Milarepa

milarepaSimon fait chaque nuit le même rêve dont une femme énigmatique lui livre la clef : il est la réincarnation de l’oncle de Milarepa, le célèbre ermite tibétain du XIe siècle qui vouait à son neveu une haine inexpiable. Pour sortir du cycle des renaissances, Simon doit raconter l’histoire des deux hommes, s’identifiant à eux au point de confondre leur identité à la sienne. Mais où commence le rêve, où finit le réel ? Eric-Emmanuel Schmitt, dans ce monologue qui est aussi un conte dans l’esprit du bouddhisme tibétain, poursuit son questionnement philosophique : la réalité existe-t-elle en dehors de la perception que l’on en a ?

Ce tout petit livre est conçu en deux parties. La première est une fiction philosophique, alors que la deuxième est un entretien de Bruno Metzger avec Eric-Emmanuel Schmitt intitulée Ce que le bouddhisme nous apporte.

Attardons-nous sur la première partie, qui raconte l’histoire de Simon. Il a trente-huit ans. Chaque soir, il refait les mêmes rêves. Il fait toujours un rêve très noir. Il se demande d’où viennent les rêves et pourquoi il fait toujours ce rêve de vengeance.
D’ordinaire les songes apparaissent et s’évaporent, mais ce rêve-là ne le quitte jamais. Il oscille entre deux mondes: Paris et le monde des hautes montagnes de pierres où il souhaite tuer un homme. Il a l’impression que son sommeil lui a ouvert une autre porte.

« L’Oncle Svastika meurt. Il erre de corps en corps depuis des siècles et a fini par s’installer en moi, Simon, frappant une nuit à la porte de mes rêves. »

Il doit alors raconter l’histoire de Milarepa, ce grand bouddhiste qui l’amènera à se repentir et à se libérer. Il est alors question de l’idée de réincarnation. L’histoire parle de ses premiers pas dans cette voie et de la façon dont son apprentissage s’est fait. L’histoire est racontée sous forme de conte.

« Mes songes me l’ont dit: j’ai été chien, fourmi, rongeur, chenille, caméléon et mouche à merde. Jusque-là, j’ai eu peu de vies humaines pour me libérer en racontant. »

La seconde partie est un beau complément à l’histoire et nous permet de comprendre un peu mieux les principes du bouddhisme. À la base, c’est un mode de vie et une forme de spiritualité qui attire un certain intérêt. En lisant cette histoire on se retrouve à mieux en saisir l’essence. Il nous permet de connaître les bases du bouddhisme. C’est donc une approche intéressante, à travers les rêves de Simon et la réincarnation, l’auteur nous offre une base des principes de cette religion de l’abandon de soi et des biens matériels, pour une vie plus simple. Le bouddhisme c’est la simplicité et le renoncement.

Dans l’entretien qu’a fait Bruno Metzger avec Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur nous parle de sa rencontre avec le bouddhisme.

« Soyons clairs: je ne suis pas bouddhiste. Néanmoins, en tant qu’humaniste chrétien, j’ai été profondément enrichi par le bouddhisme. » 

Le bouddhisme se vit beaucoup par la solitude et la méditation. Comme le dit Schmitt, on a la chance de vivre à une époque où l’on peut aller vers les religions qui nous parlent et prendre ce qui nous aide à vivre, selon nos affinités et nos croyances. Le bouddhisme lui a apporté des choses qui lui permettent aussi de se mettre dans la peau d’un personnage et donc, de faciliter son travail d’écriture.

J’ai aimé cette lecture particulière en deux temps, c’est un ouvrage court mais qui apporte une forme de méditation sur la spiritualité. C’est aussi une réflexion sur l’écriture., sur la connaissance de l’imagination, le travail d’imagination versus d’auto-fiction selon les écrivains.

J’aime beaucoup le travail d’Eric-Emmanuel Schmitt. Milarepa est un livre différent de ses romans habituels, une histoire qui se lit rapidement, mais qui peut porter à une longue réflexion sur la spiritualité et l’écriture.

« Le bouddhisme vise à éradiquer le désir, ainsi que tout attachement excessif. Milarepa, par exemple, se reproche d’éprouver trop de chagrin en découvrant la mort de sa mère. Conclusion? Il travaille mentalement sur l’attachement qu’il a pour elle en tentant d’accéder à plus de détachement. »

Un conte philosophique suivi d’un entretien qui permettent tous deux d’aborder le bouddhisme. Une bonne lecture!

Milarepa, Éric-Emmanuel Schmitt, éditions Le livre de poche, 85 pages, 2013

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La vengeance du pardon

vengeance du pardon photoQuatre destins, quatre histoires où Eric-Emmanuel Schmitt, avec un redoutable sens du suspens psychologique, explore les sentiments les plus violents et les plus secrets qui gouvernent nos existences. Comment retrouver notre part d’humanité quand la vie nous a entraîné dans l’envie, la perversion, l’indifférence et le crime ?

La vengeance du pardon regroupe quatre nouvelles totalement différentes. Chaque histoire, à sa façon, traite de l’amour d’une part et de l’indifférence de l’autre. Toutes les nouvelles montrent deux côtés, le bien et le mal qui se côtoient. L’auteur démontre ce qui, entre les deux, va remporter le jeu. Chaque histoire met en scène un personnage qui aime et un autre qui profite des faiblesses ou de la gentillesse de l’autre. Le titre, La vengance du pardon, est extrêmement bien choisi.

