Du bon usage des étoiles

Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment de provisions pour survivre trois ans aux rigueurs de l’Arctique. L’expédition doit permettre à l’Angleterre d’asseoir sa suprématie sur le reste du globe, mais les deux navires se trouvent bientôt prisonniers des glaces dans une immensité sauvage. Commence alors un nouveau voyage, immobile celui-là, au cœur de la nuit polaire et vers les profondeurs de l’être, dont Francis Crozier, commandant du Terror, rend compte dans son journal. Il se languit aussi de la belle Sophia, restée avec sa tante Jane Franklin à Londres, où les thés et les bals se succèdent en un tourbillon de mondanités.

Je m’intéresse depuis longtemps à l’histoire de Sir John Franklin et à son expédition en Arctique qui a tourné au désastre. J’avais lu Du bon usage des étoiles lors de sa sortie en 2008. J’étais tout de suite tombée sous le charme de la plume si belle et scintillante de Dominique Fortier. Je voulais relire ce livre depuis un bon moment déjà et comme c’était la lecture commune de mon club de lecture, j’ai décidé de me plonger à nouveau dans cette histoire qui m’avait laissé un fabuleux souvenir. Treize ans plus tard, la magie opère toujours. Je trouve tout autant l’écriture délicate et merveilleuse. 

« Il me semble impossible, en contemplant ces forteresses de neige et de glace, de ne pas être pénétré du sentiment de sa propre insignifiance, de ne pas se savoir minuscule et superflu au milieu de tant de beauté majestueuse et sauvage. »

L’histoire débute en mai 1845, alors que l’Erebus et le Terror s’apprêtent à appareiller. C’est le grand départ vers l’aventure! Alors que les bateaux prendront bientôt l’eau, l’auteure nous raconte les préparatifs de départ et l’embarquement. Si Franklin est le personnage phare de cette expédition, c’est sur Francis Crozier que Dominique Fortier a choisi de se pencher. Cet homme réservé et attachant, souvent en retrait et mal à l’aise en société, nous raconte au fil du roman ses sentiments pour Sophia, son travail sur le navire, sa relation avec les autres occupants et sa passion des sciences. Il porte un regard critique sur ce qui l’entoure et raconte les particularités, les contradictions et les folies de la bourgeoisie de son époque. C’est aussi un homme très ouvert d’esprit, qui est différent des gens de son milieu. C’est d’ailleurs intéressant de voir que l’auteure s’est attardée sur deux personnages qui détonnent dans leurs milieux respectifs. L’autre étant Lady Jane Franklin.

Du bon usage des étoiles a une construction vraiment particulière. C’est d’ailleurs un premier roman fort étonnant, qui était très différent de ce que j’avais pu lire à l’époque, et il l’est encore aujourd’hui. Il y a quelque chose de raffiné dans la façon qu’a l’auteure d’amener son sujet, qui s’inspire de l’ultime et dernière expédition de Sir John Franklin. Le livre suit donc principalement deux personnages. Crozier, commandant du Terror, un des deux bateaux de l’expédition. Nous lisons des passages de son journal, où il relate ce qui se passe à bord, les découvertes, l’équipage et les douces pensées qu’il a pour Sophia demeurée à Londres avec sa tante, lady Franklin. Les autres parties du roman alternent avec ce que vit Jane Franklin alors que son mari est en mer. On découvre peu à peu au fil des pages un beau portrait de femme forte, aux connaissances approfondies en matière de navigation, de sciences, d’anthropologie, de botanique, de voyage et qui détonne fortement dans l’Angleterre bourgeoise guindée. Le roman avance doucement en alternant les deux points de vue, celui en mer et celui sur le continent. Peu à peu, l’histoire se met en place, du moment du grand départ jusqu’à ce que lady Franklin commence à s’inquiéter pour son mari. 

