La sorcière du solstice

Aster a hâte au festival du solstice d’hiver, où toutes les familles magiques se réunissent pour une compétition de sorcellerie et une réunion joyeuse. Cette année, le jeune garçon veut concourir comme sorcière et non en tant que métamorphe, mais il ne sait pas s’il en aura le courage. De son côté, Ariel se rend au festival du solstice d’hiver avec les Vanissen puisqu’elle n’a pas de famille. Elle trouve que l’événement est plutôt ridicule… jusqu’à ce qu’elle décide de participer au tournoi. Conflits et traîtrises se mêlent à la tradition alors qu’Ariel fait la rencontre d’une sorcière mystérieuse qui prétend être sa tante.

La sorcière du solstice complète la trilogie commencée avec Le garçon sorcière suivi de La sorcière secrète. Avec Aster, Molly Knox Ostertag a créé un personnage unique et un univers particulièrement intéressant qui déjoue les stéréotypes. L’histoire véhicule de belles valeurs, soit l’amitié, le droit à la différence, l’identité et l’acceptation. 

Ce troisième tome se déroule en hiver, alors que le festival du solstice débutera dans quelques jours. La grande famille des sorcières et des métamorphes se rassemblera pour un tournoi, appelé le journoi. Ariel, rencontrée dans La sorcière secrète, y est aussi invitée. Elle n’est pas très portée sur les réunions de famille, mais on la convainc de participer au journoi. Quant à Aster, il souhaite participer aussi, même si sa mère ne voit pas sa présence d’un bon œil, ayant peur qu’il subisse les moqueries des gens moins ouverts d’esprit. Rappelons que dans le monde d’Aster, les sorcières sont sensées être uniquement des filles. 

Le journoi sera l’occasion pour Ariel d’en apprendre plus sur sa vraie famille, alors qu’elle vit normalement dans une famille d’accueil. Le monde de la magie est petit et il est assez facile de retrouver des gens qui la pratiquent, même s’il ne suivent pas forcément le même chemin que les autres sorcières.

« Les sorcières traditionnelles croient à l’harmonie, à l’équilibre, à la famille et à la solidarité. Elles ont tellement de règles! Je crois que les sorcières comme nous devraient être libres d’agir comme elles veulent. De prendre ce qu’elles veulent. Tu serais bien plus puissante si tu ne respectais pas les règles. »

Du côté d’Aster, il demande l’aide de sa sœur afin de mieux se préparer pour le journoi où il espère démontrer qu’il est à la hauteur et ne mérite pas les moqueries que son statut de garçon suscite, dans un monde féminin. 

Ce troisième tome aborde la magie et l’univers d’Aster d’un point de vue compétitif, avec le festival du solstice. Comme les autre tomes, il y est aussi question du côté maléfique et malfaisant de la magie et de la sorcellerie. C’est aussi une belle histoire sur la gentillesse, l’ouverture d’esprit, la bonté et les liens qui unissent la famille ou ceux que l’on considère comme tels.

Une trilogie dont j’ai beaucoup apprécié la lecture, à cause des thèmes mettant en avant des personnages qui veulent assumer leurs différences et se faire une place au sein de leur famille et leurs amis. C’est aussi une histoire avec un monde magique intéressant. Une bien belle lecture à faire découvrir autour de soi. 

La sorcière du solstice, Molly Knox Ostertag, éditions Scholastic, 224 pages, 2020

La sorcière secrète

Les parents d’Aster ont finalement accepté que leur fils devienne une sorcière et non un métamorphe, contrairement aux autres garçons de leur famille. Aster suit des cours avec sa grand-mère qui lui demande en retour de veiller sur son grand oncle dont les pouvoirs ont presque détruit la famille. Pendant ce temps, Charlie, l’amie d’Aster est aux prises avec de sérieux ennuis… Quelqu’un tente de lui jeter un sort! Avec l’aide d’Aster, elle réussit à échapper à la malédiction, mais tous deux doivent maintenant trouver le responsable avant que d’autres soient victimes du malfaiteur.

La sorcière secrète est le second tome de la trilogie de Molly Knox Ostertag. J’avais beaucoup aimé Le garçon sorcière qui amenait le thème de l’identité et des stéréotypes d’une façon très originale, par le biais d’une famille de sorcières et de métamorphes, mais aussi en mêlant des humains qui n’ont pas de pouvoirs particuliers à tout cela.

