Léo et les presqu’îles

Cette émouvante histoire de pêche qui plaira aux petits comme aux grands raconte le fabuleux voyage de Léo dans le monde des cinq presqu’îles. Léo est le fils d’un pêcheur disparu en mer et c’est maintenant à son tour de devenir le capitaine d’un grand bateau. Pour ce faire, il a besoin d’un navire, d’une voile, d’un filet et d’une ancre! En chemin, il se fait de nouveaux amis qui vont lui offrir leur aide. Magnifiquement illustrés, les personnages hauts en couleur sont aussi présentés dans les chansons de matelots qui accompagnent le livre.

Léo et les presqu’îles est un album jeunesse, un livre-cd tout simplement magnifique. C’est un collectif impressionnant, qui regroupe une quantité d’artistes talentueux de chez nous. Les contes et chansons sont écrits par Gilles Vigneault, les illustrations sont de Stéphane Jorish, avec Fred Pellerin, Diane Dufresne, Claude Gauthier, Clémence Desrochers, Robert Charlebois, Édith Butler, Pierre Flynn et Pascale Bussières. L’ouvrage et le cd sont de grande qualité. 

Au début de l’album, Léo demande à sa mère d’aller à la mer. Il est prêt à devenir capitaine de bateau et pêcheur. Elle savait bien que ce jour viendrait et elle le guide vers sa nouvelle vie. Avec l’aide de différents personnages, Léo trouve tout ce dont il a besoin afin de réaliser son destin.

« Ce soir-là, le petit garçon prit un peu plus de temps à s’endormir et rêva qu’il était loin sur la mer, à la pêche, et qu’il prenait un poisson si gros qu’il en avait peur et devait lui abandonner sa ligne. Et milles autres aventures qui l’attendaient. »

J’ai commencé par lire l’album, puis je l’ai relu en m’accompagnant du cd. On y retrouve une lecture de l’album, faite par Pascale Bussière. Par la suite, les différentes personnalités qui ont contribué à l’ouvrage incarnent tous les personnages. Le cd nous offre également un répertoire de magnifiques chansons inspirées de l’univers du livre. Un univers marin, qui nous parle d’eau, de bateau et de l’héritage laissé par nos parents. 

Léo est les presqu’îles est une magnifique fable racontée pour petits et grands. Un livre-disque aussi intéressant à lire qu’à écouter. C’est une jolie histoire de mer et d’entraide, où tous les personnages ont une grande importance pour Léo, afin qu’il réalise son projet. À son tour, quand il aura son bateau, il pourra aider ceux qui lui ont donné un coup de main. 

C’est une très belle recommandation d’un album à lire et écouter en famille, pour ceux qui ont de jeunes enfants. Le plaisir est toutefois au rendez-vous, même à l’âge adulte. J’ai beaucoup aimé cette immersion dans le monde marin de Léo. J’ai particulièrement apprécié les illustrations qui sont jolies, douces et colorées. À découvrir!

Léo et les presqu’îles, Gilles Vigneault, Stéphane Jorisch, éditions La montagne secrète, 64 pages + 1 cd, 2010

Le Monstre des glaces

Elsie, une jeune orpheline vivant dans les rues de Londres à l’époque victorienne, entend parler d’un mystérieux monstre de glace : un mammouth laineux découvert au pôle Nord… Déterminée à en savoir plus, voici Elsie embarquée dans une drôle d’aventure, qui l’emmènera de Londres au cœur de l’Arctique !

J’avais envie de découvrir ce roman jeunesse à cause de sa belle couverture, mais aussi parce qu’il y est question de mammouth et de l’époque victorienne. Ça me semblait être une lecture amusante également. Je ne me suis pas trompée. J’ai passé un très bon moment avec ce roman, entièrement illustré et très dynamique. Les images sont présentes pratiquement à toutes les doubles pages. Le texte est également adapté au contenu. La police d’écriture varie selon le contexte et les lettres sont de différentes grosseurs. Certaines pages sont aussi différentes selon le déroulement de l’histoire. Par exemple, alors que les personnages sont en pleine noirceur, les pages du roman sont noires. Dans une tempête de neige, les pages sont parsemées de gros flocons. La lecture est donc très vivante!  

Nous sommes à Londres, en 1899. Elsie est une enfant des rues, après s’être échappée d’un orphelinat où on la battait. Elle découvre alors le musée d’Histoire naturelle et est fascinée par ce qui s’y trouve. Lorsqu’elle entend un crieur de journaux faire la promotion du « monstre des glaces » qui devrait bientôt être recueilli par le musée, Elsie n’a qu’une idée en tête: s’infiltrer dans le bâtiment pour le voir. Sa découverte du mammouth (qui s’avère être une mammouth), coincé dans la glace est un grand moment. Surtout quand elle est persuadée qu’il est encore vivant!