« … il est inconcevable que les erreurs commises au cours des siècles derniers ou des décennies passées soient répétées […] Il est donc ridicule de songer à dépêcher une expédition de secours. On ne va pas au secours des héros. »

La construction du livre est ingénieuse car elle ne se contente pas d’alterner les points de vue. Elle nous offre aussi certains chapitres qui prennent la forme de « miscellanées »: un peu de tout. Naturellement, il faut aimer les dialogues contemplatifs, les ajouts informatifs et les petits extraits de conversation. Personnellement, je trouve que tout cela amène une expérience de lecture si particulière, qu’on y plonge en découvrant avec une grande curiosité tout ce que peut contenir le roman. Ces portions de texte sont des ajouts intéressants pour recréer l’atmosphère de l’époque et de l’histoire. On y retrouve des extraits scientifiques et mathématiques, des reproductions des derniers textes écrits par les commandants, une portée musicale, un poème, une recette de plum-pudding, une pièce de théâtre, une chanson, un menu de Noël et quelques instructions sur la navigation. Les différents points de vue et tous ces ajouts au texte en font une lecture très riche qui nous amène au cœur d’une histoire tragique, racontée avec une forme de beauté qui touche droit au cœur. Les propos sur les étoiles par exemple, sur l’amour ou la vie, m’ont souvent énormément émue. 

« Quand à moi, je suis allé au bout de la Terre, j’ai basculé dans ce vide où il n’y a ni monstres marins ni poulpes géants ni sirènes ni même Dieu; je n’ai trouvé que la nuit dans cet abîme, et c’est sans doute, de toutes les découvertes, la plus terrible. »

Du bon usage des étoiles est un poétique mélange d’histoire, de sciences, de navigation et de la vie en mer. C’est le roman d’une tragédie, mais raconté d’une façon unique et merveilleuse. Treize ans après ma première lecture, ce livre reste encore et toujours un immense coup de cœur pour moi. On a raconté de mille façons l’histoire de Sir John Franklin et de son expédition en Arctique, mais personne ne l’a jamais fait comme Dominique Fortier, en nous offrant un texte aussi beau et aussi particulier. Un texte qui puise dans les petits détails du quotidien, sur mer et sur terre, pour nous offrir la grande histoire d’une conquête avortée. C’est un tour de force littéraire, porté par une plume magnifique. 

Pour compléter cette lecture, je vous invite à découvrir un autre ouvrage: L’Erebus: vie, mort et résurrection d’un navire qui parle du premier bateau de l’expédition commandé par Franklin. On suit l’histoire de ce navire, de ses débuts sur l’eau jusqu’à l’expédition catastrophe qui l’a mené en Arctique. Une lecture très à propos et un beau complément au magnifique roman de Dominique Fortier. 

À découvrir!

Du bon usage des étoiles, Dominique Fortier, éditions Alto, 348 pages, 2008

Le Monstre des glaces

Elsie, une jeune orpheline vivant dans les rues de Londres à l’époque victorienne, entend parler d’un mystérieux monstre de glace : un mammouth laineux découvert au pôle Nord… Déterminée à en savoir plus, voici Elsie embarquée dans une drôle d’aventure, qui l’emmènera de Londres au cœur de l’Arctique !

J’avais envie de découvrir ce roman jeunesse à cause de sa belle couverture, mais aussi parce qu’il y est question de mammouth et de l’époque victorienne. Ça me semblait être une lecture amusante également. Je ne me suis pas trompée. J’ai passé un très bon moment avec ce roman, entièrement illustré et très dynamique. Les images sont présentes pratiquement à toutes les doubles pages. Le texte est également adapté au contenu. La police d’écriture varie selon le contexte et les lettres sont de différentes grosseurs. Certaines pages sont aussi différentes selon le déroulement de l’histoire. Par exemple, alors que les personnages sont en pleine noirceur, les pages du roman sont noires. Dans une tempête de neige, les pages sont parsemées de gros flocons. La lecture est donc très vivante!  

Nous sommes à Londres, en 1899. Elsie est une enfant des rues, après s’être échappée d’un orphelinat où on la battait. Elle découvre alors le musée d’Histoire naturelle et est fascinée par ce qui s’y trouve. Lorsqu’elle entend un crieur de journaux faire la promotion du « monstre des glaces » qui devrait bientôt être recueilli par le musée, Elsie n’a qu’une idée en tête: s’infiltrer dans le bâtiment pour le voir. Sa découverte du mammouth (qui s’avère être une mammouth), coincé dans la glace est un grand moment. Surtout quand elle est persuadée qu’il est encore vivant!

