Après

Jamie n’est pas un enfant comme les autres : il a le pouvoir de parler avec les morts. Mais si ce don extraordinaire n’a pas de prix, il peut lui coûter cher. C’est ce que Jamie va découvrir lorsqu’une inspectrice de la police de New York lui demande son aide pour traquer un tueur qui menace de frapper… depuis sa tombe.

J’étais très intriguée par ce roman et j’avais bien hâte de le lire. Ça été une excellente lecture, j’ai dévoré le livre pratiquement d’une traite. Les pages défilaient très rapidement. C’est tout à fait le genre d’histoire dans laquelle on plonge pour ne plus vouloir en sortir.

Après, c’est l’histoire de Jamie. Il a maintenant vingt-deux ans et c’est lui qui nous raconte ce qu’il a vécu étant plus jeune. Ce roman, c’est l’histoire particulière de son enfance. Car Jamie a un pouvoir très spécial. Il peut voir les morts. Et leur parler. Sa première expérience est un véritable cauchemar. Il est encore petit et il perçoit des choses que personne d’autre ne peut voir. Mais c’est surtout quand il peut voir la femme de son voisin, qui vient de mourir, et qu’il peut résoudre facilement un petit mystère entourant la disparition d’objets, que sa mère commence à saisir l’ampleur du don de son fils. Elle tente de le protéger comme elle le peut, même si elle ne comprend pas tout ce qui se passe en lien avec le pouvoir de Jamie. Lorsqu’une inspectrice de police est au courant de ce don et qu’elle veut tester ce que Jamie peut faire, elle décide de l’utiliser pour l’aider à la résolution d’un crime, alors que le criminel est mort. Avec cette expérience, Jamie réalise alors que son don a un prix très élevé et pourrait bien lui coûter la vie.

« Les morts sont obligés de dire la vérité, ce qui tombe très bien quand on a besoin d’une réponse. N’empêche que la vérité peut être vraiment pourrie, je le répète. »

J’ai vraiment aimé cette histoire. Toute l’intrigue entourant le don de Jamie est fascinante. On veut en savoir plus et on tente d’imaginer ce que ce serait d’avoir ce don, qui est aussi une forme de malédiction, surtout chez un enfant aussi jeune. Le roman est aussi très intéressant surtout parce qu’au-delà du pouvoir de Jamie, on découvre à travers ce qu’il nous raconte sa vie et son enfance: son père qu’il n’a jamais connu, la vie avec sa mère qui est agent littéraire, leurs problèmes financiers, la copine de sa mère qu’il reverra à quelques reprises après leur séparation, son oncle qui vit dans une institution et perd la mémoire, l’amitié qu’il développe avec le vieux voisin et ancien professeur à la retraite. Mais surtout, sa vie avec ce don à la fois fabuleux et totalement terrifiant.

« On s’habitue aux choses prodigieuses, on finit par les tenir pour acquises. Et on a beau essayer de lutter, ça ne sert à rien. Le monde est plein de prodiges, voilà tout. »

L’histoire d’Après se déroule pendant toute l’enfance de Jamie jusqu’à l’adolescence. Il nous parle de ce qu’il voit, des événements qui se sont enchaînés et des choses effrayantes auxquelles il a dû faire face. On s’attache tout de suite à ce personnage, c’est un narrateur sympathique, gentil, qu’on imagine aisément. J’ai adoré le suivre dans cette aventure effrayante. Confronté à un monde qu’il ne soupçonnait pas, Jamie doit faire face à des choses qu’il ne pouvait sans doute même pas imaginer.

Un livre prenant et intrigant!