Dans ce second tome, nous retrouvons Aster qui étudie maintenant avec les sorcières. Comme il est le premier garçon sorcière qu’elles connaissent, son intégration ne se fait pas aussi facilement qu’il l’espérait.

« Après tout, la meilleure façon de répliquer à ceux qui ne veulent pas que tu apprennes la sorcellerie, c’est de devenir excellent! »

Aster a longtemps espionné les cours de sorcellerie, mais ses connaissances sont très ciblées et il a du retard à rattraper. Sa grand-mère lui demande son aide, avec son frère. Même s’il ne le voit pas d’un bon œil, Aster et son grand oncle ont des points en commun.

Charlie, la fidèle amie d’Aster qu’il a rencontrée dans le premier tome, fait la rencontre d’une nouvelle amie, Ariel, à son école. Plutôt revêche et délaissée, Charlie tente de l’apprivoiser. En même temps, quelque chose semble s’acharner sur Charlie, une force bien plus grande qu’elle et très inquiétante.

« Quand la magie cause de la douleur et de la colère, elle devient corrompue et ne peut qu’infliger du mal aux autres. »

Charlie et Aster devront, chacun de leur côté, faire face à une magie complexe et dangereuse, une magie corrompue par la noirceur.

J’aime beaucoup que deux mondes se côtoient dans cette bande dessinée et dans la précédente. Le monde des humains avec Charlie, une fillette ouverte d’esprit, et le monde des sorcières et des métamorphes, régit par des lois non écrites plus stéréotypées. Aster brise certaines barrières pour faire accepter qui il est. Il ouvre aussi la porte à une meilleure compréhension des différences dans sa famille et de ceux et celles qui, comme lui, ne suivent pas le chemin tout tracé d’avance pour eux.

Le grand oncle d’Aster tient ici une place importante. On a pu le voir dans le premier tome et ici, on comprend un peu plus ce qu’il est et pourquoi il est devenu beaucoup plus sombre. Quand la noirceur et les blessures prennent toute la place, il reste beaucoup moins d’espace à la compréhension et à la bonté.

Quant à Ariel, c’est une jeune fille blessée, mais puissante. Elle devra faire des choix et décider si elle fait une place à l’amitié dans sa vie. D’ailleurs, un des thèmes sous-jacent à ces bandes dessinées est vraiment l’amitié. Le genre d’amitié à toute épreuve, qui est importante et qui marque pour la vie.

Une bd que j’ai beaucoup aimé, qui permet de mieux comprendre plusieurs personnages et d’en découvrir d’autres. Une belle leçon de vie se cache aussi derrière les intrigues liées à la magie. C’est rafraîchissant!

Mon avis sur le premier tome:

La sorcière secrète, Molly Knox Ostertag , éditions Scholastic, 208 pages, 2019

Les amis qui fêtaient Noël

amis qui fêtaient noelL’adorable trio bien-aimé, composé de l’ours, de l’orignal et du castor, est de retour pour la saison des fêtes! C’est la veille de Noël et les préparatifs vont bon train. Il ne manque plus que le sapin! Par chance, les trois amis trouvent un sapin parfait dans la forêt. Mais l’ours (qui aime les arbres) refuse que le castor l’abatte. Pourront-ils oublier leurs différends et trouver une solution acceptable pour tout le monde?

J’aime beaucoup les livres de Nicholas Oldland. À la parution du premier album de la série, L’ours qui aimait les arbres, je suis tombée sous le charme des illustrations et des thèmes très « nature » des différentes histoires. Peut-être que les images vous sont familières? L’auteur a une entreprise de pyjamas, d’articles cadeaux et d’accessoires pour la maison. Ses albums mettent en scène un ours (qui aime les arbres), un orignal et un castor. J’adore les dessins et j’étais ravie de mettre la main sur le petit dernier de la collection: Les amis qui fêtaient Noël.

Contrairement aux premiers titres, celui-ci a une couverture rigide encore plus intéressante. J’aime le format carré et assez petit. Les dessins sont colorés tout en conservant cet aspect nature qui va très bien avec les thèmes abordant l’écologie et les animaux chers à Nicholas Oldland.

Avec Les amis qui fêtaient Noël, l’auteur nous offre une histoire réjouissante qui parle de traditions et d’heureux compromis. La période de Noël est la préférée de l’ours, de l’orignal et du castor. Ils préparent tout comme il se doit, mais oublient l’essentiel: le sapin. Qui dit sapin, dit aussi aller couper un arbre en forêt, ce qui est totalement inacceptable pour l’ours qui aimait les arbres.