« Hypnotisée, Elsie s’approcha du monstre des glaces. Tout ce qui la séparait d’une espèce éteinte depuis des milliers d’années, c’étaient quelques centimètres de verre et de glace. »

Bien décidée à faire revenir à la vie le mammouth qu’elle a prénommée Moumoute, Elsie sera aidée dans son projet par une foule de personnages tous plus loufoques les uns des autres. 

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui m’a souvent fait sourire. L’histoire est impertinente, les personnages sont vraiment amusants et c’est un roman plein d’aventures improbables. Elsie ne s’en laisse pas imposer et ce n’est pas parce qu’elle se retrouve dans la rue, qu’elle ne peut pas parler à la reine Victoria! Rien ne lui fait peur et elle confronte les différentes classes sociales, dans une époque où elles étaient très importantes.

Chaque moment du roman est une aventure en soi, qui frôle bien souvent la catastrophe!

« Étant donné la taille d’un mammouth, on pourrait croire qu’il est impossible d’en perdre un. Pourtant, c’était exactement ce qu’avaient fait Elsie et Linotte. »

Après avoir réanimé le mammouth, une course-poursuite a lieu dans les rues de Londres, puis c’est l’embarquement pour le grand Nord afin de rendre Moumoute à son environnement naturel. Les péripéties de s’arrêtent pas un instant et la lecture est très prenante. On veut savoir ce qu’il adviendra de Moumoute, Elsie, l’équipage d’anciens soldats, de Linotte et de Minus. Le monstre des glaces est une belle histoire d’amitié et d’entraide.

Les illustrations sont très amusantes et le trait de crayon de Tony Ross contribue à donner vie aux personnages si particuliers de David Walliams. Les images sont toutes aussi dynamiques que le texte et la lecture est fluide et amusante. C’est un livre plaisant à découvrir. Les auteurs donnent vie à un Londres victorien plein de contradiction, en jouant la carte de l’absurde et de l’humour. Ça fonctionne très bien! En fin de volume, l’auteur remet l’époque en perspective d’un point de vue historique. Il explique les libertés qu’il a prit avec l’histoire et nous parle un peu du véritable mammouth laineux tel qu’il l’a été avant son extinction. 

Ce livre est classé pour les 8 ans et plus. Je suis adulte et j’ai passé un bon moment avec ce livre qui m’a fait souvent sourire. J’en avais bien besoin. Je dirais donc qu’il s’agit d’une lecture familiale, à mettre entre les mains de ceux qui ont envie de vivre de folles aventures et de s’amuser un peu. Je suis ravie d’avoir dans ma pile un autre livre du même auteur, qui se déroule cette fois à Buckingham Palace. Ça promet! 

Le Monstre des glaces, David Walliams, illustrations de Tony Ross, éditions Albin Michel jeunesse, 512 pages, 2019

Un Noël au bord de la Tamise

Worm, un gamin des rues âgé de neuf ans, vit sur les rives de la Tamise et il n’a jamais passé un Noël en famille. Mais grâce à un petit boulot dans la clinique d’Hester Monk à Portpool Lane, la douce Miss Claudine Burroughs et Squeaky Robinson, un vieux comptable bougon, deviennent sa famille adoptive.
Quand Worm est témoin de l’enlèvement d’une belle jeune femme par deux voyous quelques jours avant Noël, éperdu, il demande de l’aide à Squeaky. Le vieil homme a autrefois possédé un bordel et il sait qu’il est dangereux de se mêler d’affaires louches comme celle-ci, mais il ne supporte pas l’idée de décevoir Worm ou de laisser le garçon voler au secours de la jeune femme tout seul. Cependant, les deux sauveurs improvisés ne s’attendaient pas à ce que la demoiselle en détresse ait la situation bien en main… et s’emploie à amener ses ravisseurs devant la justice pour des crimes bien pires que son kidnapping. Mais, il ne faut pas sous-estimer les deux truands, aussi fourbes que mortellement dangereux. Et peut-être que l’aide du cynique vieux Squeaky et du jeune Worm, gonflé d’optimisme, permettra au bien de triompher et d’éviter un terrible drame de Noël.