Après, Stephen King, éditions Albin Michel, 336 pages, 2021

Un Noël au bord de la Tamise

Worm, un gamin des rues âgé de neuf ans, vit sur les rives de la Tamise et il n’a jamais passé un Noël en famille. Mais grâce à un petit boulot dans la clinique d’Hester Monk à Portpool Lane, la douce Miss Claudine Burroughs et Squeaky Robinson, un vieux comptable bougon, deviennent sa famille adoptive.
Quand Worm est témoin de l’enlèvement d’une belle jeune femme par deux voyous quelques jours avant Noël, éperdu, il demande de l’aide à Squeaky. Le vieil homme a autrefois possédé un bordel et il sait qu’il est dangereux de se mêler d’affaires louches comme celle-ci, mais il ne supporte pas l’idée de décevoir Worm ou de laisser le garçon voler au secours de la jeune femme tout seul. Cependant, les deux sauveurs improvisés ne s’attendaient pas à ce que la demoiselle en détresse ait la situation bien en main… et s’emploie à amener ses ravisseurs devant la justice pour des crimes bien pires que son kidnapping. Mais, il ne faut pas sous-estimer les deux truands, aussi fourbes que mortellement dangereux. Et peut-être que l’aide du cynique vieux Squeaky et du jeune Worm, gonflé d’optimisme, permettra au bien de triompher et d’éviter un terrible drame de Noël.

Un Noël au bord de la Tamise est le dernier livre que j’ai lu en 2020. J’avais très hâte de le lire puisque j’aime bien découvrir les contes de Noël qu’Anne Perry nous réserve en fin d’année. Ils ne sont pas toujours de qualité égale, mais c’est un rendez-vous que j’aime beaucoup malgré tout. Il y a certains titres que j’ai adoré, d’autres moins et il y en a trois que je n’ai pas lus parce qu’ils se déroulent sous le soleil et que ça ne m’intéresse pas vraiment. Pour moi, Noël est synonyme de neige ou à tout le moins, de froid! 

Si ses premiers contes d’il y a plusieurs années étaient plus festifs, maintenant je dirais que ça dépend des années. Par contre mes préférés figurent parmi les premiers contes qu’elle avait écrit au tout début. J’aimerais beaucoup d’ailleurs que l’éditeur les réédite. Je pense à La disparue de Noël par exemple ou au Voyageur de Noël. J’aimerais bien me les procurer et les relire. Qu’en est-il toutefois du conte de cette année, Un Noël au bord de la Tamise?

L’histoire est celle de Worm, neuf ans, un orphelin qui vivait dans la rue et à qui on a offert un foyer dans une clinique qui s’occupe des femmes égarées et des pauvres. Un jour qu’il se promène, il croise une jolie dame « aux cheveux plein de soleil », qui semble en difficulté. La scène le trouble beaucoup, il ne réussit pas à l’oublier. Il décide d’enquêter en entraînant le comptable de la clinique, Squeaky, dans une histoire bien dangereuse…

Afin de le détourner de toute cette histoire, Squeaky lui parle de Noël, une fête que Worm n’a jamais vraiment célébrée. C’est la première fois qu’il a un foyer et que Noël sera une vraie fête pour lui. Il y a donc deux parties qui alternent à cette histoire: les préparatifs de Noël instillés par Squeaky et l’enquête sur la dame en difficulté, qui semble être malmenée par des hommes rudes et bourrus. 

Un Noël au bord de la Tamise se déroule beaucoup dans les quartiers mal famés de Londres, à l’époque victorienne. On sent un peu l’ambiance d’époque, même si l’auteur ne nous plonge pas totalement dedans. Le roman est trop court pour que de longues descriptions recréent cette atmosphère particulière. C’est surtout la petite intrigue qui retient l’attention. On veut connaître le dénouement de l’enquête de Worm et Squeaky. 

Même si Worm célèbrera Noël pour la première fois et qu’il en découvre les rouages, l’ambiance n’est malheureusement pas très festive. Il y a des mentions de décorations, de souvenirs de Noël et de préparation à la fête, mais sans plus. J’aurais aimé que ce soit plus approfondit, surtout qu’avec le personnage de Worm l’occasion aurait été belle de prendre le temps de créer un vrai Noël en parallèle à l’enquête. Je regrette un peu que cet aspect soit juste survolé. 

