu matière à donner plus d’émotions et de qualités aux personnages, afin de les rendre plus attachants.

Un roman qui se lit bien, mais qui ne m’a pas marquée plus que cela. Dommage, car le cadre était bien prometteur…

L’été de Summerlost, Ally Condie, éditions Gallimard Jeunesse, 304 pages, 2017