Voici un petit résumé de chacune des histoires du recueil:

Les soeurs Barbarin
Une nouvelle mettant en scène deux jumelles, dont l’une jalouse l’autre, parce qu’elle se sent inférieure à elle. Elle va donc tenter de la rabaisser pour se rehausser. Malgré cela, la nouvelle parle de l’amour inconditionnel d’une soeur pour l’autre.

Mademoiselle Butterfly
William, un adolescent qui vit entouré d’amis fortunés, va passer du temps dans le chalet de la famille de l’un d’entre eux, dans les Alpes. Sur le haut de la colline, il aperçoit une fille qui se promène, qui est de son goût. Un pari cruel fera vivre à la jeune femme amoureuse des moments d’espoir vain et de grande détresse. Cette nouvelle fait écho à l’opéra de Puccini, Madame Butterfly. C’est une sorte de réécriture plus contemporaire de cet opéra. On retrouve d’ailleurs dans la nouvelle une scène où William se retrouve dans une salle… pour assister à Madame Butterfly.

La vengeance du pardon
Cette nouvelle parle d’une traductrice, qui a vécu une grande tragédie. Elle décide alors d’affronter la personne qui est à l’origine de ce qu’elle a vécu afin d’avoir des réponses à ses questions et de le confronter afin de lui faire réaliser ce qu’il lui a fait vivre. Le monde décrit dans la nouvelle m’a moins captivé au début. Par la suite, la nouvelle devient plus intrigante et plus intéressante.

Dessine-moi un avion
Cette dernière nouvelle raconte l’histoire d’une très jeune fille et d’un vieil homme qui a fait la guerre. C’est la curiosité de la fillette qui l’amène à créer un lien avec son voisin. Il lui fera la lecture du Petit prince. La petite fille est très allumée et les deux ont des discussions intéressantes autour du livre. Encore une fois, cette nouvelle se base sur une oeuvre, Le petit Prince de St-Exupéry.

Mes nouvelles favorites sont vraiment les deux premières. C’est la forme très imagée de l’histoire, la façon dont je me suis laissé porté par les personnages, qui font que j’ai préféré ces deux histoires. En lisant le recueil, le lecteur a tendance à se ranger à l’un ou l’autre des personnages de chacune des nouvelles. Je trouve que la beauté des personnages, la façon dont l’auteur amène la réflexion et les émotions m’a plus touché dans les premières histoires que dans les deux dernières, même si elles nous font toutes passer un excellent moment.

Ce que j’aime, c’est que Schmitt écrit des nouvelles qui se lisent comme de petits romans. Il utilise habilement le passé pour nous faire mieux comprendre le présent de ses personnages. C’est un habile jeu littéraire que l’auteur réussit dans chacun de ses livres.

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j’adore. Je suis son travail de près, ce qu’il fait me plaît souvent beaucoup. Je retrouve dans ces nouvelles le même genre d’écriture que dans ses derniers romans. Son travail est minutieux, ses histoires sont passionnantes. Je ne suis pas un grand lecteur de nouvelles, mais cet auteur y excelle et ce fut une très bonne lecture.

Quelques mots extraits de Dessine-moi un avion:

« Dans un jardin, il y a des mois ingrats et des mois généreux. Avril inaugure cette période munificente où le travail exécuté toute l’année porte ses fruits, ses fleurs, ses feuilles. La terre récompense celui qui lui témoigna fidélité durant l’automne et l’hiver. »

La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 325 pages, 2017

Ulysse from Bagdad

Ulysse from BagdadJe m’appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste. » Saad veut quitter Bagdad et son chaos, pour gagner l’Europe, la liberté, un avenir. Mais comment franchir les frontières sans un dinar en poche ? Tel Ulysse, il affronte les tempêtes, survit aux naufrages, échappe aux trafiquants d’opium, ignore le chant des sirènes, et doit s’arracher aux enchantements amoureux. Tour à tour absurde, bouffon, dramatique, le voyage sans retour de Saad commence…

Ulysse from Bagdad est un roman captivant du début à la fin. L’auteur Éric-Emmanuel Schmitt de sa plume magique réussit à nous ensorceler au cours de cette histoire, nous faisant vivre toutes sortes péripéties à travers le personnage Saad Saad. Cherchant à fuire le désorde et l’insécurité que subit son pays fasse à la guerre, Saad entreprenda un long voyage parsemé d’embuches dans un seul but: rejoindre le paradis que Londres pourrait lui offrir.

C’est un livre qui nous pousse à le lire d’un bout à l’autre car c’est très prenant et le récit vient nous chercher. Il parle beaucoup des préjugés vis-à-vis des migrants et la réaction que les gens du pays d’accueil ont par rapport à eux. Il nous amène dans la peau de son personnage pour nous faire comprendre ce que ces gens vivent changeant ainsi notre perpection des migrants.

En plus de l’histoire, le livre se termine sur une leçon de vie et comprend aussi le journal d’écriture de ce roman. L’auteur raconte la genèse du livre, sa façon de se documenter pour l’écrire et c’est hyper intéressant puisqu’on comprend ses motivations. Ce livre est un vrai coup de coeur pour moi! L’histoire du personnage est très captivante. La façon dont l’auteur nous la raconte nous amène à s’introduire dans la peau de Saad.

Ulysse from Bagdad, Éric-Emmanuel Schmitt, éditions Le livre de poche, 310 pages, 2010