« Il jeta un regard noir à l’enfant pour avoir soulevé le sujet. Maintenant, il allait devoir dénicher un arbre de Noël! Et tout ça était la faute du prince Albert qui avait ramené des idées allemandes en Angleterre parce qu’il avait épousé la reine! »

Ça arrive de plus en plus que certains des contes de Noël d’Anne Perry ne soient pas si ancrés dans la magie des fêtes. Comme je m’y attendais un peu, j’ai quand même eu du plaisir à découvrir cette petite histoire. Ça reste léger et court, donc pas très marquant, mais ce fut une lecture agréable. J’aime découvrir ce que l’auteur nous réserve à la fin de l’année dans ses contes de Noël. Ils ont toujours une petite morale et parlent bien souvent de deuxième chance et de rédemption, des sujets qui reviennent beaucoup dans ses histoires.

Ce qui m’a plu dans ce roman, ce sont les personnages de Worm et Squeaky. On ne peut que s’attacher au gamin, un garçon des rues curieux et empathique. Même le rude Squeaky est un personnage intéressant. S’il ne souhaite pas trop montrer ses sentiments, il n’en demeure pas moins qu’il a profité d’une seconde chance dans la vie et est devenu une bien meilleure personne.

« Ne pas respecter la promesse faite à un enfant était une chose épouvantable, pour ne pas dire impardonnable, et encore plus au moment de Noël. »

Un conte de Noël qui nous mène sur les traces de cambrioleurs et d’or disparu, dans les quartiers industriels au bord de la Tamise. J’ai bien aimé!

Un Noël au bord de la Tamise, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2020

Freeman

Patterson, Louisiane. Deux millions de dollars disparaissent. Envolés pendant un ouragan d’une rare violence. Volés au boss de la mafia locale. Drôle de casse ! Un autre million et demi tombe du ciel, pendant le même ouragan, livré à Freeman par un chasseur de primes. Drôle d’héritage ! Le reste est moins drôle. Une double traque commence. Elle va faire se croiser et s’affronter un « parrain » amateur de cocktails, un explosif tandem de flics que tout oppose, plus torturés par des quêtes personnelles que par leur enquête et le respect des procédures, une serveuse beaucoup trop éprise de l’un des deux pour en sortir indemne, un FBI plus FBI que jamais, Freeman et sa fille Louise, rescapés de la vie, et Mardiros, l’obstiné collecteur de dettes arménien. Plus tout ce que La Nouvelle-Orléans compte de faune interlope, d’indics tordus, de paumés de la vie et de décérébrés du bayou. Sans oublier, bien entendu, saint Jude et saint Expédit.

Cette suite de Hunter et Crow, ne donne aucun répit au lecteur qui dévore littéralement cette passionnante lecture, en voulant toujours en savoir plus. Si le premier tome nous amenait dans un petit village des Appalaches, le second nous faisait voyager jusqu’en Alaska. Ce troisième tome de la trilogie quant à lui, nous permet de visiter une nouvelle contrée: la Nouvelles-Orléans. Chaque tome porte également le nom d’un personnages important de l’histoire.

Ce tome-ci débute dans les bayous où un ouragan d’une grande violence frappe alors la région. Un homme cagoulé profite de cette situation où les gens désertent les lieux pour affronter la tempête et aller braquer le coffre fort du grand et influant mafioso de la région, Sobchack. Son geste engendrera une grande colère et sera le début d’une chasse à l’homme pour trouver qui a pu oser faire cela. Dès que l’ouragan est passé, les questions se mettent à fuser. 

Certains personnages aperçus dans d’autres livres sont de retour. On retrouve Lou (Louise) cette femme séquestrée dans le premier roman, ainsi que Freeman, son père et ex-policier, qu’on avait perdu de vue dans le deuxième roman. Les deux personnages font un retour en force dans ce troisième et dernier tome.

« Il regarde sa montre, fait signe à la serveuse qu’il laisse ce qu’il faut sur la table, et court à sa voiture. Une minute plus tard, il est devant le Desautel’s, juste à temps pour apercevoir Chipmunk en grande discussion avec Louise sur le trottoir. Il klaxonne pour les prévenir qu’il est là, jette sa voiture sur la première zone interdite libre, et bondit hors de la Mustang. »

Freeman, qui prendra la décision de se barricader face à l’ouragan, fera la connaissance du mystérieux collecteur de dettes d’origine arménienne, Gaizag Mardirossian, qu’on a pu découvrir dans le deuxième tome Cette fois, il a une « livraison » pour Freeman. C’est un personnage que l’auteur a fait apparaître dans le second tome et qu’on retrouve aussi dans celui-ci. J’étais bien content puisque c’est un personnage que j’affectionne particulièrement. 