L’histoire porte un message écologique bienvenu et montre également qu’il est possible de faire les choses autrement sans les dénaturer. C’est une belle histoire sur la nature et l’amitié, qui démontre aussi qu’il est possible de faire des compromis pour réussir à satisfaire tout le monde et à passer un beau Noël quand même. Le tout est festif et réjouissant, drôle et raconté avec bonne humeur. J’adore!

Un bel album pour les Fêtes, qui s’adresse à tous, à partir de 3 ans.

Les amis qui fêtaient Noël, Nicholas Oldland, éditions Scholastic, 32 pages, 2019

Les dinosaures du père Noël

dinosaures du pere noelIl y a très longtemps, bien avant qu’existent les rennes, toutes sortes de drôles de dinosaures tiraient le traîneau du père Noël. Malheureusement, les tricératops était trop lents, le Maiasaura mangeait les cadeaux et le tyrannosaure léchait tout le monde… Des illustrations à se tordre de rire montrent les dinosaures dans des situations complètement loufoques.

Ce n’est un secret pour personne (enfin je crois!): j’adore les dinosaures! Les films, les livres, les documentaires, les gadgets avec des dinosaures, les t-shirts, les tasses, l’histoire des dinosaures, etc. Cette passion remonte à l’enfance où pendant des années je m’amusais à les dessiner et à leur inventer des histoires.

J’aime aussi énormément les livres de Noël. Autre souvenir du temps des Fêtes: la bibliothèque que l’on dévalisait en famille, en remplissant nos sacs de livres se déroulant pendant la période de Noël. J’ai toujours aimé lire autour de thématiques (c’est d’ailleurs une partie de mon travail aujourd’hui, monter des expositions et offrir des suggestions de lectures autour de thèmes) et mon plaisir de créer des thématiques dans mes lectures est toujours présent aujourd’hui.

Quand je suis tombée par hasard à la bibliothèque sur ce livre, alliant conte de Noël et dinosaures, je ne pouvais tout simplement pas passer à côté! Et j’ai beaucoup aimé cet album rigolo!

Le texte de Jerry Pallotta, accompagné des magnifiques illustrations de Howard McWilliam, met en scène une histoire de Noël originale. Une petite fille écrit au père Noël pour lui demander quels animaux tiraient son traîneaux avant l’existence des rennes. En voilà toute une question! De là, le père Noël raconte la contribution des dinosaures à la douce nuit de Noël, bien avant leur disparition.

C’est original et souvent bien drôle! Les illustrations sont comiques et les particularités de chacune des espèces de dinosaures mises en avant selon leurs capacités à tirer un traîneau et livrer des cadeaux. Certains se débrouillent assez bien alors que d’autres ne sont absolument pas qualifiés! Visuellement c’est vraiment beau et les expressions des personnages, incluant le père Noël qui subit parfois les frasques des gigantesques dinosaures sont hilarantes.

Une histoire de Noël qui vaut le détour, ne serait-ce que pour l’humour qui est bien présent et l’originalité de l’histoire!

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Les dinosaures du père Noël, Jerry Pallotta, illustré par Howard McWilliam, éditions Scholastic, 32 pages, 2012

La maison des merveilles

la maison des merveillesTout commence par un voyage en mer en 1766 sur le Kraken où se joue une pièce de théâtre… Entrez dans cette histoire en images et suivez une grande famille de comédiens, les Marvels, de génération en génération, jusqu’en 1900. Puis, découvrez, un siècle plus tard, l’histoire de Joseph, échappé d’un austère pensionnat. Le garçon vient chercher refuge à Londres chez son oncle Albert Nightingale. Ce dernier vit dans une étrange maison comme sortie d’un autre monde… Qui vit entre les murs ? Qui sont ces Marvels dont les portraits fleurissent partout ? Joseph décide de percer le mystère des lieux…

J’aime passionnément le travail de Brian Selznick qui a en quelque sorte redonné ses lettres de noblesses aux romans illustrés. Dans ses livres, l’illustration n’accompagne pas l’histoire, elle EST l’histoire. Après L’invention de Hugo Cabret et Après la foudre, voilà qu’il nous offre La maison des merveilles. Un livre qui porte fabuleusement bien son titre. Il s’intitule The Marvels en anglais et a été traduit en France sous le titre Les Marvels, mais je trouve la traduction de Scholastic au Canada beaucoup plus éloquente.