« Hypnotisée, Elsie s’approcha du monstre des glaces. Tout ce qui la séparait d’une espèce éteinte depuis des milliers d’années, c’étaient quelques centimètres de verre et de glace. »

Bien décidée à faire revenir à la vie le mammouth qu’elle a prénommée Moumoute, Elsie sera aidée dans son projet par une foule de personnages tous plus loufoques les uns des autres. 

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui m’a souvent fait sourire. L’histoire est impertinente, les personnages sont vraiment amusants et c’est un roman plein d’aventures improbables. Elsie ne s’en laisse pas imposer et ce n’est pas parce qu’elle se retrouve dans la rue, qu’elle ne peut pas parler à la reine Victoria! Rien ne lui fait peur et elle confronte les différentes classes sociales, dans une époque où elles étaient très importantes.

Chaque moment du roman est une aventure en soi, qui frôle bien souvent la catastrophe!

« Étant donné la taille d’un mammouth, on pourrait croire qu’il est impossible d’en perdre un. Pourtant, c’était exactement ce qu’avaient fait Elsie et Linotte. »

Après avoir réanimé le mammouth, une course-poursuite a lieu dans les rues de Londres, puis c’est l’embarquement pour le grand Nord afin de rendre Moumoute à son environnement naturel. Les péripéties de s’arrêtent pas un instant et la lecture est très prenante. On veut savoir ce qu’il adviendra de Moumoute, Elsie, l’équipage d’anciens soldats, de Linotte et de Minus. Le monstre des glaces est une belle histoire d’amitié et d’entraide.

Les illustrations sont très amusantes et le trait de crayon de Tony Ross contribue à donner vie aux personnages si particuliers de David Walliams. Les images sont toutes aussi dynamiques que le texte et la lecture est fluide et amusante. C’est un livre plaisant à découvrir. Les auteurs donnent vie à un Londres victorien plein de contradiction, en jouant la carte de l’absurde et de l’humour. Ça fonctionne très bien! En fin de volume, l’auteur remet l’époque en perspective d’un point de vue historique. Il explique les libertés qu’il a prit avec l’histoire et nous parle un peu du véritable mammouth laineux tel qu’il l’a été avant son extinction. 

Ce livre est classé pour les 8 ans et plus. Je suis adulte et j’ai passé un bon moment avec ce livre qui m’a fait souvent sourire. J’en avais bien besoin. Je dirais donc qu’il s’agit d’une lecture familiale, à mettre entre les mains de ceux qui ont envie de vivre de folles aventures et de s’amuser un peu. Je suis ravie d’avoir dans ma pile un autre livre du même auteur, qui se déroule cette fois à Buckingham Palace. Ça promet! 

Le Monstre des glaces, David Walliams, illustrations de Tony Ross, éditions Albin Michel jeunesse, 512 pages, 2019

L’accident de chasse

Chicago, 1959. Charlie Rizzo, qui vient de perdre sa mère, doit emménager avec son père aveugle. Pour le jeune garçon, l’histoire est limpide : Matt Rizzo a perdu la vue à la suite d’un accident de chasse, comme il le lui a toujours raconté. Mais le jour où un policier sonne à leur porte, Matt choisit de révéler à son fils la partie immergée de son passé, et la véritable raison de sa cécité : un vol à main armé qu’il a commis des années plus tôt, alors qu’il fréquentait la mafia de Chicago…

Ce livre m’attirait énormément. Déjà l’objet-livre en lui-même est magnifique et le résumé m’intriguait. J’ai été vraiment heureux de découvrir ce roman graphique qui est une vraie merveille. Le récit est hypnotique, fascinant et touchant. Le livre raconte l’histoire d’un jeune garçon qui vient de perdre sa mère. Il doit aménager avec son père Matt, devenu aveugle suite à un accident de chasse. Le jour où un policier sonne à leur porte, Charlie découvre la véritable histoire de son père.

Le récit s’attarde sur Matt et aborde la réalité de la vie dans une ville comme Chicago, où l’homme subit une foule de mauvaises influences. Il fera de mauvais choix et se retrouvera en prison, où il devra apprendre à vivre en même temps avec sa récente cécité. Il partage sa cellule avec un autre détenu, Nathan Leopold, un célèbre criminel. Rapidement, les deux hommes développent une belle amitié et Matt découvre l’univers carcéral et ce qu’est réellement la loi de la rue.