Les lieux sont importants dans les romans de cette trilogie. Le portrait que trace l’auteur de la Louisiane dans ce livre n’est pas très reluisant. Il s’agit d’un lieu corrompu jusqu’à l’os, tant au niveau des instances policières que du FBI.  Le racisme est aussi un thème récurrent dans le livre. C’est toutefois la recherche du braqueur de la mafia qui est le fil conducteur du roman et l’enquête la plus importante. 

« Il porte la main à son étui vide et hurle après son adjoint de récupérer un fusil à pompe dans la voiture de patrouille pour tenir Freeman et Mardiros en respect. Puis il sort tout ce qui se trouve dans le coffre et le jette sur le bas-côté. Il cherche partout. Quelque chose de précis. Il dégrafe les garnitures des portières, décolle les tapis de sol, sort la roue de secours. Il est si occupé à fouiller avec rage qu’il n’entend pas le téléphone de Freeman sonner. »

Un petit retour sur le suspense dans les autres tomes de la trilogie en comparaison avec celui-ci. Dans le premier tome, le suspense était continu. C’était un véritable page-turner. Le deuxième roman, était par moment plus lent dans le déroulement de l’enquête. Le troisième tome renoue avec la forme du premier quant au suspense qui est présent tout au long du livre.

J’ai donc adoré la lecture de Freeman. C’est un livre très prenant, qui se dévore. L’auteur a construit un univers très addictif. J’aime beaucoup la construction de ce livre, fait de courts chapitres, ce qui incite à un rythme de lecture très rapide. J’ai découvert avec la trilogie de Braverman, une plume qui m’a beaucoup plu, une façon d’amener les intrigues qui nous pousse à lire toujours plus. En terminant la trilogie, j’avais déjà envie de lire autre chose de lui. Ce que je ferai assurément.

Cette trilogie m’a permis de découvrir l’auteur et je suis content de savoir qu’il a écrit d’autres romans, sous différents pseudonymes, et qu’il en écrira sûrement de nouveaux. Malgré les thèmes durs parfois abordés (crimes, viols, meurtres) qui ne font pas partie de mon genre de lecture habituelle, l’auteur rend ses romans à la fois intéressants et fascinants. De plus, il nous plonge vraiment dans le contexte de son histoire, en décrivant abondamment la région où se déroule l’intrigue. Les lieux font donc grandement partie de l’histoire et c’est d’autant plus intéressant pour nous d’avoir l’impression de se retrouver dans les Appalaches, en Alaska ou en Nouvelle-Orléans. 

Ce troisième tome complète bien la trilogie et tourne la page sur une histoire intrigante et pleine de suspense.

Mon avis sur les autres tomes de la trilogie:

Freeman, Roy Braverman, éditions Hugo Thriller, 440 pages, 2020

Hunter

HunterPlus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le sang-mêlé indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?

Hunter est le premier tome de la trilogie américaine écrite par Roy Braverman, un des pseudonymes utilisés par Patrick Manoukian, qui écrit aussi sous le nom de Ian Manook. J’ai bien apprécié la préface du roman car l’auteur raconte sa façon de travailler avec l’usage de pseudonymes qui correspondent à des styles d’écriture ou d’atmosphère, et parfois même, servent à rendre hommage à une personne que l’auteur a rencontré. Les explications et les anecdotes racontées par l’auteur sont intéressantes.

L’histoire quant à elle est très prenante. Dès le début du livre on entre en plein dans l’action. Le suspense est présent tout au long du livre. J’avais beaucoup de mal à lâcher ce roman même s’il est très sombre, tellement l’enquête et la chasse à l’homme sont palpitantes.