Avant toute chose, avant même d’ouvrir le livre, j’ai été conquise par la couverture. Bleue et dorée, elle est cartonnée et elle brille de partout tout en mettant en scène toute la fantaisie de l’histoire. On retrouve sur la couverture, en haut du mât, la devise qui reviendra tout au long du livre: Ou bien on voit, ou bien on ne voit pas.

Le temps est aussi un élément important dans les livres de Selznick et celui-ci n’y fait pas exception. La maison des merveilles, le temps qui passe (ou qui ne passe pas), la montre arrêtée à 11h16 et les indices de temps dans les pièces de Shakespeare.

« Peut-être que le temps de l’oncle Albert aussi était resté figé. Peut-être était-ce pour cette raison que la maison, et tout ce qu’il y avait à l’intérieur, avait un aspect si ancien. Peut-être que sa famille avait des problèmes avec le temps. »

Selznick excelle pour mettre en image et en texte des histoires magiques singulières, inspirées d’anecdotes historiques particulièrement intéressantes. J’ai lu ce roman en deux soirées, le traînant partout avec moi. Il est de la grosseur d’un dictionnaire, donc pas des plus pratiques, mais j’avais chaque fois l’impression d’ouvrir un grimoire magique, quelque chose qui nous amène ailleurs, là où l’imagination est possible et où l’on peut s’émerveiller. Brian Selznick est un magicien des temps modernes, rien de moins!

L’histoire est étonnante. Tout commence en 1766 par un naufrage. Qui nous mène à un ange, puis à un théâtre, puis à de nombreuses références à Shakespeare. Toute cette partie historique est illustrée. Pas de mots, sauf un article de journal ou deux. Le reste est raconté par l’image. C’est addictif et intrigant.

Puis vient le texte et avec lui, les années 1990 et cette fois, l’histoire de Joseph. Un jeune garçon curieux, qui s’intéresse aux livres et qui cherche à en savoir plus sur sa famille. Ses parents le délaissent, ne s’intéressent pas à lui. Il s’accroche à son oncle qui ne veut pas vraiment de lui. Jusqu’à ce qu’il commence à fouiller dans la maison des merveilles, une maison remplie de toutes sortes d’objets du passé et figée dans le temps. Aidé par Frankie qui vit à côté, les deux enfants cherchent à comprendre leur histoire familiale. Joseph veut reconstituer le passé de sa famille et comprendre pourquoi cet oncle Albert est toujours resté à l’écart de la famille. Frankie souhaite pour sa part retrouver une partie de son frère disparu trop jeune.

Quand Joseph s’approche trop de la vérité, Albert est contraint de lui donner quelques explications. Qui ne sont absolument pas celles que le jeune garçon attendait – et nous non plus! L’histoire prend une tournure étonnante et très émouvante. Une histoire dans l’histoire.

La maison des merveilles est un hommage à la beauté de l’imagination, aux gens marginaux et à ceux qui croient que s’émerveiller reste l’une des plus belles choses de ce monde. C’est aussi un hommage au théâtre, à Shakespeare, à Dickens et à Yeats. C’est une histoire captivante et émouvante, qui m’a à la fois touchée et fait vibrer. Je me suis laissée embarquée dans l’histoire des Marvels et dans celle de Joseph et son oncle. C’est à la fois merveilleux et élégant, magique et tragique.

À la fin du roman, l’auteur explique d’où lui est venu son inspiration. Je n’élaborerai pas plus même si ce n’est pas l’envie qui manque de partager des liens et des idées sur ce livre, puisque le grand plaisir de cette histoire demeure dans son mystère. Il ne faut pas en savoir trop avant d’en commencer la lecture. Si vous le lisez et avez envie d’en discuter, n’hésitez pas!

Un roman qui a été un vrai coup de cœur pour moi! Je l’ai littéralement dévoré et je regrette de ne pas l’avoir acheté. C’est mon préféré des trois romans de Selznick et je le relirai éventuellement.

À la fin, il y a une citation qui résume bien tout le livre:

« Est-ce une histoire vraie?
-J’ai dit: Elle l’est maintenant. »

Wim Wenders, The Act of Seeing

La maison des merveilles, Brian Selznick, éditions Scholastic, 672 pages, 2017