Un Noël au bord de la Tamise est le dernier livre que j’ai lu en 2020. J’avais très hâte de le lire puisque j’aime bien découvrir les contes de Noël qu’Anne Perry nous réserve en fin d’année. Ils ne sont pas toujours de qualité égale, mais c’est un rendez-vous que j’aime beaucoup malgré tout. Il y a certains titres que j’ai adoré, d’autres moins et il y en a trois que je n’ai pas lus parce qu’ils se déroulent sous le soleil et que ça ne m’intéresse pas vraiment. Pour moi, Noël est synonyme de neige ou à tout le moins, de froid! 

Si ses premiers contes d’il y a plusieurs années étaient plus festifs, maintenant je dirais que ça dépend des années. Par contre mes préférés figurent parmi les premiers contes qu’elle avait écrit au tout début. J’aimerais beaucoup d’ailleurs que l’éditeur les réédite. Je pense à La disparue de Noël par exemple ou au Voyageur de Noël. J’aimerais bien me les procurer et les relire. Qu’en est-il toutefois du conte de cette année, Un Noël au bord de la Tamise?

L’histoire est celle de Worm, neuf ans, un orphelin qui vivait dans la rue et à qui on a offert un foyer dans une clinique qui s’occupe des femmes égarées et des pauvres. Un jour qu’il se promène, il croise une jolie dame « aux cheveux plein de soleil », qui semble en difficulté. La scène le trouble beaucoup, il ne réussit pas à l’oublier. Il décide d’enquêter en entraînant le comptable de la clinique, Squeaky, dans une histoire bien dangereuse…

Afin de le détourner de toute cette histoire, Squeaky lui parle de Noël, une fête que Worm n’a jamais vraiment célébrée. C’est la première fois qu’il a un foyer et que Noël sera une vraie fête pour lui. Il y a donc deux parties qui alternent à cette histoire: les préparatifs de Noël instillés par Squeaky et l’enquête sur la dame en difficulté, qui semble être malmenée par des hommes rudes et bourrus. 

Un Noël au bord de la Tamise se déroule beaucoup dans les quartiers mal famés de Londres, à l’époque victorienne. On sent un peu l’ambiance d’époque, même si l’auteur ne nous plonge pas totalement dedans. Le roman est trop court pour que de longues descriptions recréent cette atmosphère particulière. C’est surtout la petite intrigue qui retient l’attention. On veut connaître le dénouement de l’enquête de Worm et Squeaky. 

Même si Worm célèbrera Noël pour la première fois et qu’il en découvre les rouages, l’ambiance n’est malheureusement pas très festive. Il y a des mentions de décorations, de souvenirs de Noël et de préparation à la fête, mais sans plus. J’aurais aimé que ce soit plus approfondit, surtout qu’avec le personnage de Worm l’occasion aurait été belle de prendre le temps de créer un vrai Noël en parallèle à l’enquête. Je regrette un peu que cet aspect soit juste survolé. 

« Il jeta un regard noir à l’enfant pour avoir soulevé le sujet. Maintenant, il allait devoir dénicher un arbre de Noël! Et tout ça était la faute du prince Albert qui avait ramené des idées allemandes en Angleterre parce qu’il avait épousé la reine! »

Ça arrive de plus en plus que certains des contes de Noël d’Anne Perry ne soient pas si ancrés dans la magie des fêtes. Comme je m’y attendais un peu, j’ai quand même eu du plaisir à découvrir cette petite histoire. Ça reste léger et court, donc pas très marquant, mais ce fut une lecture agréable. J’aime découvrir ce que l’auteur nous réserve à la fin de l’année dans ses contes de Noël. Ils ont toujours une petite morale et parlent bien souvent de deuxième chance et de rédemption, des sujets qui reviennent beaucoup dans ses histoires.

Ce qui m’a plu dans ce roman, ce sont les personnages de Worm et Squeaky. On ne peut que s’attacher au gamin, un garçon des rues curieux et empathique. Même le rude Squeaky est un personnage intéressant. S’il ne souhaite pas trop montrer ses sentiments, il n’en demeure pas moins qu’il a profité d’une seconde chance dans la vie et est devenu une bien meilleure personne.

« Ne pas respecter la promesse faite à un enfant était une chose épouvantable, pour ne pas dire impardonnable, et encore plus au moment de Noël. »

Un conte de Noël qui nous mène sur les traces de cambrioleurs et d’or disparu, dans les quartiers industriels au bord de la Tamise. J’ai bien aimé!