« C’était censé être un coup facile, un seul vendeur derrière la caisse, Messina avait tout vérifié la veille. Je pensais qu’il avait l’habitude et qu’il savait ce qu’il faisait. Ce qu’il ignorait, c’est que le patron était dans l’arrière-boutique. Il s’était déjà fait braquer et, depuis, il avait acheté un fusil. »

Nathan Leopold est un grand lecteur. En constatant que Matt est aveugle, Nathan le prend sous son aile et il apprend le braille afin de l’enseigner à Matt. Il souhaite que son compagnon de cellule  puisse mieux se débrouiller, se faire respecter des autres détenus et avoir accès d’une certaine façon à un monde qui lui est maintenant refusé depuis qu’il a perdu la vue. Matt acceptait très mal le fait d’être non-voyant. C’est la lecture et la découverte d’œuvres littéraires, en particulier La Divine Comédie de Dante Alighieri, qui le sauvera. 

« Leopold disait que, quand on sait vraiment quelque chose, on doit pouvoir l’apprendre à quelqu’un d’autre. Alors, pour mon examen final, j’allais devoir traduire aux gars L’enfer de Dante. Je n’avais aucune idée de là où il voulait m’emmener, mais je n’avais pas trop le choix. »

Parallèlement, nous suivons la relation entre Matt, en tant que père et écrivain, des années après sa sortie de prison, et son fils Charlie. Ce qui est intéressant, c’est de voir le développement des sens de Matt, afin de pouvoir continuer à vivre au quotidien. Ce qui enrichi la vie, quand on a perdu un sens, par exemple. Je pense à Charlie, qui joue du violoncelle, et à Matt qui l’apprécie de plus en plus et en perçoit l’évolution, vu que son ouïe est plus développée.

Matt et Charlie ont connu une belle complicité, jusqu’à ce que le jeune homme atteigne l’adolescence. Charlie suit un peu les traces de son père, en ayant l’influence de la rue et en faisant des choix douteux. La relation entre les deux devient tendue, surtout lorsque Matt avoue sa véritable histoire. Le roman graphique alterne donc entre le passé et le présent, puisque Matt raconte ce qu’il a réellement vécu à son fils. C’est l’occasion d’assister à l’évolution de leur relation au fil des ans. Le roman graphique nous offre de belles pages où Matt écrit et où son fils lit les textes de son père. Il lui pose des questions afin d’en savoir plus, ce que l’on découvre aussi tout au long des pages. Ces passages sont hyper intéressants et donnent une dimension très humaine au récit et à la relation père-fils. 

Les livres, l’écriture et la lecture demeurent au centre de l’histoire et tiennent une place primordiale tout au long du roman graphique. En prison, avec l’aide de Nathan, la littérature et l’écriture sont de puissants moteurs de changement, de renouveau, de vie. Pour un lecteur, c’est un thème que l’on comprend et qui m’apparaît comme important. C’est forcément réconfortant pour quelqu’un qui aime les livres. 

Captivant et passionnant du début à la fin, le récit est appuyé par les illustrations de Landis Blais qui sont exceptionnelles. C’est un vrai plaisir pour les yeux que de découvrir à travers son coup de crayon l’histoire vraie de Matt et Charlie. L’accident de chasse est le premier livre de David L. Carlson, ce qui est vraiment étonnant vu la qualité irréprochable de ce roman graphique. Son sujet est fouillé et documenté, très réaliste. On sent la tonne de travail derrière cette œuvre, tant au niveau de l’écriture que du graphisme.

J’avais de grandes attentes vis-à-vis cette lecture et le livre a surpassé tout ce que je m’imaginais. Le texte tout comme les illustrations, sont magnifiques. C’est une histoire passionnante et très riche, où la littérature prend énormément de place. C’est aussi un récit sur la vie et la liberté. S’affranchir de la prison, et surtout de sa prison intérieure, aide à mieux vivre et à être soi-même. Savoir qu’il s’agit d’une histoire vraie m’a vraiment intéressé et apporte une dimension très touchante à la vie de Matt Rizzo. 

J’ai été époustouflé par la qualité de ce roman graphique. C’est un livre que je relirai assurément dans quelques années et qui marquera forcément mon année 2021, même si elle ne fait que commencer. Un livre à lire absolument. Un très gros coup de cœur pour moi!

L’accident de chasse, David L. Carlson, Landis Blair, éditions Sonatine, 472 pages, 2020