Hunter est un roman aussi prenant que dur et sanglant, au suspense très noir, qui demeure cependant captivant d’un chapitre à l’autre. La peur et la mort rôdent dans les bois et on se sent toute de suite intrigué. C’est aussi un roman d’enquête, car le FBI, le Shérif et Freeman, l’ancien policier à qui les autres personnages ne veulent pas faire de place dans l’enquête, sont tous à traquer le coupable et à tenter d’éclaircir les meurtres. Au début, on suit l’enquête du Shérif, qui est ensuite mis de côté par le FBI, afin d’élucider ce qui se passe et découvrir si Hunter est bel et bien à la tête du nombre de cadavres qui ne cesse de s’accumuler. Comme les cas recommencent à sa sortie de prison, tout porte à croire qu’un criminel est en cavale, et qu’il est bel et bien celui que tout le monde croit coupable.

Le roman compte plusieurs personnages importants, mais les principaux sont Hunter, perçu comme un tueur en série soupçonné de plusieurs crimes; Freeman qui est un ex-policier à la retraite et père d’une fille disparue; et Crow le partenaire de cellule de Hunter. Ce qui est intéressant c’est que l’auteur consacre un tome de sa trilogie par personnage. Le premier est intitulé Hunter, le second Crow et le troisième Freeman.

« Dès qu’il a vu Hunter se diriger vers Nortchbridge, il a compris qu’il retournait à Pilgrim’s Rest. Et ça tombait bien, parce que c’est là que Freeman voulait le ramener et le tabasser pour lui faire avouer ce qu’il avait fait de Louise. » 

Les lieux et les décors sont importants dans l’histoire et amènent une atmosphère inquiétante particulièrement intéressante. Pilgrim’s Rest est un trou paumé, qui compte un bowling fermé, des routes enneigées difficilement praticables et entourées de forêt. La température est glaciale, le roman se déroule en hiver, en plein tempête de neige. Les recherches dans le bois se font en motoneige et les éléments semblent se liguer contre les hommes qui travaillent fort pour réussir à résoudre l’enquête.

« La tempête est revenue sur Pilgrim’s Rest. Des vents violents et continus courent les combes sur des centaines de kilomètres pour engouffrer dans la cluse de la neige en rafales. Malgré la colère qui le brûle et la bise qui cingle son visage, Hackman reste insensible aux bourrasques qui poncent ses joues. »

L’histoire se déroule véritablement en pleine nature et en plein cœur des Appalaches. C’est un lieu isolé, propice aux meurtres et au crime. Hunter y est d’ailleurs pourchassé de toutes parts. Le roman est en quelque sorte une véritable chasse à l’homme qui se déroule en continu. Le personnage de Hunter est intéressant puisqu’il nous pousse à se questionner et à tergiverser. Il est à moitié amérindien et les autres personnages, ainsi que la société, éprouvent une sorte de mépris pour ce « sang-mêlé ».

Pendant la lecture, beaucoup de questions font surface tout au long du roman, car les fausses pistes sont nombreuses et l’enquête piétine. Cette construction du roman donne naturellement envie d’en savoir plus et nous pousse à tourner les pages. La fin du roman annonce une suite peut-être un peu plus troublante et sanglante à venir. C’est du moins mon impression en terminant ce livre. J’ai donc très envie de découvrir la suite.

Pour être honnête, je ne suis pas un habitué de ce genre de roman-là. J’ai d’abord été attiré par Crow, dont la couverture m’interpellait, puis j’ai vu qu’il s’agissait du tome deux, alors je trouvais important de lire le premier tome d’abord. La couverture de Hunter m’attirait bien aussi. De manière générale, je lis très peu de thrillers et ici, je suis sorti de ma zone de confort. Le suspense est un élément qui m’intéresse toujours beaucoup dans un roman, et j’ai été largement servi avec Hunter. Le livre nous amène à vivre de nombreuses émotions et le roman se dévore. J’ai adoré cette lecture qui m’a étonnamment happé. J’avais beaucoup de mal à lâcher cette histoire très prenante.

Parfois, certains lecteurs peuvent être rebutés par certains types de livres, craignant que ce soit trop dur, trop sanglant ou trop noir. Quand l’écriture est belle, l’auteur réussit à nous faire voyager dans son monde imaginaire et à nous le faire apprécier, peu importe le type de livre. J’ai découvert cet auteur avec ce roman et s’il écrit à nouveau un genre de livre semblable, je le relirais avec plaisir. L’écriture nous prend et nous happe. C’est une lecture qu’on peut faire rapidement, tellement l’histoire captive et nous porte. Les chapitres courts accentuent cette impression d’action.