Un Noël au bord de la Tamise, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2020

La veillée de Noël / Jack L’Éventreur

Veillée de Noel - Jack L'ÉventreurC’est une jeune femme tremblante et angoissée que le célèbre détective Sherlock Holmes reçoit dans son bureau du 221b Baker Street. Un meurtre va être commis chez elle durant la veillée de Noël et il est le seul à pouvoir l’empêcher…  

Depuis plusieurs mois, Jack l’Éventreur sème la terreur dans le quartier de Whitechapel. Et, si les prostituées paniquent en se demandant : serai-je sa prochaine victime ?, les femmes de bonne condition, elles, tremblent en osant à peine penser : serais-je son épouse ? 

Ces deux nouvelles écrites par Anne Perry sont parues dans la collection Langues pour tous chez Pocket Bilingue. Je l’avoue, ce n’est pas du tout l’aspect bilingue du texte qui m’a attirée, mais principalement les nouvelles, que je n’avais jamais eu l’occasion de lire. J’apprécie beaucoup les histoires d’Anne Perry et les deux qui sont présentées ici parle de deux personnages légendaires à leur façon: Sherlock Holmes pour la première histoire et Jack L’Éventreur pour la seconde.

Pour information, le livre est présenté en version bilingue anglais / français. La page de gauche reprend le texte original anglais et la page de droite, la version traduite en français. En bas de chaque page, des notes sur les mots et la traduction sont présentées. Je ne les ai pas lus, toutefois le concept me semble intéressant pour quelqu’un qui souhaite se familiariser avec la langue anglaise et lire des textes dans cette langue en comparant avec la traduction. De mon côté, je n’ai lu que le texte en français et c’est sur cette traduction que portera mon billet.

La recueil comprend donc deux histoires:

La Veillée de Noël (The Watch Night Bell)
Cette histoire s’inspire des aventures de Sherlock Holmes. Elle met donc en scène le célèbre détective et son acolyte le docteur Watson, qui reçoivent la visite d’une jeune femme paniquée, demandant leur aide. Elle parle beaucoup, son récit est décousu et Holmes est sur le point de perdre patience avec elle, croyant à tors qu’elle est « fragile » et qu’elle ne réclame son aide que pour un « différend familial ». Watson prend donc les devants et tente d’interroger la jeune femme. Le lecteur apprend, en même temps que Sherlock Holmes, que la jeune femme soupçonne qu’un crime sera bientôt commis à la résidence familiale…
L’histoire présente un revirement de situation très intéressant. Elle se déroule la veille de Noël, avec une atmosphère festive et plusieurs détails sur la fête en préparation ainsi que sur les traditions de la famille autour des festivités.

Jack L’Éventreur (Jack)
Le célèbre tueur en série terrorise tout Whitechapel, un quartier de Londres, en 1888. Gwen est mariée à un homme mesquin et violent, qui la traite comme une enfant et la rabroue constamment sur tout. Elle lui joue un mauvais tour pour s’offrir une petite vengeance personnelle, tour qui prend des proportions qu’elle ne soupçonnait pas. Quand son mari l’empêche d’aller rendre visite à une amie, elle décide avec cette dernière de mener l’enquête, leurs deux maris se retrouvant dans la ligne de mire de la police.
Dans cette histoire, c’est la suspicion qui est au centre de l’intrigue, terrorisant les femmes du quartier qui se demandent si Jack L’Éventreur ne serait pas l’un des leurs, quelqu’un qu’elles connaissent très bien…

J’ai beaucoup aimé la lecture de ces deux nouvelles. La Veillée de Noël est plus festive, même si on parle d’un acte criminel. Cette histoire ne jurerait pas parmi les Contes de Noël d’Anne Perry. J’ai même trouvé à cette nouvelle un côté plus festif que nombre des histoires de Noël de l’auteure publiées ces dernières années.

En ce qui concerne Jack L’Éventreur, je trouve que l’ambiance victorienne de l’époque et surtout la peur qui devait terroriser chaque femme à cette période trouble de l’Histoire est bien rendue. La peur est sans doute le thème central de la nouvelle. À noter que cette seconde histoire ne se déroule pas à Noël (mais ce n’est pas plus mal!)