Je ne suis pas un grand lecteur de thrillers ou d’horreur. Toutefois, ce roman m’a peut-être donné envie de découvrir d’autres livres dans le même genre. Comme quoi, sortir de sa zone de confort a parfois du bon: ça nous permet de faire des découvertes qu’on apprécie et qui nous surprennent, des lectures qu’on n’aurait peut-être pas faites normalement. Si vous aimez les suspense et les thrillers, c’est un livre que je recommande naturellement.

J’ai donc très hâte de lire la suite, que je me garde pour dans quelques semaines. Je compte aussi me procurer le tome trois qui devrait être disponible bientôt ici, sa parution ayant été retardée chez nous à cause du confinement.

Hunter, Roy Braverman, éditions Pocket, 400 pages, 2019

L’Institut

l'institutAu cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

L’Institut est un livre que j’avais très hâte de lire. Petit dernier de Stephen King paru en français, la quatrième de couverture compare le roman à Charlie et à Ça. J’écris ce billet « à chaud ». J’ai passé la nuit à lire le roman et j’ai eu de la difficulté à le poser. Si le début met doucement en place l’univers et les personnages, la deuxième moitié du roman est tellement prenante et intrigante qu’il est difficile de lâcher le livre.

En début de roman on retrouve une petite note, juste au-dessus des données de catalogage. Une note qui donne le frisson:

« Selon le Centre national pour les enfants disparus et exploités, environ 800 000 enfants disparaissent chaque année aux États-Unis. La plupart sont retrouvés. Des milliers ne le sont pas. »

Le livre commence par nous parler de Tim Jamieson, débarqué d’un avion en empochant un peu d’argent et qui a atterri dans une ville paumée au fin fond de nulle part. Ancien policier, il décide de prendre du travail – un emploi complètement archaïque – dans cette ville perdue qui semble avoir échappé à toute technologie. On apprend à connaître les habitants de DuPray, la dynamique de la communauté.

« Vous savez cette vie qu’on croit mener, elle n’existe pas. Ce n’est qu’un théâtre d’ombres. Et en ce qui me concerne, je ne serai pas mécontent quand les lumières s’éteindront. Dans l’obscurité, toutes les ombres disparaissent. »

On quitte ensuite DuPray pour faire la connaissance de Luke Ellis et de sa famille. Le garçon est un vrai petit génie, brillant et complet, qui aime autant s’amuser qu’étudier. Il a tout juste douze ans et est déjà accepté dans deux universités. Il est à un tournant de sa vie et s’apprête à faire des choix qui changerons à jamais son parcours, sans se douter qu’autre chose se prépare pour lui. C’est alors qu’il se réveille dans une chambre pareille à la sienne, mais qui n’est pas la sienne.

Bienvenue à L’Institut, un endroit inquiétant où l’on fait la rencontre de plusieurs enfants aux pouvoirs spéciaux. Le roman livre peu à peu ses secrets quant à cet endroit où les dirigeants ont des yeux partout et où tout est contrôlé. Luke tentera de comprendre où il est et ce que les gens de L’Institut font. Cet endroit, imaginé par King, est horrible. Ce qui s’y déroule dépasse l’entendement. La raison d’être de cet endroit est terrifiante, surtout lorsqu’on commence à en comprendre les rouages. À L’Institut, il y a l’Avant et l’Arrière. Il y a des règles rigides et dures, alors que d’autres sont totalement négligées.

« Il ne savait pas si ses secrets pourraient lui être utiles, mais il savait qu’il y avait des fissures dans les murs de ce que Georges avait appelé, fort justement, cet enfer. Et s’il parvenait à utiliser ses secrets – et son intelligence prétendument supérieure – comme on manie un pied-de-biche, il pourrait peut-être élargir une de ces fissures. »

C’est un lieu inhumain, prétexte pour aborder de nombreux thèmes: l’injustice, le pouvoir, les organisations secrètes, les enlèvements, les dons spéciaux et particuliers. La sensibilité des personnages et leurs capacités qui dépassent celles du commun des mortels, sont le thème principal de L’Institut où il est question principalement de télékinésie et de télépathie. Un thème souvent abordé chez King, tout comme le thème de l’enfance. Enfance qui est la plupart du temps volée ou altérée. On parle aussi de ces petites choses que l’on nomme « hasard » et qui nous poussent parfois à accomplir certains gestes, sans trop savoir pourquoi. Une sorte d’impulsion qui met en lumière la complexité du cerveau humain et de ses capacités.

On qualifie bien souvent Stephen King de « maître de l’horreur ». C’est vrai, en un sens, mais ce qualificatif demeure tellement réducteur. King est réellement plus que cela, c’est un grand écrivain, qui puise dans la société et le monde fou dans lequel on vit, matière à écrire des histoires et à nous faire réfléchir. Ici, ce qui est terrifiant, ce ne sont pas les monstres tapis dans l’ombre. Ce n’est pas l’horreur au premier degré. Le monstre, c’est l’humain, dans ce qu’il a de meilleur comme de pire. Surtout de pire.

C’est d’ailleurs ce que j’aime de Stephen King. Il peut écrire toutes sortes de choses – de l’horreur, du fantastique, des thrillers, du policier – mais c’est dans la description des personnages et des événements qu’il réussit à instaurer un sentiment de peur et d’inconfort. Ses bons ne sont pas parfaits et ses méchants, même les pires, ont souvent un petit côté « humain » qui rend le lecteur mal à l’aise. Ils ont des peurs eux aussi, des familles et une vie en dehors de ce qu’ils font. Ici, c’est le cas. On a beau détester de toutes ses forces les méchants de l’histoire, ils sont suffisamment décrits pour prendre corps, pour exister et pour nous permettre une remise en question. C’est troublant pour le lecteur et on retrouve énormément cette façon de fonctionner dans les romans de King. C’est ce qui fait de ses histoires beaucoup plus que de simples histoires d’horreur. Ses livres sont une chronique sur la société, une critique de la noirceur de l’âme humaine et des failles de l’esprit des hommes. C’est donc beaucoup plus effrayant à mon avis que les histoires de monstres cachés sous le lit ou dans les placards.

Chaque fois que je termine un nouveau Stephen King, je me fais la réflexion à quel point c’est fou qu’un auteur réussisse à me troubler autant. Il y a peu d’auteurs qui peuvent me bouleverser de cette façon. King y arrive. Parce qu’il joue avec ce qui est fondamental chez l’humain: la recherche d’une forme de quiétude, le sentiment de sécurité, les souvenirs reliés à l’enfance, la certitude que les choses vont dans le bon sens, alors que finalement, tout peut éclater à chaque instant. Le mal peut se tapir dans l’ombre. Ce que l’on croyait vrai n’existe peut-être pas.

L’Institut est un grand roman, un roman dérangeant. Il nous place face à des gestes qui sont difficiles, incompréhensibles, mais qui cachent quelque chose de si grand que ça en est perturbant. L’auteur crée un bon suspense avec le déroulement des événements à L’Institut et avec le destin du petit Luke Ellis qui nous tient en haleine une bonne partie de l’histoire. Les ramifications qui s’éclaircissent à mesure qu’avance l’intrigue sont incroyables.

« Les petits détails font les grandes histoires. »

Les droits d’adaptation du roman ont déjà été acquis par l’équipe qui a aussi produit la série Mr. Mercedes. L’adaptation devrait être une mini-série et comporter une seule saison. Nous avons encore peu de détails jusqu’à maintenant, mais je suis impatiente de découvrir cette histoire à l’écran. Visuellement, il y a quelque chose de très fort à faire avec l’histoire de L’Institut.

En attendant, je vous invite bien sûr à découvrir cette histoire puissante et à faire connaissance avec Luke Ellis. Un roman – et des personnages – difficiles à oublier.

L’Institut, Stephen King, éditions Albin Michel, 608 pages, 2020