Les deux nouvelles sont bien écrite et passionnantes. Les deux mettent en scène des femmes plus fortes qu’il n’y paraît, pour des raisons différentes dans les deux histoires. Ce recueil fut une très bonne lecture. J’ai adoré découvrir Anne Perry en nouvelliste et j’ose espérer qu’on aura droit éventuellement à un recueil de nouvelles plus substantiel. Si vous aimez l’auteure, ces histoires pourraient bien vous plaire!

La veillée de Noël (The Watch Night Bell) suivi de Jack L’Éventreur (Jack), Anne Perry, éditions Pocket Bilingue, 142 pages, 2017

La Noël au temps des carrioles

Noël au temps des carriolesLe temps d’une promenade, revivez la magie des Noëls d’antan à Québec et découvrez les traditions de nos ancêtres et les transformations de la fête à l’époque victo­rienne. Messe de minuit, réveillon, échanges de vœux et de présents, décorations, sans oublier le magasinage et l’arrivée du père Noël… Une visite qui vous plongera dans la féérie du temps des Fêtes d’autrefois! 

J’avais très hâte de découvrir ce livre et j’ai eu un vrai coup de cœur pour cet ouvrage vraiment intéressant! J’adore les livres de Noël et celui-ci me paraissait très original. La Noël au temps des carrioles nous parle du temps des Fêtes à Québec du XVIIe au XXe siècle. En plus d’être un ouvrage rempli d’anecdotes fascinantes à découvrir, c’est aussi un circuit historique. Le petit format du livre nous permet de l’amener avec nous aisément et le rabat intérieur contient une carte du circuit. Un guide en bas de page nous indique où se diriger dans la ville. En huit points d’intérêt, ce livre permet de revisiter l’histoire du temps des Fêtes à Québec de l’arrivée des premiers explorateurs à l’essor des grands magasins!

Saviez-vous que le premier Noël de la ville remonte à l’hivernage de Jacques Cartier? Que c’est à Dickens, qui a d’ailleurs séjourné à Québec, à qui l’on doit la façon moderne de fêter Noël? Que c’est la culture britannique qui a influencé grandement nos plats du temps des Fêtes? Et qu’une loi obligeait les conducteurs de carrioles à doter leurs chevaux de grelots pour éviter les accidents? Le livre regorge d’informations sur ce qui a façonné notre façon de célébrer Noël aujourd’hui.

L’ouvrage débute par un premier arrêt: Noël à l’époque pionnière. Ensuite vient Noël sous le régime britannique. On enchaîne avec les vœux des Fêtes et les promenades hivernales, les emplettes et les décorations, les chants de Noël, le Jour de l’an et Noël, la religion et le père Noël. Tous les aspects sont abordés, nous permettant de déceler une évolution de la façon de célébrer Noël du XVIIe au XXe siècle.

J’ai adoré ce petit livre qui permet de mieux comprendre l’évolution des festivités au fil des ans. Le ton est jovial et la concision du texte en fait un ouvrage très abordable pour tous. L’idée d’un circuit historique me plaît énormément. Si j’ai la chance de passer par Québec un jour à la période des Fêtes, je l’apporterai assurément avec moi!

Si vous n’êtes pas à Québec en cette période de l’année, ce n’est pas grave du tout. L’ouvrage conserve tout son intérêt quand même, en fournissant énormément de contenu, d’extraits de journaux, de catalogues et d’annonces en tout genre. Son format est pratique et le texte, très accessible. C’est un ouvrage grand public conçu aussi pour profiter de la visite « en vrai » de la Ville de Québec si vous avez la chance d’y être. Autrement, profitez d’une petite visite historique bien au chaud dans votre salon en apprenant une foule de choses sur la période des Fêtes chez nous.

Un grand plaisir de lecture qui me donne bien envie de découvrir les autres titres de la collection qui abordent différents sujets en lien avec Québec: la vie nocturne, la médecine et la justice.

La Noël au temps des carrioles. Le temps des Fêtes à Québec du XVIIe au XXe siècle, Les Services historiques Six-Associés, Marie-Eve Ouellet et Emilie Guilbeault-Cayer, éditions du Septentrion, 96 pages, 2019